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CHAPITRE PREMIER

Les buttes Chaumont. — Défense de Paris en 1S14. — Les élèves de l'École polytechnique.

Le XIXe arrondissement est borné à l'ouest par le chemin d'Aubervilliers, jusqu'à la limite des terrains militaires. Il suit les fortifications jusqu'à la route de Romainville, d'où il revient par les rues du Parc et de Paris aux anciens boulevards extérieurs. De là, pour regagner son point de départ, il suit les boulevards de la Chopinette, du Combat, de la Btitte-Chaumont et de La Villette.

Les quatre quartiers du XIXe arrondissement sont ceux de La Villette, du Pont-de-Flandres, d'Amérique et du Combat.

Les buttes Chaumont, qui donnent leur nom au XIXe arrondissement, sont des hauteurs aux flancs accidentés qui n'avaient aucune espèce de notoriété avant la glorieuse défense de Paris. Dans la soirée du 29 mars 1814, l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le généralissime prince de Schwartzemberg, arrivèrent à Bondy. Ils avaient avec eux une armée de 119,000 fantassins et de 26,500 cavaliers. Les troupes françaises ne présentaient qu'un effectif de 23,540 hommes commandés par les ducs de Raguse et de Trévise. Pendant que ces troupes marchaient au-devant de l'ennemi, et que la garde nationale, sous les ordres du maréchal Moncey, occupait les barrières et les portes de l'intérieur, quatre pièces de canon étajtnt mises en batterie sur les buttes Chaumont.

Une opinion généralement accréditée associe aux buttes

Chaumont le souvenir des élèves de l'École polytechnique. C'est une erreur. Ils étaient, au nombre de 2 16, sur la chaussée de Vincennes, servant, avec le concours des artilleurs de la vieille garde, vingt-huit pièces de canon appartenant à l'artillerie de la garde nationale parisienne. Attaqués par des lanciers russes, et n'étant soutenus par aucune troupe, ils furent obligés de se replier sous la protection de deux autres batteries de six pièces chacune, placées à la barrière du Trône, et manceuvrées par des artilleurs à cheval et par des artilleurs de la marine. Quelques coups tirés à mitraille arrêtèrent l'ennemi ; une compagnie de cuirassiers et quelques pelotons de gendarmes le chargèrent avec impétuosité; il recula; les élèves reprirent leurs pièces qu'ils avaient abandonnées, et forcèrent les colonnes qui s'avançaient à tourner le bois de Vincennes par Fontenay, Nogent et Saint-Maur. Voici comment le fait d'armes des élèves de l'École est raconté par F. Kock dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1844 :

« Le major Évain crut devoir faire agir les réserves d'artillerie de la garde parisienne, servies par les élèves de l'École polytechnique. La route de Vincennes, soutenue des deux côtés par des murs de terrasse, n'étant accessible que de front aux troupes légères de l'ennemi, un tel avantage lui fit penser qu'il pouvait les y engager sans trop hasarder. Cet officier, sans s'arrêter au manque d'infanterie, et présumant d'ailleurs que le feu des premières pièces tiendrait en échec la cavalerie légère qu'elle aurait à combattre ; plein de l'espoir de former une utile diversion à l'extrême droite du duc de Raguse, ou d'empêcher du moins les troupes légères des alliés de le dé-

Paris. — Imprimerie de J. Claye, rue Saint-Benoit, 7.

border, partit vers une heure après-midi sous l'escorte de quelques gendarmes.

« Ces vingt-huit pièces, traînées à la prolonge par des chevaux de poste et de rivière, que conduisaient des charretiers inexpérimentés, formaient avec les caissons une colonne tellement allongée, que la queue en défilait encore à la barrière quand la tête atteignit l'extrémité de l'avenue. Au point où elle est coupée par le chemin de Charonne à Saint-Mandé, le major Évain fit mettre les premières en batterie sur la chaussée, et à sa gauche, dans la route de Charonne. Le feu s'alluma et commençait à inquiéter les lanciers russes postés en avant de Montreuil, lorsque le comte de Pahlem leur riposta avec une batterie légère, et ordonna au général Kamenew de les attaquer, en se portant sur elles, derrière les maisons et les granges du Petit-Vincennes; l'artillerie russe tira d'abord à cartouches, mais hors de portée, et la mitraille tomba sans effet en avant de nos canonniers. L'ennemi s'en aperçut, tira à boulet et démonta quelques pièces. Pendant ce combat d'artillerie, le général -Kamenew exécutait son mouvement. Pris d'abord en flanc, ensuite caché par les maisons, dérobé aux vues du château par le mur du parc, il arriva, en faisant un quart de conversion sur la chaussée et s'élança contre les batteries : les gendarmes qui les flanquaient à droite se replièrent, et rien ne les soutenant, elles firent volte-face.

« L'encombrement des pièces et des caissons, la frayeur des chevaux, l'inexpérience des conducteurs jettent le désordre dans la colonne. Les lanciers tuent, mettent hors de combat ou enlèvent les canonniers et s'emparent de leurs pièces. Mais au moment où le général Kamenew ne trouvait plus de front aucun obstacle, et croyait avoir le temps d'éviter la charge de flanc dont le menaçait le général Vincent avec les cosaques polonais, le colonel Ordener se frayant un passage à. travers les clôtures des jardins, tombe avec le 30e régiment de dragons sur le flanc de l'ennemi, et le force a lâcher prise. »

Le major Évain en profite pour rallier quelques pièces, les mettre en batterie, et seconder par un feu de mitraille la charge des dragons. A la barrière du Trône, la garde natiovale, malgré sa faiblesse, forme un détachement qui, sous les ordres du chef de bataillon Saint-Romain et du capitaine Calmer, se porte au soutien de l'artillerie.

Le général Kamenew se retire alors emmenant plusieurs pièces, et quelques prisonniers, au nombre desquels étaient six élèves de l'École polytechnique, quinze autres furent blessés la plupart de coups de lance, quelques-uns assez grièvement. La retraite de l'ennemi décida la rentrée dos réserves qui s'effectua sans autre événement.

Des historiens ont dit qu'Alexandre Ier, témoin des héroïques efforts des élèves de l'École polytechnique, avait crié à ses grenadiers : o Épargnez ces enfants! » C'est gratuitement qu'on lui prête ce mouvement de générosité, attendu qu'il était à plusieurs kilomètres du champ de bataille. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'un des élèves de l'École, renversé dans un fossé, allait être percé d'un coup de lance, lorsqu'un cavalier russe détourna le coup en criant : « Pas tuer jeune Français! »

Par qui donc étaient servies les pièces qui couronnaient les buttes Chaumont? Par des artilleurs de la marine, auxquels s'étaient unis des faibles détachements des 5e et 6" légions de la garde nationale, et peut-être aussi quelques élèves de l'École polytechnique. Cette poignée d'hommes fit bonne contenance, et repoussa l'assaut de la garde prussienne; mais, vers le soir, une colonne d'infanterie légère aux ordres du général Yermolow, protégée par des batteries, s'empara de la butte et se disposa à y établir des obusiers.

Des événements plus graves et plus décisifs, comme nous le verrons tout à l'heure, s'accomplissaient à La Villette.

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