CHAPITRE PREMIER
Préambules. — Anciens ouvrages sur Paris. — Nécessite d'un nouveau travail.
Tous les ouvrages sur Paris, par leur sujet même, attirent l'attention publique. Ce ne sont pas seulement les Parisiens qui les recherchent, puisque cette grande cité appartient à. la France entière, et que sa population, souvent renouvelée, se compose d'éléments empruntés à tous les départements. Qui ue s'intéresse à ce centre de la civilisation, à ce foyer où viennent se concentrer toutes les lumières, où tous les talents cherchent, leur consécration , où toutes les découvertes sont fécondées pour l'avantage commun de tous les hommes?
Que de fois, depuis Mercier, on a tenté la description des mœurs et des habitudes de Paris! Que de fois, depuis Félibien et Sauvai, on a raconté l'étonnante histoire qui commence dans une île de la Seine aux temps fabuleux de Lutèce ! 11 existe sur Paris d'innombrables recueils qui, presque tous, peuvent être
consultés avec fruit par quiconque désire s'instruire des destinées de la nation française, car celle-ci se résume pour ainsi dire tout entière dans Paris. Certes, nous le répétons, ce n'est pas une ville qui ait une existence personnelle : elle appartient à tous les Français. Elle est. habitée par des émigrés de tous les départements. Le Parisien proprement dit, le Parisien autochthone, s'en va dans des contrées lointaines, tandis qu'à sa place accourent de toutes parts les hommes qui veulent vivre de la vie intellectuelle, ou qui, dans leurs industries respectives, aspirent à la perfection.
Après tant d'ouvrages sur Paris, on peut se demander s'il n'est point téméraire d'en produire un nouveau; mais il est facile de constater que, loin d'être surabondante, une pareille entreprise est nécessaire.
Paris est transfiguré ; les gothiques masures de nos pères sont tombées sous le. marteau des démolisseurs. Les vieilles rues étroites ont fait place à de larges artères qu'inonde le soleil. De grandes voies de communication s'ouvrent tous les jours. Des communes entières ont été englobées clans l'enceinte des forti-
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fications. Des monuments s'élèvent, et les anciens édifices, habilement restaurés, prennent un air de jeunesse. Tout suit ce mouvement progressif : le luxe se propage et s'infiltre dans toutes les classes. Quand on rentre à Paris, après l'avoir quitté quelques années, on ne le reconnaît plus. On trouve des palais improvisés, en remplacement des pignons vermoulus. La circulation des voitures a quadruplé; la population, considérablement augmentée, a changé de physionomie. Aussi, sans chercher à refaire, ce qui a été fait tant de fois, sans ressasser Dulaure et Saint-Victor, on peut composer un livre où des documents entièrement neufs se mêleront à des détails peu connus sur l'ancien Paris.
C'est ce livre que nous allons tenter.