BATI G NO L LES-MONCEAUX
bier; ceux-là de la coutellerie, des fleurs artificielles, des bonnets, de la dentelle et des objets à 20 centimes. Le rond-point où commence le marché , et que laisse vide la démolition des bâtiments de l'ancienne barrière, peut devenir une des plus belles places de Paris. L'air y est pur,- la vue s'étend au loin sur des collines verdoyantes. C'est une étoile régulière, dont les rayons sont la rue. de Clichy, le boulevard Pigalle, l'avenue de Clichy, la rue d'Antin, le boulevard des Batignolles, la rue de Saint-Pétersbourg et la rue d'Amsterdam.
Sous le rapport industriel, les Batignolles possèdent des fabriques de bougies, de papier, de sucre, de machines à vapeur, et autres usines dont les travaux sont facilités par la proximité de la gare des marchandises des chemins de fer de Normandie et du chemin de. fer de ceinture. M. Ernest Gouin a créé, avenue de Clichy, 120, des ateliers de construction de machines, locomotives, ponts en tôle, métiers a filature, etc. Ils ont, pendant la campagne de Crimée, fourni les chaloupes canonnières qui ont pris Bomarsund, bombardé Odessa, attaqué Nicnlaîef et Sébastopol.
Les deux mille ouvriers de cette manufacture, sont secourus, dans les cas d'incapacité, de travail, au moyen d'une retenue de 50 centimes faite individuellement à chaque paye. Le subside est de 1 franc 50 centimes par jour, et M. Ernest Gouin prend en outre à son compte les frais de médecin et de pharmacien.
Le Ier août 1X40, s'est constituée aux Batignolles une société dite l'Abeille prévoyante, où l'on est admis de vingt et un à quarante et un ans, moyennant une somme fixée par les tarifs, et dont les membres, limités au nombre de deux cents, se partagent les revenus annuels d'un capital placé à la caisse d'épargne ou en rentes sur l'État.
Au mois de. septembre 1S48 fut organisée une seconde société de secours mutuels dite l'Union ouvrière des Batignolles-Monceaux. Enfin, en 1 854, sous l'influence du clergé, a été établie l'Association charitable de Sainte-Marie, alimentée par des souscriptions que recueillent les membres du conseil d'administration, les dames de charité, les centurions et les décurions. Grâce aux ressources que lui assure la libéralité des habitants, l'Association a pu former et entretient un asile pour la vieillesse, une crèche, une lingerie et une école pour les jeunes tilles.
Les Batignollais sont économes et savent calculer. Lorsqu'au mois de mars 1860, M. Paul Dupont, imprimeur et député, protesta contre l'insuffisance des traitements, ce fut. un habitant des Batignolles qui envoya aux journaux ce budget quotidien d'uu employé ayant 2,000 francs par an , marié et père de trois enfants :
1 pain de 4 livres (pour 5 personnes) 0 fr. 75 c.
1/2 litre de vin (pour 10 repas par jour, on l'allonge de beaucoup d'eau) 0 40
Pitance de 10 repas par jour (30 centimes par personne en moyenne) 3 ■ 00
Charbon pour la cuisine, par jour 0 20
Loyer à raison de 400 fr. (les logements trèsrares de 300 fr. ne sont pas suffisants, parce que les enfants sont de sexes différents), par jour. . . I 11
Instruction de 2 enfants, par jour 0 50
Blanchissage de 5 personnes 0 25
Habillement, de ces 5 personnes chez le fripier, à raison de 300 fr. par au 0 80
Chauffage de l'hiver, calculé à raison de 20 IV. par au 0 00
Éclairage 0 03
Imprévu 0 05
Total par jour, sans avoir suffisamment mangé, et sans prévuir le cas de maladie 7 fr. 15 c.
Soit pour l'année 2,000 fr. 75 c.
Or, le traitement est de 2,000 fr., réduit à 1,000 fr. par la retenue du 20e pour la caisse des retraites, ci 1,000 00
Déficit par an ■ 700 fr. 75 c.
Et le Batignollais qui alignait ces chiffres ne comptait point les cas de maladie grave ; il se condamnait à no point fumer, a n'aller ni au café, ni au spectacle. Lorsque tant d'honnêtes gens sont dans ce cas, et courent après la solution de l'insoluble problème de la vie à bon marché, est-il surprenant que les Batignolles aient 05,000 habitants?