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CHAPITRE V

Le bois de Boulogne. — Madrid. — Bagatelle. — La Muette. — Le Ranelagh. — Le pré Catelan. — L'Hippodrome. — L'Hippodrome de Longcliamp. — La promenade du Longchamp.

Passy, Auteuil, asiles privilégiés, ont, outre leurs jardins particuliers, le grand jardin pui lie du bois de Boulogne, qui n'appartient aux Parisiens qu'à la condition d'avoir un équipage, ou de dépenser de l'argent en voitures de louage. Le bois de Boulogne a longtemps été désigné sous le nom de forêt de Rouvray, à cause des chênes rouvres dont il était planté ; il fut baptisé de nouveau par des pèlerins qui venaient de Boulognesur-Mer, et qui obtinrent l'autorisation, en 13o0, d'édifier sur les bords de la Seine une église pareille à celle qu'ils venaient de visiter. Ce bois est enclos de murs et fermé par onze grilles, savoir : deux au nord, la porte Maillot et la porte de Neuilly; quatre à l'ouest, les portes Saint-James, de Madrid, de Bagatelle et de Longchamp. A l'extrémité méridionale du bois se trouvent deux autres portes : celle de Boulogne et celle des Princes; enfin, du coté de l'est, il y en a encore trois, qui le font communiquer avec les villages d'Auteuil et de Passy et avec le faubourg de Cbaillot; celle qui donne sur Passy porte le nom de la Muette.

Ce bois, qui avant la révolution ne présentait que des arbres décrépits, a été très-embelli par Napoléon IerTqui en fit une des promenades les mieux placées et les plus agréables des environs de Paris; mais, en 1815, lors de l'invasion étrangère, nos amis les ennemis le ravagèrent. Il a été considérablement embelli depuis que la ville de Paris en a pris possession, et le premier créateur de ces améliorations a été un simple jardinier, M. Warée, qui, sans éducation première, dessinait sur le terrain les jardins paysagers les plus pittoresques. C'est sur ses indications qu'une rivière, dont les eaux entourent des lies verdoyantes, a été creusée. Les chaussées principales ont été macadamisées et bordées de gazon; une enceinte nouvelle a été tracée. Les limites du bois sont, en 1860 : à l'est, les fortifications; à l'ouest, la rive droite de la Seine, depuis le village de Boulogne jusqu'à Neuilly; enfin, au nord et au sud, deux vastes boulevards, défendus par un saut-de-loup, et qui s'étendent sur une longueur de. plus de 8 kilomètres, des fortifications à la Seine. Ces deux boulevards sont bordés d'une grille élégante, d'un modèle uniforme, au delà de laquelle s'élève tout un monde de villas et de gracieux cottages.

Deux cascades pittoresques ont été établies par les soins de M. Alphand, ingénieur des ponts-et-chaussées, chef de ce service, assisté d'architectes et d'ingénieurs en sous-ordre. M. Barillet Deschamps, jardinier en chef du bois, a été chargé de tout ce qui concerne le jardinage, les semis, les plantations, etc.

Dans le bois de Boulogne était autrefois le château de. Madrid, bâti par François I", à son retour d'Espagne, et où Jean Hindret établit, en 1656, la première fabrique de bas au métier. Ce lieu de plaisance, dont les principales parties furent détruites, sous Louis XVI, n'est plus qu'un restaurant, rendez-vous de la 'soc. été élégante de Paris. Non loin de là est Bagatelle, charmante demeure que le comte d'Artois s'était fait bâtir. Elle servit à des fêtes publiques pendant la révolution. Le duc de Bordeaux y fut élevé, et elle appartient actuellement au marquis de Hertfort.

Le château de la Muette, qui fait, également partie du bois de Boulogne, fut d'abord un rendez-vous de chasse de Charles IX. Le régent Philippe d'Orléans le donna à sa fille, la duchesse de Berry, qui mourut en 1719. Marie-Antoinette y passa la nuit qui précéda le jour de son fatal mariage. Le premier acte par lequel Louis XVI renonçait, en montant sur le trône, à son droit de joyeux avènement, fut daté de la Muette. Une ascension aérostatique, la première qu'on ait vue à Paris, fut entreprise dans le jardin de la Muette par Pilastre des Rosiers et le marquis d'Arlandes.

Ce fut dans les jardins du château de la Muette que la ville de

PASSY

Paris donna aux fédérés du 14 juillet 1790 un banquet de 15,000 couverts. En 1701, une partie de la Muette fut vendue comme bien national ; l'autre resta la propriété de l'État , puis de la couronne, jusqu'en 1803, époque à laquelle elle fut aliénée. Sébastien Érard, dout la mémoire sera perpétuée à jamais par les pianistes et les amateurs de pianos, fut longtemps propriétaire de la Muette, où il avait rassemblé une galerie précieuse de tableaux, parmi lesquels on distinguait un Christ aux Oliviers de Vandyck et un Benedicite de Rembrandt. Après la mort d'Érard, la Muette fut louée au docteur Guérin pour un établissement orthopédique.

Devant la Muette est le Ranelagh, bal champêtre longtemps en vogue. L'inventeur de ce genre d'établissement qui comporte la promenade dans des bosquets, les concerts, la danse et les feux d'artifice, était un lord d'Irlaiule. Celui qui importa en France la création du noble lord se nommait Morisan. 11 était protégé par le prince de Soubise,-gouverneur du château de la Muette et grand gruyer; mais le grand-maître des eaux et forêts de la généralité de Paris, siégeant a la table de marbre du Palais-de-Justice, fit fermer le Ranelagh, qui s'é'ait ouvert le ?5 juillet 177t. Les juges, dont il était le président, reçurent l'opposition du procureur général du roi aux actes de permission donnés par le prince de Soubise. « Nous permettons, dit un arrêt du 3 juillet 1770, de faire assigner aux délais de l'ordonnance, en la cour, Morisan et Renard, et cependant, par provision, ordonnons que, dans le jour de la signification du présent arrêt, lesdits Morisan et Renard seront tenus, chacun en droit soi, de faire abattre et démolir les cheminées, fours et fourneaux par eux construits dans le bois de Roulogne; font aussi défense par provision, auxdits Morisan et Renard de récidiver, d'allumer dans leurs loges, enceintes, Ranelagh et baraques, aucuns feux, sous peine de galères. Au surplus, fout défense de continuer aucuns ouvrages, à peine d'être, les contrevenants, ouvriers et voituriers , emprisonnés sur-lechamp. »

Le Ranelagh triompha de ses ennemis et prospéra pendant de longues années. Un des habitants de Passy, Dumersaii, lui a consacré ces vers :

Ce Kanelagli, dout le nom fut anglais,

A vu jadis et la cour et la ville,

Dans sou enceinte arriver a la tile.

La mode est tout chez le peuple français.

Le goût du jour dirige cette foule

Qui, par torrents, se grossit et s'écoule

bur les arrêts de quelques étourdis.

Qui sont partout comme oracles suivis.

Point d'agréments qu'aux lieux où l'on s'écrase;

"Vite on s'engoue et plus vite ou se lasse;

Et les plaisirs de la cour d'autrefois

Sont devenus les plaisirs des bourgeois.

Au Ranelagh ou change de folie,

Et Terpsichore y fait place a Thalie.

Là, s'esseyant dans uu art enchanteur,

Vient s'exercer le timide amateur,

Et débuter, eu treinlflant, mainte actrice,

Qui prend le ton et l'air de la coulisse,

Et qui bieutôt peut-être brillera

Au Vaudeville ou bien a l'Opéra !

Mais il faut voir comme dans notre salle,

Avec fierté maint abonné s'installe!

On fait garder et sa chaise et son banc.

On fait du bruit pour être au premier rang.

Ne croyez pas qu'on y soit sans toilette! Comme a Paris l'on tient à l'étiquette : Pour être vu l'on vient plus que pour voir. Et l'équipage, a la porte le soir.

Du gros banquier doit attendre la dame. Quand du bourgeois l'on remarque la femme, t Prenant le bras du modeste piéton,

Légèrement trottant sur le gazon.

Et s'esquivant a la clarté tremblante De son fallot que porte une servante.

La vogue du Ranelagh a souffert un peu de la création du Pré Catelari. En 185(5, M. Ernest Ber se chargea de mettre en valeur quatre hectares, qui avaient été concédés dans le bois de Boulogne à M. Nestor Roqueplan , à la condition d'y faire un établissement public. Dans ces quatre hectares, il groupa des pelouses, des massifs de fleurs, un café, un restaurant, un cabinet de lecture, plusieurs orchestres, un aquarium

de pisciculture, des théâtres de prestidigitation, de marionnettes, un théâtre des fleurs, muni de herses à gaz, de dessous, de trucs et de machines comme un théâtre de féeries, décoré de plantes nouvelles venues à grands frais de Belgique et de Hollande.

L'origine de ce nom de Pré Catelan vaut la peine d'être indiquée. Dans un des endroit'; les moins fréquentés du bois de Boulogne est un carrefour dit la Croix Catelan, au milieu duquel s'élève une petite pyramide. Elle rappelle la triste fin d'Arnauld de Catelan, troubadour provençal, que Béatrix de Savoie avait envoyé â Philippe le Bel. Le roi, qui était alors dans son manoir de Passy, en lit partir une escorte pour aller au-devant du poète; mais le bruit, s'était répandu qu'il apportait, de la part de la comtesse, de l'or et des bijoux, et il fut tué par ceux qui avaient mission de le protéger.

On ne trouva sur la victime que des parfums et des liqueurs.

Les gens de l'escorte vinrent dire qu'ils n'avaient pas rencontré Catelan. Des recherches furent ordonnées ; le cadavre fut découvert dans les broussailles; mais on supposa d'abord que les assassins appartenaient aux bandes qui infestaient la forêt.

Le hasard révéla la vérité.

Le capitaine de l'escorte se présente un jour devant le roi, les cheveux parfumés d'une essence incounue à la cour de France; on sut que ces parfums étaient d'origine provençale; une perquisition fut faite chez le capitaine, qu'on trouva possesseur d'une foule d'objets provenant évidemment d'Arnauld de Catelan. Les assassins furent brûlés vifs, et Philippe le Bel Ht élever, en l'honneur de la victime, une pyramide qui existe toujours.

Aux portes du bois de Boulogne est l'Hippodrome, magnifique spectacle équestre, construit d'abord au rond-point de l'Étoile, et détruit par un incendie le '27 juillet 1840.

Ou voit encore, dans le bois de Boulogne, le jardin zoologique de la Société d'acclimatation, où se promènent des zèbres et des lamas; puis les glacières de la ville de Paris, où ont été recueillis, pendant l'hiver de 1800, trente millions de kilogrammes de glace.

La plaine de Longchamp, achetée en 1854, est comprise entre Boulogne et le pont de Suresnes. On y a exécuté des travaux considérables pour la réunir au bois et y créer uu vaste hippodrome, répondant à toutes les exigences pour les courses du gouvernement et celles de la Société d'encouragement.

La plaine était coupée par un bras de la Seine, inutile à la uavigatiou ; uu mur de clôture et un mamelon élevé, au sommet duquel se trouvait l'ancien cimetière de Boulogne, la séparaient du bois. Le mur a disparu; le mamelon a fourni '220,000 mètres cubes de déblais, qui ont été employés à niveler la plaine et à combler le bras du fleuve. Toutefois, afin d'économiser les remblais, on a conservé certaines parties de ce vaste fossé, qui forment aujourd'hui trois pièces d'eau réunies par un petit ruisseau. Ce ruisseau aboutit à la porte de Longchamp, après avoir serpenté dans la plaine, où il baigne le pied d'un ancien moulin à, vent.

Le nouvel hippodrome contient deux pistes de 30 mètres de largeur : l'une, tracée dans la plaine, a '2,000 mètres de longueur; l'autre, qui se développe en partie sur le plateau en pente douce, reliant la plaine au bois, est de 4,000 mètres. De vastes et élégantes tribuues, adossées à la Seine eu face du bois, ont été construites en 1850; elles peuvent recevoir cinq mille spectateurs.

Douze kilomètres de route de '20 mètres de largeur ont été disposés autour des pistes et sur les rives de la Seine. La route qui longe le fleuve se prolonge par un boulevard en dehors du bois jusqu'au pont de Saint-Cloud. Déjà la plaine offre l'aspect d'une verdoyante pelouse : on y a planté, en 1855, deux cent mille pieds d'arbres et d'arbustes, qui forment des massifs isolés, de manière à ménager des perspectives sur le mont Valérien, Saint-Cloud, Meudon, le viaduc du chemin de fer de Versailles, le pont de Suresnes, Neuilly et le clocher de Boulogue.

A l'ancienne porte de Longchamp, on a établi une cascade qui n'a pas moins de 14 mètres de hauteur sur 00 de largeur. 11 entre dans sa construction '2,000 mètres cubes de blocs de de grès de 2 à 0 mètres chacun, pris dans les carrières de Fontainebleau ; cette cascade est alimentée par le trop plein des lacs et les ruisseaux du bois. Elle fournit l'eau nécessaire au

ruisseau et aux trois pièces d'eau de la plaine de Longchamp, et débitera par heure '2,000 mètres cubes de liquide.

Quant à la plaine située entre le pont de Suresncs et Neuilly, elle ne fut attaquée qu'en 1850. On établit dans cette nouvelle partie du bois un champ d'entraînement, complément indispensable de l'hippodrome.

Le bois de Boulogne, pendant les mercredis et jeudis de la semaine sainte, est chaque année le but de la promenade célèbre de Longchamp.

En racontant l'histoire des moutons de Dindenaut, Rabelais a écrit celle du genre humain. Dans la foule qui piétine, roule ou chevauche à Longchamp, peu de gens se demandent l'origine de cette promenade annuelle. Nous y venons, parce que nos pères y sont venus ; c'est une des clauses de l'héritage que nous ont légué les générations précédentes, et que nous transmettrons à nos descendants. Les usages, une fois établis, trouvent une raison d'être dans leur existence même ; plus ils durent, plus ils se consolident, et on les observe encore longtemps après en avoir oublié la cause première. Pourquoi ces flots vont-ils à la mer? parce qu'ils sont, poussés par d'autres flots, et que, derrière eux, d'autres encore suivent la même pente invincible... Mais qui s'inquiète de la source?

On a beaucoup disserté sur Longchamp sans approfondir ce sujet si important dans l'histoire des mœurs parisiennes. Charpie écrivain, jugeant plus commode de copier servilement ses prédécesseurs que de recourir aux pièces originales, s'est contenté d'allégations incomplètes, de vagues généralités, de notions acceptées sans examen. Ces maladroits défrichements ont laissé le sol vierge encore, et nos études sur Longchamp seront, nous osons l'espérer, moins imparfaites que celles de nos devanciers.

Au nord du village de Boulogne, entre le bois et la Seine, s'étend une plaine étroite qui doit à sa configuration le nom de Longchamp (longus campus), et non pas Longchamps, comme on l'écrit sans égard pour la syntaxe et pour l'étymologie. Ce fut là que dame Isabelle de France bâtit, en 1250, le monastère de ['Humilité de Notre-Dame. Elle avait écrit à Hémeric, chancelier de l'Université : « Je veux assurer mon salut par quelque pieuse fondation; le roi Louis IX, mon frère, m'octroie trente mille livres parisis; dois-je établir un couvent ou un hôpital? » Le chancelier opta pour qu'on ouvrit un asile à des nonnes de l'ordre de Sainte-Claire. La Révolution lui a donné tort; elle eût conservé l'hôpital, elle a démoli le couvent.

L'origine royale de Longchamp lui valut le patronage des souverains. Saint Louis en visitait souvent les religieuses; Marguerite et Jeanne de Brabant, Blanche de France, Jeanne de Navarre et douze autres princesses y prirent le voile. Philippe le Long y mourut le 2 janvier 1321, d'une dyssenterie compliquée de fièvre quarte. Pendant qu'il agonisait, l'abbé et les moines de Saint-Denis vinrent processionnellement l'assister, apportant comme remède un morceau de la vraie croix, un saint clou et un bras de saint Simon. L'application de ces pieuses reliques parut soulager le moribond; mais, suivant la chronique du Continuateur de Nangis, la maladie étant revenue par la faute du roi, il lit son testament, et expira.

Longchamp, comme tous les autres monastères, comme toutes les institutions humaines, passa de la grandeur à la décadence, de la ferveur au relâchement, de la régularité au désordre.

Saint Louis y avait maintenu la stricte observance de la règle; son petit-fils, Henri IV, y prit une maîtresse, Catherine de Verdun, jeune religieuse de vingt-deux ans, à laquelle il donna le prieuré de Saint-Louis de Vernon, et dont le frère, Nicolas de Verdun, devint premier président du parlemcut de Paris. Cet exemple parait avoir été fatal à la moralité de l'abbaye, à en juger par une lettre que Saint-Vincent de Paul écrivait, le 25 octobre 1052, au cardidal Mazarin : « Il est certain, disait-il, que, depuis deux cents ans, ce monastère a marché vers la ruine totale de la discipline et la dépravation des mœurs. Ses parloirs sont ouverts aux premiers venus, même aux jeunes gens sans parents. Les frères mineurs recteurs aggravent le mal; les religieuses portent des vêtements

immodestes, des montres d'or. Lorsque la guerre les força à se réfugier dans la ville, la plupart se livrèrent à toute espèce de scandale, en se rendant seules et en secret chez ceux qu'elles désiraient voir. . »

Nous citons ce curieux passage, non pour dénigrer les nonnes de Longchamp, mais pour établir que les relations du couvent

avec la capitale étaient fréquentes, et que les Parisiens préludaient par des promenades partielles à la grande promenade périodique. Plusieurs circonstances contribuaient à les entraîner vers ces parages. Dès le xvc siècle, on allait à Boulogne entendre prêcher le carême par les cordeliers et aumôniers de Longchamp. « En 1429, selon le Journal de Charles VII, frère Richard, cordelier, revenu depuis peu de Jérusalem, fit un si beau sermon, qu'après le retour des gens de Paris qui y avaient assisté, ont vit plus de cent feux à Paris , en lesquels les hommes brûlaient tables, cartes, billes, billards, boules, et les femmes les atours de leur tète, comme bourreaux, truffes, pièces de cuir et de baleine, leurs cornes et leurs queues. » En outre, il fallait passer par Longchamp pour monter au mont Valérien, habité par des ermites qui, au temps où Mercier rédigeait son Tableau de Parc, en 1782, attiraient encore un concours étonnant de peuple et de bourgeois. Il y avait fluxion sur ce point, et l'autorité ecclésiastique fut souvent obligée d'employer des mesures coercitives. « Les évèques de Paris, dit l'abbé Lebœuf, ont toujours veillé à ce qu'un trop grand concours à Longchamp n'en troublât la retraite. La bulle du pape Grégoire XIII, sur un jubilé, en avait assigné l'Église pour une des sept stations. Pierre de Gondi, évèque, mit l'église de Saint- Roch à la place de celle de Longchamp; et lorsque le pape eut appris ses raisons, il loua sa prudence par un bref que j'ai vu, daté du 10 mars 158i. >■

Ce fut au commencement du règne de Louis XV que se régularisèrent les promenades qui avaient pour but l'abbaye. Une cantatrice célèbre, M"e Le Maure, quitta le théâtre en 1729, à la vive douleur du public, qui regrette toujours ceux qui prennent envers lui l'initiative de l'abandon. Des scrupules religieux avaient déterminé la retraite de M"" Le Maure; mais le chant était sa vie; elle n'y put renoncer d'une manière absolue, et, lasse de dire les amours à'Armide ou A'Alceste, elle fit retentir de ses notes éclatantes les voûtes de l'église de Longchamp. Les saintes filles se formèrent aux leçons de l'actrice ; leur psalmodie lugubre devint un angélique concert, et tout Paris accourut les entendre chanter Ténèbres pendant la semaine sainte. L'abbesse, étonnée de ce succès, se mit en quête de belles voix, et en demanda aux chœurs de l'Opéra. Les dryades du Triomphe de l'Amour, les divinités infernales de Persée, entonnèrent concurremment avec les vierges du Seigneur : Quare fremuerunt génies ou Miserere mei Deus. Les Parisiens se crurent au spectacle : on assiégea les portes, on s'amoncela dans la nef, on escalada les galeries, on monta sur les chaises, sur les tombeaux, sur les autels des chapelles. Ce fut, pendant plusieurs années, une effroyable cohue, une avalanche de bruyants visiteurs, l'invasion d'une petite église par une grande ville.

Un jour enfin , les curieux , arrivant le mercredi saint aux portes de Longchamp, les trouvèrent fermées par ordre de M. de Beaumont , archevêque de Paris. Le pèlerinage annuel n'en continua pas moins : c'était une inauguration des promenades, une fête publique du printemps, une manifestation joyeuse en l'honneur du soleil et des toilettes d'avril, des nouvelles feuilles et des nouvelles mpdes, des beaux jours renaissants et des jolies femmes ranimées. C'était, à défaut des cantiques de Longchamp, un hommage rendu à celui qui vivifie la nature après l'hiver.

En recherchant ce qui concerne le premier Longchamp, nous n'avons exhumé qu'une seule anecdote. Lalande, musicien de la chapelle du roi, voulant aller à Longchamp, se rend chez le loueur de chevaux Mousset , et loue un cheval avec selle, de velours, housse galonnée, bride, et bridon d'or, et donne S francs d'arrhes; en sortant de l'écurie, il rencontre trois de ses collègues, Daigremont, Doublet et Mondoville, qui l'invitent à monter avec eux dans une calèche et a les accompagner à Longchamp. Lalande répond qu'il vient de louer un cheval, mais que s'il peut reprendre ses arrhes, il sera volontiers, de la partie. On retourne chez le loueur : « Monsieur Mousset, dit Lalande, montrez-moi donc encore une fois le cheval que j'ai arrêté. — Le voici, Monsieur. — Savez-vous qu'il est bien court , votre cheval , et qu'il y a peu d'espace entre le cou et la queue? car, enfin, c'est moi qui paie, et je prends la première place, voici celle de Daigremont, Doublet se' tiendra là; mais je ne vois pas où diable sera placé Mondoville, et celui-là compte! »

Le loueur, après avoir écouté attentivement ce calcul , se hâta de rendre les arrhes.

De 1750 à 1700, Longchamp atteignit son apogée; c'était

PASSY

alors une solennité : grands seigneurs, diplomates, fonctionnaires publics, financiers et fermiers-généraux y faisaient assaut de luxe et d'élégance. A Naples, à Madrid, le roi lui-même, par un sentiment de pieuse vénération , n'aurait pas osé monter en voiture pendant la semaine sainte ; à Paris, au contraire, l'aristocratie préparait longtemps à l'avance les plus somptueux équipages, et les bourgeois modestes, ceux qui allaient ordinairement à pied dérogeaient durant trois jours à leurs habitudes ; calèches, fiacres, cabriolets, carrosses de remise, chevaux, chaises à porteur, vinaigrettes, tous véhicules disponibles étaient mis en réquisition. Dès le mercredi saint, une immense cohue encombrait les allées des Champs-Elysées et du bois de Boulogne. Les actrices y venaient briguer les applaudissements que les vacances de Pâques les empochaient de chercher sur le théâtre. Les femmes qu'on appelait alors impures, et qui doivent leur nom actuel au quartier qu'elles habitent, se montraient resplendissantes de diamants qui les paraient sans les éclipser. Les journalistes, les pamphlétaires, les peintres de mœurs, ne manquaient pas au rendez-vous général, et les nombreux documents qu'ils ont recueillis nous mettent à même de tracer, presque année par année, une monographie de Longchamp.

La promenade de mars 1768 fut favorisée par la beauté du temps et la douceur de la température. « Les princes, les grands du royaume, disent les Mémoires contemporains, s'y rendirent dans les équipages les plus lestes et les plus magnifiques. » L'héroïne de la fête fut la danseuse Guimard, que Marmontel avait surnommée la Belle damnée. Elle parut dans un char d'une élégance exquise, sur les panneaux duquel, pour mieux rivaliser avec les grandes daines, elle avait fait peindre des armes parlantes. L'écusson portait un marc d'or d'où s'élevait une plante parasite, un gui de chêne ; les Grâces servaient de support et les Amours de cimier. Ce blason révélait un lucre honteux, mais sous ce règne la licence était trop commune pour qu'il lui fût possible d'être effrontée, et l'on oublia l'impudence, de l'aveu pour ne songer qu'à l'esprit des emblèmes.

Quelques années plus tard, en avril 1774, nous voyons la chanteuse Duthé succéder à M"e Guimard dans les fonctions de beauté à la mode. Cet équipage doré, vernissé, traîné par six chevaux fringants, n'appartient point, comme on pourrait le croire, à une princesse de sang royal ; il porte tout simplement la Duthé.

Le mercredi et le jeudi saints elle excite l'admiration ; on la proclame, et elle se croit sans rivale , mais, le troisième joui', un autre équipage non moins doré, traîné par six chevaux non moins superbes, galope à côté du sien. Quelle était donc celle qui dressait ainsi carrosse contre carrosse, celle qui opposait sa piquante physionomie à la beauté fade et régulière de la Duthé?

Une obscure élève d'Audinot, danseuse en double à l'Opéra, la demoiselle Cléophile, qui devait une subite opulence à la protection du comte d'Aranda.

Un an après, la Duthé faisait l'épreuve de l'inconstance du public. Au moment où son équipage entrait en file, des groupes menaçants l'environnèrent; des huées, des sifflets, des cris d'indignation l'assaillirent avec tant de violence, qu'elle fut obligée de rétrograder.' Des bruits vagues, calomnieux peutêtre avaient provoqué cette explosion de mécontentement. Le comte d'Artois, marié depuis deux ans à Marie-Thérèse de Savoie venait souvent incognito de Versailles à Paris. « Las de biscuit de savoie, disait M. de Bièvre, il venait à Paris prendre du thé; » et les Parisiens, d'ordinaire peu scrupuleux, avaient pris parti pour la comtesse délaissée.

L'affluence d'actrices et de femmes équivoques faisait de Longchamp un spectacle assez scandaleux pour que l'archevêque de Paris cherchât à en arrêter les progrès, après en avoir entravé la naissance. Il pria le ministre de faire fermer les portes du bois de Boulogne durant la semaine Sainte par respect pour le jubilé de 1776, mais ses réclamations avortèrent, et la promenade eut son cours.

La tragédienne Baucourt, prima donna du Longchamp de 1777, faillit n'y pas assister. Le 20 mars, resplendissante et fière comme si elle eût joué Boxane, elle s'apprêtait a monter en voiture. « Vous pensez aller à. Longchamp, Madame, vous êtes toute au désir de briller, mais vous avez compté sans vos créanciers. Vous n'avez pas aperçu les recors en embuscade autour de votre hôtel ; les voici, ils vous entourent, ils s'em-

parent de votre personne, ils vous invitent poliment à coucher à Fort-1'Évêqne. Heureusement qu'un homme généreux, mais peu désintéressé, en sacrifiant quelques milliers de louis, va vous rendre à l'ovation qui vous attend.

Le Longchamp de 1780 fut des plus brillants, en dépit de la vivacité du froid. La file des voitures allait sans interruption depuis la place Louis XV jusqu'à la porte Maillot, entre deux haies de soldats du guet. Les voitures circulaient plus librement dans le bois, dont la garde avait été confiée à la maréchaussée. On signala comme des merveilles deux carrosses de porcelaine. L'un occupé par la duchesse de Valentinois, avait pour attelage quatre chevaux gris-pommelé, dont les harnais étaient de soie cramoisie, brobée en argent; le second appartenait à une impure, M"e Beaupré ; il reparut l'année suivante avec un prince du sang, le duc de Chartres, pour écuyer cavalcadour : « ce qui, disent les mémoires de Bachaumont, n'augmenta pas pour lui la vénération publique. »

Malgré la présence de monsieur le comte et de la comtesse d'Artois, du duc et de la duchesse de Bourbon, le Longchamp de 1781 fut triste. Pendant quelques années il y eut diminution progressive dans le luxe et le nombre des équipages, quoique les modes eussent atteint un degré d'extravagance qui aurait dû donner de la splendeur à la fête annuelle de la mode. C'était le temps des étoffes entrailles de petit-maître , soupir étouffé, cuisse de nymphe émue, ventre de puce en lièvre de lait; les hommes étaient coiffés à l'oiseau royal , au cabriolet, à la Ramponneau, à la grecque, à l'hérisson, les femmes portaient de gigantesques bonnets à la Belle-Boule, à la d'Estaing, au ballon à la Montgolfler, au Port-Mahon, au compte rendu, aux relevailles de la reine. Les carrosses massifs avaient été remplacés par des cabriolets importés d'Angleterre, wiskys ou garricks, voitures légères, mais d'une si prodigieuse hauteur, que le peuple qui les regardait passer, disait : — Voilà les gens qui vont allumer les réverbères.

Il parut au Longchamp de 1780, un wisky dont la caisse disparaissait dans le brancard. Les laquais étaient assis sur le devant, et le cocher placé derrière sur un siège élevé, dirigeait les chevaux par dessus la tête de ses maîtres. Les beautés remarquables et remarquées de cette même année, furent les demoiselles Adeline et Deschamps, appartenant toutes deux à la Comédie-Italienne. La première avait reçu de M. Weynnerange , intendant des postes et relais, un présent de mille louis pour son Lonchamp. La seconde est nommée par Delille , dans une Èpitre sur le luxe :

Cette beauté' vénale, émule de Deschamps,

Des débris de vingt ducs scandalise Longcliamps.

Une modification essentielle, introduite au Longchamp de 1787, lui rendit momentanément son éclat primitif. On renonça à suivre la route inégale st sablonneuse de l'abbaye, pour adopter l'allée qui va de la Muette à Madrid : « Depuis longtemps, écrit l'annaliste Bachaumont, on ne se rappelle pas avoir vu tant de monde, tant de voitures aussi belles et aussi bizarres ; les wiskys y brillaient surtout, beaucoup de petitsmaîtres, beaucoup de dames avaient fait faire une voiture, différente pour chaque jour. Un wisky plus bizarre et plus galant que les autres a fait pendant ce temps la matière des conversations ; ce wisky était surmonté d'une folie avec sa marotte : dedans étaient quatre marionnettes, deux de chaque sexe, saluant à droite et à gauche sans cesse ; tout cela était mené par un ànon joliment harnaché, et un jockey dirigeait l'animal. On lisait sur la voiture : d'où viens-je? où vais-je? où suis-je, on l'a appelé la Parodie de Longchamp, dont en effet on semblait vouloir faire la critique. Quoi qu'il en soit, ce con- .cours a dû satisfaire le marquis de Villette, qui passe aujourd'hui pour en être l'auteur. »

La Révolution suspendit Longchamp. Comment l'aurait-on solennisé? tous les chevaux avaient été accaparés pour le service des quatorze armées, et le sang coulait sur la place cidevant Louis XV, si quelques voitures avaient osé s'aventurer dans les Champs-Elysées, elles auraient rencontré chemin faisant les charrettes chargées de victimes. Longchamp tomba en même temps que la monarchie; ne pensez pas toutefois que la mode ait complètement perdu son empire. Exilée de Longchamp, elle se réfugiait dans les Galeries-de-Bois. C'était au Palais-Égalité qu'on voyait les redingotes à la Jiilimé ou en pékin velouté et lacté ; les douillettes à la Laponne en florence

unie: les habits à la républicaine ; les caracos à la Nina; les robes à la turque, à la Parisienne, à la Psyché au lever de Venus. Où diable la mythologie va-t-elle se nicher.

Cependant, l'on abattait sans pitié le vieux monastère; ou brisait les nombreux tombeaux de l'église, éditiée par sainte Isabelle, et les cendres de la fondatrice, de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Long, de Jeanne de Navarre, de Jean II, comte de Dreux, étaient dispersées par des inains profanes. Longchamp semblait mort avec la religion qui l'avait enfanté; les vainqueurs de thermidor le ressuscitèrent. Nous sommes en germinal an v (avril 17SI7). La Terreur est anéantie, l'échafaud renversé, la jeunesse dorée triomphante; Longchamp va renaître pour les ébats des parvenus du Directoire, « Le peuple, dit le Miroir du '20 germinal, commence à voir que ces opulentes niaiseries lui sont de la plus grande utilité. On ne peut compter le nombre des couturières, des marchandes de modes, que nus jolies promeneuses ont fait travailler, pour fixer les regards pendant cette fête, qui en elle-même ne ressemble à rien. Pendant que les amours s'occupent de leur parure, les forgerons, les charpentiers, les selliers travaillent sans cesse à confectionner, à équiper les chars et les chevaux qui doivent traîner cette foule élégante et badine. Gloire à Longchamp! »

lin vertu de ces doctrines, exprimées dans un style qui exhale un parfum d'ancien régime, les Parisiens se portent à Longchamp le jour du ci-devant mercredi saint. On brave la pluie; on veut reconnaître les lieux; mais il y a encore peu d'élégantes voitures, et l'on ne distingue qu'un seul équipage à quatre chevaux conduit par des jockeys vêtus à l'anglaise. Le jeudi, les équipages plus nombreux vont et viennent sur deux lignes parallèles. La citoyenne Tallien, la citoyenne Récamier, la citoyenne Longe, la citoyenne Mézerai, duThéàtro- Louvois, la danseuse Lanxade ont les honneurs de la journée. Le vendredi, on compte deux mille voitures. Les héroïnes de la veille reparaissent avec des toilettes différentes. L'écuyer Francorri a réuni ses musiciens dans une vaste gondole, qu'escorte une foule d'écuyers, et donne un concert ambulant aux promeneurs, depuis la place Louis XV jusqu'à Bagatelle. Des troupes à pied et à cheval, des agents de police sont distribués sur toute la route; car le gouvernement est averti qu'une grande conspiration se prépare et qu'on doit profiter de Longchamp pour prendre le chemin de la Bévolte.

Comme un symbole de l'aristocratie déchue, se montre à cette fête une calèche de forme antique, lourde et vermoulue, conduite par deux maigres laquais et péniblement tiraillée par deux maigres haridelles.

A l'entrée des Champs-Elysées s'est formé un groupe d'humoristes, qui narguent le poste des nouveaux enrichis. « Tiens, voici un ex-jacobin; — celui-ci est un valet qui a dénoncé son maître; — voilà un comité révolutionnaire : le père, la mère, le fils, tout en était. »

Le soir, les citoyennes, en costume d'amazones, ou habillées à la gi ecque et étincelautes de diamants, vont au Théàtre-Feydeau entendre Garât chanter : Enfant chéri des dames, et l'air d'Alceste : Au nom des dieux. Voilà Longchamp reconstitué.

Diverses particularités signalèrent la semaine sainte de ger-

minal an vin (1798). Le vendredi saint fut en même temps le mardi gras; on confondit le carême et le carnaval. Il y eut un bal masqué le jeudi saint, et le lendemain on exécuta k Stabat au grand mécontentement des vieux hébertistes. Les merveilleux de l'an vm figurèrent à Longchamp en habit gros bleu, brodé en soie bleu de ciel, à collet triplement juponné, avec cravate nouée sur le coté gauche, gilet à la débâcle et demichemise de baptiste. Les couleurs chamois, serin et violet dominaient dans les ajustements des dames. Quelques robes étaient bleu clair recouvertes de linon. La coiffure en vogue était le fichu en marmotte sur un chapeau de paille.

Le soir du vendredi saint, un jeune homme entre chez le restaurateur Naudet; il commande une bisque aux écrevisses, un vol-au-vent, un suprême, des biscuits à la crème et une bouteille de Volney. 11 mange vite, et, comme par distraction, met un couvert dans sa poche. Mme Naudet s'en aperçoit, et, sans esclandre, elle ajoute sur la carte : un couvert d'argent, 54 fr. Le merveilleux, en payant, se contente de dire : « Je ne croyais pas que la carte montât si haut! »

En Tan x, Longchamp a repris racine, et inspire des vers à Luce de Lancival, un des grands poètes de l'Empire :

Célèbre qui voudra les plaisirs de Longehamps, Peur moi. je choisis mieux le sujet de mes cliauts, Mon pinceau se refuse a la caricature.

J'abandonne a Callot la grotesque figure Du dédaigneux Mondor, brillant fils de hasard.

Pompeusement assis au même char Dont naguère il ouvrait et fermait la portière. Ce tut, tout rayonnant de son luxe éphémère, Et qui, pour trois louis s'estime trop heureux De louer un coursier qui sera vendu deux.; Et nos Vénus, sortant de l'écume de l'onde, Qui prennent le grand ton pour le ton du grand monde, Et pensent anrioblir leurs vulgaires appas, En affichant le prix que les paie un Midas. Ce qui deplait à vuir n'est point aimable a peindre, Et LoLigchauip nie déplaît a parler sans rien feindre. Tout Paris a Longchamp vole, qu'y trouve-t-on? Maint badaud a cheval, eu fiacre, en phaéton, Maint piéton vomissant mainte injure grossière, Beaucoup de bruit, d'ennui, de l'hume et de poussière.

Longchamp, depuis l'an vm, n'a plus été interrompu, même lorsque les chevaux des Cosaques rongeaient les arbres des Champs-Elysées et que la hache des sapeurs ennemis décimait le bois de Boulogne. Mais que ses splendeurs ont pâli ! Les tailleurs, les couturières et les modistes n'y viennent plus étudier les modes nouvelles. Les fiacres et les tapissières y sont en plus grand nombre que les équipages, et ceux-ci n'ont point la prétention d'être des types inconnus dans la carrosserie. Sans quelques industriels qui affichent sur des véhicules barriolés leurs noms et leurs adresses, sans quelques plaisants qui s'affublent de grotesques costumes, la promenade de Longchamp ressemblerait à celle des autres jours de l'année. Grâce aux progrès du luxe, à la diffusion du bien-être, aux embellissements de Paris et à l'accroissement de la circulation, les Champs-Elysées et le bois de Boulogne ne sont-ils pas un Longchamp perpétuel'?

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