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CHAPITRE VII

Le petit bonhomme. — Le chemin de la cloche. — La cressonnière. — La ferme de Chame. — Le chemin de ceinture. — Les deux tunnels.

Au-dessus de cette partie du territoire se trouve l'endroit appelé les Justices, dont nous avons dit ce que l'on pouvait en dire; et un peu plus loin, à gauche, est le lieu dit te Petit Bonhomme qui (pardon de ne pas finir la phrase, mais une

plume honnête ne peut pas toujours écrire ce qui se dit à la banlieue.) Le Petit Bonhomme qui est un groupe d'habitations perchées là comme un village à part; il est composé presque uniquement de cabarets sans façon et de marchands de galette sans cérémonies; près du Rat Goutteux, l'un de ces établissements rustiques, est une sorte de curiosité que l'on faisait voir jadis au profit des orphelins du choléra : le propriétaire du lieu avait eu la singulière fantaisie de rassembler, dans une grotte éclairée de certaine façon, des résidus de coquilles, des morceaux de cristaux, de porcelaine, des pierres, des débris de vases nocturnes, etc. ; il faisait regarder le tout à travers un verre grossissant, et celui qui avait vu cette étrange curiosité sortait de la en se creusant la tête pour deviner ce qu'on avait eu la prétention de lui faire voir.

Nous ne pensons pas que la caisse des orphelins du chol ra se soit considérablement enflée des recettes produites par l'optique du Petit Bonhomme qui

De là, des sentiers chers aux amoureux, des viettes sinueuses vont se perdre dans les vignes; de ci, de là surgit en dôme la tête de quelque noyer solitaire, puis un rideau de peupliers aux cimes échancrées en tuyaux d'orgue forme le fond du paysage.

Les sergents do ville de cette portion du nouveau Paris auront en automne a surveiller la vendange et la cueillette des fruits.

A gauche du Petit Bonhomme qui descend un chemin

raviné comme le lit d'un torrent, c'est le chemin de la Cloche où se trouve une source d'eau parfaitement potable. Cette source, qui du reste est très-abondante et ne tarit jamais, a failli devenir, il y a deux ou trois ans, une mine d'or pour les habitants d'alentour : sa présence aurait fait songer, dit-on, à établir près de là un parc aux bestiaux pour remplacer les marchés de Poissy et de Sceaux, trop éloignés de la capitale. Les projets surgirent donc, et un plan lithographie en fut même mis en circulation. Nous laissons à juger des châteaux en Espagne qui en furent la conséquence ! La ville de Paris auraitelle eu jamais assez de millions pour satisfaire aux exigences de ces propriétaires de bicoques? En ces temps de projets, que de gens qui spéculent sur l'expropriation '. Mais voilà que le décret d'annexion vint un beau matin désillusionner tous nos richards en perspective.

Do la source dont il jaillit, le ruisseau de la Cloche fuit en roucoulant à côté de la route, traverse sous un pont la chaussée de Charonne à Belleville, et allait, jadis se perdre dans les Noues, sortes de flaques d'eau où le cresson poussait en abondance ; de là le nom de Cressonnière que portait naguère encore cette partie du territoire ; mais des habitations se sont depuis lors élevées à l'endroit où foisonnait l'hygiénique sa-

lade, et l'on a été obligé de se débarrasser des eaux dans un égout. Près de là florissait, il y a quelques vingt ans, la ferme du Chame ; cet établissement, qui certes eût fait flores au temps de madame Deshoullières, avait des étables et des cuisines également bien montées, et ses tonnelles étagées sur une colline ombreuse dominaient un charmant paysage; néanmoins, la ferme du Chame n'a eu qu'une vogue passagère et n'existe plus que de nom, mais ce nom existe dans les actes et survivra longtemps.

Reste maintenant à parler de la fraction du chemin de ceinture qui traverse notre arrondissement, fraction qui, certes, est la plus intéressante de la ligne sous le rapport de l'art et. des difficultés vaincues. Cette ligne que nous avons vue plonger aux flancs des buttes St-Chaumont passe sous Belleville par un long tunnel dont elle sort à la rue de la Mare-, elle passe un instant à niveau, puis se courbe dans une tranchée et s'engage dans un autre tunnel pour reparaître à Charonne. Là, après avoir franchi une nouvelle tranchée de quelques centaines de mètres, elle arrive au débarcadère à niveau et file à travers champs et jardins pour sortir de notre, arrondissement par le cours de Vincenncs dont elle détruit l'harmonie.

Dans le tunnel qui passe sous Belleville les ingénieurs n'ont rencontré que des difficultés prévues et auxquelles on a paré par les moyens ordinaires; mais le parcours de Ménilmontant à Charonne a été hérissé de difficultés qui ont mis la science aux abois.

En effet, dès que l'on eut creusé la tranchée au-dessus de la rue des Amandiers, on se trouva dans une couche de glaise qui, une fois entamée, se mit à couler malgré les travaux de soutènement, et menaça d'entraîner dans sa marche toute la partie supérieure de la montagne avec ses habitations; une fabrique de cuirs vernis et plusieurs autres maisons, qui se trouvaient au bord et que l'on croyait avoir suffisamment garanties, s'écroulèrent dans la tranchée avec les éperons de pierres et tout ce que l'on avait pu imaginer pour les soutenir; jusque dans la rue du Retrait, située bien au-dessus, on voyait les maisons se lézarder dans les caves : une catastrophe paraissait, imminente.

En cette occurrence, il fallut, coûte que coûte et au plus vite, recourir aux grands moyens, et des contre-forts arc-boutés furent construits à grands frais le long des parois. Quant au tunnel du Père-Lachaise, c'est, à dire d'experts, un tour de force en l'espèce, car il fallut passer sous des sources, à travers des terrains liquides et des moutardes; tantôt donc c'était une source qui, du faîte de l'excavation, se précipitait dans les travaux comme une cataracte ; tantôt, c'étaient des parties que l'on croyait bien assujetties qui s'affaisaient tout à coup menaçant d'engloutir les travailleurs; une autre fois c'était un coulis de glaise qui, brisant comme verre des madriers énormes, se précipitait comme une avalanche, interceptant les travaux pour plusieurs jours; heureusement que presque toujours les ouvriers purent être retirés par des puits que l'on avait creusés de distance en distance; enfin, malgré toutes les précautions prises, il périt sept hommes dans le parcours de La Villette à Charonne.

Pour résister à tant d'obstacles, on fut obligé de construire sous le Père-Lachaise un tunnel tabulaire : c'est un vaste tube en maçonnerie, de mille quinze mètres de long, pratiqué au milieu de terres mouvantes, de sources et de cours d'eau souterrains ; en outre on fit une double voûte pour résister le plus possible aux infiltrations, et un service spécial est organisé pour veiller continuellement à sa conservation. Tous les jours donc, les ouvriers chargés de ce travail visitent les lignes de repère tracées de distance en distance, et dès qu'on aperçoit la moindre déviation, vite à la besogne : on reconsolide, on remplace, on tâche de parer à tout, rien ne coûte. C'est qu'il faut malgré tout résister aux ébranlements, et quand une machine Crampton, pesant à vide 90,600 kilogr., galope là-dedans avec une quarantaine de wagons chargés, c'est un véritable tremblement de terre qui secoue la montagne de fond en comble.

Au flanc droit de l'usine de la maison Houy-N'avarre aboutit un chemin en pente que coupe la ligne du chemin de fer et que l'on nomme Rue de Madame : c'était autrefois une avenue plantée d'ormes qui du château de Bagnolet venait en biais gagner le chemin de Charonne; cette allée superbe, route ordinaire de Madame, duchesse d'Orléans, lorsqu'elle venait de Paris, fut par cela même appelée Avenue de Madame.

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