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CHAPITRE VI

Le Louvre. — Son origine et celle Tuileries. — Réflexion de Dufresny. — Aspect de l'espace compris entre les deux palais avant 1SÔ2. — Le nouveau Louvre. — La Salle des États. — Le Musée. — Elevés et rapins. — Acquisitions nouvelles. — Le Musée des Souverains. — Muse'es égyptien, assyrien, américain. — Les écuries impériales. — Restauration des Tuileries. — Le nouveau jardin réservé.

Le centre de Paris, actuellement comme aux époques les plus reculées delà monarchie capétienne, c'est le Louvre, dont la grosse tour, grossa turris, était le siège de la puissance féodale des anciens rois. C'était, au xin' siècle, un donjon entouré de fossés profonds et duquel relevaient les grandes seigneuries du royaume. Il se transforma graduellement, à mesure que la monarchie dont il était, l'emblème eut moins besoin de se défendre, et. put renoncer aux combinaisons stratégiques pour sacrifier aux grâces et au bon goût. Pierre Lescot commença, en 1528, avec le concours de Jean Goujon, la partie qui longe le quai, depuis le pont des Arts jusqu'au premier guichet, et que. l'on considère à juste titre comme un chef-d'eeuvre d'élégance.

A l'ouest du Louvre s'étendaient des tuileries qui avaient fourni la plus grande partie des tuiles employées pendant plu-

sieurs siècles à la couverture des maisons de Paris. Dans les environs était un enclos contenant quarante-deux arpents de terre labourable, dont François Ier fit l'acquisition. Sa mère, la duchesse d'Angoulèmc, désirant quitter l'humide château des Tournellcs, il acheta une autre habitation connue sous le nom d'Hôtel des Tuileries, à Nicolas de Neuville de Villeroy, secrétaire des finances et audiencier de France; lorsque les vieux murs des Tournelles tombèrent sous le marteau, Catherine de Médicis chargea Philibert de Lorme et Jean Bullan de lui bâtir un palais sur le terrain des Tuileries.

Ce fut ensuite le rêve de tous les rois de réunir les deux palais au moyen de galeries parallèles et de les compléter l'un par l'autre. Louis XIV fit exécuter, en 1G65, sur les dessins de Claude Perrault, la façade trop vantée qui fait face à Saint- Germain-l'Auxerrois. On continua en même temps la galerie du bord de l'eau, mais avec lenteur et sans qu'il fut possible aux contemporains d'espérer en voir la terminaison. Le poëte Dufrcsny, qui était accueilli familièrement de Louis XIV, son cousin de. la main gauche, lui disait un jour : « Sire, je ne regarde jamais le nouveau Louvre, sans m'écrier : Superbe monument de la magnificence d'un des plus grands rois, qui de leur nom aient rempli la terre, palais digne de nos monarques, vous seriez achevé si l'on vous eût donné à l'un des quatre ordres mendiants, pour tenir ses chapitres ou loger son général ! »

Malgré la bonne volonté des rois, la cour du Louvre ne. fut complétée que de 1803 à 1813, par les architectes Percier et. Fontaine. Quant à la galerie destinée à relier le Louvre aux Tuileries, du côté de la rue de Rivoli, elle fut commencée par Napoléon I", puis brusquement interrompue. La construction qui fut ébauchée sous le règne de Louis-Philippe , en face la porte du Musée, fut entourée de planches et demeura abandonnée. En 1848, le Carrousel était un désert dans un coin duquel se dressait, comme une tour carrée, l'hôtel de Nantes, ouvert à tous les vents. De la place au Louvre, la voie publique était bordée, de baraques , la plupart habitées par des marchands de bric-à-brac, qui débitaient de vieilles gravures, des médailles antiques, des flèches de sauvages, des armures rouillées, des têtes de Zélandais, des crocodiles empaillés, des bahuts et des momies. Cà et là gazouillait l'étalage emplumé d'un oiseleur, qui vendait aussi des chiens, des furets et des cabieças. On voyait aussi, adossées aux écuries d'Orléans, des bouquineries qui faisaient une concurrence fructueuse à celle des quais. Du côté de la rue Froid-Manteau, un égout s'engouffrait au pied de palissades vermoulues auxquelles sa fraîcheur faisait un piédestal d'herbes hautes et luxuriantes. Quand la nuit venait, l'ombre enveloppait les alentours, encore augmentée par la masse noire des palais; et le passant attardé ne s'aventurait qu'en tremblant dans ces lieux solitaires, non loin desquels une population sinistre se cachait dans des cabarets borgnes et dans des maisons mal famées.

Le gouvernement provisoire décréta que le Louvre serait achevé , et l'assemblée législative vota le prolongement de la rue de Rivoli. Les travaux, mollement, commencés, ne furent poussés avec activité qu'en 1852. La première pierre des nouvelles ailes du Louvre, fut posée le 25 juillet. Sous la direction de MM. Visconti et Lefuel, la galerie qui longe la rue de Rivoli fut prolongée jusqu'au Louvre. Deux galeries parallèles partirent du Louvre et vinrent se relier à des corps de logis en façade, sur la place du Carrousel. Les pilastres du premier étage reçurent des rangées de statues d'hommes célèbres, qui peuvent avoir du charme pour le passant, mais qui, vues de l'intérieur, ont l'inconvénient de n'offrir aux yeux qu'une suite de dos et de manteaux informes.

Les rez-de-chaussées furent percés d'arcades, et, pour éviter la monotonie des grandes lignes, on disposa de distance en distance des pavillons qui prirent les noms des ministres Mollien, Denon, Daru, Turgot, Richelieu et Colbcrt. MM. Ottin, Diebolt, Préauklt, Barye, Barthélémy, Frison et autres sculpteurs ont travaillé à la décoration de ces pavillons auxquels on peut reprocher une surabondance d'ornements qui n'est point toujours de bon goût. La plus belle partie du Louvre, au point de vue do l'art, reste celle qui finit au pavillon Lesdiguièrcs et qui fut ornée d'une frise par Jean Goujon et ses élèves.

Entre la place du Carrousel et le Louvre est dessiné un élégant jardin.

L'ensemble de ces édifices fut inauguré le li août 1857, et un banquet offert aux artistes et aux ouvriers dans une salle

LE LOUVRE

de la nouvelle aile du sud. Cette vaste pièce, décorée avec un faste inouï, a pris le nom de Salle des États. Elle sert à l'ouverture des sessions législatives, et le li août 1859, l'Empereur y a donné un banquet aux généraux qui revenaient d'Italie.

Dans le remaniement complet du Louvre, il était impossible de ne pas songer aux galeries qui contiennent la plus magnifique collection de tableaux qui soit en Europe. On trouve dans d'autres capitales des chefs-d'œuvre éclatants vers lesquels les artistes s'acheminent en pèlerinage, mais le musée, du Louvre a, comme collection, une incontestable supériorité. Toutes les écoles y sont dignement représentées, classées méthodiquement, et la munificence nationale offre gratuitement cet assemblage de chefs-d'œuvre à l'admiration du public et aux études de ceux qui aspirent à marcher sur les traces des grands maîtres.

Chaque jour, à l'exception du lundi et du dimanche, des chevalets et des échelles se dressent devant la Sainte Famille de Raphaël, VAntiope du Corrége, le Couronnement d'épines de Tiziano Veccellio, l'Annonciation aux pasteurs de Jacopo Palma, le Concert d'il Giorgione, la Fuite de Loth de Rubens, l'Homme à la toque de Rembrandt, et autres œuvres capitales. Les rapins se montrent là, non plus tels qu'ils étaient naguère avec des barbes incultes, des cheveux comme ceux de Samson dans toute sa force, et des costumes fantastiques. Le rapin de nos jours est plus rangé ; il a renoncé aux charges d'atelier qui faisaient les délices de ses prédécesseurs. Il étudie sérieusement, et ce ne sera pas sa faute s'il ne parvient point à augmenter la gloire de l'école française du xix" siècle , qui a produit Delacroix , Paul Delaroche, Decamps, Meissonier, Troyon, Daubigny, etc.

Des dames viennent aussi , la plupart accompagnées de leurs mères, s'exercer à la peinture. Quelques-unes même exécutent des copies qui leur sont commandées par le ministère d'État. Elles en vivent, et nous ne pouvons que les encourager, quoique nous doutions que beaucoup de ces artistes en crinoline soient appelées à égaler Rosa Bonheur et Mme Henriette Brown.

Ce fut le comte d'Angivilliers, directeur des bâtiments du roi, qui conçut la pensée de réunir, sous le nom de Muséum, les tableaux possédés par l'État. Il fallut du temps pour rechercher, dans les demeures royales ou dans les magasins, les œuvres d'art que possédait l'ancienne monarchie, si bien qu'elle avait cessé d'exister lorsque fut fondé le Musée national et central des arts, en vertu d'un décret de la Convention, en date du '27 juillet 1793. Il s'enrichit par nos conquêtes et fut. appauvri par nos revers. Depuis quelques années, des sommes importantes ont été consacrées à compléter cette inappréciable collection.

On peut se rappeler que le 19 mai 1852, à la vente de la galerie du maréchal Soult, M. de Nieuwerkerke, directeur général des Musées, acheta moyennant la somme de 615,300 fr., un tableau célèbre de Bartolomé-Esteban Murillo, la Conception immaculée de la Vierge, tableau popularisé par la gravure, mais défiguré malheureusement par des retouches inhabiles et grossières.

Le musée des sculptures s'est considérablement accru. On y a transporté récemment le Philopœinen de David (d'Angers) et le Prométhée de Pradier. Dans les salles de la colonnade ont été recueillis divers objets ayant appartenu aux membres des familles qui ont régné sur la France; c'est ce qu'on appelle le Musée des Souverains. Dans les salles basses du Louvre, outre les statues de l'antiquité grecque et romaine et les œuvres des sculpteurs français, les sphinx égyptiens reposent dans une majestueuse sérénité; les rois d'Assyrie nous apparaissent avec leurs mitres et leurs barbes frisées, tandis que le musée américain nous révèle l'art rudimentaiie des peuples dont les Théocalis et les ruines de Palenque révèlent pourtant une civilisation avancée.

Le service principal des écuries impériales a été installé dans les bâtiments du nouveau Louvre.

Les cours dites du vieux Louvre et de Henri III, dans lesquelles on entre par le quai, ont été spécialement disposées pour contenir quatre-vingt-dix chevaux, les carrosses, les selleries et le manège. Dans ces constructions, tout est bronze, acier et ciselures. Chaque stalle des écuries est en bois de chêne sculpté, le râtelier en bronze, la mangeoire en marbre, les chaînes en acier. Les colonnes et les nervures qui se croisent au plafond sont revêtues d'un stuc qui surpasse le poli et la finesse du beau marbre. Ce genre de décoration, nouvelle-

ment employé, est dû à M. Pinardi. On remarque, dans la cour de Henri III, un escalier en fer à cheval donnant accès au manège, situé au même niveau que celui de la galerie des tableaux, et dont la pente habilement ménagée en permettra l'accès aux chevaux.

Comme le Louvre, les Tuileries ont subi une transformation. A l'intérieur, les dorures ont été rafraîchies. Une fresque, qui représente une balustrade sur laquelle, un tapis est jeté, rend moins lourd le dôme de la salle des maréchaux. La chambre à coucher de l'Impératrice a été décorée d'un plafond par M. Faustin Besson; dans cette peinture allégorique, des nymphes et des amours soutiennent le médaillon de la reine Horte.nse, tandis que de petits génies apportent sur la terre la variété de rose connue sous le nom de la Malmaison.

Le jardin planté par Le Notre, que l'on offrait à l'admiration des connaisseurs comme un magnifique échantillon de l'hortitechnie, telle qu'elle avait été conçue au temps de Louis XIV, avait été détérioré par les idées personnelles du roi Louis-Philippe, qui s'était ménagé un jardin particulier en détruisant les lignes tracées symétriquement par les ordres de Louis XIV. Sous le règne de, Napoléon III, le jardin réservé s'est étendu. Le goût anglais, qui se rapproche davantage de la nature que celui des parterres du xvir* siècle, a prédominé dans la restauration de la promenade ménagée pour le chef de l'État. Le fossé, de deux mètres, entouré d'une grille et planté d'arbustes, a été reculé jusqu'au grand bassin qui précède les quinconces; une large plate-bande garnie de fleurs se développe au pied des bâtiments, puis vient une allée transversale au delà de laquelle sont dessinés des carrés de gazons, des massifs de verdure, des corbeilles de fleurs. L'entrée publique des Tuileries, du côté du quai, a été reportée à l'endroit où l'on contemplait autrefois, sous une voûte profonde, la statue antique de Cléopàtre à l'agonie.

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