‹ Le nouveau ParisChapitre 58 sur 441 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bibliothèque impériale. — La. salle de lecture. — Origine de la Bibliothèque. — Guillaume Budé. — ttaoul Spifame. — Fer ê"g ri nations de la Bibliothèque. — Le palais Maznriii. — L'abbe' Bignon. — Les globes de Coronelli. — La Bibliothèque après la Iîévulution. — Ordonnances relatives à sou administration. — Décret du 16 juillet 185S.

Non loin du temple de Plutus s'élève celui de la science, sorte de pandémonium où sont accumulées les publications

bonnes nu mauvaises qui se sont succédé depuis l'invention dp l'imprimerie, sans compter d'innombrables manuscrits, estampes, médailles, cartes et plans. Quand on sort de la Bourse pour entrer à la Bibliothèque impériale, on se trouve dans un autre monde; aux clameurs confuses succède le silence. A la Bourse, c'est à force d'enfler ses poumons qu'on parvient à se faire entendre au milieu du plus effroyable tintamarre; dans la salle de lecture de la Bibliothèque, le diapason est un murmure. Des sons articulés sotto voce sortent de la bouche des personnes qui viennent demander les livres dont ils ont besoin. Il semble qu'elles aient peur des employés, quoique ceux-ci soient de bonne composition et répondent avec une inépuisable complaisance aux exigences du public.

Ce public n'est pas toujours commode à satisfaire. Il se compose d'éléments hétérogènes et disparates où le bon grain est mêlé à l'ivraie. Il faut mettre en première ligne les véritables savants, les gens de lettres sérieux, qui se livrent à des recherches historiques, et qui demandent aux ouvrages antérieurs des matériaux pour les livres qu'ils se proposent de faire. Dans leurs rangs se glissent quelques maniaques qui poursuivent une idée avec acharnement , et travaillent depuis un temps immémorial h la confection d'un dictionnaire ou d'une histoire spéciale. On voit encore s'asseoir dans la salle de lecture des industriels qui veulent un renseignement sur un procédé quelconque relatif à leur négoce; puis des ouvriers en blouse qui désirent s'instruire ou simplement se perfectionner dans leur état.

A coté de ces hommes recommandables, car on doit des égards à l'amour de la science, même quand il est exagéré, on trouvera dans la salle de lecture des lycéens externes qui abrègent les difficultés d'une version grecque ou latine en la copiant dans des traductions; des novices qui entament un long colloque avec les donneurs de livres, pour connaître l'auteur qui a traité plus particulièrement du sujet sur lequel ils désirent être édifiés ; des femmes de lettres que les lauriers de George Sand empêchent de dormir ;

Des oisifs, qui prennent n'importe quel volume pour tuer le temps ;

De pauvres diables sans asile, qui sont charmés de trouver un abri pendant les mauvais jours.

L'administration de la Bibliothèque a pris des mesures contre l'invasion abusive des flâneurs. Tout individu qui sollicite un livre doit en indiquer le titre à peu près exactement, et donner en même temps son nom et son adresse. Depuis longues années, on a cessé de communiquer les romans et les ouvrages frivoles; mais on s'était aperçu que bon nombre d'amateurs s'installaient aux tables de lecture pour dévorer les feuilletons insérés au bas dos feuilles périodiques, et une décision des conservateurs a interdit la communication des journaux qui n'ont pas au moins vingt ans de date.

La Bibliothèque nationale n'en est pas moins généralement fréquentée par des écrivains laborieux, heureux de pouvoir fouiller dans cette mine abondante dont tant de filons sont à peine exploités. Tous les érudits et tous ceux qui aspirent à l'être doivent hommage au roi Charles V, si justement surnommé le Sage, pour avoir eu, le premier, l'idée de former un dépôt des meilleurs ouvrages, et de le tenir à la disposition du public. Ceux qu'il parvint a rassembler dans une tour du Louvre, qui prit le nom de tour de la Librairie, furent inventoriés en l'an 1373 par un savant nommé Gilles Mallet. Il compta 910 volumes, dont la plupart étaient des traités de théologie. On y trouvait cependant quelques livres d'astrologie, d'histoire, de droit, de médecine, des chansons de geste, des romans, et la traduction de quelques auteurs latins, tels que Tite-Livo, Valère-Maximo, Ovide, Lucain et Boece. Ce premier essai de bibliothèque fut conquis l>;,r li' duc de Bedford pendant les désastres qui signalèrent le règne de Charles VI, acheté moyennant la modique somme de 1 ,200 livres tournois et transporté en Angleterre.

Vint l'imprimerie, et Louis XI put commencer sérieusement ;'i si' l'aire une bibliothèque.

Charles VIII rapporta d'Italie les livres qu'avaient recueillis Robert d'Anjou, Alphonse et Ferdinand d'Arragon. Sous Louis XII, les richesses furent enlevées de la tour de la Librairie et unies a celles qu'avaient amassées a Blois les comtes d'Angoulêmc (Jean et Charles). Elles s'accrurent des trésors des bibliothèques de Pétrarque, d'un Flamand nommé Louis de La Gruthuse, des dues de Milan, Sforco et Visconti.

François I" s'empara de la bibliothèque de Blois, la lit trans-

férer â Fontainebleau , et la plaça sous la direction de Guillaume Budé. Ce savant, né en 1407 et mort en 1540, est un de ceux qui, au xvie siècle, travaillèrent avec le plus d'ardeur à la restauration des lettres antiques; il traduisit du grec plusieurs ouvrages, et sous le titre : de visse, il fit paraître un traité complet des monnaies. Charles Dumoulin l'appelait Doctrinarum omnium splentlor, et Scaliger disait de lui que c'était le plus grand Grec do l'Europe. Dans le classement de la bibliothèque de Fontainebleau, il eut pour collaborateur André-Jean Lascaris.

En 1550, un avocat nommé Raoul Spifame eut l'insigne honneur de fonder réellement la Bibliothèque nationale. C'était un homme à projets, et dans un ouvrage bizarre, intitulé : Diccearchiœ Hewjtci régis christianisshni progiimnasmata, il proposa une multitude de réformes, d'améliorations législatives, d'embellissements matériels, qui, pour la plupart, se sont successivement réalisés. Il décida Henri II à exiger des libraires un exemplaire de chaque livre dont on leur accordait le privilège; et c'est grâce à l'édit de 1550 que put s'accroître chaque année la magnifique collection d'aujourd'hui .

Les jésuites ayant été bannis de France en 1509, leur collège, situé rue Saint-Jacques, et dont le local est occupé par le lycée Louis-le-Grand, reçut la bibliothèque du roi. Louis Mil la logea au couvent des Corde.liers, et Louis XIV en autorisa la translation dans l'hôtel que. le ministre Colbert possédait rue Vivienne.

Près de. là était le palais Mazarin, amas de bâtiments grandioses, dont les plafonds avaient été peints par Romanelli, et les murailles par Grimaldi Bolognese; il occupait une superficie de 14,150 mètres. Le gouvernement en fit l'acquisition pour y placer la compagnie des Indes, la Bourse et le service des rentes; mais comme, il restait encore des galeries inoccupées on y transporta la Bibliothèque royale. L'abbé Bignon, fils et petit-fils de bibliothécaires, s'acquitta avec honneur de la tâche importante de classer la collection. On y adjoignit diverses curiosités, entre autres deux globes, l'un terrestre et. l'autre céleste, chacun de deux mètres de rayon.

L'inscription du globe céleste porte, que toutes les étoiles du firmament et toutes les planètes y sont placées au lieu même où elles étaient à la naissance du grand monarque.

L'inscription du globe terrestre nous apprend qu'il a été construit pour montrer les pays où tant de grandes actions ont été exécutées, à l'étonnement des nations que Louis eût pu soumettre, si sa modération n'eût prescrit des bornes à sa valeur.

Ces globes avaient été commandés par le cardinal d'Estrées à un religieux vénitien , Vincent Coronelli , de l'ordre des frères mineurs, et présentés en 1083 à Louis XIV, qui les avait placés honorablement dans deux pavillons du jardin de Marly. Un savant Anglais, nommé Butterfield, y avait ajouté deux grands cercles de bronze, qui en sont les horizons et les méridiens. De Marly ces deux lourdes merveilles étaient étalées au palais du Louvre. On construisit tout exprès pour eux, au rez-de-chaussée du palais Mazarin, une salle dont le plafond était percé d'une ouverture circulaire, afin qu'on pût les contempler à l'aise du haut du premier étage.

Après la révolution de 1789, la Bibliothèque nationale s'accrut considérablement. Les livres et les manuscrits des couvents supprimés y vinrent non-seulement de Paris, mais encore des départements. La surveillance de la Bibliothèque fut confiée a des hommes d'un mérite supérieur : Barthélémy, Legrand d'Aussy, Van Praet, Joly, Millin, Langlès, La Porte du Theil, Caperonnier. La loi du '25 vendémiaire an iv limita à quatre le nombre des départements composant la Bibliothèque: livres imprimés, manuscrits, estampes et médailles, sous l'administration de huit conservateurs. L'ordonnance du 2 novembre 1828 ajouta un cinquième département, celui des plans et cartes géographiques, en réduisant le nombre des conservateurs à cinq.

En 1832, une commission, présidée par Cuvier, qui mourut pendant l'enquête, examina la situation de la Bibliothèque; et sur le rapport de M. Prunelle, membre de la Chambre des députés, une ordonnance du 14 novembre reconstitua quatre départements : les livres imprimés; les manuscrits , chartes et diplômes; les monnaies, médailles, pierres gravées et. autres curiosités antiques ; les estampes , cartes géographiques et plans. Le conservatoire de la Bibliothèque se composa de neuf membres, sous la pr 'sidence d'un directeur choisi, par le mi-

LA BOURSE

nistère de l'instruction publique, sur une liste de trois candidats présentés par le conservatoire et tirés de son sein. Des conservateurs adjoints prenaient part aux séances avec voix consultatives. Ces employés se divisèrent :

En employés dont la nomination était soumise à l'approbation du ministre, et qui ne pouvaient être révoqués que par lui;

Employés auxiliaires agréés parle conservatoire, et recevant un traitement; Employés surnuméraires.

En vertu d'un décret du 10 juillet 1858, l'Empereur nomme un administrateur général, placé sous l'autorité du ministère de l'instruction publique, et qui est tenu de résider à la Bibliothèque, dont il ne peut s'absenter sans autorisation préalable. La durée des séances de travail est portée de cinq heures à six, et la Bibliothèque demeure ouverte toute l'année, excepté pendant la quinzaine de Pâques.

La Bibliothèque se divise en quatre départements : 1" Les livres imprimés, les cartes et les collections géographiques ; 2°' Les manuscrits, chartes et diplômes; 3° Les médailles, pierres gravées et antiques; 4° Les estampes.

Il y a pour chaque département un conservateur sous directeur, et un conservateur sous-directeur adjoint. Toutefois, au département des imprimés, cartes et collections géographiques, pourront être attachés trois conservateurs adjoints. Le personnel se compose, en outre :

De bibliothécaires, d'employés de 1", 2" et 3e classe, de surnuméraires et d'auxiliaires, d'ouvriers et gagistes ; D'un trésorier comptable ayant rang de bibliothécaire; D'un secrétaire de la direction et d'un commis d'ordre ayant rang soit de bibliothécaire, soit d'employé.

Art. 8. Les traitements sont fixés de la manière suivante : Administrateur général, directeur, 15,000 IV. Conservateur sous-directeur, 10,000 fr. . Conservateurs sous-directeurs adjoints, 7,000 fr. Bibliothécaires, 4,000 à 5,000 fr.

Employés de 1™ classe, 3,200 à 3,000 fr. Employés de 2e classe, 2,500 à 3,000 fr. Employés de 3e classe, 1,900 à 2,400 fr. Surnuméraires, 1 ,800 fr.

Auxiliaires, 1,500 à 1,800 fr.

Les ouvriers et gagistes :

Un chef du service, à 1,500 fr. ; des hommes de service, à 1,100 à 1,200 fr. ; des concierges femmes et femmes de servie -, à 5110 fr. ; les relieurs de l'atelier intérieur, à 1,300 a 1,500 fr. ; les relieuses de l'atelier intérieur, à 800 à 000 fr. ; les colleurs de l'atelier d'estampes, 1,100 à 1,200 fr.

Les conservateurs sous-directeurs et conservateurs sous-directeurs adjoints sont nommés et révoqués par l'Empereur, sur la proposition du ministre de l'instruction publique et des cultes.

Tous les autres employés sont nommés sur la proposition du ministre secrétaire d'État au département de l'instruction publique et des cultes.

Les bibliothécaires, employés, surnuméraires et auxiliaires sont nommés et révoqués par le ministre.

La nomination comme la révocation des gagistes est faite par le ministre, sur le rapport de l'administrateur général.

A l'avenir, nul ne pourra être nommé employé à la Bibliothèque, s'il n'est pourvu du diplôme de bachelier es lettres ou de celui de bachelier es sciences.

Toutefois, ce grade ne sera pas exigé des surnuméraires qui peuvent être actuellement en exercice, et des employés auxiliaires aujourd'hui attachés aux travaux de catalogue. Nul ne peut être nommé employé s'il n'a été pendant un an, au moins, surnuméraire, ou s'il ne compte trois années de service dans une administration publique. Néanmoins, ce stage ne sera pas exigé des personnes appelées aux emplois de trésorier, de secrétaire de la direction et de commis d'ordre.

Tout employé prend rang, au jour de sa nomination, dans la troisième et dernière classe.

Nul n'est promu a la classe immédiatement supérieure s'il ne compte au moins deux ans de service dans celle qu'il occupe. La même règle est applicable aux employés de 1™ classe pour l'obtention du titre de bibliothécaire.

Aucun fonctionnaire nommé à l'avenir ne pourra cumuler

un autre emploi avec celui qu'il occupe à la Bibliothèque impériale.

Les conservateurs sous-directeurs et les conservateurs actuellement en exercice forment un comité consultatif que l'administrateur général réunit une fois par mois.

Le même décret ordonne qu'il sera immédiatement procédé à l'inventaire générale de toutes les collections de la bibliothèque; et on travaille activement au catalogue général de tous les livres imprimés. Quand sera-t-il fini? Dieu seul le sait!

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