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CHAPITRE XII

Mairie du premier arrondissement. — Saint -Germain l'Auxerrois.

— La Saint-Barthélémy. — Assassinat du maréchal d'Ancre. — Le père d'Eufrene Sue. — Mme de (ienlis. — L'église Saint-Rodi .

— Le 13 vendémiaire.

La mairie du Ier arrondissement a ses bureaux dans un bâtiment neuf construit par M. Hittorf , à coté de Saint-Germain l'Auxerrois. Une façade analogue à celle de l'antique église a été construite sur la même ligne, en face de la colonnade de Perrault. L'édifice religieux et l'édifice municipal sont reliés entre eux par des arceaux, qui s'arc-boutent sur les parois d'un beffroi central. Nous avons lieu de croire que cette disposition est médiocrement approuvée par les architectes, et qu'il eût mieux valu laisser dans son isolement le vénérable portail de Saint-Germain l'Auxerrois.

Cette église portait, dès le vie siècle, le titre de paroisse; pillée par les Normands, elle fut relevée par les ordres du roi Robert, qui y installa des chanoines. Bientôt les Parisiens, à l'étroit dans l'île de la Cité, s'éparpillèrent sur la rive droite de la Seine. Louis VII agrandit le lieu que les chartes désignent sous le nom de Lauvrea, et dont l'étymologie réelle paraît être le mot tudesque Louer, qui signifie château. L'église Saint- Germain l'Auxerrois devint insuffisante; elle était très-fréquentée, et l'Europe entière, du moins celle qui pensait, s'occupa des paroles prononcées par son curé le jour de Pâques 1245; il dit en chaire que le pape Innocent IV voulait que dans toutes les églises de la chrétienté on dénonçât comme excommunié l'empereur Frédéric II. » Je ne sais pas, ajouta-t-il , quelle est la cause de cette excommunication; je sais seulement que le pape et l'empereur se font une rude guerre; j'ignore lequel des deux a raison, mais autant que j'en ai le pouvoir, j'excommunie celui qui a tort, et j'absous l'autre.» Frédéric II, à qui l'on raconta cette plaisanterie, envoya des présents au curé.

Le chœur de Saint-Germain l'Auxerrois fut refait pendant le xivc siècle, la nef achevée en 1425, et le portail terminé en 1435.

Ce fut de la maison d'un chanoine de Saint-Germain l'Auxerrois que, le 22 août 1572, Maurevel, caché derrière un treillis de fer, blessa d'un coup d'arquebuse l'amiral Coligny. Deux jours plus tôt, des hommes portant un mouchoir blanc au bras gauche et une croix blanche au chapeau, se réunissaient dans des conciliabules mystérieux: des torches s'allumaient; des dagues étincelaient au milieu de la nuit, et la cloche de l'église, sonnant un glas à jamais funèbre, donnait le signal du massacre de la Saint-Barthélémy. Le maréchal d'Ancre, assassiné lâchement sous le guichet du Louvre, fut porté à Saint-Germain l'Auxerrois, enveloppé d'un drap grossier dont les deux bouts furent attachés avec des ficelles; il fut inhumé sous les orgues, mais il n'y resta pas longtemps. Une multitude furieuse le déterra et le pendit à une potence qu'il avait fait dresser à l'extrémité du Pont-Neuf. Quand il eut été exposé pendant une demi-heure, le peuple se rua de nouveau sur lui : « Les uns à coups de poing, dit le Journal de Pierre Dupuy, les autres à coups de bastons, de cousteaux, de poignards et d'espées; d'autres luy crevèrent les yeux; d'autres lui coupèrent le nez et les oreilles et autres parties de son corps. Après ils luy avallèrent les bras à coups d'espée, et puis luy coupèrent la teste; et tous ces morceaux estoient portés et traînés en divers quar-

tiers de lu ville avec des cris, acclamations et imprécations horribles, dont le retentissement alloit d'un bout de la ville à l'autre. »

En l'année 1744, le chapitre de Saint-Germain l'Auxerrois fut réuni à celui de Notre-Dame, et l'on abattit un jubé qui jouissait d'une réputation au moins égale à celle du jubé de Saint-Etienne du Mont. Il axait pour auteurs Pierre Lescot et. Jean Goujon; c'est tout dire. Le 14 février 1831, un service fut imprudemment célébré par le clergé de cette paroisse pour l'anniversaire de la mort cruelle du duc de Berry. Une multitude irritée envahit l'église, qui, à la suite de cette dévastation, demeura fermée jusqu'en 1838. Elle est maintenant rendue au culte, et enrichie de fresques par M. Mettez, de vitraux par M. Maréchal de .Metz, et de sculptures par MM. Marochetti, Jouftroy et Després.

A propos de Saint-Germain l'Auxerrois, nous lisons dans le Guiie des amateurs, publié par Thiéry, en 1787, deux notes qui peuvent intéresser les amis de la littérature. La première, relative au père d'un romancier célèbre, est conçue en ces termes : (( M. Sue fils, membre du collège et de l'Académie royale de chirurgie, de la société royale d'Edimbourg, docteur en médecine, professeur d'anatomie, de physiologie, de pathologie et d'opérations, qui demeure rue des Fossés Saint-Germain l'Auxerrois, au coin de celle de l'Arbre-Sec, réunit une collection précieuse de tout ce qui peut piquer la curiosité d'un connaisseur en ce genre. L'ordre qu'il y a mis en rend le coup d'œil agréable, et facilite beaucoup l'étude de l'anatomie.

« Cet anatomiste célèbre fait des cours publics sur son art, en son amphithéâtre, cul-de-sac de la Petite-Bastille, qui est près de son logis. »

La seconde note concerne une académie des enfants et des jeunes demoiselles, ouverte le 12 janvier 178(5, dans le grand salon du doyenné de l'ancien chapitre; on y voit que M"" de Genlis avait permis qu'on fit usage de son théâtre d'éducation dans les exercices de cet établissement.

Saint-Germain l'Auxerrois a eu longtemps pour succursale l'église Saint-Roch, construite sur l'emplacement anciennement occupé par une grande maison qu'on appelait l'hôtel Gaillon. A côté de cette propriété s'élevait une chapelle sous l'invocation de sainte Suzanne, et près de ce petit monument, à l'endroit où furent construits depuis le portail et les marches de l'église, une autre chapelle avait été bâtie, dès l'année 1521, par Jean Dinocheau, marchand de bétail, et Jeanne de Laval, sa femme. Cette chapelle était connue sous le titre des Cinq- Plaies.

Etienne Dinocheau, fourrier ordinaire du roi et neveu du fondateur, eut la générosité de renoncer aux droits qu'il avait sur cette chapelle, et de céder, le 13 décembre 1577, un grand j irdin et une place qui en dépendait. Les habitants achetèrent encore la chapelle de Gaillon, dite Sainte- Juzanne, avec ses dépendances. Sur ces divers terrains fut construite la nouvelle église, d'après des proportions moins grandes que celles données plus tard au monument qui existe à présent.

Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur l'année de la construction de cette première église. « Un fait certain, dit l'un d'eux, M. Louis Lazare, c'est que la permission de l'omV cial pour l'érection de cette succursale est du 15 août 1578. » On la consacra sous l'invocation de Saint-Roch, en raison d'un hôpital ainsi dénommé, dont Jacques Moyon, Espagnol, avait commencé la construction sur une partie de remplacement de l'église actuelle. Cet hôpital, destiné aux scrofuleux, fut transféré au faubourg Saint-Jacques.

L'église Saint-Roch resta longtemps sous la dépendance de Saint-Germain l'Auxerrois, et suivant l'usage observé dans la hiérarchie ecclésiastique le curé de cette paroisse en nommait le desservant. Cette dépendance cessa en 1003. A cette époque, Saint-Roch fut érigée en église paroissiale par François de Gondi, archevêque de Paris. La population s'augmentint, l'église devint bientôt trop petite. Les marguilliers achetèrent la totalité du terrain qui dépendait de l'ancien hôtel Gaillon, et la nouvelle église fut commencée au mois de mars 1053 , sur les dessins de Jacques Lemereier , architecte. Louis XIV posa la première pierre du nouvel édifice.

Pierre Corneille, qui mourut rue d'Argenteuil, fut enterré à Saint-Roch.

Bonaparte, obscur et dédaigné, malgré la part qu'il avait prise au siège de Toulon, conquit devant Saint-Roch la renommée qu'il ambitionnait. Un décret qui réservait aux conven-

tionnels les deux tiers des places dans le conseil des Cinq- Cents et dans celui des Anciens avait excité le mécontentement d'une grande partie de la population. Trente-trois sections se soulevèrent, le 12 vendémiaire an iv (22 octobre 1705). Un comité central de onze membres s'établit au couvent des Filles-Saint-Thomas, sous la présidence de Richer-Sérizv, journaliste dévoué à la cause royale, et choisit , pour guider les insurgés, le général de brigade Auguste Danican ; Lafond de Seule, ancien garde-du-corps de Louis XVI; le comte Colbert de Maulévrier et le marquis de Volville. Le comité s'empara des dépôts de chevaux et de subsistances, et de la trésorerie nationale, dirigea environ 30,000 hommes sur les Tuileries, et mit hors la loi la plupart des représentants du peuple, ainsi que ceux qui s'armeraient pour les protéger.

La Convention, qui ne pouvait disposer que d'une dizaine de mille hommes, en confia la direction à Barras, qui fit conférer le commandement en second au général Bonaparte, alors si peu connu que le rapport officiel le nomme ISuonaparté. Le jeune capitaine disposa quarante-deux pièces de canon au débouché des avenues qui conduisaient aux Tuileries, et attendit les sections, qui commencèrent l'attaque le 13 vendémiaire, à quatre heures du soir. Elles étaient maîtresses des rues Saint-Honoré, Saint-Roch et de la Loi (ci-devant Richelieu); après d'inutiles sommations, une vive fusillade fut échangée ; le général Brune et l'adjudant Gardanne repoussèrent les assaillants du côté des rues de l'Échelle et de Rohan ; le général Cartaux les tint en échec sur les quais; Berruyer, à la tète du bataillon sacré, les chassa du Palais-Égalité, et enleva une barricade formée au coin de la rue du Coq.

Les insurgés avaient leur quartier général à Saint-Roch, et occupaient eu tirailleurs les maisons de la rue du Dauphin. Bonaparte, secondé par le représentant J.-B. Cavaignae, fit pointer deux pièces de canon sur les marches de l'église, et acheva la défaite des sections-.

On remarqua plus tard, comme une singularité, que les noms de saint. Napoléon et de saint Roch se suivaient dans le calendrier : la fête du premier se célèbre le 15, et celle du second le 16 août.

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