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CHAPITRE VII

Église de La "Villette. — L'abattoir. — Le gibet de Montfaucon. — Enguerrand de Marigny. — Sa «habilitation. — Henri Capétal. Gérard La Guette. — Pierre Eemy. — Autres financiers au gibet. — Les deus clercs de l'Université. — Laurent Garnier.

Comme la plupart des villes d'industrie, La Villette est dépourvue de monuments. La mairie, qui est devenue celle du XIXe arrondissement, est une maison à deux étages. L'église paroissiale, construite par M. Lequeux, porte au chevet une tour avec quatre cadrans et un paratonnerre. L'école des garçons et l'école des filles forment les deux cotés de la place au milieu de laquelle le temple est isolé. La façade porte ces mots: Dominus Dei. Porta cœli. Adoremus. Elle est ornée d'une tête de Christ et de deux statues de Saint-Jacques et de Saint- Jean- Chrysostome. A l'intérieur on remarque une chaire en marbre blanc dont les dimensions sont malheureusement trop exiguës, et plusieurs fresques dont les principales représentent Jésus dans le désert et Jésus guérissant les aveugles. L'architecte de l'église a construit pour La Villette, en 1850, un abattoir spacieux et commode, où il entre annuellement de 35 à 40 mille têtes de bétail.

Des conférences et instructions familières très-suivies ont été faites, pendant le mois de mai 1860, dans l'église de La Villette, par Msr de Ségur, prélat de la maison du pape, chanoine-évèque du chapitre impérial de Saint-Denis, et par MM. Arnault, curé de Saint-Joseph, du Temple; Baret, du clergé de la Madeleine; Bastide, du clergé de Saint- Sulpice; Bossuet, vicaire de la Madeleine ; Cambier, aumônier de l'hôpital militaire du Gros-Caillou; de Caux, vicaire de Ménilmontant; Chantoine, aumônier de l'Orphelinat de Ménilmontant; Dumur, aumônier de la Salpêtrière; de Geslin, vicaire de Saint-Jacques-du-Haut-Pas ; de Girardin, chanoine honoraire de Notre-Dame de Paris; Tassy, vicaire de Saint- Denis-La-Chapelle. Les réunions étaient accompagnées de chants, et des livres de cantiques distribués gratuitement à tous les assistants.

On ne payait ni bancs ni chaises, et des places spéciales étaient réservées pour les hommes.

Plusieurs fois par semaine les séances étaient terminées par une distribution de bons livres, de crucifix, de statuettes de la sainte Vierge, de chapelets, etc., donnés en forme de loterie.

A l'est de la Petite -Villette était un monticule aussi célèbre que la Grève dans les annales parisiennes. Cette éminence n'avait probablement pas de nom avant que Philippe le Bel, en 1312, y fit établir les fourches patibulaires. Il est probable que ce ne fut qu'alors qu'elle fut désignée sous le titre de Montfaucon, à cause des oiseaux de proie qui tournoyaient sans cesse autour des cadavres. C'était dans ce lieu sinistre que les condamnés à mort étaient pendus ou exposés.

Il était entouré d'une enceinte de maçonnerie dans laquelle s'ouvrait une porte fermée et gardée avec soin, car il était à craindre que les corps exposés ne fussent enlevés pendant la nuit par des mains pieuses, ou sacrilèges. A la cime du mont, sur un massif de pierre, se dressaient seize piliers carrés cimentés, de manière à défier toutes les tempêtes. Us étaient unis par des poutres transversales auxquelles se balançaient, attachées avec des chaînes de fer, les misérables dépouilles des suppliciés.

Celui qui dirigea la construction des fourches patibulaires de Montfaucon, Enguerrand de Marigny, fut le premier qui l'étrenna. Quand Louis X voulut se faire sacrer, on ne trouva pas l'argent nécessaire dans les coffres de l'État.

« — Où sont, demanda-t-il , les décimes prélevés sur le clergé, les tailles dont le peuple a été surchargé, le produit de l'altération des monnaies?

— Sire, dit le comte de Valois, Marigny a eu l'administration de tous ces deniers ; c'est à lui à en rendre compte, »

Le ministre déclara qu'il était prêt à le faire ; et comme ses allégations étaient niées par Charles de Valois, il s'ensuivit une altercation dans laquelle tous deux tirèrent l'épée.

Peu de jours après Enguerrand fut arrêté; on l'accusa d'avoir détourné des sommes immenses, provoqué des émeutes par ses exactions, dégradé les forêts domaniales, altéré les monnaies et fabriqué des images de cire pour envoûter le roi, messire Charles et d'autres barons.

Montfaucon.

Malgré sa qualité de chevalier et de gentilhomme, il fut pendu le 30 avril 1315, avant le peint du jour, et. attaché au gibet de Montfaucon.

Cependant sa mémoire ne tarda pas à être justifiée; le roi même, qui l'avait abandonné, légua à sa famille 10,000 livres en considération de la grande infortune qui lui était advenue. Charles de Valois, malade, déclara publiquement qu'il croyait être frappé par le ciel en punition du procès du seigneur Enguerrand.

Le corps fut enlevé de Montfaucon, déposé au couvent des Chartreux dans une sépulture provisoire, et conduit dans l'église collégiale d'Écouis, qu'F.nguerrand avait fondée près des Andelys pour un dogue, douze chanoines et douze clercs. Nonseulement Charles de Valois paya tous les frais de la cérémonie funèbre, mais encore ses officiers distribuèrent des aumônes dans Paris, en disant à chaque pauvre . « Priez Dieu pour monseigneur Enguerrand de Marigny et pour monseigneur Charles de Valois ! »

En 1320, un homme riche, condamné à mort pour assassinat et détenu au Châtelet de Paris, séduisit le prévôt Henri Capétal , qui le délivra secrètement. Un détenu pauvre et obscur fut pendu au gibet de Montfaucon, sous le nom du riche; mais la fraude fut découverte. Des- commissaires, désignés par le roi, instruisirent l'affaire, et le prévôt prit au gibet la place de sa victime.

Un Auvergnat, nommé Gérard La Guette, maître de la monnaie et receveur général des revenus de la couronne, était accusé d'en avoir soustrait une partie. Pour le contraindre a avouer où il avait caché ses trésors, on lui donna la question avec tant de rigueur, qu'il mourut pendant les épreuves. Son corps, traîné par les rues, fut porté au gibet de Montfaucon.

Sous Charles IV, dit le Bel , le gibet de Montfaucon fut restauré avec soin par Pierre Remy, surintendant des finances,

qui y fut accroché lui-même, en 1328, après avoir été traîné à la queue d'un cheval dans les rues. La valeur de ses biens s'élevait à douze cents mille livres; Philippe de Valois jugea que c'était trop pour un particulier, et il livra Pierre Remy à un tribunal, qui le convainquit d'intrusion, l'envoya au supplice, et réunit au domaine, de la couronne les trésors du condamné.

D'autres financiers suivirent Pierre Remy : en 1331, Macé de Mâches, changeur du trésor royal, et en 1333, René de Siran, maître des monnaies.

Guillaume de Thignonville, prévôt de Paris, fit exécuter et mettre au gibet deux clercs convaincus de vol et d'assassinat, Léger du Moussel et Olivier Bourgeois. L'Université réclama, et le prévôt fut condamné à faire élever près de Montfaucon une croix de pierre sur laquelle furent sculptés les portraits des deux clercs. Peut-être est-ce celle dont les ruines mutilées sont sur les confins de La Chapelle et de La Villette. Le prévôt fut contraint en outre de détacher du gibet les deux clercs pendus depuis quatre mois, et de les baiser à la joue. Il les fit déposer sur une charrette couverte de drap noir; puis, accompagné de ses sergents, de ses archers, et d'hommes qui portaient des torches allumées, il vint faire amende honorable sur le parvis Notre-Dame, et présenter les corps à l'évêque, le 10 mai 1108. De là ils furent portés au couvent des Mathurins de la rue Saint-Jacques, où le recteur de l'Université les reçut et leur fit élever un tombeau.

En vertu d'un arrêt du parlement de Paris, Laurent Garnier avait été pendu à Montfaucon, pour avoir tué un collecteur des tailles. Après être resté pendu pendant un an et demi, sa mémoire fut réhabilitée d'une manière qui mérite d'être rapportée.

Il fut détaché à la sollicitation de son frère. Son corps fut mis dans un cercueil et porté, avec, tout l'appareil des pompes

LES BUTTES CHAUMONT

Une réclamation contre nn cocher.

funèbres, par les rues de Paris. De chaque côté, douze hommes vêtus de deuil marchaient en procession , torches et cierges en main. La marche était précédée par quatre crieurs portant sur leur dos les armoiries du défunt, faisant retentir leurs cloches et criant par intervalle : « Bonnes gens, dites vos patenôtres pour l'àme de feu Laurent Gantier, en son vivant demeurant à Provins, qu'on a nouvellement trouvé mort sous un chêne. Dites vos patenôtres; que Dieu bonne merci lui fasse! »

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