‹ Le nouveau ParisChapitre 65 sur 441 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— Le Temple. — Oi'i-

— Le grand

Principaux édifices du UV arrondissement

gine des templiers. - Suppression de leur ordre, prieur. — La société du Temple.

Le IIP arrondissement se partage en quatre quartiers : ceux des Arts-et-Métiers, des Enfants-Rouges, des Archives et Sainte- Avoie. Il a pour limites : au nord, le boulevard Saint-Martin ; à l'est, le boulevard Beaumarchais, à partir de. la rue du Pasde-la-Mule, les boulevards des Filles-du-Calvaire et du Temple ; au sud, les rues du Pas-de-la-Mule, de l'Écharpe, Neuve-Sainte- Catherine, des Francs-Bourgeois, de Paradis et Ranibuteau; à l'ouest, le boulevard de Sébastopol.

On remarque dans le IIIe arrondissement le marché du Temple, le Conservatoire des arts et métiers, l'Imprimerie impériale, les Archives, la prison des Madelonnettes, les églises Saint-Nicolas des Champs, Saiute-Élisabeth, Saint-Françoisd' Assise, Saint-Denis de la Châtre ou du Saint-Sacrement; la synagogue; le marché Saint-Martin, le marché des Enfants- Rouges et la caserne des Minimes.

ci Entre la vieille et. la nouvelle rue du Temple, dit Victor Hugo dans son admirable Paris à vol d'oiseau, il y avait le Temple, sinistre faisceau de tours, haut, debout et isolé, au milieu d'un vaste enclos crénelé. »

Oui , là était le Temple, qui a la gloire posthume de donner son nom au IIP arrondissement de Paris.

Que reste-t-il aujourd'hui du Temple? Un souvenir et de

misérables haillons ! Et cependant, quelle histoire que celle de de cet enclos, depuis le jour où s'y réfugia, — devant le peuple soulevé, Philipppe le Bel, dit le faux.monnoyeur, jusqu'au jour où le penple-roi y enferma Louis XVI. — La Bastille en croulant avait entraîné avec elle tous les privilèges, le Temple n'avait plus droit d'asile !

Esquissons à grands traits cette histoire, redonnons une physionomie à ce monument disparu; il est bon, pour nous surtout qui sommes oublieux, de nous retremper aux grands souvenirs du passé, et, en face de Paris Nouveau, de faire revivre le Vieux Paris.

Le Temple doit son nom aux chevaliers du Temple ; c'était originairement une maison qui, dès l'institution de l'ordre, avait été construite par le grand prieur. — On sait pourquoi l'ordre s'appelait ainsi : Baudouin II, roi de Jérusalem, craignait Dieu, puisqu'il était tellement assidu à sa prière « qu'à force de génuflexions et de prosternements, ses genoux et ses mains en avaient contracté des durillons » ; mais il craignait aussi les infidèles; et, dès le commencement, il avait favorisé l'association que venait de créer Hugues de Pains en faveur de la défense de la Terre Sainte, et lui avait fait don de la partie méridionale de son palais, bâti non loin de l'ancien temple, de Salomon. — Aussi les nouveaux chevaliers furent-ils d'abord appelés Frères de la milice du Temple, Chevaliers du Temple, et enfin Templiers.

Le grand prieur habitait, seul le Temple de Paris ; il l'agrandit, et en l'année 1182 il réunit autour de lui tous les Templiers qui résidaient dans la ville. On ignore la date précise de

Paris. — Imprimerie de J. Claye, rue Saint-Benoit, 7.

leur établissement dans la capitale; cependant, l'année 1148 est regardée généralement connue l'époque de l'installation des Templiers à Paris. L'ordre était fort riche : il acheta peu à peu les terrains environnants, et au commencement du xiue siècle l'enclos s'était considérablement agrandi; dr magnifiques bâtiments,— magnifiques pour, l'époque, — en faisaient un des principaux monuments de Paris. Protégée par de hautes et épaisses murailles, ce n'était plus la maison du Temple, l'habitation du grand prieur, c'était une.cité, c'était la Ville-Neuve du Temple! Lorsque l'ordre tenait son chapitre général, les frères arrivaient de toutes parts et trouvaient, place dans ce vaste enclos qui était alors un des endroits les plus fortifiés et les plus sûrs de Paris. Philippe-Auguste, partant pour la croisade, en 1100, lit son testament et ordonna à six bourgeois de Paris de toucher ses revenus, ses services et obtentions et de les déposer au Temple. La fameuse tour, dite Tour du Temple, n'était cependant pas encore bâtie; elle ne le fut qu'en P212, et dut sa construction au frère Hubert, trésorier de l'ordre; cette nouvelle construction fut flanquée de quatre tourelles qui la fortifièrent; l'une d'elles était garnie intérieurement de lames de fer; c'était là le dépôt sacré, le sanctuaire impénétrable où étaient précieusement conservées les archives de l'ordre.

A cette époque, l'enclos du Temple jouissait d'une indépendance complète, indépendance que les Templiers auraient défendue contre l'autorité royale elle-même; et Henri III d'Angleterre le savait bien, lorsque, passant par Paris pour retourner dans ses États, en 125i, il avait mieux aimé habiter le Temple que le nouveau palais du Louvre, mis gracieusement à sa disposition. Le grand prieur avait droit de haute et basse justice sur ses terres, et ses propriétés étaient un lieu d'asile où venaient se réfugier les duellistes, et surtout les banqueroutiers et autres débiteurs insolvables : ces derniers usèrent de cette étrange prérogative jusqu'à la Révolution.

Mais ne nous appesantissons pas sur un souvenir qui ne peut être qu'amer pour les habitants de notre moderne Clïchy.

Outre ces privilèges, les ouvriers qui se réfugiaient dans l'enclos pouvaient y travailler pour leur compte sans avoir été reçus maîtres , et à cette époque ce n'était pas un mince avantage.

Philippe le Bel, nous l'avons dit, y vint chercher un refuge contre une sédition qu'avait fait naître l'altération des monnaies, et Enguerrand de Marigny, son premier ministre, quelques années plus tard, y fut enfermé avant d'être livré au bourreau.

Le Temple avait alors changé de maîtres ; deux Templiers dont le grand prieur avait puni sévèrement les vices et les désordres, le prieur de Monf'faucon, près Toulouse, et un Florentin nommé Nossodei , — lequel, heureusement, fut pendu plus tard, — dénoncèrent l'ordre tout entier. Nous n'avons pas à raconter le procès célèbre des Templiers : on avait à leur reprocher de l'orgueil, que du reste légitimaient les services qu'ils avaient rendus, les vices de leur temps et surtout leurs richesses. — Oui , ils étaient trop riches pour Philippe le Bel. De toute cette affaire, il ne nous reste que l'indigeste tragédie de M. Raynouard et un méchant proverbe : Boire ou jurer comme un Templier. Si nous nous rappelons bien nos classiques, Rabelais en dit quelque chose : Je ne buy en pins qu'une esponge, je bmj comme ung Templier!

Toujours est-il que l'ordre du Temple fut supprimé par Clément V en 1312, et Philippe le Bel donna le Temple aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui plus tard devinrent les chevaliers de Malte. Ils prirent possession du Temple en 1313, et depuis, le grand prieur de France continua d'y habiter jusqu'au moment on l'ordre fut supprimé en France par l'Assemsemblée législative, en 1792.

L'église du Temple, de construction romano^gothique, avait éti' bâtie sur le modèle de l'église de Saint-Jean-de-Jérusalem ; elle renfermait les mausolées en marbre blanc d'Amador de la Porte, grand prieur du Temple, et de Philippe Villiers de. l'Isle- Adam, grand maître de Saint-Jean-de-Jérusalem, ainsi que les tombeaux de François Faucon, Bertrand de Cluys et Pierre de Cluys, son neveu.

L'n jour les échos du Temple, depuis si longtemps tristes et silencieux, s'éveillèrent en se renvoyant gaiement de bruyants éclats de rire et de folles chansons; c'était toujours la demeure du grand prieur, seulement un prieur dont un abbé disait :

Mais ce qui te rend plus aimable,

C'est ton amitié' pour le vin;

Et que, toujours charmant "a table,

Le matin Te trouve entre les vis, les jeux, Plus badin qu'eux.

En effet, c'était dans le palais du Temple que se réunissait, toute frémissante, de vie et de gaieté, la célèbre Société du Temple, et Philippe de Vendôme s'y entourait des beaux esprits du temps. VAnacréon du Temple, l'abbé de Chaulieu, avait une maison comprise dans l'enclos même du Temple; il était l'âme de ces soirées qu'il immortalisa dans de charmantes chansons; là aussi se trouvaient Palaprat, qui était secrétaire, du duc de Vendôme, le marquis do La Fare, Voltaire, qui , fort jeune alors, venait y fêter le vin et l'amour, et tant d'autres esprits charmants, que les libéralités du prince de Vendôme attiraient au Temple. Mais tout finit : dîneurs et dîners disparurent; le Temple reprit son aspect sinistre et glacial.

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