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CHAPITRE IV

Paris redevient place forte. — Commission de défense du royaume. — Projet d'enceinte continue. — Arrêté ministériel du 10 septembre lsy9. — Projet de loi sur l'enceinte et les fortifications de Paris. — Lois de 1859. — Liste des communes supprimées. — Extrait du rapport du préfet de la Seine au conseil général. — Portes, barrières et poternes de Paris.

Des raisons fiscales avaient motivé cette enceinte, et l'on avait lieu de supposer que l'idée de faire de Paris une. place forte, était à jamais abandonnée. Elle reparut inopinément sous le. règne, de Louis-Philippe. Une décision royale du 29 avril 1836 avait institué une commission de. défense, du royaume. Un des premiers soins de cotte commission fut d'examiner s'il y avait lieu d'augmenter les moyens de défense et de sécurité de Paris. Apr's de longues délibérations, elle fut d'avis qu'en raison de la grande importance de. la Capitale, il était nécessaire de la fortifier suivant le double système adopté pour les grands dépôts de la marine ; qu'en conséquence, on devait établir à la fois une enceinte continue autour de. la cité, et au loin des ouvrages avancés ; que l'enceinte continue devait être pourvue de faces et de flancs terrassés, dont l'artillerie battrait les approches et éclairerait le terrain en avant, autant que le permettraient les localités; qu'il était indispensable que le profil de cette enceinte la mît non-seulement à l'abri d'une escalade, mais encore en état de résister à des batteries ennemies qui s'établiraient momentanément entre les ouvrages avancés; que ces ouvrages, étant destinés à favoriser la défense active et à résister à des attaques régulières appuyées par la grosse artillerie, devaient être organisés de manière à pouvoir soutenir, au besoin, un siège en règle.

Le conse.il des ministres délibéra sur ces bases; le 10 septembre 1839, il arrêta qu'il serait établi autour de Paris une enceinte continue, et des ouvrages avancés casemates. Dode de. La Tîrunerie fut nommé directeur supérieur des travaux, pour lesquels des ordonnances ouvrirent, des crédits jusqu'à concurrence de 13 millions. Le. 12 décembre 1840,1e maréchal Soult, président, du rons 'il et ministre de la guerre, vint demandera la Chambre des députés d'affecter une somme de 140 millions à l'enceinte et aux forts détachés de Paris.

Le 13 janvier 1841, M. Tbiers présenta le rapport de la commission chargée d'examiner le projet de loi. Après une discussion animée, qui eut son écho dans la presse, le crédit demandé fut accorde1 par 237 voix contre 102. Soumis à la Chambre des pairs, le 11 février, le projet y fut également l'objet de vives critiques; cependant, le 1er avril, 149 voix contre 85 se prononcèrent en sa faveur.

Quelques observations du baron Mou nier, organe de la commission de la Chambre des pairs, déterminèrent, l'introduction, dans la loi du 5 avril 1840, d'un article ainsi conçu; ii Les limites actuelles de l'octroi de la ville.de Paris ne pourront être changées qu'en vertu d'une loi spéciale. »

C'est pour •se conformer à cette disposition qu'en 1859 le gouvernement impérial , après avoir ordonné une enquête, a formulé un projet de loi qui a été adopté par le Corps législatif et le Sénat.

Les communes d'Auteuil, Passy, Batignolles, Montmartre, La Chapelle, La Villotte, Belleville, Charonne, Bercy, Vaugirard, Grenelle, ont été entièrement absorbées, à partir du lerjanvier 18ii0. Des portions plus ou inoins étendues sont retranchées des communes de Neuilly, des Prés-Saint-Gervais, de Saint- Mandé, Ivry, Gentilly, Montrouge, Clirhy, Saint-Ouen, Aubcrvilliers, Pantin, Bagnolet, Vanves et Issv.

« L'agrandissement de la ville de Paris, dit M. le préfet de la Seine, dans un Mémoire présenté à la fin de 1859 au conseil général , change profondément la division du territoire et de la population , et la répartition des charges contributives du département, entre cette ville et les arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux. Paris absorbe onze des principales communes de ces deux arrondissements, et s'augmente de portions plus ou moins notables du territoire de treize autres, que

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fractionne? l'enceinte fortifiée. Son périmètre n'embrassait que 3,2SS hectares, peuplés de 1, 174,340 âmes; il comprend désormais 7,08S hectares et 1,525,942 habitants.

« La banlieue, qui formait autour de Paris deux zones concentriques, séparées par la ligne des remparts, et qui se trouve privée maintenant de la zone intérieure, la plus étroite, mais la plus peuplée et la plus riche des deux, est réduite à la moins importante, quoique la plus étendue, que resserrent, d'une part, l'enceinte nouvelle de la capitale, d'autre part les limites du département de Seine-et-Oise, dont le territoire circulaire enveloppe aussi de tous côtés, mais à distance, l'immense cité.

« L'arrondissement de Saint-Denis, qui comptait 37 communes et 356,034 habitants, n'a plus que 29 communes et 105,23S habitants; l'arrondissement de Sceaux, qui avait 43 communes, en conserve 40, mais avec une population restreinte de 197,039 à 90,245 âmes. Aussi, la part afférente à la ville de Paris, dans le montant des contributions payées par l'ensemble du département de la Seine, qui était déjà d» 85 p. 100, atteindra désormais 93 p. 100.

« Ce dernier terme résume l'importance relative de la ville et de sa banlieue. La disproportion est énorme. Devant Paris, le reste du département semble disparaître; les arrondissements de Saint-Denis et^ de Sceaux ne sont évidemment que des appendices de Paris. Leur territoire n'est guère que l'espace nécessaire, et , s'il est permis de s'exprimer ainsi , le tour d'échelle ménagé en dehors de son enceinte, pour qu'elle puisse respirer à l'aise, pour qu'elle trouve, au delà de ses remparts, entre les tètes des chemins de fer et des routes impériales, l'emplacement des établissements de toute sorte qui doivent environner une grande capitale, sans rencontrer à ses portes une administration absolument étrangère à la sienne, et l'obligation de négocier pour toutes choses avec le département de Seine-et-Oise.

« Les campagnes et les villages, qui forment cette banlieue, n'ont pas à se plaindre, au reste, d'une telle situation. La presque totalité des dépenses départementales, faite au moyen de centimes additionnels dont la ville fournit presque tout le produit, leur profite d'une manière à peu près exclusive. En réalité, sous le nom de département de la Seine, c'est Paris qui, pour la majeure partie, crée et entretient, dans ses alentours, les routes départementales, les voies de grande communication, dont les lignes croisées relient entre elles les moindres localités comprises dans cette association départementale tout exceptionnelle; qui subventionne les chemins vicinaux, pour lesquels il reste place dans ce réseau à mailles serrées de voies plus importantes; qui aide à la construction des églises, des presbytères, des maisons d'école et autres édifices. Les soixanteneuf communes de la banlieue qui survivent sont donc comme les clientes de la cité, dont l'ombre bienfaisante les fait prospérer et grandir. Aujourd'hui, plus encore que par le passé, il est vrai de dire que l'entité administrative du département de la Seine, si on veut l'abstraire de l'unité parisienne, n'est guère qu'une fiction légale, et que son budget n'est qu'un annexe du budget municipal de Paris. »

Les passages ménagés dans l'enceinte pour l'entrée et pour la sortie sont au nombre de cinquante-deux. Dix-sept portes correspondent à des routes impériales ;

Ce sont celles :

de Charenton; de Vincennes; de Bagnolët; de Roniainvillo; d'Allemagne ; de La Villette; de La Chapelle-Saint-Denis; de Saint-Ouen;

de Cherbourg; de Saint-Cloud; de Versailles; de Chevreuse; de Toulouse; d'Antibes; de Choisy; d'Ivry ; de Baie.

Vingt-trois barrières correspondent à des routes départementales;

Ce sont celles :

de Bercy; de Neuilly; de Picpus; de Saint-Mandé; de Montreuil;

de Ménilmontant; des Prés-Saint-Gervais ; du canal de l'Ourcq; du canal Saint-Denis; d'Aubervilliers ; de Clignancourt;

de Courcelles; de Villiers; de la Révolte; du Roule; du Point-du-Jour ; de Sèvres;

d'Issy ;

de la Plaine; de Plaisance; de Montrouge; d'Arcueil ; de Bicèlre.

Douze poternes correspondent à des chemins vicinaux; Ce sont celles :

de Montempoirc ; de Pantin ; des Poissonniers; de Montmartre; de Clichy; de Levallois;

d'Auteuil ; de Billiancourt ; de Javel; de V'anves ; de Gentilly ; de Bièvre.

Dans ces dénominations on chercherait vainement un système général. Que viennent faire là Antibes, Toulouse et Bàleà coté de La Villette et de Saint-Ouen? Chaque porte, barrière ou poterne aurait dû, ce nous semble, indiquer la localité la plus rapprochée ou la plus lointaine à laquelle on puisse atteindre en suivant la route. Si l'on avait voulu établir des distinctions, on aurait pu donner à chaque porte le nom de la ville de France la plus éloignée dans cette direction ; à chaque barrière, le nom du chef-lieu le plus rapproché ; à chaque poterne, le nom du village le plus voisin.

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