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CHAPITRE III

L'enceinte de Paris sous François 1er et sous Charles IX. — Siège de Paris par Henri IV. — Fête des Farines. — L'enceinte perd son caractère militaire. — Portes Saint-Denis et Saint -Martin. — Enceinte de 17S4.

Pendant les règnes suivants, on entretint avec soin les fortifications de Paris ; mais elles ne s'ét ndirent que sous l'influence

d'un grand danger. François I" avait été fait prisonnier à Pavie, et l'on pouvait craindre que Charles-Quint ne profitât de ses avantages pour conduire jusqu'à la capitale une invasion victorieuse. En 1523, les Parisiens se mirent en état d'opposer une résistance déterminée aux agresseurs, et les travaux entrepris se prolongèrent pendant plusieurs années. On abattit la vieille porte aux Peintres; on enleva d'énormes dépots de gravais et d'immondices qui s'étaient accumulés à peu de distance des remparts, sur la rive gauche de la Seine. Mais ce fut surtout vers la rive droite que se porta l'attention du gouvernement et de la municipalité ; seize mille ouvriers travaillèrent activement à réunir les deux fossés qui existaient en un seul fossé plus profond.

Henri II conçut le projet d'imposer une limite fixe aux agrandissements de Paris. Par un édit, en date du mois de novembre 1549, il fut défendu à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles fussent, de faire bâtir de ueuf dans les faubourgs, à peine de confiscation du fond du bâtiment. On traça le plan d'une, enceinte nouvelle qui aurait compris les faubourgs, et dont les bornes furent plantées du côté de l'Université, le 5 octobre 1550, en vertu d'un arrêté du conseil du 8 septembre. Mais ce projet n'eut pas de suite ; la Aille ne s'étendit que du côté de l'est. Le 0 juillet 1566, Charles IX posa la première pierre d'une muraille qui partait de la porte Saint-Honoré, enfermait le jardin des Tuileries, de création récente, et aboutissait à un bastion construit à l'extrémité occidentale de l'allée connue sous la dénomination de Cours-la-Reine.

Lorsque Henri IV fit le siège de Paris, le 1er novembre 1589, avec douze mille fantassins et trois mille chevaux, il s'empara en moins de deux heures des faubourgs Saint -Jacques et Saint-Germain; mais il échoua contre le faubourg Saint-Martin. Son armée n'en bloqua pas moins Paris; son camp s'étendait depuis la Roquette, maison de campagne appartenant au sieur de Chiverny, jusqu'à la porte Montmartre, qui se trouvait alors au carrefour formé, en 1589, par les rues Montmartre, Neuve- Saint-Eustache et des Fossés-Montmartre. Un de ses détachements tenta de s'introduire par surprise dans la ville, le 19 janvier 1591. Le gouverneur, M. de Belin, avait fait terrasser la portj Saint-Honoré : des paysans s'y présentèrent avec un convoi de farine; les portiers leur dirent naïvement que, la porte étant bouchée, ainsi que la porte Montmartre, il fallait aller prendre la porte Saint-Denis. On sut bientôt que ces prétendus paysans étaient des gentilshommes déguisés et bien armés, et, pour rendre grâces à Dieu d'avoir protégé Paris, on institua une cérémonie religieuse annuelle appelée la Fête des Farines.

Après son abjuration et son sacre, le 22 mars 1594, Henri IV franchit l'enceinte de Paris par la porte Neuve, d'où il put se rendre directement au Louvre et à Notre-Dame.

A partir de cette époque, cesse le rôle militaire de l'enceinte de Paris. Toutefois, sous Louis XIII, on construisit encore de nouveaux remparts. La vieille porte Saint-Honoré fut reportée à quatre cents toises à l'est. Les murailles qui en partaient étaient interrompues par la porte Richelieu, située à l'extrémité septentrionale de la rue de ce nom, qu'on venait de percer. Elles suivaient la direction de la rue Feydeau, au bout de laquelle était une nouvelle porte Montmartre, près de la rue des Jeux- Neufs, qui devait sa qualification à deux jeux de boules très-fréquentés, et s'est appelée par corruption des Jeûneurs. L'enceinte rejoignait ensuite la porte Saint-Denis.

Tout ce reliquat du moyen âge disparut sous Louis XIV ; l'unité française se constituait. La position de la capitale était moins précaire, la France moins exposée aux guerres civiles et agrandie par des conquêtes. Dès 1646, des lettres patentes, en date du 7 juillet, ordonnèrent de combler les fossés, d'aplanir les remparts, d'y construire des édifices et d'y tracer des rues. Aux portes féodales, munies de herses et de ponts-levis, on substitua des arcs de triomphe. Il y en avait un déjà à la porte. Saint-Antoine, édifié sous Henri II, et orné par Jean Goujon des statues de la Seine et de la Marne. François Blondel le remania, donna les dessins des portes Saint-Denis et Saint-Bernard, et en composa les inscriptions : Ludovko magno, quod diebus vix sexaginta Rhenum; Wahalim, etc. Ce Roueuuais était un homme de ressources; il avait débuté par être envoyé extraordinaire du roi de France à Coustantinople. A son retour, il fut nommé conseiller d'État, professeur de mathématiques du dauphin et membre de l'Académie des sciences : ce fut alors qu'il s'adonna à l'architecture, et qu'il décora les églises de

Saint-Jean en Grève et de Saint-Sauveur. Vers la fin de sa carrière, il se mit à étudier l'art, de jeter les bombes et de fortifier les places, ce qui lui valut d'emblée le grade de maréchal des camps et armées du roi.

La porto Saint-Martin est de Pierre Bullet, qui la construisit en 1674. Quand elles furent exposées à la naïve admiration des Parisiens, ces deux portes jumelles passèrent pour des chefsd'œuvre comparables à tous ceux de l'antiquité.

Sous Louis XIV, les vieux remparts tombèrent en ruine ou furent démolis. La ville émancipée s'étendit capricieusement; ses maisons, s'alignant le long des grands chemins, rejoignirent celles de Vaugirard, de Chaillot, du Roule, de Monceaux, de Reuilly, le Romiliacum des Mérovingiens, et d'autres villages ou hameaux. Malgré les bornes plantées à l'extrémité des faubourgs, en vertu de lettres patentes du 26 avril 1672, avec défense d'aller au delà, la route de la Grande-Pinte et des Porcherons devint la Chaussée-d'Antin ; le quartier de la Nouvelle- France prolongea le faubourg Poissonnière; des rues s'ouvrirent dans les jardins qu'avait possédés, au xve siècle, Jean de Popincourt, premier président au Parlement de Paris. La solitude de Picpus fut troublée, et des habitations s'élevèrent sur les bords de la Seine, autour de l'hôtel du sieur de la Râpée, commissaire général des guerres.

L'emplacement de la vieille enceinte se garnit de plantations. l'Indicateur parisien pour 1707 en parle en ces termes : « Les boulevards ou remparts sont des promenades pour les carrosses et le peuple; ils ont 5,000 pas ou 5 quarts de lieues, et sont arrosés tous les jours cinq mois de l'été. Il s'y rend un grand nombre de personnes de tous états, attirés par la musique des cafés et les parades des baladins. » De nouveaux boulevards furent ouverts, qui commençaient à l'hôtel des Invalides pour aboutir à. l'hôpital général de la Salpétrière.

Il vint un moment où, sans songer à rétablir l'enceinte détruite, le gouvernement jugea à propos d'intervenir pour empêcher la ville d'aller plus loin. Une déclaration royale du 16 mai 1705 défendit de construire aucun bâtiment, en quelque manière et sous quelque prétexte que ce fût, au delà des maisons déjà construites à l'extrémité de chaque rue des faubourgs.

Pour la perception des droits d'entrée sur les boissons, la viande dépecée, le gibier, la volaille, le bois, le charbon, les fruits cuits, la paille, etc., dix-neuf barrières étaient établies: c'étaient celles de Saint- Jacques, de Saint-Michel, des Carmes, de Saint-Germain, de la Conférence, de Chaillot, du Roule, de la Ville-l'Évèque, de Saint-Denis, de Saint-Martin, do Montmartre, de. Sainte-Anne, du Temple, de la Croix-Fauhin, de Picpus et. de Rambouillet. De nombreux commis y veillaient sous la direction d'inspecteurs à pied ou à cheval, de contrôleurs et de brigadiers; néanmoins, la fraude était grande, et les fermiers généraux se trouvaient lésés. En 1782, quand Louis XVI eut appelé M. de Galonné au conseil général des finances, ils obtinrent de ce ministre l'autorisation de faire un mur d'enceinte. On le commença pour ainsi dire clandestinement sur la route. d'Orléans. Dès qu'il fut assez avancé, les Parisiens se récrièrent. On composa ce monostique :

Le mur murant Paris rend Paris murmurant.

Comme le chimiste Lavoisier était un des fermiers généraux les plus connus, on dit qu'il avait voulu enfermer Paris dans une cucurbitc dont la caisse des fermiers était le récipient. On fit circuler ce quartrain :

Pour augmenter son numéraire Et raccourcir notre horizon, La ferme a jugé nécessaire De mettre Paris en prison.

Au nord de la capitale, il y eut même un semblant d'émeute, et le Parlement nomma des commissaires pour rassurer les propriétaires, habitants, maraîchers, cabaretiers qui, dit Bachaumont, « se trouvaient grevés d'impôts directs ou indirects auxquels ils n'étaient point sujets, soit par la diminution des loyers de leurs maisons, soit par l'augmentation des denrées ; impôts dont ils se regardaient comme affranchis par les limites de la capitale fixées depuis longtemps. » L'abbesse de Montmartre fit rédiger par M" Belot, avocat et bailli de sa seigneurie, un mémoire contre l'enceinte nouvelle. Plusieurs particuliers intentèrent des procès à la Ferme, qui n'en continua pas moins son œuvre. L'architecte Le Doux décora chaque barrière d'édi-

fices massifs, avec soubassements, colonnes doriques, bossages, frontons et péristyles. L'abolition de l'octroi, en 1791, suspendit toutes ces constructions ; mais elles furent reprises par le Directoire et complétées par le premier empire.

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