CHAPITRE IV
Les Ternes. ■ — Liste des Monceaux. — Les vignes de Monceaux.
— Jeanne Darq à Monceaux. — Les jardins du duc de Chartres.
— La mare. — Les Te Deum. — Hevues dans la plaine de Monceaux.
En mémoire de ce douloureux événement, les habitants des Ternes ont consacré leur église à saint Ferdinand, et donné aux rues voisines les noms de Ferdinand, de la reine Amélie, d'Hélène, duchesse d'Orléans, et du comte de Paris.
D'anciennes cartes indiquent les Ternes, non comme un village, mais comme une simple ferme. Le père de l'auteur du Lutrin, Gilles Boileau, greffier de la grand' chambre du Parlement, y eut une maison, où il mourut le 14 avril 1670. Au xviiie siècle, le marquis de Galifet s'y fit planter de beaux jardins, et la population s'accrut lorsque le faubourg du Roule eut été englobé dans Paris.
Les Ternes apportent à la capitale un contingent de dix mille âmes; une belle maison de santé où l'hydrothérapie a été essayée avec succès; des fabriques de linons, d'orgues, de bimbeloterie, de couleurs et vernis, de couteaux, de mouchoirs, de chocolat; des teintureries et blanchisseries; des établissements pour l'apprêt et le gaufrage des étoffes; des jardins où la culture des fleurs se perfectionne chaque jour. Un horticulteur des Ternes, M. Lierval, a seul obtenu une trentaine de variétés de phlox.
Monceaux a moins d'importance, quoique beaucoup plus ancien.
Ce nom de Monceaux, en latin Mpnticellym ou Monticelli, est très-répandu en France. Il y en a cinq dans l'Aisne seulement : Monceau-les-Neuf, Monceau-le-Wast, Monceau-lès- Loups, Monceau-sur-Oise;
Deux dans le Calvados : les Monceaux, près de Lisieux, et Monceaux, près de Bayeux;
Trois dans Seine-et-Marne : Monceaux -lès -Provins, Monceaux-lès-Bray, Monceaux, dans l'arrondissement de Meaux ;
Deux dans Saône-et-Loire : Monceau, près Chàlons, et M.mceaux-l'Étoile ;
Deux dans l'Oise : Monceaux, arrondissement de Clermont, et Monceaux-l'Abbaye ;
Deux dans le Nord, transformés en Moncheaux pour la prononciation locale.
Il y a encore des Monceaux, des Moncheaux, des Monceau, ou des Moncel, dans la Corrèze, la Cote-d'Or, le Nord, la Meurthe, les Vosges, l'Orne, la Nièvre, l'Ain, l'Aube, le Puyde-Dôme, le Pas-de-Calais et la Seine-Inférieure.
Dans l'intérieur même de Paris étaient un Monceau, près du Palais-Royal, et un Monceau, près l'église Saint -Gervais. Le village compris dans les limites du XVIIe arrondissement existait uès le ixe siècle.
L'abbé Lecanu, dans son Histoire de Clichy, prétend que Camulogène y campa avec l'élite des Gaulois, quand Labiénus assiégea Lutèce; c'eût été une combinaison stratégique peu heureuse pour arrêter une armée qui venait de Melun par la Seine.
Il est positif que Monceaux existait du temps des Carlovingiens; qu'une partie de son territoire était plantée eu vignes, dont les produits étaient consommés par les moines de Saint- Denis. Charles le Chauve, dans une charte qui date de 8o0, donne aux religieux les vignes de Monceaux, près Paris, afin qu'ils en boivent le vin à leurs repas quotidiens, comme ils ont coutume de le faire depuis longtemps : in potam quotidianœ refectionis, concedimus oineas in payo Parisiaeo silas, sicut ab antique* eas ipsi fratres habere consueverunt quœ con- ' jàcent in Monticellis. Guy, abbé de Saint-Denis en 1363, était né à Monceaux, et ajoutait à son nom celui de ce hameau, ainsi que l'attestent les Grandes Chroniques. Quand Jeanne Darcq vint assiéger Paris, le 4 septembre 1429, elle campa à Monceaux. Le chemin qu'elle suivit, est ainsi tracé par Martial d'Auvergne, dans les Vigiles de Charles Vil :
Puis le roy vint à Saint-Denys, Qui lui rendit obéissance, Lai^liy avec le plat pays.
Dépendances et l'adjuceuce.
Outre, en procédant plus avant.
Son ast tira a La Cuappelle,
Et de là au moulin a vent, Ou y eut escarmouche belle.
Les Anglois qu'estoient a Paris.
Tous ensemble se retirèrent, Afin qu'ils ne fussent pris, Et les murs si fortifièrent.
Le lendemain grand' compagnie, De l'ast (les François a Monceaux S'en vindrent faire une saillie Jusque au marché des pourceaux.
Sous la montagne s'embuschèrent Pour illec estre à couvert, Et de là gagner s'en allèrent D'assaut un petit boulevert.
D'un costé et d'autres canons Et eoulevrines se ruoient, Et ne voyoil-on qu'empanons De flesches qui en l'air tiroient.
La Chronique de la Pucelle, quoique ne nommant point Monceaux, confirme l'itinéraire de l'armée royale. « Alors commencèrent de grandes courses et escarmouches entre les gens du roi estants à Saint-Denys, et les Anglais et autres estants lors dans Paris. Puis quand ils eurent esté par aucuns temps a Saint-Denys, comme trois ou quatre jours durant, le duc d'Alençon, le duc de Bourbon, le comte de Vendosmc, le comte de Laval, Jelianne la Pucelle , les seigneurs de Rays et de Boussac, et autres en leur compagnie, se. vindrent loger en un village qui est comme à mi-chemin de Paris à Saint-Denys, nommé La Chapelle. Après quoy, le lendemain commencèrent de plus grandes escarmouches, et plus aspres qu'auparavant; aussi estoient-ils plus près les uns des autres. Et vindrent lesdits seigneurs aux champs vers la porte Saint-Honcoré, sur une manière de butte ou de montagne, qu'on nommoit le Marché-aux-Pourceaux ; et firent assortir plusieurs canons et couleuvrincs, pour jetter dedans la ville de Paris, dont il y eut plusieurs coups de jettes. »
Partie de Saint-Denis, l'armée royale fait une première station à La Chapelle, d'où elle s'approche de Montmartre, dont, selon tout vraisemblance, l'extrémité occidentale est désignée par ces mots qu'exigeait la rime : le moulin à vent. Les Anglais battent en retraite, et se renferment dans la ville. Avant d'engager l'action, les assiégeants choisissent un quartier général, comme nous l'avons dit dans le chapitre II du présent ouvrage. Ils menaçaient toute la portion des murailles comprise entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Honoré. Ils agirent judicieusement, en plaçant leur réserve sur le plateau de Monceaux, d'où s'élancèrent, guidés par Jeanne Darc, les détachements qui vinrent dresser leurs batteries sur la butte du Marché-aux-Pourceaux, appelé depuis butte des Moulins.
Dès les temps les plus reculés, Monceaux eut une chapelle, qui dépendait de la paroisse de Clichy, et qui, entièrement rebâtie, fut consacrée de nouveau, le 20 mars 1520, par Guy, évoque de Mégare in partibus infidelium, sous le vocable de saint Etienne; c'était, le patron du soigneur de Monceaux, Etienne Des Friches, dont l'héritier Germain Des Friches vendit le fief à Jean de Charon, valet de chambre du roi, en lôUfl. Ses héritiers le possédèrent jusqu'en 1746, époque à laquelle il fut vendu avec la seigneurie de Clichy, h Gaspard Grimod de La Reynière, fermier général.