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CHAPITRE VII

Théâtres. — La comédie italienne. — Salle de l'Opéra -Comique. — Le théâtre Feydeau. — Les Nouveautés. — Loi du 7 août 1S:W. — Ktat actuel.

Le IIe arrondissement renferme les théâtres de l'Opéra-Coniiquo, du Vaudeville, des Variétés, des Italiens et des Bouffes- Parisiens.

La salle actuelle de l'Opéra-Comique fut élevée sous la direction de M. Heurtier, inspecteur général des bâtiments du roi ; elle est isolée sur trois faces, dont la principale est décorée de huit, colonnes doriques, qui soutiennent un entablement ; si l'on n'a pas tourné cette façade du côté du boulevard, c'est que le duc de Choiseul, propriétaire du terrain en 1784, calcula qu'il louerait avec avantage les appartements et boutiques donnant sur le boulevard, et qu'en même temps le mouvement produit par l'entrée du spectacle ajouterait à la valeur des maisons construites en face, et connues sous le nom de Pâté des Italiens. Avant d'être en possession de la salle nouvelle, l'Opéra- Comique, ce genre si français, a longtemps erré ; il naquit sur les planches de la foire Saint-Germain, eut pour patrons Lesage, Piron, Favart, Vadé, les musiciens Duni , Dauvergne, Philidor, qui a laissé surtout une réputation comme joueur d'échecs, et. Monsigny, dont le Déserteur immortalisera le nom. Les comédiens italiens avaient débuté, le 18 mai 1710, à l'hôtel de Bourgogne, situé rue Mauconseil; grâce au talent de Carlin et d'autres acteurs d'imagination vive et féconde, ils avaient longtemps soutenu honorablement le genre difficile qu'ils avaient adopté. On affichait dans les coulisses un canevas que les acteurs consultaient avant d'entrer en scène, et sur lequel ils devaient improviser des paroles. Peu d'acteurs avaient la spontanéité, l'imagination , la verve nécessaires pour soutenir cette improvisation perpétuelle; aussi le public se lassat-il bientôt de ces pièces irrégulières. La troupe italienne, délaissée malgré ses efforts, peut-être même parce qu'ils étaient trop visibles, fut heureuse de s'unir avec celle de l'Opéra- Comique en 1761. Les succès de Grétry achevèrent de tuer la comédie italienne, à laquelle une ordonnance du 31 mars 1780 enjoignit de ne représenter désormais que des pièces françaises. En 1784, l'Opéra-Comique vint occuper le local bâti par Heurtier, et dont l'intérieur fut modifié par Wailly. Monsieur, frère du roi, qui fut plus tard Louis XVIII, aimait la littérature et la musique. Grâce à sa protection, des chanteurs italiens avaient débuté dans la salle de spectacle des Tuileries, le '29 janvier 1780, par un opéra intitulé te Vicende amorose. Il était un peu tard pour se mettre sous la protection d'un prince du sang, et d'ailleurs, le palais désert, fut habité forcément par Louis XVI, à la suite des journées des 5 et 0 octobre. La nouvelle troupe était nantie d'un arrêt du conseil et d'un bon du roi qui assurait aux actionnaires la jouissance de la salle pendant trente ans, et ils y avaient fait des dépenses dont la totalité s'élevait à '200,000 livres. Se trouvant dans la nécessité de déguerpir, ils chargèrent les architectes Legrand et Molinos de construire rue Feydean un théâtre sédentaire pouvant contenir

2,200 spectateurs; l'entrée spéciale des voitures se trouvait sous des portiques spacieux, qu'une rangée de colonnes séparait du vestibule où étaient, les bureaux et les escaliers. Les piétons entraient du côté de la rue des Filles-Saint-Tbomas, par un passage couvert, bordé de boutiques. La famille de Choiseul, qui avait son bôtel sur l'emplacement de l'Opéra actuel , avait conservé la propriété de la salle Heurtier. Un couloir sonterrain, dont on a détruit, les derniers vestiges il y a peu d'années, partait de l'endroit où sont les magasins du tailleur Dusautoy, et aboutissait au théâtre. A la suite de quelques discussions avec les propriétaires, l'Opéra-Comique français permuta avec l'Opéra italien, et s'établit dans la rue Feydean ; ce fut là que brillèrent. Martin, Elleviou, Cbenard, Gavaudan, Dozainville; mesdames Dugazon, Gavaudan et Saint-Aubin; ce fut là que le public fut initié à la véritable musique française, vive, légère, spirituelle, sans prétention, intelligible à tous, par Dalayrac, Berton, Boîeldieu, Auber, et Nicolo Isouard de Malte.

On sait traditionnellement qu'au moment où le sort de la France était indécis, au moment où les armées étrangères couvraient le sol de la patrie, les Parisiens couraient en foule aplaudir les ariettes de Joconde.

La transformation de ce quartier ayant été décidée amena la destruction du théâtre Feydeau et du passage contigu, dent la perte n'eut rien de regrettable, car presque toujours les industriels qui en occupaient les boutiques se trouvaient dans la fâcheuse nécessité de substituer à la lumière du jour celle de quinquets huileux et nauséabonds, le gaz n'étant, pas encore, en usage. Il y avait, pourtant dans ce sombre corridor quelques établissements fréquentés, entre autres le café Cbéron , où se réunissaient des gens de lettres et des artistes, le restaurant de la mère Camus, deux librairies, un débit de marrons de Lyon et un magasin de briquets phosphoriques.

Un spéculateur nommé Langlois, propriétaire d'une partie du passage Feydeau, éleva sur ces terrains, moyennant la somme de 3,407,000 fr., des maisons importantes et une salle de spectacle, qui fut ouverte le 1er mars 1827, sous le titre de théâtre des Nouveautés.

Pour l'Opéra-Comique,- MM. Guerchy et Huvé firent bàtii, entre la rue Neuve-dcs-Petifs-Chanips et la rue Neuve-Saint- Augustin, une salle dont l'ouverture eut lieu le 27 avril 1820. Elle était isolée, décorée avec goût ; la façade, où l'ordre dorique s'alliait à l'ordre ionique, n'était pas dénuée de grandeur; mais dans la distribution de l'intérieur, on n'avait pas eu suffisamment d'égard aux lois inflexibles de l'acoustique. L'Opéra- Comique déserta de nouveau pour aller s'installer, au mois de septembre 1832, dans la salle des Nouveautés, sous la direc ion de M. Paul Dutrerk.

Le Théâtre-Italien était toujours place Favart. Un incendie le dévasta, et la loi du 7 août 183!), qui en autorisa la restauratien, y mit pour clause spéciale que l'Opéra-Comique s'y fixerait. Cette loi était ainsi conçue :

Art. 1". Le ministre de l'intérieur est autorisé à mettre en adjudication, avec publicité et concurrence, là reconstruction de la salle Favart pour y établir l'Opéra-Comique, sous les conditions et clauses du cahier des charges annexé' à la présente loi.

Le rabais portera sur la durée et la jouissance à concéder à l'adjudicataire.

Art. "2. A l'expiration du terme fixé' par l'adjudication, le salle reconstruite et ses dépendances feront retour à l'État.

Art. 3. L'adjudicataire pourra employer les matériaux provenant de l'ancienne salle. Il recevra en outre une somme de trois cent mille francs, égale à l'indemnité versée au Trésor par la compagnie d'assurance du théâtre, par le directeur de l'ancienne salle, et. qui demeurent définitivement acquis à l'État. Cette somme sera payée à l'adjudicataire après la réception des travaux.

Art. 4. Pour subvenir à la dépense énoncée en l'article précédent, il est ouvert au ministre de l'intérieur sur l'exercice de 1849, un crédit extraordinaire de trois cent, mille francs.

Art. 5. L'autorisation donnée par la présente loi cessera de plein droit si dans les trois mois, à partir de sa promulgation, l'adjudication définitive n'a pas eu lieu.

Le cahier des charges portait que l'adjudicataire s'engageait à rebâtir un théâtre à ses frais sur l'emplacement de l'ancienne salle Favart, et à le faire garnir et équiper du matériel et déco-

LA BOURSE

rations, accessoires et meubles nécessaires à l'exploitation de l'Opéra-Comique. Les travaux devaient être exécutés sous la surveillance d'un architecte délégué, et être terminés au 1er avril 1840, sous peine, pour les adjudicataires, de payer, à titre d'indemnité, une somme de mille francs par chaque jour de retard au directeur de l'Opéra-Comique.

Le prix de la location était fixé à soixante-dix mille francs, y compris le magasin établi rue de Louvois, dans une salle depuis longtemps abandonnée, où joua avec succès, sous le premier empire, une troupe dont Picard était le directeur.

MM. Crosnier et Ber se rendirent adjudicataires de l'entreprise, moyennant une concession de trente années; et la salle, rebâtie par Charpentier, s'ouvrit le 10 mai 1840 par une représentation du Pré aux Clercs, le plus remarquable ouvrage d'Herald. La Part du Diable, la Sirène et Haydée, d'Auber; l'Éclair, le Val d'Andorre et les Mousquetaires de la Reine, d'Halévy; le Caid, d'Ambroise Thomas; V Étoile du Nord et le Pardon de Ploermel, de Meyerbeer, ont soutenu la vogue de ce spectacle, avec le puissant concours de Cholet, Roger, Couderc, Sainte-Foy; de M™" Damoreau, Darder, Ugalde et Marie Cabel;mais on peut regretter que l'Opéra-Comique, si justement populaire, s'égare sur les traces du grand Opéra, et qu'au lieu de chercher ces pièces vives, légères et spirituelles qui charmèrent les générations antérieures, il fatigue nos oreilles par des œuvres colossales et prétentieuses, dont le mérite est contestable, et qui manquent de toute gaieté.

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