CHAPITRE
La Chapelle Saint-Ferdinaml. — Acquisition de la maison Cordier. — Inauguration de la chapelle. — Les deux pendules. — Statues par Triquetti et la princesse Marie.
Le corps du duc d'Orléans fut transféré dans les caveaux de Dreux; mais il fut décidé qu'une chapelle serait élevée à la place où il avait rendu le dernier soupir. La maison de M. Cordier et quelques propriétés limitrophes furent acquises, au prix modique de 1 10, 000 francs. Les plans de l'édifice furent arrêtés entre Lefranc, architecte du domaine privé, et Fontaine, architecte des bâtiments de la couronne. La première pierre fut posée le 21 août 1842, et les travaux furent poussés activement.
La chapelle fut inaugurée le 1 1 juillet 1843. Dès neuf heures, la route de la Révolte, depuis le bastion du parc royal jusqu'au rond-point de la porte Maillot, était occupée par les brigades de gendarmerie de Neuilly, de Boulogne et de Vincennes, et oar dix escouades de sergents de ville, ayant à leur tète le préfet de police et plusieurs commissaires de police, entre autres celui du Ier arrondissement de Paris.
A dix heures, la troupe s'échelonna sur la route, depuis le paré royal jusqu'à l'avenue de Neuilly, et fit reculer les curieux jusqu'à la porte Maillot.
Le roi et la famille royale se rendirent à la chapelle par la roule de la Révolte; leur cortège se composait de huit voitures; celle où se trouvait la duchesse d'Orléans était en deuil.
A dix heures et demie , l'office fut célébré par l'archevêque de Paris, assisté d'une partie de son clergé et de celui de la commune de Neuilly.
Louis-Philippe, la reine et la famille royale, en grand deuil, s'agenouillèrent sur le premier rang des fauteuils disposés en avant du maître-autel. Les princesses avaient la tète enveloppée d'un voile. Tous les regards se portaient particulièrement sur la duchesse d'Orléans, plongée dans un sombre et morne recueillement.
Derrière la famille royale, on revoyait presque toutes les personnes qui avaient assisté, un au auparavant, à la longue agonie du prince.
Après la bénédiction intérieure et extérieure de la chapelle, les cierges furent placés sur l'autel, et l'archevêque de Paris, ayant revêtu la chape de deuil, dit une messe basse.
A la suite de la bénédiction, le roi, la reine, et les princesses visitèrent les appartements qui avaient été disposés dans un édifice voisin de la chapelle, tant pour eux que pour le desservant et le sacristain. Sur la cheminée delà salle principale, une pendule eu marbre noir représentait la France pleurant sur une colonne brisée qui portait les chiffres F. P. O., et celte date : 13 juillet 1842. L'aiguille du cadrau marquait l'heure à laquelle le duc d'Orléans s'était précipité de sa voiture : midi moins dix minutes. Dans une autre salle, une se-
B\TIGNOL LES-MONCEAUX.
ronde pendule, dont le socle était surmonté d'une urne, marquait l'heure de la mort : quatre heures dix minutes.
Apres avoir contemplé ces objets commémoratifs, dont la vue ravivait leur désespoir, les membres de la famille royale remontèrent en voiture et reprirent le chemin de Neuilly. Sur leur passage , la foule était respectueuse et sympathique. Toutes les passions politiques se taisaient; ceux même qui n'aimaient ni Louis- Philippe ni son gouvernement étaient émus de la douleur de cette famille, si cruellement atteinte dans ses affections, si déçue dans ses espérances.
La chapelle Saint-Ferdinand est dans la zone des terrains militaires, à quelques pas des remparts. Le plan est une croix latine; la partie supérieure est occupée par l'autel principal, dédié à la Vierge, et derrière l'autel on descend' dans la sacristie , qui se trouve placée en dehors de la croix. Au côté droit de la croix est une chapelle dédiée à saint Ferdinand; au coté gauche, sur un sarcophage, la statue du prince revêtu des habits d'officier général et dans la position où il se trouvait au moment de sa mort. Au-dessus de la tête du duc d'Orléans, prie un ange à genoux, œuvre de la princesse Marie. L'ange et la siatue sont en marbre blanc.
La statue du prince a été exécutée par Triquetti , d'après les dessins d'Ary Scheffer. Sur la face principale du sarcophage, l'artiste a représenté la France, sous la forme d'un génie, dans l'attitude de la douleur, déplorant la perte qu'elle vient de faire. Elle tient une urne; le drapeau français est étendu à ses pieds.
La partie inférieure et le centre de la croix sont destinés aux assistants. Les chiffres que l'on voit sur les paiois des murs intérieurs de la chapelle sont ceux de l'infortunée vi lime.
Les trois roses circulaires de la chapelle sont occupées par les trois vertus théologales, de sorte que la Foi se trouve audessus de la porte d'entrée, la Charité du côté de la chapelle Saint-Ferdinand, et l'Espérance dans la partie de la croix occupée par le monument représentant les derniers moments du prince.
Cette chapelle, du style roman ou lombard, est surmontée d'une croix en pierre; elle rappelle, par sa forme, celle des anciens tombeaux.
Intérieurement elle a environ 5 mètres de hauteur, 14 de longueur et 1 1 de largeur. La croix qui surmonte le monument a environ 3 mètres 70 centimètres de hauteur; la proximité dus fonificatious a empêché de donner à cette chapelle une plus grande élévation.
Derrière l'autel principal, et dans une niche pratiquée extérieurement à la chapelle, est placée une statue en marbre blanc représentant la Vierge tenant dans ses mains l'Enfant- Jésus. Les fenêtres de cette chapelle sont au nombre de dix et ornées de vitraux peints, représentant quatorze saints et saintes (patrons et patronnes du roi, de la reine et des membres de la famille royale;, ainsi disposés, savoir : sept à droite de la Vierge et sept à gauche.
A la droite de la Vierge sont placés dans l'ordre suivant : saint Philippe, saiut Louis, saint Robert, saint Charles Borromée, saint Antoine de Padoue, sa.nte Rosalie, saint Clément d'Alexandrie; à gauche de la Vierge : sainte Amélie, saint Ferdinand, sainte Hélène (faisant face à la statue du prince;, saint Henri (derrière l'auge qui est à genoux au-dessus de la tète du prince), saint François, saiute Adélaïde, saint Raphaël.
Le carrelage est en marbre bleu turquin et noir, avec encadrement de marbre blanc.
La rosace, au milieu de la croix, est nussi en marbre blanc d'Italie et en marbre noir de Belgique.
Les autels de la Vierge et de Saint-Ferdinand sont en marbre blanc et noir, avec ornements en bronze.
Le tabernacle de l'autel de la Vierge est à, l'endroit même où reposait la tète mutilée du duc d'Orléaus quand il expira.
Ingres a dessiné les cartons des vitraux, qui sortent de la manufacture de Sèvres.
Lenclos qui environne la chapelle est planté d'arbres funéraires. Dans l'hémicycle du centre, a été ménagé un espace vide pour la circulation des voitures.
L'enceinte est séparée de la grande route de la Révolte par un mur dans lequel on a pratiqué deux grilles, l'une servant a l'entrée, et l'autre a la sortie des voitures.