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CHAPITRE III

Le parc Saint-Fargeau. — Michel Le Pelletier. — Robespierre contre la peine de mort. — Le télégraphe de Belleville. — Le cimetière. — Le bal du lac Saint-Favgeau.

Sur le plateau de Belleville s'étendait , au commencement de ce siècle, un parc admirable créé par la famille Le Pelletier; il avait été nommé Saint-Fargeau, en mémoire de la seigneurie de ce nom, qui est actuellement un chef-lieu de canton du département de l'Yonne.

Les seigneurs de Saint-Fargeau avaient été investis d'importantes fonctions et possédaient des biens immenses; les plus connus sont : Claude Le Pelletier, prévôt des marchands de Paris et contrôleur général des finances ; Michel Le Pelletier, son frère, intendant des finances et directeur général des fortifications; Louis Le Pelletier, nommé président au parlement de Parisien février 174 '2, et son petit-fils, le conventionnel Michel Le Pelletier. Ce dernier, né à Paris le 29 mai 1 760, fut reçu président à mortier au parlement de Paris, au mois de juillet 1785. La noblesse parisienne l'envoya aux États-Généraux, et le département de l'Yonne a la Convention nationale. Il vota la mort du roi Louis XVI , et périt assassiné par un garde du corps nommé Paris.

Le jour même de l'exécution de Louis XVI, dans la séance du lundi 21 janvier 1793, la mort de Le Pelletier fut racontée en ces termes par Maure, son collègue de l'Yonne :

« C'est dans l'affliction la plus profonde et l'amertume de mon cœur que je vous dénonce l'assassinat d'un représentant du peuple, de mon cher collègue et ami Le Pelletier, député de l'Yonne, assassinat commis par un royaliste, hier, à cinq heures, chez le restaurateur Février, au jardin de l'Égalité.

« Le Pelletier avait coutume d'y prendre ses repas, et souvent, après nos travaux, nous y jouissions d'une conversation douce et amicale. Par une fatalité bien grande, je ne m'y suis pas trouvé, car peut-être aurais-je sauvé sa vie ou partagé son sort.

u A peine avait-il commencé son dine.r que six particuliers, sortant d'un cabaret voisin, se présentèrent à lui. Un d'eux, le nommé Paris, ex-garde du corps, dit aux autres :

« — Voilà ce coquin de Le Pelletier.

« 11 répondit avec sa douceur ordinaire :

« — Je suis Le Pelletier, mais je ne suis pas un coquin.

u — Scélérat ! répliqua Paris, n'as-tu pas voté pour la mort du roi?

« — Il est vrai, reprit Le Pelletier, parce que ma conscience me l'a commandé.

« A l'instant, l'assassin tira de dessous son habit un sabre, appelé briquet, et le lui plongea avec fureur dans le côté

gauche, au bas-ventre. Il lui fit une plaie profonde de quatre pouces et large de quatre doigts.

« L'assassin s'évada à l'aide de ses complices. Le Pelletier eut encore la douceur de lui pardonner, de prier qu'on ne. fît aucune poursuite. Ses forces lui permirent de faire sa déclaration â l'officier public, et de la signer. Il fut mis entre les mains de chirurgiens qui le conduisirent chez son frère, place Vendôme. J'y volai aussitôt, conduit par ma tendre amitié et par ma vénération pour les vei'tus qu'il pratiquait sans ostentation. Je le trouvai sur le lit de la mort, sans connaissance. Lorsqu'on me montra sa blessure, il prononça seulement ces deux mots :

« — J'ai froid !

« Il a expiré ce matin, à une heure et demie, en disant qu'il était satisfait de verser son sang pour la patrie ; qu'il espérait que le sacrifice de sa vie consoliderait la liberté; qu'il mourait satisfait d'avoir rempli ses serments. »

Dans la même séance, la Convention décréta qu'elle assisterait tout entière aux funérailles de Michel Le Pelletier, et que les honneurs du Panthéon français lui seraient décernés. Bazire demanda que quiconque cacherait le garde du corps Paris fût puni de mort; mais Robespierre combattit cette motion. « Elle est, dit-il, contraire à tous les principes. Quoi ! au moment où vous allez effacer de notre code pénal la peine de mort, vous la décréteriez pour un cas particulier! Les principes d'éternelle justice s'y opposent. Pourquoi, d'ailleurs, sortir de la loi pour venger un représentant du peuple? Vous ne le feriez pas pour un simple citoyen ; et cependant l'assassinat d'un citoyen est égal, aux yeux des lois, à l'assassinat d'un fonctionnaire public. Je demande que les lois existantes soient exécutées contre le meurtrier de notre malheureux collègue, et que, sur les propositions que l'on a faites, l'Assemblée passe à l'ordre du jour. »

L'ordre du jour fut adopté. La pompe funèbre de Le Pelletier fut célébrée, le jeudi 24 janvier, sur la place Vendôme, et 1 ■ corps fut porté dans les caveaux du Panthéon. Sa fille unique, âgée de huit ans, fut présentée le lendemain par son oncle, Félix Le Pelletier, S la Convention nationale, qui l'adopta au nom de la nation.

Le décret qui avait accordé à Le Pelletier les honneurs du Panthéon ayant été rapporté, le 8 février 1795, le corps fut rendu à la famille, qui lui fit ériger un tombeau dans le parc de Saint-Fargeau. Cette tombe, jadis isolée, est au nord-est du télégraphe, resserrée par les habitations qui sont groupées autour d'elle.

Le parc de Saint-Fargeau a été vendu par lots, et ses plus beaux arbres sont tombés sous la cognée. Le télégraphe qui a été établi à l'une de ses extrémités était le premier jalon de la ligne de Paris à Strasbourg.

C'est non loin de là qu'en 1790, peu de temps après que Chappe eût publié son invention, Dupuis, l'auteur de l'Origine des cultes, correspondait, du haut de sa maison, au moyen de la nouvelle machine, avec un savant de ses amis, qui habitait Bagneux.

Tout près de l'ancien télégraphe, aujourd'hui détrôné par l'électricité, et dont il ne reste plus que la tour, est le cimetière de Belleville, ouvert en 1809, pour remplacer celui qui, selon l'antique usage, entourait la vieille église.

Ce nouveau cimetière, dont les murs furent démolis en 1814, par mesure stratégique, fut loin d'être d'abord aussi considérable qu'aujourd'hui; mais il fut successivement agrandi eu 1828, 1832, 1836, 1842, 1843 et enfin en 1849 : c'est qu'aussi Belleville en 1809 n'avait guère que 2,000 âmes, taudis qu'on en comptait 80,000 au moment de l'annexion.

Au delà du cimetière, et tout près des fortifications, est un établissement public qui mérite une mention toute particulière ; c'est le bal du Lac de Saint-Fargeau.

Il y a environ six ans, cet emplacement était aride et d'aspect fort peu séduisant en vérité; néanmoins, un spéculateur, comprenant tout le parti qu'on peut tirer d'une pareille situation, achète le terrain, y fait creuser un lac où viennent se déverser les ruisseaux d'alentour, et puis il fait mouvementée le sol de sa propriété. Dès lors les monticules surgissent, les vallons se creusent et les méandres se courbent; des ombrages sont improvisés sur tout cela; pavillons, chalets et grottes sont dispersés dans ce nouvel Éden; des barques peuplent les eaux du lac, et les harmonies d'un orchestre de choix appellent, deux fois par semaine, les promeneurs d'alentour. Tel est à

MENILMONTANT.

peu près le croquis du lieu dit le Lac Saint- Fargeau; il y a loin de ces guinguettes nouvelles aux guinguettes fangeuses de l'ancienne Courtille.

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