‹ Le nouveau ParisChapitre 31 sur 441 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

- Un pauvre libraire. — Martin Lhomme.

— La Saint-Barthélémy.

Sous les successeurs de Louis XI, absents ou occupés de guerres étrangères, Paris ne joua qu'un rôle secondaire. 11 soutint Louis XII dans ses luttes avec le pape Jules II, et la troupe des Enfants Sans-Souci , qui représentait des farces et sotties, joua aux halles de Paris, le mardi gras de l'an 1511, le Jeu du prince des sots et Mère sotte. Celle-ci paraissait sur les tréteaux en costume pontifical , coiffé de la tiare, et débitait ces vers :

Le temporel veux acquérir Et faire mon nom florir.

En bref voilà mon entreprise.

Je me dis Mère sainte Eglise , Je veux bien que chacun le note , Je maudis, j'anathématise; Mais sous l'habit pour ma devise Porte l'habit de Mère sotte.

Mère sotte demandait des secours aux gentilshommes qui la repoussaient, puis au clergé, auquel elle disait:

Prélats , desbont . allarme , allarme ,

Abandonnez église, autel,

Que chacun de vous soit bien farme,

Que l'assaut aux princes on donne , ■

J'y veux être en propre personne.

Frappez de crosses et de croix !

Je suis la more sainte Eglise !

Au dénoùment Mère sotte était démasquée; puis venait le Moralité de l'homme obstiné; c'était le pape, dont la pieuse milice était maltraitée sans mesure. Les Parisiens battaient des mains à ces essais dramatiques où Hypocrisie et Simonie, protectrices de VHomme obstiné, avaient pour adversaires Pugnicion divine.

Rabelais osa lancer ses histoires fantastiques de Gargantua et de Pantagruel. Sous le couvert d'obscénités, il cacha des traits sarcastiques contre les prêtres et les moines. Les Parisiens applaudirent encore, ce qui ne les empêchait pas d'être des catholiques dévoués, même jusqu'au fanatisme. Quand François I" fit estrapader et brûler six pauvres hères coupables de ne pas croire à la transsubstantiation, Paris eut des imprécations, non pour les bourreaux, mais pour les victimes; il n'eut pitié ni d'Etienne Dolet , pendu et brûlé à la place Maubert , le 3 août 1546, pour une traduction hérétique de Platon, ni du loyal Anne Du Bourg, qui avait osé dire en plein Parlement : « Des hommes commettent contre les lois plusieurs crimes dignes de mort, tels que les blasphèmes réitérés, les adultères, les débauches , et ces crimes restent palliés ou impunis ; mais on provoque des supplices contre des gens auxquels on ne peut reprocher aucun crime. Ce qui fait qu'on les regarde comme récidives, c'est parce qu'ils ont révélé, à la faveur de l'Écriture, les turpitudes de la puissance romaine qui penche vers sa ruine, et qu'ils demandent une solution réformatrice. » Henri II et Diane de Poitiers, sa maîtresse, firent arrêter le digne magistrat, qui , après un long procès, fut pendu sur la place de Grève, le 20 décembre 1559.

Un fait démontre à quel point le peuple de la capitale était alors fanatisé. Rue du Mûrier, près de la rue Saint-Victor, à l'enseigne des Trois marches du degré, demeurait Martin Lhomme, imprimeur et libraire (pauperculus librarius, dit l'historien de Thou). Il est arrêté, le 23 juin 1560, sous l'inculpation d'avoir imprimé des épîtres, livres et cartels diffamatoires ; la cour ordonne qu'il sera pendu et brûlé ; que ses biens seront confisqués, que ses livres seront brûlés en sa présence. Le 15 juillet on le mène au supplice, sur la place Maubert. Robert Dehors, négociant de Rouen, qui venait d'arriver là par hasard, et dont le cheval entrait à l'écurie, entend les clameurs d'une populace irritée, et, sans connaître la nature du crime imputé au supplicié, il apostrophe la foule en ces termes : « Quoi! mes amis; ne vous suffit-il pas qu'il meure? le voulezvous tourmenter plus que sa sentence le porte? » Là-dessus, il est appréhendé au corps, et, le 19 juillet, pendu et étranglé à la même place Maubert, pour raison des propos scandaleux et blasphèmes qu'il avait proférés contre l'honneur de Dieu et de la glorieuse Vierge Marie, en induisant le peuple à sédition et à scandale public.

L'irritation du peuple parisien coùtre les huguenots grandit, pendant les guerres civiles, au récit des dévastations commises par eux dans les églises, dans les couvents. Lorsque, après avoir attiré à Paris les chefs du parti, Catherine de Médicis médita leur perte, elle trouva, dans les autorités et dans les habitants de la capitale, un horrible empressement.

Les protestants auraient dû deviner ce qui se tramait contre eux aux regards sombres qui leur étaient lancés, aux provocations qui leur étaient adressées dans les rues. Dès que le massacre fut décidé, on fit venir Jean le Charron. H reçut avis d'avoir à distribuer des armes aux bourgeois en leur apprenant que la volonté du roi était qu'on exterminât les huguenots. Le duc de Guise se fit présenter le rôle des taxes sur lesquelles on releva avec soin les noms et adresses des réformés. Tous les capitaines, lieutenants, enseignes et bourgeois eurent ordre de se tenir en armes à la première réquisition, par les cantons et carrefours de la ville , pour exécuter le commandement de Sa Majesté. Une ordonnance royale du 20 août 1557 accorde au prévôt des marchands, aux quatre échevins, procureur du roi et receveurs, 2,100 livres tournois pour acheter armes et chevaux pour la sûreté de leurs personnes, et agir contre les traîtres, ennemis du roi et de Dieu, et pour reconnaître si les rondes, sentinelles et guets de la nuit sont bien disposés et exactement faits suivant la volonté du roi , comme ses prédécesseurs ont fait en cas semblables.

Dans la soirée du 24 août 1572, tous les bateaux furent réunis et solidement amarrés sur la rive droite de la Seine ; toutes les portes furent fermées ; les quarteniers des seize quartiers, les cinquanteniers et les dizainiers distribuèrent à leurs hommes, comme signe de ralliement, des manches blanches qui devaient se mettre au bras gauche, et des croix blanches pour attacher aux chapeaux.

Les portes des protestants furent marquées à la craie. Les Suisses prirent position au Louvre, les gardes-françaises le long de la Seine, les hallebardiers près de la tour de l'Horloge, ou dans des embarcations réservées. Chose inouïe! ces prome-

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