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CHAPITRE VIII

Le théâtre des Variétés. — Le Vaudeville. — Le théâtre Comte.

Le théâtre des Variétés est né au Palais-Royal, sous les auspices de M"e Montansier. Les acteurs Brunet, Tiercelin, Cazot, y amusèrent nos pères par leurs spirituelles niaiseries, leurs calembours, leur gaieté naturelle et communlcative. Là furent représentée des pièces dont le souvenir s'est perpétué : Jocrisse Maître et Jocrisse Valet, le Désespoir de Jocrisse, Préville et Taconnet, Cadet Roussel, les Chevilles de Maître Adam.

Le foyer du Théâtre delà Montagne, qui prit, en 1705, le titre de Théâtre des Variétés, était le rendez-vous des gens de lettres, des journalistes, et de quelques hommes politiques opposés au gouvernement; c'était l'arsenal d'où partaient, comme des flèches, des épigrammes contre le Directoire ou le Consulat. « Dans cette réunion, a dit le critique Merle, tout servait de prétexte à la gaieté et au plaisir, tout devenait un spectacle, jusqu'à cette galerie en forme de tribune qui dominait le foyer; c'était la place d'honneur des plus jolies habituées de l'endroit ; on lui avait donné le nom d'un quai de. Paris, dont la désignation exprimait spirituellement, mais d'une façon un peu triviale, l'idée qu'on y attachait. Chaque soir, un nouvel épisode arrivait à point pour soutenir la joie intarissable des amateurs. Tantôt c'était la publication d'un nouvel ouvrage sorti de la boutique du libraire Barba, tantôt une nouvelle parade de Brunet ou de Tiercelin qui faisait fortune dans Paris, ou bien un bon tour joué au commissaire de police Robillard, que ses soixante ans, sa corpulence pansue, ses lunettes larges comme des roues de cabriolet, sa coiffure de 87 et ses boucles d'argent à la Chartres, ne mettaient pas à l'abri de quelque mystification ou des espiègleries de quelques-unes de ses administrées. «

Une cabale si puissante se forma contre les Variétés, qu'elle obtint, un décret impérial qui força les directeurs Simon et Poignet à quitter la salle du Palais-Royal à partir du 1er janvier 1807, et à s'en aller dans un quartier lointain, au théâtre de la Cité, bâti en face du Palais-de-Justice sur les ruines de l'église Saint-Barthélémy, vieille basilique qui avait, commencé par être la paroisse, des rois de France, et dont le local, avant d'être fermé, a retenti des bruyants accords du bal échevelé du Prado.

Les Variétés n'y restèrent pas longtemps, et se casèrent, le 24 juin 1807, dans une salle bâtie sur le boulevard Montmartre par l'architecte Célerier. La façade présente deux étages tétrastyles; le vestibule est spacieux et commode, ainsi que le foyer; mais on regrette pour ce théâtre, comme pour la plupart des autres, qu'il soit enclavé entre des maisons particulières. La pièce de début fut le Panorama de Momus, par Désaugiers, Francis et Moreau.

Le nouveau théâtre offrait ceci de particulier, que les propriétaires, dont les principaux étaient MM. Thayer et Crètu, possédaient à la fois la salle et le privilège, dont ils disposaient. Ce furent par eux que Mira fils, Armand Dartois, Bayanl , Dumanoir, Jouslin de la Salle furent nommés directeurs. Nestor Roqueplan, par un autre système, loua le privilège à ses risques et périls, de concert avec M. Leroy, homme intelligent qui a été successivement directeur de la scène à l'Odéon, à l'Opéra et à l'Opéra-Comique. Survint un riche Anglais, nommé Bows, qui acheta la salle et le privilège. Les directeurs auxquels il le loua, MM. Morin, Thibaudeau et Carpier, ne réussissant qu'à demi, il restitua au gouvernement le privilège, qui fut donné à M. Hippolyte Coignard, et depuis cette époque, le théâtre des Variétés est régis par la même loi que tous les autres.

Le théâtre du Vaudeville fut fondé rue de Chartres, et ouvrit le \i janvier 1702. La salle, noire, resserrée entre les maisons voisines, située à l'angle d'une rue tortueuse, réunit pourtant une nombreuse affluence, grâce au talent joyeux deDumersan, Baré, Radet, Théaulon, et de leurs interprètes, Laporte, Chapelle, Joly, M1™5 Minette, etc. Plus tard débutèrent, sur la même scène, Arnal,Volnys, Lafont, Lepeiutre aîné, Lepeintre jeune, Monnier, M""* Brohan, Doche, Guillemin, Albert, Fargueil. Aux amusantes études de mœurs de Scribe, Mélesville, Duvert, Varin, aux facéties de Renaudin de Caen, de la Famille improvisée, des Gants jaunes, du Mari de la Dame de cœur, se joignirent des drames semi-historiques, tels qu'un Duel sous Richelieu, Marie Mignot, Madame Dubarry. Mais le 18 juillet 1838 les succès du Vaudeville furent interrompu par un incendie. Entre trois et quatre heures du matin, le feu se déclara dans les combles, et il eut bientôt consumé ce vieil édifice, dans la construction duquel était entré plus de bois que de pierre. Le Vaudeville trouva un asile dans un café-concert du boulevard Bonne-Nouvelle, et vint occuper, le 16 mai 1840, l'ancien théâtre des Nouveautés.

C'est à ce théâtre qu'ont été inaugurées les grandes pièces en cinq actes, qui participent à la fois du drame, de la comédie et du vaudeville. A ce genre appartiennent la Dame aux camélias, par M. Alexandre Dumas fils; les Filles de marbre, par MM. Barrière et Lambert Thiboust; Dalila et le Roman d'un jeune homme pauvre, par M. Octave Feuillet; les Faux bons hommes, par MM. Barrière et Capendu; les Lionnes pauvres, par MM. Emile Augier et Edouard Fournier; les Dettes de coeur, par AL Maquet.

Comte, prestidigitateur et ventriloque, fut le fondateur du théâtre du passage Choiseul. Il donna d'abord dans un caveau de l'hôtel des Fermes, rue. du Bouloi, des représentations de magie amusante et de fantasmagorie. Ce fut dans ce lieu souterrain, aujourd'hui dépendant de l'imprimerie Dupont, que Jacques de Falaise le Polyphage émerveilla les Parisiens par la facilité monstrueuse avec laquelle il avalait des roses, des montres, des oiseaux et des souris. En se transportant au passage Choiseul , Comte y amena une troupe d'enfants, dont, il faut le. dire, les talents précoces n'ont pas tenu ce qu'ils promettaient. « Quelques-uns de ces jeunes artistes, dit un critique spirituel, M. Albéric Second, sont morts dans la misère; beaucoup se sont résignés à embrasser des professions manuelles. L'un d'eux, un bossu , connu sous le nom du petit Alfred, est « entré dans l'administration »; il préside actuellement au nettoyage de sa patrie : il est sous-inspecteur du balayage paril'isien! Il faut le voir, ce digne fonctionnaire, lorsqu'il passe l'inspection d'une escouade de balayeurs! En ces momentslà, il est réellement magnifique à contempler. Il s'acquitte de. sa mission en homme qui a eu souvent l'honneur de représenter l'empereur Napoléon Ier et le grand Frédéric. Observez-le : il prend son tabac dans la poche gauche de son gilet , croise ses bras derrière son dos, s'habille avec une redingote grise, et dit volontiers à ses hommes en les dispersant avec un geste grandiose : « Soldats! je suis content de vous. »

» Parmi les élèves de M. Comte qui ont persisté à jouer la comédie, le plus grand nombre, il faut bien le dire, n'a pas dépassé et ne dépassera jamais le niveau d'une honnête médiocrité. Mais qu'importe, après tout, si la renommée d'un seul suffit à la gloire du professeur? Celui-là, c'est Hyacinthe, le sublime gracioso du théâtre du Palais-Royal.

« Hyacinthe était à peine âgé de six ans lorsqu'il fit son premier début au théâtre Choiseul. En considération de son talent précoce et de ses succès retentissants, M. Comte lui assura

une position exceptionnelle: dix francs par mois sans surnumérariat! ce qui ne s'était pas encore vu. Et quand, sept ans plus tard , il rompit avec son directeur pour entrer comme figurant aux Variétés, il y avait déjà longtemps que le jeune artiste gagnait vingt sous par jour, ce qui était le. maximum des traitements.

« Dans le but extrêmement louable de ne point susciter d'odieuses jalousies entre ses auteurs et ses acteurs, M. Comte avait fait en sorte que les' droits des uns ne fussent point de beaucoup supérieurs aux appointements des autres, ce qui ne l'a pas empéebé de compter dans son répertoire une grande quantité de petites pièces spirituelles. Les premiers couplets de MM. Coignard , Dumanoir et Siraudin ont été chantés sur ces planches hospitalières. M. Emile Vanderhurch a été longtemps le fournisseur attitré de la maison; et, sous la raison sociale « Alexandre Boucher et C », un financier célèbre de notre époque a fait représenter là une vingtaine de vaudevilles, alors qu'il n'était ni célèbre ni financier. »

M. Comte, ci-devant physicien du roi, se retira à Rueil, où il a fini paisiblement ses jours, au mois de novembre 1859. L'idée de forcer la nature et d'appeler de petits prodiges à jouer prématurément la comédie, au détriment de leur intelligence et de leur santé, a été heureusement abandonnée: le théâtre des petits acteurs n'est plus; il est remplacé par les Bouffes-Parisiens, qui a été ouvert le 5 juin 1855, sous la direction de M. Jacques Offenbach. On y a donné d'amusantes saynètes, comme lis Deux aveugles, Orphée aux enfers, le Savetier et le Financier, Forteboule, et le Carnaval des lievues.

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