‹ Le nouveau ParisChapitre 21 sur 441 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Paris sous les premiers Capétiens.

Les expéditions des Normands eurent un résultat immense. Tandis que l'empire de Charlemagne se démembrait, une partie de la population comprit la nécessité de constituer un gouvernement pour défendre contre les hommes du Nord la civilisation naissante. Des monuments de la fin du xixe siècle attestent que la langue française, quoique très-informe, avait déjà tout son caractère propre, et qu'une séparation profonde s'était opérée entre l'ancienne Gaule et la Germanie. En 888, Eudes, comte de Paris et duc de France, fut reconnu roi à Compiègne, et dès lors la nationalité française eut une base. Le nouveau roi fixa sa résidence à Paris, où il fit commencer, en face du palais, l'église collégiale de Saint -Bartliélemi. Les derniers descendants du grand empereur d'Aix-la-Chapelle reconquirent un moment, le pouvoir; mais après la mort de Louis le Fainéant, Hugues Capet se fit proclamer roi par les seigneurs. La ville de Paris devint alors le centre du mouvement politique et intellectuel de la France. Ses écoles commencèrent à être fréquentées par des jeunes gens de tous les pays. Son clergé devint plus puissant que jamais. La noblesse, qui se groupa autour du trône dans le vieux palais de la Cité, s'affermit dans la possession héréditaire des fiefs, et dicta des lois aux monarques qui, par la bouche de Hugues Capet, avaient promis de ne jamais rien faire sans la consulter : Regali potentia in nullo abuti volentes, omnia negotia reipublicœ in

consultatione et sententia ftdeliwm nosprorum deposuimur Les échevins et leur chef, qui ne tarda pas a prendre le titre de prévôt des marchands, se mirent à améliorer l'édilité et à donner une impulsion au commerce, laissant le gouvernement de la ville à un prévôt, dont le tribunal était au grand Châtelet. Les principales maisons présentaient alors un rez-de-chaussée voûté, dont les arceaux entrecroisés retombaient sur de grosses colonnes. Au premier étage régnait une fenêtre continue, séparée par des colonnes quadrilatérales. Le toit était plat, couvert de tuiles vernissées. Parfois la grande ouverture du premier étage était divisée en une. suite de cintres ornés de zigzags byzantins. Les maisons de pierre étaient d'ailleurs assez rares, et la plupart des habitations étaient en bois.

Jehan de Garlande, écrivain du xie siècle, parle avec admiration des produits de toute espèce étalés dans les boutiques parisiennes. Il s'extasie sur la beauté des épées â pommeau en boule que débitaient les fourbisseurs (exeruginatores). Les boucliers (pluscularii) s'enrichissaient en vendant des boucles, des ardillons, des poitraux et des mors. A la porte Saint- Lazare, les archiers fabriquaient, des arbalètes, des arcs d'érable, d'if ou de viorne, et des flèches de frêne. Sur le grand pont étaient établis les marchands de lanières et cbevestres. Les étalagistes avaient devant eux des couteaux de table (cultellos ad mensam), des kanivets, des greffes, des styles et des écritoires dans leurs gaines. Des bottiers ambulants promenaient sur une perche des souliers et des estivaux. Des spéculateurs forains apportaient, au marché du savon, des miroirs et. des fusils (pimudia vel fusillas) : c'était ainsi qu'on appelait les briquets d'acier.

Louis VI, ou le Gros, forcé de lutter constamment contre les grands vassaux de l'ancien duché de France, qui entouraient Paris, habita cette ville, dont à une certaine époque ses ennemis ne lui permettaient point de sortir. Il finit cependant par réduire tous les seigneurs. Cette vie agitée ne lui laissa pas de loisir pour élever des monuments. Toutefois, deux grands faits signalent son règne. Le premier est l'établissement des communes : le second l'importance que prit l'école de Paris. A cette époque paraissent Pierre Lombard, surnommé le Maître des sentences; Pierre Comestor, Guillaume de Champeaux, qui illustra l'abbaye, nouvellement fondée, de Saint-Victor. Mais tous ces noms sont effacés par celui de Pierre Abailard, élève et adversaire de Guillaume de Champeaux. Abailard ouvrit, d'abord dans la Cité, puis sur la montagne Sainte-Geneviève, cette école célèbre où, pour la première fois, se manifesta en théologie l'esprit de libre examen. Abailard fonda la liberté de penser, et donna à l'intelligence humaine un essor qui ne s'est plus arrêté.

Paris dut beaucoup à Philippe-Auguste et à saint Louis. Le premier traça une enceinte dans laquelle il enferma le bourg de Saint-Germain l'Auxerrois, le beau Bourg, le bourg l'Abbé, le bourg Thibourt, les cultures Sainte-Catherine et Saint-Gervais, et l'ermitage de Notre-Dame-des-Bois, qui fut consacrée plus tard à Sainte-Opportune. Il fit du Louvre un château régulier avec un donjon central, qui fut construit sur un terrain appartenant au clergé de Saint-Denis de la Chartre. Des lettres du mois d'août 1 '20 i accordèrent à cette église trente sols d'indemnité.

Le Louvre n'était encore considéré que comme une sorte de maison de campagne; le roi continuait â résider à l'extrémité occidentale de la Cité, quoique les pluies et le froid en rendissent le séjour peu agréable en hiver; les chariots qui roulaient dans la rue de la Barillerie remuaient une boue dont, les émanations choquèrent Philippe-Auguste : il manda le prévôt des marchands et les bourgeois pour leur enjoindre de faire paver les rues avec de forts carreaux de pierre. : travail qui, faute de ressources, s'exécuta avec tant de lenteur qu'il n'était pas achevé au moment de la révolution de 1789.

Ce. fut. Philippe-Auguste qui, selon Rigord, « établit à Paris, en 1182, deux grandes maisons, vulgairement appelées halles, afin que tous les marchands pussent venir vendre sans craindre la pluie , et être â l'abri des vols. Ces halles furent entourées d'un mur, et l'on disposa entre le mur et les halles des étaux couverts; » des places étaient assignées dans les halles aux vendeurs de cuirs et de souliers, aux lingères, aux fripiers.

Par un acte du mois de mars 1208, Philippe-Auguste donne à la Maison-Dieu de Paris, pour les pauvres qui s'y trouvent, toute la paille de sa chambre et de sa maison (omne strainen

HISTOIRE GENERALE

de caméra et domo nostro). « L'an de l'Incarnation 1186, dit Guillaume Le Breton, il fit orner et entourer d'un mur de pierres un cimetière public d'une grandeur et d'une commodité admirables, dans un lieu près des Saints-Innocents, appelé Champeaux. »

Jehan de Salisbury, qui visita Paris en 11/6, exprime, dans son Polyeration, le plus sincère enthousiasme : « Quand je voyais, dit- il, l'abondance des subsistances, la gaieté du peuple, la bonne tenue du clergé, la majesté et la gloire de toute l'Église, les diverses occupations des hommes admis à l'étude de la philosophie, il m'a semblé voir cette échelle de Jacob, dont le faîte atteignait le ciel , et où les anges montaient et descendaient. J'ai été forcé d'avouer que véritablement le Seigneur était en ce lieu, et que je l'ignorais. Ce passage d'un poète m'est aussi revenu à l'esprit : Heureux celui à qui l'on assigne ce lieu pour exil ! (Parisius cum viderem vktualium copiam, lœtitiam populi, reverentiam cleri, et totius ecclesiœ majestatem et gloriam, et varias occupartionnes philosophantium, admiratus velut illam scalam Jacob, cujus summitas cœlum tangebat, eratque via ascendentium et descendentium angelorum , coactus su/m profiteri quod vere Dominus est in loco ipso, et ego nesctebam. Illud quoque poeticum ad mentent rediit : (elix exilium cui locus iste datur!) »

Au xie siècle , sous le règne de saint Louis , l'administration parisienne fut régularisée. La ville eut pour prévôt des marchands Évreux de Valencienne en 1263, et Jean Augier en 1268. On a conservé les noms des échevins Jean Barbette, Nicolas Le Flamand, Adam Bourdon et Albéric de Navibus. La prévôté de Paris fut confée à Etienne Boileau, dont le sire Jean de Joinville, dans son Histoire de saint Louis, fait l'éloge en signalant les abus antérieurs :

o La prévôté, dit Jean de Joinville , étoit vendue aux bourgeois de Paris ou à aucuns ; et quand il advenoit que aucuns l'avoient achetée, ils soutenoient leurs enfants et leurs neveux dans leurs excès, car les jouvençaux se fioient en leurs parents ou leurs amis qui tenoient la prévôté. Pour cela, le menu peuple étoit foulé et ne pouvoit avoir droit contre les riches hommes, à cause des grands présents et dons que ceux-ci faisoient au prévôt. Dans ce temps, celui qui disoit la vérité devant le prévôt, ou qui vouloit garder son serment pour n'être pas parjure touchant aucune dette ou autre chose dont il fût tenu de répondre , le prévôt levoit amende sur lui , et le punissoit à cause des grandes injustices et des grandes rapines qui étoient faites en la prévôté ; le menu peuple n'osoit demeurer en la terre du roi, et alloit demeurer en autres prévôtés et en autres seigneuries ; et. la terre du roi étoit si déserte, que, quand le prévôt tenoit ses plaids, il n'y venoit pas plus de dix personnes ou de douze. Avec cela, il y avoit tant de malfaiteurs et de larrons à Paris et dehors, que tout le pays en étoit plein. Le roi, qui mettait grande diligence à savoir comment le menu peuple étoit gardé, sut toute la vérité; aussi il ne voulut pas que la prévôté de Paris fut vendue, mais donna bons et grands gages à ceux qui dorénavant la garderoient, et il abattit toutes les mauvaises coutumes dont le peuple pouvoit être grevé. Il fit enquérir par tout le royaume et partout le pays où il pourroit trouver homme qui fit bonne et roide justice, et qui n'épargnât plus le riche homme que le pauvre; on lui indiqua Etienne Boileau, lequel maintint et garda si bien la prévôté , que nul malfaiteur, ni larron , ni meurtrier n'osa demeurer à Paris, craignant d'être aussitôt pendu ou détruit; car il n'y avait ni parent, ni lignage, ni or, ni argent, qui le pût garantir. Aussi la terre du roi commença à amender, et le peuple y vint à cause du bon droit qu'on y faisoit. Il s'y multiplia tant et tout amenda si bien , que les ventes, les saisies, les achats et les autres levées valoient le double de ce que le roi y pressoit par avant. »

Etienne Boileau donna des lois aux corporations des métiers; il provoqua des ordonnances contre les vagabonds, les voleurs et les prostituées, auxquelles furent assignées certaines rues. Pour l'entretien du pavage et l'amélioration de la viabilité fut institué un voyer : il avait aussi pour mission de surveiller l'exécution des ordonnances relatives aux industriels et aux marchands. D'après les registres de Jehan Sarrazin, qui fut voyer de Paris jusqu'en 1270, « il recevait un mets de redevance de chaque boucher nouvellement installé. Il avait annuellement deux faix de feusse (de paille) de chaque feussier; deux livres de chandelles de chaque chandelier; douze deniers de chaque basanier vendant de petits solliers; un fromage de

chaque fourmagier, la veille des étrennes; deux chapeaux de chaque chapelier, la veille de l'Epiphanie; deux faix d'herbe de chaque herbier; un gâteau de chaque gastelier vendant gastiaulx à la fève es halles, la veille de l'Epiphanie; un chapel de roses de chaque chapelier vendant chapeaidx de roses. »

La ville, qui dès l'institution du blason, avait pris pour armoirie un vaisseau d'argent sur champ de gueules, y ajouta trois fleurs de lys en chef sur champ d'azur. Ce symbole royal , objet de tant de dissertations confuses, nous est clairement expliqué dans les Annales de Nangis : •< Li roys de France accoustumèrent en leurs armes à porter la fleur de lys pinte par trois fuelliers comme se ils deissent à tout le monde : Foy, Sapience et Chevalerie, sont , par la provision et par la grâce de Dieu , plus abondamment en nostre royaume qu'en nuls autres. Les deux feuilles de la fleur de lys , qui sont oeles, signifient sens et chevalerie, qui gardent foy. »

L'emploi de la journée du Parisien fut réglé par des ordonnances qui furent confirmées pendant les règnes suivants. — L'aurore était annoncé au son des trompettes ; on dînait à midi , et après le souper les cloches sonnaient le couvre-feu; il était défendu de veiller et de se divertir pendant la nuit sans la permission du roi ou du prévôt. Quod burgenses paris ienses nulla festa de nocte faciant, nec propter nuplias, nec propter aliam causam, nisi de licentia domini régis aut prœpositi. Dans les cas de danger, des chaînes étaient tendues par les rues, et l'on mettait en réquisition les feures, mareschaux et chauderonniers pour consolider les barrages. Les corps de métiers faisaient le guet à pied et à cheval , les uns après les autres, sous la direction de quarteniers, cinquanteniers et dizainiers. Deux inspecteurs, nommés les clercs du guet, distribuaient les billets de garde, et les bourgeois désignés se rendaient au Chàtelet, à l'entrée de la nuit pendant l'hiver, et à l'heure du couvre-feu pendant l'été. Après l'appel, ils étaient distribués dans les quartiers, et obligés de se tenir éveillés et armés jusqu'à l'aube. Toute la nuit, la sentinelle du Chàtelet cornait la guette, c'està-dire qu'elle sonnait du cor par intervalles.

Étaient exempts du guet tous les boiteux, les fous, les maris dont les femmes étaient sur le point d'accoucher et les sexagénaires; de cette corvée étaient également affranchis par leur position sociale les maîtres des métiers, les bourgeois non marchands, les mesureurs de la ville, les notaires, procureurs et avocats. Les ouvriers eux-mêmes ne faisaient point le guet quand ils appartenaient aux corporations des monnoyers, brodeurs de soie, courtepointiers, faiseurs de corbeilles et de vans, peintres, imaigiers, chasubliers, selliers, libraires, parcheminiers, enlumineurs, écrivains, tondeurs de draps, tailleurs de pierres, bateliers, étuvistes, vendeurs d'auges, d'écuelles et échelles, verriers, faiseurs de chappiaux de bonnet ( étoffe de laine), archiers, haubergiers, buffletiers, oublaiers, écorcheurs, apothicaires, calandreurs, orfèvres et tapissiers. Les bouchers, buschiers, marchands de merrains et sauniers , s'affranchirent du guet en payant une redevance annuelle de trente sous ( 150 fr. de notre monnaie). Les tonneliers ne devaient point de guet entre la Madelaine et la saint Martin d'hiver, moyennant l'abandon d'une journée de travail.

Les registres de la prévôté de Paris, sous saint Louis, prouvent qu'un très-grand nombre de corporations alléguaient divers prétextes pour se dispenser de monter la garde. « Les tailleurs requièrent qu'ils soient quite du guiet, s'i plait au roy, pour les granz robes qui leur convient fère et garder de nuiz, qui sont aux gentiezhommes, et parce qu'ils ont graut planté de meniée estrange, que ils ne puent pas tous croire ne touz garder, et parce qu'i leur convient que ils taillent et cousent les robes aux hauts hommes aussi bien par nuit cune par jour. » Les foulons protestent aussi , disant : « qu'ils n'ont pas guaitié depuis que le roi alla outre mer ; mes madame la royne Blanche, que Diex absoille, les fit gaitier par sa volonté. » Afin de remédier à cette multitude d'exemptions, on laissa le guet bourgeois ou guet assis dans des postes fixes, et les patrouilles furent faites dans la ville par le guet royal, composé de soixante sergents, vingt à cheval et quarante à pied, sous la conduite d'un chevalier du guet, dont, le titre se rencontre pour la première fois dans un compte des prévôtés de l'an 1261. Cet officier, à la tête de sa compagnie, visitait les corps de garde occupés par le guet assis, et prenait rigoureusement note des délits et infractions. Les sergents du guet, loin de protéger la population, la dévalisaient parfois : trois d'entre eux, peu de temps avant la première croisade de Louis IX, dépouillèrent,

par une belle nuit , un clerc qui , rentrant chez lui en chemise, s'arma d'une arbalète, fit porter par un enfant un sabre recourbé en forme de faulx, et courut après les ravisseurs. Il les tua tous les trois, quoique l'un eut escaladé une haie pour se sauver dans un jardin. Les trois cadavres furent apportés au roi. Le prévôt de Paris lui expliqua l'affaire, et Louis IX, aux applaudissements des assistants, dit au clerc : « Vous êtes un brave, mais vous feriez un mauvais prêtre ; je vous retiens à mon service, et vous viendrez avec moi en Palestine. » Ce fait est si incroyable, que nous croyons devoir reproduire le récit qu'en fait le sire Jean de Joinville :

« Le roy manda ses barons à Paris, et leur fist faire serment que foy et loiauté porteraient à ses enfans, si aucune chose avenoit de li en la voie. Il le me demanda; mes je ne voz faire point de serment, car je n'estoie pas son home. En dementres qui je venoie, je trouvés trois homes mors sur une charrette, que un clerc avoit tuez, et me dist en que eu les menoit au roy. Quand je oy ce, que je y envoie un mien escuier pour après savoir comment ce avoit esté. Et conta mon escuier, que le roy, quant il issi de sa chapelle, ala au perron pour veoir les mors, et demanda au prévôt de Paris comment ce avoit esté. Et le prévôt li conta que les mors estant trois de ses sargents du Chastelet, et H conta que il aloient par les rues foraines pour desrober la gent ; et dist au roy ce qu'il trouvèrent se clerc que vous véez ci, et li tollirent toute sa robe. L" clerc s'en ala en pure sa chemise en son hostel et prist s'arbalestre et fist aporter à un enfant son fauchon. Quant il les vit, il les escria et leur dit que il y mourraient. Le clerc tendit s'arbaleste et trait, et en feri l'un parmi le cuer, et les deux touchèrent à foie; et le clerc prit, le fauchon que l'enfant tenoit. Et les ensui à la lune qui estoit belle et clère. L'un en cuida passer par issi une soif (une haie) en un courtil, et le clerc fiert du fauchon, et li trancha toute la jambe, en tele manière que elle ne tint que à l'estival (à la botte), si comme vous véez. Le clerc rensui l'autre, lequel cuida descendre en une estrange meson là où gent veilloient encore; et le clerc féri du fauchon parmi la teste, si que il le fendi jusques es dens, si comme vous poez veoir, fist le prévost au roy. — Sire, fist-il, le clerc monstra son fait au prévost voisins de la rue, et puis si s'en vint mettre en vostre prison. Sire, et je le vous ameinne, si en ferez vostre volonté, et véez-le ci.

— « Sire clerc, fist le roy, vous avez perdu à estre prestre par vostre proesce, et pour vostre proesce je vous retieing à mes gages, et en venrez avec moy outre-mer. Et ceste chose vous foiz-je encore, pour ce que je veil bien que ma gent voient que je ne le soustendrai en nulles de leur mauvestiés.

« Quant le peuple qui la estoit assemblé, oy ce ils se escrièrent a nostre seigneur, et le prièrent que Dieu li donnast bone vie et longue, et le ramenast à joie et à santé. »

D'après les recherches de M. Louis Lazare et le rôle des tailles ou impôts directs de l'année 1292, Paris avait au commencement du xrve siècle trente-six églises, sans compter la cathédrale. Dans la Cité se trouvaient Saint-Christophe, Sainte- Croix , Saint-Denis de la Chastre , Sainte-Geneviève la Petite, Sainte-Madeleine, Saint- Pierre aux Bœufs, Saint-Pierre des Arcis; en dehors étaient des édifices religieux dont, la plupart ont disparu, comme Saint-André, rue Saint-André-des-Arts ; Saint-Barthélemi, Saint-Benoît, Saint-Côme, Saint-Germain le Vieux, qui a fait place à la rue du Marché-Neuf; Saint- Innocent, où l'on disait les dernières prières pour la plupart des trépassés; Saint-Jacques la Boucherie, dont il ne reste plus que le magnifique clocher; Saint-Jean en Grèves; Saint-Josse, située rue Aubry-le-Boucher, du nom d'un boucher qui avait été assez riche pour bâtir une espèce de village, qualifié dans un acte de 1273 de Vicus Alberici carnifici. Il y avait en outre Sainte -Geneviève la Grande, Saint-Landry, Saint- Martial, Sainte-Marine, Saint-Marcel, Notre-Dame des Champs, Sainte- Opportune, Saint-Sauveur, Saint-Hilaire. Les églises qui sont restées debout, en subissant diverses métamorphoses , sont celles de Saint- Germain l'Auxerrois, Saint-Gervais, Saint- Eustache, Saint-Leu-et-Saint-Gilles, Saint-Merri, Saint-Nicolas du Chardonnet, Saint-Paul et Saint-Séverin. On comptait 43 rues dans la Cité. Le quartier désigné sous le nom d'outre grand pont se divisait en 292 rues, et le quartier outre le peti pont en 76 rues, plus 8 rues qui étaient en dehors de l'enceinte de Paris et de celle de Saint-Germain des Prés. Le chiffre total de la population s'élevait approximativement à 215,801 habitants. On comptait 11,727 contribuables dans le quartier d'outre

grand pont; 1,241 dans la Cité, et 2,232 dans le quartier outre petit pont.

Page 1