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CHAPITRE XVIII

Paris depuis Louis XIV jusqu'il nos jours.

Après les troubles passagers de la Fronde, où il fut versé plus d'encre que de sang, la monarchie absolue, telle qu'elle avait été constituée par le cardinal de Richelieu, et qui prenait pour devise un soleil, fit rejaillir son éclat sur Paris, dont Vauban disait ; « Cette ville est à la France ce que la tête est au corps humain : c'est le vrai cœur du royaume, la mère commune de la France, par qui tous les peuples de ce grand État subsistent, et dont le royaume ne saurait se passer sans décheoir considérablement. » Du règne de Louis XIV datent les Académies, à l'exception de l'Académie française, l'Observatoire, l'Opéra et la Comédie-Française, l'Hôtel des Invalides, la colonnade du Louvre, la Salpêtrière, le palais des Quatre- Nations. En même temps de vastes places s'ouvraient dans tous les quartiers de la ville : la place du Carrousel, qui recevait son nom de cette fameuse fête donnée en 1662 par Louis XIV; la place Vendôme, commencée par Louvois et terminée par Pontchartrain, sur les dessins de Mansard; la place des Victoires, due à la reconnaissance du maréchal de La Feuillade pour les bienfaits de Louis XIV. Aux extrémités de la ville s'élevaient les arcs de triomphe des portes Saint-Denis et Saint-Martin encore debout. On restaurait celui de la porte

Saint-Antoine, démoli eu 1777. Tandis que tombaient les anciennes murailles, les fossés se comblaient et se couvraient des arbres qui bordent aujourd'hui les boulevards; la butte Saint- Roch et ses moulins disparaissaient; les rues s'élargissaient, les quais, les ports se construisaient. Du temps de Louis XIV date l'invention des omnibus et de la petite poste.

Biaise Pascal fut le créateur des omnibus qu'on appela d'abord les carrosses à cinq sous. Le conseil royal , par un arrêt du 19 janvier 1002, en approuva l'usage, et des lettres patentes en autorisèrent rétablissement en faveur du duc de Roannez, pair de France, gouverneur et lieutenant générai du Poitou; du marquis de Sourches, chevalier des ordres du roi, grand prévôt de l'hôtel, et du marquis de Creuan, graud échanson de France.

Les carrosses à cinq sous allaient d'un quartier à un autre, en suivant des routes déterminées, et déposaient ou prenaient des voyageurs en route. Ils étaient principalement créés, aux termes des lettres patentes, « pour la commodité d'un grand nombre de personnes peu accomodées, comme plaideurs, gens infirmes et autres, n'ayant pas le moyen d'aller en cliaise ou en carrosse, à cause qu'il en coutoit une pistole ou deux écus pour le moins par jour. »

Ce fut le 18 mars 1002 que les carrosses à cinq sous commencèrent à circuler, comme nous l'apprend Loret, dans sa Gazette en vers :

L'établissement des carrosses Tire's par des chevaux non rosses, Mais qui pourront k l'avenir, Par leur travail le devenir, A commence' d'aujourd'hui mesme :

Commodité sans doute extresme, Et que les bourgeois de Paris, Considérant le peu de prix Qu'on donne pour chaque voyage, Prétendent bien mettre en usage.

Ceux qui voudront plus amplement Du susdit établissement Sçavoir au vrai les ordonnances.

Circonstances et dépendances, Les peuvent lire tous les jours Dans les placards des carrefours.

Le dix-huit de mars notre reine D'écrire cecy prist la peine.

La première ligne allait de la porte Saint- Antoine au Luxembourg. On en établit cinq ou six autres les années suivantes. La sœur de Pascal, M" Périer, dans une lettre qui est conservée à la Bibliothèque de l'Arsenal, rend compte du grand succès de l'entreprise :

u L'établissement, dit-elle, commença samedi à sept heures du matin; mais avec un éclat et une pompe merveilleux. On distribua les sept carrosses dont on a fourni cette première route. On en envoya trois à la porte Saint-Antoine et quatre devant le Luxembourg, où se trouvèrent en même temps deux commissaires du Chàtelet eu robe, quatre gardes de monsieur le grand prévost, dix ou douze archers de la ville et autant d'hommes à cheval.

o Quand toutes les choses furent en état, messieurs les commissaires proclamèrent rétablissement, et, en ayant remontré les utilités, ils exhortèrent les bourgeois de tenir main-forte, et déclarèrent à tout le petit peuple que si on faisoit la moindre insulte, la punition serait rigoureuse, et ils dirent tout cela de la part du roi. Ensuite ils délivrèrent aux cochers chacun leurs casaques, qui sont bleues, des couleurs du roi et de la ville, avec les armes du roi et de la ville en broderies sur l'estomac, puis ils commencèrent la marche.

« Alors il partit un carrosse avec un garde de monsieur le grand prévost dedans. Un demi-quart d'heure après, on en fit partir un autre, et puis les deux autres dans des distances pareilles, ayant cbacun un garde, qui y demeurèrent tout ce jourlà. Lu même temps les arcbers de la ville et les gens de cheval se répandirent par la route,

u Du côté de la porte Saint-Antoine, on pratiqua les mêmes cérémonies, à la même heure, pour les trois carrosses qui s'y étoient rendus, et on observa les mêmes choses qu'à l'autre côté pour les gardes, pour les archers et pour les gens de cheval. Enfin la chose a été si bien conduite qu'il n'est pas arrivé le moindre désordre, et ces carrosses-là marchent aussi paisiblement comme les autres. »

Mme Périer poursuit sa lettre en disant que les carrosses attirèrent aussitôt la foule; « il y alla même des femmes, » et elle voulut elle-même y monter pour se rendre chez son frère. Elle attendit en conséquence le carrosse à la porte de Saint- Merry, dans la rue de la Verrerie; mais elle se vit sur le point de maudire les nouvelles voitures, car elle eut le déplaisir d'en voir passer cinq devant elle sans pouvoir y prendre place : elles étaient toutes pleines.

Ces beaux résultats n'empêchèrent pas l'entreprise de tomber. Le Parlement n'avait enregistré les lettres patentes, le 7 février 1(162, qu'à la charge que « les soldats, pages, laquais et autres gens de livrées, même les manœuvres et gens de bras, ne pourraient entrer èsdits carrosses. »

Cette exclusion de la classe la plus nombreuse fut la perte de la spéculation, et ce ne fut qu'en 1828 que les véritables omnibus reparurent à Nantes, d'où ils vinrent peu de temps après à Paris.

C'est encore le gazetier Loret qui nous fournit des renseignements sur la petite poste, à la date du 20 août 1653 :

On va bientôt mettre en pratique, m

Pour la commodité publique,

Un certain établissement

( Mais c'est pour Paris seulement)

De boites nombreuses et drues

Aux petites et grandes rues ,

Où, par soi-même ou son laquais,

On pourra porter des paquets ,

Et dedans à toute heure mettre

Avis, billet, missive ou lettre,

Que des gens commis pour cela

Iront chercher et prendre la ,

Pour d'une diligence habile

Les porter par toute la ville...

Ceux qui n'ont suivants ni suivantes,

Ni de valets, ni de servantes,

Ayant des amis loin logés,

Seront ainsi fort soulagés.

Outre plus, je dis et j'annonce

Qu'en cas qu'il faille avoir réponse,

On l'aura par même moyeu.

Et si l'on veut savoir combien

Coûtera le port d'une lettre

( Chose qu'il ne faut pas omettre ) ,

Afin que nul ne soit trompé,

Ce ne sera qu'un sou tapé.

Jusqu'en 1667, le lieutenant civil du prévôt de Paris avait été chargé à la fois de la justice et de la police. Celle-ci ne se faisait qu'imparfaitement, puisque, d'après Boileau, le bois le plus funeste était un lieu de sûreté au prix de Paris. Un réquisitoire du procureur général au Parlement du 9 décembre 1602 constate les désordres, assassinats et voleries qui se commettaient de jour et de nuit. Le 15 novembre 1060, en plein jour, un hôte du roi, l'abbé Bruneau, logé au Louvre, fut assassiné chez lui par trois voleurs, dont l'un parvint à se sauver, le second fut pris, et le dernier tué de trois coups de mousquet. La Muse dauphine de Subligny nous raconte ainsi le fait :

Savez-vous le funeste sort Du vieil abbé Bruneau qu'où estimait si fort? De quel rempart, bon Dieu! faut-il que l'on se couvre

Si le Louvre ne suffit pas

A nons sauver d'assassinats!

Lundi, quinzième de novembre.

En plein jour, trois voleurs montèrent dans sa chambre ,

Le tuèrent de treize coups...

Cet événement décida sans doute la création de la charge de lieutenant général de police. Le premier titulaire, M. de La Revoie , pour réprimer les excès des voleurs et des rôdeurs de nuit, fit placer de distance en distance des lanternes : invention qui parut si admirable, qu'elle fut célébrée par une médaille avec cette légende: Urbis securitas et lùtvr. Qu'aurait-on dit de l'éclairage électrique?

Le successeur de La Reynie, Voycr d'Argenson, commença à organiser le service des pompes à incendie.

A la fin de ce long règne, on comptait à Paris plus de cinq cent mille habitants, cinq cents grandes rues, neuf faubourgs, cent places, neuf ponts, et vingt-deux mille maisons, dont quatre mille à porte enchère.

Les embellissements de Paris durent contribuer au passif de

HISTOIRE GÉNÉRALE

3 milliards qui fut laissé par Louis XIV. La pénurie du trésor lit accueillir favorablement l'Écossais Jean Lavv, qui vint à Paris avec une grande fortune et de grandes idées financières. Il obtint la permission d'établir une banque privée au capital de 6 millions, divisés en douze cents actions de 6,000 livres chacune. Cette banque était autorisée à escompter la lettre de change, à se charger des comptes des négociants et a émettre des billets au porteur. Law créa ensuite une compagnie des Indes occidentales pour exploiter la Louisiane et les bords du Mississipi. Elle était destinée à jouer en Amérique le rôle que VEast-India Company a rempli dans l'Hindoustan. Ainsi, Law, après avoir créé la banque de France, y ajoutait la société par actions et l'appliquait à une gigantesque entreprise. Malheureusement, comme il fallait à tout prix de l'argent, on eut recours à l'agiotage. La rue Quincampoix en fut le centre. Dans cette rue, qu'on appela le Mississipi, dit un historien anonyme, était une foule immense occupée à spéculer du matin jusqu'au soir; les souscriptions divisées en coupons, et rendues transmissibles comme des billets au porteur au moyen d'un simple endossement, avaient singulièrement facilité les spéculations. Toutes les classes de la société s'étaient confondues dans la trop fameuse rue, des gens d'épée et de robe, des hommes d'église, moines, prêtres, abbés, prélats, des bourgeois paisibles, des artisans laborieux, des domestiques, des femmes même s'étaient fait spéculateurs ; aux Parisiens s'étaient bientôt joints des provinciaux et des étrangers venus de toutes parts: tout le monde accourait au rendez-vous commun de la fortune. Les créanciers y apportaient leurs remboursements, les propriétaires la valeur de leurs terres ; les grandes dames ellesmêmes la valeur de leurs diamants; les aventurières, qui n'avaient d'autres fonds que leurs talents de galanterie, voulurent essayer s'il ne leur serait pas possible de participer aussi aux gains du système. Il y en avait un bon nombre qui stationnaient dans les environs du Mississipi.

Les cafés, déjà très-nombreux à Paris , quoique le premier n'eut été établi que sous Louis XIV, étaient remplis de spéculateurs aux environs de la rue Quincampoix. Les boutiques et les appartements avaient été transformés en bureaux où l'on débitait des actions et des billets d'état. On cite un bossu qui se fit des rentes solides en prêtant son dos pour servir de table aux parties contractantes. Un savetier qui travaillait sous quatre planches adossées au mur d'un jardin, commença par garnir son échoppe de petits tabourets pour y faire asseoir les femmes que la curiosité attirait en ce lieu ; cette idée lui réussissant, il abandonna son premier métier pour fournir des plumes et de l'encre dans les opérations qu'on venait faire dans sa petite boutique, lorsque l'impatience des négociants ne leur permettait pas d'entrer dans les bureaux ordinaires. Son attention dans sa nouvelle industrie, jointe à la rétribution des sellettes, lui valurent jusqu'à 200 livres par jour. Il y eut des fortunes si brusquement faites, qu'on prétendit que certains Mississipiens s'étaient oubliés jusqu'à monter par distraction derrière leur propre carrosse, en souvenir de leurs anciennes habitudes. On en cite un qui , pressé de célébrer sa nouvelle fortune par un grand festin , acheta en bloc le fonds de boutique d'un orfèvre; sa femme, ne connaissant pas bien l'usage de tous les objets achetés, servit, au milieu de la vaisselle plate, des ornements destinés au culte et aux cérémonies religieuses. Tout à coup la panique se fit. Par un édit, en date du 5 mars 1720, la banque fut réunie à la Compagnie, le prix des actions fixé irrévocablement à 9,000 livres, et un bureau ouvert à la banque pour échanger à volonté une action contré 9,000 livres billets, ou 9,000 livres billets contre une action. Un autre édit, du 21 mai 1721, annonça la réduction progressive des actions et des billets. Elle devait commencer le jour même de la publication de. l'édit, et continuer de mois en mois jusqu'au 1er décembre. A ce dernier terme, l'action ne devait plus valoir que 5,000 livres, le billet de 100 livres ne plus en valoir que 50, celui de 1,000 que 500. Law fut discrédité; on lui ôta la charge de contrôleur des finances , et il eût été victime de la rage des spéculateurs déçus, s'il n'avait pris le parti de s'enfuir à Bruxelles. L'élévation et la chute de Law et de son système sont les seuls événements auxquels Paris ait pris une part active jusqu'à la révolution. La cour s'amuse sans songer qu'elle creuse le gouffre du déficit. La bourgeoisie recueille évidemment la théorie des réformateurs ; un vernis de frivolité et dMnsouciance semble répandu sur toute la société ; l'esprit mobile du Parisien s'occupe tour à tour ou simultanément des

querelles religieuses soulevéee par la bulle Unigenitus et des discussions littéraires du café Procope; de ce qui se passe dans le boudoir des favorites et de ce qui se passe à Ferney, d'où Voltaire répand sa lave sur l'Europe; de l'Encyclopédie et de l'Opéra; de Gluck et de Piccini; des économistes; des parties fines, des insurgents, des pantins, du Mariage de Figaro, des ballons, de la décomposition de l'eau, du parfilage, du magnétisme , des coiffures au Tézisson , du compte-rendu de Necker et des poufs au sentiment.

Le règne de Louis XV vit naître les réverbères, qui furent inventés par l'abbé Matherot de Preigney et Bourgeois de Chàteaublanc. Le privilège de l'éclairage public leur fut accordé le 28 décembre 1745, et le même jour parut un poëme intitulé : les nouvelles lanternes , dont l'auteur, Valois d'Orville, célébrait avec enthousiasme les bienfaits d'une découverte aussi utile pour la sécurité des habitants.

Le règne de la nuit désormais va finir; Des mortels renommes par leur sage industrie, De leur climat sont prêts à la bannir :

Vois les effets de leur génie :

Pour placer la lumière en un corps transparent, Avec un verre épais une lampe est fermée, Dans son centre une mèche, avec art enfermée,

Frappe un réverbère éclatant,

Qui, d'abord la réfléchissant, Porte contre la nuit sa splendeur eiTflammée.

Globes brillants , astres nouveaux, Que tout Paris admire au milieu des ténèbres,

Dissipez leurs horreurs funèbres

Par la clarté de vos flambeaux !

Sous l'administration de M. de Sartines, lieutenant de police, par un arrêt du 30 juin 1769, une compagnie fut autorisée à fournir Paris de réverbères, de les entretenir d'huile et de tout ce qui était nécessaire à leur service, à l'exception des boites et potences en fer : le tout moyennant quarante-trois livres douze sous par an pour chaque bec de lampe.

Paris contenait, en 1789, plus de 50,000 maisons, dont 500 beaux hôtels. Il était percé de 967 rues, éclairées par un nombre suffisant de réverbères. On y comptait 46 églises paroissiales et 20 autres églises qui en remplissaient les fonctions, 3 abbayes d'hommes, 8 de filles, 133 monastères ou communautés séculières ou régulières d'hommes ou de filles, 15 séminaires, 10 collèges, 26 hôpitaux, 45 égouts, 60 fontaines, 12 marchés, 3 arcs de triomphe et 5 statues colossales de bronze.

Le corps de la maison de ville, dont les bases électives avaient été graduellement sapées, comprenait le prévôt des marchands, nommé par le roi pour deux ans, mais dont la commission était ordinairement renouvelée; un gouverneur et lieutenant général de la ville, prévoté et vicomte de Paris; sept échevins; sept conseillers du roi de l'Hôtel de Ville; quatorze conseillers-échevins; quinze conseillers et vingt quarteniers de la ville; soixante-quatre cinquanteniers (quatre dans chaque quartier); deux cent cinquante-six dizainiers (seize dans chaque quartier) ; un procureur et avocat du roi et de la ville; un substitut; un greffier; un trésorier; plusieurs payeurs des rentes et contrôleurs ; un directeur général des domaines et octrois de la ville; un architecte des bâtiments; un arpenteur géographe; deux inspecteurs des fontaines publiques; un bibliothécaire historiographe.

Tous les ans, le jour de Saint-Roch, le prévôt des marchands, les échevins, les conseillers de ville, les quarteniers, et deux bourgeois notables , mandés de chaque quartier, s'assemblaient dans la grande salle de l'Hôtel de Ville et procédaient à l'élection de deux échevins, en remplacement des deux anciens échevins qui sortaient. La force armée de la ville se composait des anciennes compagnies d'arbalétriers, d'archers et d'arquebusiers, et d'une compagnie de fusiliers, créée par lettres patentes du 14 décembre 1769. Les mêmes lettres accordaient à cette petite troupe de trois cent quatre hommes (soixante-seize par compagnie) le rang de gendarmerie et de maréchaussée de France. Elle était commandée par un capitaine général colonel, et à son service étaient attachés un capitaine d'artillerie, garde des armes de la ville, et un conducteur des feux d'artifice. Constitués de la sorte, ni le corps municipal, ni la force armée, ne pouvaient porter le moindre ombrage à la royauté.

Appelés par lettres patentes du 28 mars 1789 à nommer des électeurs qui choisiraient des députés aux États-Généraux, les

Parisiens y procédèrent avec une vive animation ; ils étaient autorisés à désigner quarante représentants, « les contributions de la ville de Paris, sa population , le commerce de ses habitants, ses relations nécessaires avec toutes les provinces du royaume devant lui assurer une députation proportionnée à son importance, à sa richesse et aux ressources qu'offraient en tous genres ces établissements. »

Les élus furent , pour le clergé :

Perrotin de Barmond, conseiller-clerc au Parlement de Paris ; de Juigné, archevêque de Paris ; Bonneval , chanoine de Notre- Dame; Dom Chevraux, général de la congrégation de Saint- Maur; Chevreuil, chancelier de l'église de Paris; Dumouchel, recteur de l'Université ; Gros , curé de Saint-Nicolas du Chardonnet; Legros, prévôt de Saint-Louis du Louvre; Yeytour, curé de Saint-Gervais ; l'abbé de Montesguières, agent général du clergé de France.

Pour la noblesse :

Le comte de Clermont-Tonnerre, pair de France ; Dionis du Séjour, conseiller au Parlement; le comte de Lally-Tollendal ; le duc de la Rochefoucauld ; le marquis de Lusignan, lieutenant général des armées du roi; le comte de Mirepoix; le marquis de Montesquieu; Lezensac, premier écuyer de Monsieur; Le Pelletier de Saint-Fargeau, président au parlement; le comte de Castries; Duport, conseiller au Parlement.

Pour le tiers état :

Sylvain Bailly, membre des Académies française, des sciences et des belles-lettres; Berthercau, procureur au Chàtelet; Bévière, notaire; Debonrges, Germain, Peignot, négociants; Desmeuniers, homme de lettres; Desfaus, notaire; Garnier, conseiller au Chàtelet; le docteur Guillotin; Target, Hutteau, Martineau, Ducellier, Treilhard, Camus, Tronchet, avocats; Lemoine, orfèvre; Siéyès , chanoine et grand vicaire de Chartres; Vignon, ancien consul.

La majorité des représentants de la ville de Paris appuya la métamorphose des États-Généraux en Assemblée nationale constituante, et fut soutenue par ses commettants, qui répondirent aux menaces des courtisans par la prise de la Bastille.

Paris, après la proclamation de 1791, ne paraissait pas vouloir aller plus loin. Les députés qu'il envoya a l'Assemblée législative étaient des hommes pleins de modération , dont les plus avancés, Condorcet et Brissot, se placèrent plus tard à la tète de la réaction. Malheureusement, les efforts de la faction aristocratique qui environnait Louis XVI et conspirait sans cesse avec l'étranger, la marche des puissances coalisées, l'invasion de la France, le soulèvement de la Vendée, amenèrent de tels dangers, que la plus terrible énergie devint nécessaire. On conçoit que nous ne tentions pas de faire l'histoire de cette époque, qui soulève des questions trop graves et trop controversées; la même réserve nous est imposée pour les événements politiques qui se sont accomplis jusqu'à nos jours. Ils sont trop près de nous pour être librement appréciés. Nous nous contenterons, dans l'histoire spéciale de chaque arrondissement, d'esquisser les principaux, de manière à ne laisser aucune lacune. Ainsi, nous nous occuperons de la prise de la Bastille; de la Fédération; du massacre du Champ de Mars; des

2 et 3 septembre 1702; de la mort de Louis XVI; du !i thermidor; des journées de prairial; du 13 vendémiaire; de l'établissement du Consulat et de l'Empire; de la prise de Paris; de la Révolution de 1830; du 24 Février 1848 ; des journées de Juin; du 2 décembre 1852, etc.

L'époque révolutionnaire fut féconde pour Paris. C'est d'elle que datent l'établissement ou la réforme des Archives nationales, du musée du Louvre, du Conservatoire des arts et métiers, du Muséum d'histoire naturelle, du Bureau des longitudes, du Musée d'artillerie, de l'Institut, de l'École normale, de l'École polytechnique, des Expositions industrielles. Une loi du 19 vendémiaire an iv détruisit la division de Paris en quarante-huit sections, adoptée par la Convention nationale, pour y substituer douze arrondissements. Le Consulat et l'Empire travaillèrent, activement à l'embellissement de Paris. En 1805, un système de numérotage régulier fut admis; dans les rues parallèles à la rivière, les numéros en suivent le cours ; les nombres pairs sont à droite, et les nombres impairs sont à gauche. Dans les rues perpendiculaires à la Seine, le même est observé ordre en partant du rivage.

Des trottoirs furent établis le long des rues principales; mais l'opinion ne leur était point favorable. L'auteur des Aventures parisiennes disait encore en 1808 : « Les rues de Paris ne sont point susceptibles d'être ornées de trottoirs, ainsi que plusieurs personnes se l'imaginent ; la multiplicité de ces portes cochères y met un obstacle presque insurmontable. »

L'Empire continua le Louvre, créa des quais, des ponts, des abattoir^, l'entrepôt des vins et les greniers de réserve. Un décret du 2 mai 1806 porte que les soixante-cinq fontaines publiques existantes dans Paris seront mises en état de fournir constamment de l'eau aux habitants de la ville, et qu'il en sera construit quinze nouvelles. Avant la fin de l'année suivante, ce décret était exécuté presque dans tous ses points, et la ville de Paris comptait parmi ses nouvelles fontaines celles de la place de l'École, de la rue Censier, de la place Dauphine, de la rue de Sèvres, du Marché aux Chevaux, de l'École de médecine, du parvis Notre-Dame, de Popincourt, du lycée Bonaparte, du marché Saint-Martin, de la place Maubert, de la rue de la Tixeranderie, de la rue de Vaugirard, et enfin de la place du Chàtelet.

La Restauration fit peu de chose pour Paris; son principal mérite est d'avoir, en 1822, déclaré que les rues seraient éclairées au gaz à mesure que les anciens contrats seraient périmés. Le règne de Louis-Philippe fut plus fécond; il termina la Madeleine, l'Arc de l'Étoile, le palais du quai d'Orsay; il ouvrit le musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny, construisit les ponts Louis-Philippe et du Carrousel, perça la rue Rambuteau, commença la restauration de Notre-Dame et du Palais de Justice. Tous ces travaux ont été poursuivis et complétés après la chute de la branche cadette des Bourbons. De 1848 à 1860, Paris a pris une physionomie toute nouvelle : nous allons essayer de la dépeindre en parcourant tour à tour les vingt arrondissements. Nous recueillerons pieusement les souvenirs qui se rattachent aux pierres dispersées, en même temps que nous ferons la description des monuments nouveaux qui s'élèvent.

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