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CHAPITRE XI

Fussage et me du Caire. — Cour des Miracles. Boulevard de Sébastopol.

Le passage du Caire, dont la réputation fut longtemps sans rivale , porte dans les décorations de sa principale façade le signe caractéristique de sou origine : il est contemporain de la rue du même nom, ouverte sur une partie des jardins du couvent des Filles-Dieu, vers la lin de 1799. Exécutée sur une largeur de 9 met. 74 cent., elle reçut le nom du Caire, en mémoire de l'entrée de l'armée française dans la capitale de l'Egypte, le 23 juillet 1798.

Une décision ministérielle du 2 messidor an Mil, confirmée par une ordonnance royale du 21 juin 1820, avait maintenu à la rue du Caire une largeur de 9 met. 74 cent.

Depuis la création du boulevard de Sébastopol , des maisons et portions de maisons situées rue Saint -Denis et rue du

Ponceau, ont été déinolies,-ct la rue du Caire prolongée va rejoindre cette grande voie publique.

Une ruelle lie la place du Caire à la cour des Miracles, qui n'a plus rien de miraculeux.

'l'ont le monde a lu Notre-Dame de Paris; on sait presque par cœur cette magnifique description : i( Gringoire était dans cette redoutable cour des Miracles où jamais honnête homme n'avait pénétré à pareille heure ; cercle magique où les officiers du Chàtelet ,et les sergents de la prévôté qui s'y aventuraient disparaissaient en miettes ; cité des voleurs, hideuse verrue à la face de Paris, égout d'où s'échappait chaque matin et où venait croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicité et de vagabondage, toujours débordé dans les rues des capitales; ruche monstrueuse où rentraient le soir avec leur butin tous les frelons de l'ordre social ; hôpital menteur où le bohémien, le moine défroqué, l'écolier perdu, les vauriens de toutes nations, Espagnols, Italiens, Allemands; de toutes les religions, juifs, chrétiens, niahométaus, idolâtres, couverts de plaies fardées, mendiant le jour, se transfiguraient la nuit en brigands; immense vestiaire en un mot, où s'habillaient et se déshabillaient à cette époque tous les acteurs de cette comédie éternelle que le vol , la prostitution et le meurtre, jouent sur le pavé de Paris.

« C'était une vaste place, irrégulière et mal pavée, comme toutes les places de Paris alors. Des feux autour desquels fourmillaient des groupes étranges y brillaient çà et là. Tout cola allait, venait, criait. On entendait des rires aigus, des vagissements d'enfants, des voix de femmes. Les mains, les tètes de cette foule, noires sur le fond lumineux , y découpaient mille gestes bizarres. Par moments, sur le sol, où tremblait la clarté des feux mêlées à de grandes ombres indéfinies, ou pouvait voir passer un chien qui ressemblait à un homme, un homme qui ressemblait à un chien. Les limites des races et des espèces semblaient s'effacer dans celte cité comme dans un Pandémouium. Hommes, femmes, bêtes, âge, sexe, santé, maladies, tout semblait être en commun parmi ce peuple; tout allait ensemble, mêlé, confondu, superposé; chacun y participait de tout.

(( Le rayonnement chancelant et pauvre des feux permettait à Gringoire de distinguer à travers son trouble, tout alentour de l'immense place, un hideux encadrement de vieilles maisons dont les façades vermoulues, ratatinées, rabougries, percées chacune d'une ou deux lucarnes éclairées, lui semblaient dans l'ombre d'énormes tètes de vieilles femmes, rangées en cercle, monstrueuses et rechignées, qui regardaient le sabbat en clignant des yeux.

« C'était, connue un nouveau monde inconnu, inouï, difforme, reptile fourmillant, fantastique. »

Ce serait presque une profanation que d'entreprendre d'ajouter à cette poésie et de soumettre à une froide analyse les récits du poète. Nous renvoyons à son œuvre, sans chercher à suivre Gringoire au milieu de ses aventures dramatiques, et nous nous bornerons à faire un peu d'érudition.

Au moyen âge, les corporations étaient pour ainsi dire parquées. Les individus exerçant la même industrie n'étaient point disséminés comme aujourd'hui ; ils se concentraient dans certaines rues et dans certains quartiers. Ainsi, dans la nomenclature des rues de Paris an xme siècle, on remarque les rues de la Tonnellerie, de la Fromagerie, de la Ganterie, de la Tannerie, de la Lingerie, de la Chanvrerie, de la Basanerie, de la Buffletcrie, de la Bouderie, de la Coifl'eiïe, de la Mégisserie, de la Cordonnerie; la rue aux Poissons, les rues des Enlumineurs, des Écrivains, des Oblayers ou marchands d'oubliés ; la rue à Lavandières, la rue aux Petits-Solers, où l'on vendait des souliers pour les dames; la rue aux Oues, où étaient établis les rôtisseurs, et qui est devenue par corruption la rue aux Ours. Les rues qui s'appellent encore aujourd'hui des Êtuves ou des Vieilles-Étuves étaient presque exclusivement occupées par des bains, dont les garçons se tenaient dès l'aurore sur le pas des portes pour inviter les passants à entrer, comme l'atteste le Dit des crieries de Paris (Ms. 7218) :

Oez ! l'on crie au point du jour '

Seignor, car vos alez baingnier,

Et estuver sans de'laier ;

Li baing sont chaut; c'est sans mentir.

L'usage qui assignait un quartier spécial à chaque corporation était suivi dans toutes les villes un peu importantes. Ainsi,

LA BOURSE

par exemple, nous trouvons à Nevers les rues des Merciers, de la Sellerie, de la Coutellerie, des Boucheries, de la Verrerie, des Ardilliers, de la Corderie, de la Pelleterie, des Orfèvres.

Naturellement, il y avait aussi des localités affectées aux mendiants, aux voleurs, aux vagabonds, aux gens sans aveu qui pullulent dans les grandes cités. On les nommait cour des Miracles, parce que les misérables qui avaient simulé des maladies ou des infirmités pour exciter la compassion des bonnes âmes jetaient le masque en arrivant à leur gîte. Ils réalisaient les merveilles annoncées par le prophète Isaïe : « Alors les yeux des aveugles verront le jour, et les oreilles des sourds seront ouvertes; le boiteux bondira comme un cerf, et la langue des muets sera déliée. » (Chapitre xxvi, versets 5 et 0.) « En ce temps-là les sourds entendront les paroles de ce livre, et les yeux des aveugles, sortant de leur nuit, passeront des ténèbres à la lumière. » (Chapitre xxvn.)

Il y avait à Paris plusieurs cours des Miracles ; la principale, celle où Victor Hugo a placé la scène si admirablement rendue par Gustave Doré, s'étendait jusqu'aux remparts de Paris, à partir du monastère des Filles-Dieu, prieuré triennal de religieuses de l'ordre de Fontevrault. Elle forme aujourd'hui une place isolée entre l'impasse de l'Étoile, la rue des Forges et la rue de Damiette, quartier Bonne-Nouvelle.

On trouve au Marais, dans la rue des Tournelles, le passage et la cour des Miracles ; il y avait encore d'autres cours des Miracles dans les rues Saint-Denis, du Bac, de Neuilly, des Coquilles, de la Jussienue, Saiut-Nicaise et la butte Saint-Roch. Dans les provinces, les localités de ce genre qui ont laissé des souvenirs sont la cave aux Miracles de Rouen, l'hôtel des Miracles à La Réole, et le cabaret des Miracles à Lyon.

La population des cours des Miracles constituait une société particulière, avait un chef électif qui s'appelait le Grand Coësre et parlait l'argot, langue mystérieuse dont on retrouve d'anciens spécimens dans les ballades de François Villon , poëte et voleur. Les principaux officiers du roi des gueux, nommés cagous, gagots ou archisuppôts, étaient les instituteurs de la cour des Miracles. Ils montraient l'art d'émouvoir la charité des passants en étalant de fausses plaies, et aussi l'art d'enlever subtilement une bourse. C'était sous leur direction et après avoir écouté leurs judicieuses exhortations que les mendiants et les voleurs s'en allaient à l'ouvrage. Les francs-mitoux tombaient en défaillance au coin des rues ; les piètres se traînaient sur des béquilles; les malingreux contrefaisaient les hydropiques, et les sabouleux simulaient l'épilepsie en se mettant dans la bouche un morceau de savon. Aux portes des églises et des couvents mendiaient les coquillards, qui revenaient d'un lointain pèlerinage; les hubains, qui avaient été guéris de l'hydrophohie par l'intercession de saint Hubert; les rifodés, ruinés par des incendies ; les marcandiers, qui se donnaient pour des ;ommerçants victimes de la guerre. Tous ces gueux étaient plus ou moins voleurs, mais par occasion seulement. Ceux qui vivaient exclusivement de pillage portaient les noms de truands, drilles, matois, capons, courtauds de boutanche, tireurs de laine, etc. C'étaient principalement la nuit qu'ils exerçaient leur :rimiuelle industrie. A cette époque , les rues n'étaient pas éclairées; en temps de guerre seulement, on plaçait de distance sn distance des chandelles ou des lanternes. Les maisons, presque toutes à pignon, avaient leurs étages en saillie les uns sur :es autres, ce qui contribuait à augmenter l'obscurité. Il était facile aux truands, aux malandrins de s'embusquer entre les joteaux corniers des sombres rez-de-chaussées et d'y attendre es passants attardés.

On peut dire, au propre et au figuré, que le progrès des umières détruisit le royaume d'argot. Cependaut la plus cé- .èbre des cours des Miracles conservait encore sous le règne le Louis XIV une partie de son ancienne physionomie. « Elle Consistait, dit l'historien Sauvai, en une place d'une grandeur considérable et en un très-grand cul-de-sac puant, boueux, rrégulier, qui n'est point pavé. Autrefois il confinait aux dernières extrémités de Paris. A présent il est situé dans l'un des quartiers les plus mal bâtis, les plus sales et les plus reculés Je la ville, entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles- Dieu et la rue Neuve-Saint-Sauveur, comme dans un autre monde. Pour y venir, il se faut souvent égarer dans de petites ™s vilaines, puantes,. détournées; pour y entrer, il faut des- :endre une assez longue pente, tortue, raboteuse, inégale. J'y ri vu une maison de boue, à demi-euterrée, toute chancelante le vieillesse et de pourriture, qui n'a pas quatre toises en carré,

et où logent néanmoins plus de cinquante ménages chargés d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels ou dérobés. On m'a assuré que dans ce petit foyer et dans les autres habitaient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes sur les autres. Quelque grande que soit cette cour, elle l'était autrefois beaucoup davantage. De toutes parts elle était environnée de logis bas, enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tout pleins de mauvais pauvres. »

Sauvai rappelle ensuite le temps où les habitants de cette cour « se nourrissaient de brigandages, s'engraissaient dans l'oisiveté, dans la gourmandise et dans toutes sortes de vices et de crimes. » Ce tableau commençait à manquer d'exactitude, et les mesures répressives se multiplièrent sous Louis XIV d'une manière alarmante pour les gueux. Déjà, par lettres patentes du '27 avril 1622, Louis XIII avait ordonné d'enfermer dans les hôpitaux les pauvres de Paris, et projeté un vaste dépôt qui devait être placé à l'extrémité de la grande allée du Cours- la -Reine. Louis XIV, par édit du 27 avril 1656, et grâce aux libéralités du président Bellièvre, fonda l'hôpital général de la Salpêtrière, pour y recueillir les vagabonds et mendiants de la capitale II fut ouvert le 7 mai 1657, et dès le 14 cinq mille personnes y étaient entassées. On y annexa Bicêtre, où l'auteur de Paris ridicule, Claude le Petit, avocat au parlement, nous peint les gueux installés, gais et contents. Ils n'y venaient pourtant que contraints et forcés; et d'impitoyables archers, emportés par leur zèle, arrêtaient les passants sur le plus vague soupçon de mendicité. Antoine Furetière, dans son Roman bourgeois, imprimé en 1668, fait raconter par un de ses héros, Charosselles ou Charles Sorel, la mésaventure d'un rimailleur nommé Mythophylacte : « Il me souvient, dit-il, de l'avoir veu une fois en une grande peine. Je le trouvay en place de Sorbonne querellant avec un autre autheur, qui, entre autres injures, lui reprocha tout haut qu'il étoit un caymand de gloire, et que de tous côtés, il en alloit mendier. Ce dernier mot fut ouy par des archers qui cherchoient tous les mendiants pour les mener à l'hospital général. Ils le saisirent au collet en ce moment; bien estoit-il d'ailleurs assez déchiré aussi, et j'eus bien de la peine à le faire relascher. J'en vins pourtant à bout, sur ce que je leur remonstray que le mestier de poëte, dont il faisoit profession , le conduisoit naturellement à l'hospital, et qu'il ne falloit point d'autres archers que ceux de son mauvais destin pour l'y faire aller en diligence, i)

Ce fut Louis XV qui porta le coup mortel aux cours dos Miracles. Par une déclaration du 18 juillet 172-4, il enjoignit aux administrations de ne souffrir dans le royaume ni mendiants, ni vagabonds, de donner la subsistance aux pauvres incapables de travailler, et de procurer de l'ouvrage à ceux qui seraient sains et valides. Cette déclaration fut renouvelée le 3 août 1764. Un arrêt du conseil, en date du 21 octobre 1767, enjoignit d'établir dans toutes les généralités des maisons de force pour y renfermer les vagabonds et gens sans aveu, aux frais du roi. Les cours des Miracles disparurent les unes après les autres. Sur le terrain de la principale, en vertu de lettres patentes du 21 août 1784, l'architecte Dumas construisit une halle pour la vente en gros du poisson de mer et d'eau douce, halle qu'on fut obligé de démolir parce que les marchandes refusèrent d'en prendre possession.

Après la Révolution, l'organisation de la charité et la force publique ne permirent plus aux mendiants et aux bandits de conserver même l'ombre de ces associations interlopes qui avaient été une des plaies du moyen âge. La bohème dispersée manque de capitale.

Le IIe arrondissement a pour limites au sud la partie du boulevard de Sébastopol destinée à prolonger le boulevard de Strasbourg jusqu'à la place du Chàtelet. L'exécution en fut ordonnée par un décret du 19 septembre, à la suite de deux délibérations de la commission municipale, du 31 mars et 9 juin 1854. Le même décret déclara d'utilité publique :

1° L'ouverture du boulevard du Centre, sur une longueur de 30 mètres ;

De trois rues transversales de 20 mètres : la première , au droit de la rue Réaumur, avec place devant l'église Saint-Mcolas-des-Champs ; la seconde, entre celles du Grand et du Petit- Hurleur; la troisième, à la hauteur de la rue aux Ours, et d'une rue de 16 mètres en face de la nouvelle entrée du Conservatoire ;

2° La prolongation des rues de la Grando-Truandorio, de la Gossonnerie et du Cygne;

3° L'élargissement de 10 mètres des rues Grenetat et de la Reynie;

4" La suppression d'une partie de la rue du Pohceau, des passages de la Longue-Allée, de Basfour, de la Trinité, des rues Guéiïn-Boissoau , du Grand-Hurleur, Bourg-l'Abbé, du Petit-Hurleur, Salle-au-Gomte, des Trois-Maures, de la Vieille- Monnaie et de l'impasse de Venise.

Le préfet de la Seine, dans son rapport annuel, indiquait en ces termes l'importance de la nouvelle voie : « Les gares des chemins de fer sont aujourd'hui les principales entrées de Paris. Les mettre en relation avec le cœur de la ville par de larges artères est une nécessité de premier ordre. Le boulevard du Centre, destiné à prolonger jusqu'à la place du Chàtelet le boulevard de. Strasbourg, qui ne dessert pas seulement la gare du chemin de l'Est, mais qui débouche en partie celle du chemin du Nord, doit ouvrir une grande ligne parallèle aux rues Saint-Denis et Saint-Martin, c'est-à-dire dans le quartier de Paris où la population est la plus dense et la voie publique la plus encombrée.

« Percer ce foyer habituel des émeutes pour venir couper à angle droite la rue de Rivoli par une nouvelle voie stratégique; faire pénétrer l'air et.la lumière au milieu de cette fourmilière humaine; substituer des maisons saines et. commodes à ces constructions presque inhabitables, n'était-ce pas répondre au triple besoin de la sécurité, de la circulation et de la salubrité ? »

Le boulevard de Sébastopol (rive droite) s'étend de la place du Chàtelet au boulevard Saint-Denis; sa longueur est de '2,0X1 mètres, et sa largeur de 3.1 mètres. L'ouverture en a été prescrite et déclarée d'utilité publique par décret du '29 septembre 185i. La vaste opération du percement a duré cinq années. On a exécuté en 1855 la section qui va de la place du Chàtelet à la rue des Lombards; en 1850, la section de la rue des Lombards à la rue Rambuteau; en 1857, de la rue Rambuteau à la rue Gronctat; en 1858, il a été enfin prolongé jusqu'au boulevard Saint-Denis.

Le. boulevard de Sébastopol fut inauguré pompeusement le 5 avril 1858. Pendant les jours précédents, une véritable armée d'ouvriers achevèrent les derniers travaux de nivellement, macadamisèrent la chaussée, placèrent, les lampadaires, plantèrent de distance en distance de grands mâts pavoises de banderoles et marquèrent avec des palissades les limites de la voie nouvelle.

Dès onze heures du matin, le 5 avril 1858, le rappel battait, dans toutes les légions. La garde nationale, la garde impériale et la taupe de ligne sont venues former la baie depuis le point d'intersection de la rue de Rivoli et, du nouveau boulevard jusqu'à la gare du chemin de fer de l'Est. Sur tout le parcours se pressait une affluence considérable. Le soleil brillait de tout son éclat printanier; c'était un jour de chômage, et l'on peut dire sans exagération que la partie valide de la population parisienne s'était presque tout entière donné rendez-vous à la fête d'inauguration.

La circulation des voitures était interdite dans une partie de la rue de Rivoli, sur la voie inaugurée et dans les rues adjacentes.

L'empereur arriva à deux heures à la chambre des notaires, où l'attendaient MM. Haussmann, préfet, de la Seine, et Roitelle, préfet de police. Il était à cheval ; l'impératrice l'accompagnait dans une calèche à la Daumont. Les maréchaux , les officiers de la maison impériale étaient, en tète de l'état-major. Précédé de détachements de lanciers et de cent-gardes , le cortège suivit, la longue ligne des deux boulevards jusqu'à la gare de l'Est;

Parmi les assistants quelques-uns semblaient contempler pour la première fois cette large trouée faite à travers un dédale de rues tortueuses, la plupart encore assombries par les pignons inclinés et les encorbellements du moyen agi'.

A deux heures et demie, au moment, où le cortège approchait du boulevard Saint-Denis, l'immense velwm qui masquait de ce coté l'issue du boulevard de Sébastopol fut tiré comme un rideau. Ce vélum était tend i entre deux colonnes mauresques, sur les piédestaux desquelles étaient représentées les figures allégoriques des Arts, des Sciences, de l'Industrie et du Commerce. Le cortège passa au bruit dos acclamations et des tambours qui battaient aux champs. Quelques minutes après, l'empereur recevait à la gare de l'Est le ministres et le. conseil municipal.

La cérémonie était terminée à trois heures. Dans la soirée, une foule immense ne cessa de parcourir le nouveau boulevard, splendidement illuminé -au moyen d'appareils triangulaires adaptés aux becs d'éclairage usuels.

Dans le tronçon ouvert en 1855, la nouvelle voie est déjà bordée de magnifiques édifices; ils deviennent plus rares à mesure qu'on avance : vers le boulevard Saint-Denis, on ne. voit, encore, que des maisons éventrées, tristes restes d'habitations vermoulues qui seraient tombées de vieillesse sans la démolition féconde qui rajeunit ce vaste quartier.

FIN DL' DEUXIÈME ARUOM) ISSE MEN'

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