CHAPITRE II
Captivité' de Louis XVI. — Particularités peu connues. — Procèsverbaux de la commune de Paris. — Fosses et fortifications du Temple. — Séparation de Louis XVI et de sa famille. — Entrevue de Louis XVI et de Manuel. — Enlèvement des armes offensives et défensives des prisonniers. — Une requête de l'abbé Edgeworth.
Louis XVI, qui, à la suite du 10 août 1792, avait quitté les Tuileries et était resté au couvent des Feuillants, en sortit le 13 pour se rendre au Temple. Les légions armées formaient la haie sur son passage. La cinquième et la sixième étaient campées depuis la place Vendôme jusqu'à la rue Richelieu; la troisième occupait les boulevards jusqu'à la porte Saint-Denis; la deuxième, depuis cette porte jusqu'à l'Opéra (théâtre de la porte Saint-Martin ) ; la quatrième était rangée sur le boulevard du Temple, et la première, dans la rue du Temple jusqu'à la prison. La famille royale était dans une voiture de la cour avec Pétion, Manuel et un officier municipal. La marche dura deux longues heures, pendant lesquelles les captifs furent exposés aux invectives de. la multitude. Toutefois, c'était elle qui régnait; et, en maîtresse généreuse, elle garda généralement une attitude calme et sévère. « Il y eut, dit un journal de l'époque, quelques cris de Vive la nation! mais, au demeurant, le peuple s'est montré plus silencieux et moins turbulent que beaucoup de gens ne s'y attendaient. »
Comme la commune de Paris craignait une tentative d'évasion, elle fit transférer Louis XVI dans la grande tour. Il fallait, pour y arriver, traverser une cour, l'hôtel qu'habitait autrefois le grand prieur, une seconde et troisième cour, cette dernière entourée de murs très-élevés. C'était , comme nous l'avons dit. plus haut, un édifice composé de plusieurs tours, au milieu desquelles se trouvait un bâtiment carré dont les murs étaient d'une grande épaisseur; l'embrasure des fenêtres était excessivement large et. garnie d'énormes barreaux de fer. Il v avait des guichets partout, deux très-bas servant d'entrée à la troisième cour; ensuite, guichet, devant l'escalier, guichet dans l'intérieur de l'escalier, guichet à chaque étage, guichet à l'entrée des corridors qui entouraient les appartements, et enfin guichet à l'entrée de chaque pièce. Cette tour, dans laquelle était la famille royale, avait à peu près cent cinquante pieds de haut et était divisée en quatre étages qui ne formaient chacun qu'une pièce, très-large. On fit quatre chambres, séparées par de minces cloisons, des deux grandes pièces du deuxième et du troisième étage. Les gros murs avaient sept ou huit pieds d'épaisseur. Les commissaires de la commune se tenaient au rez-de-cliaussée ; un corps de garde avait été établi au premier étage; le roi occupait la chambre du fond au deuxième étage; c'était la seule pièce qui eût une cheminée; les deux pièces de côté servaient, l'une de salle à manger, l'autre de logement à Cléry, valet de chambre du roi. — Des surveillants se tenaient dans la pièce d'entrée.
Le troisième étage, qui avait été distribué de la même façon, était le logement du reste de la famille royale. La reine couchait clans la chambre du fond avec le dauphin et Mn,c Royale. Dans les chambres de côté étaient M"" Elisabeth, et Tison et sa femme affectés à leur service. La pièce d'entrée avait été convertie en salle à manger.
Cléry, valet de chambre de Louis XVI, a écrit la douloureuse
histoire de cette captivité. D'autres ouvrages racontent les misères de cette famille, née au rang suprême, et que l'aveugle hasard des révolutions, réduisait, à obéir à des hommes sur lesquels, du haut de sa grandeur passée, elle aurait à peine laissé tomber un regard. Parmi les documents peu connus relatifs à la triste fin du règne de Louis XVI, il en est qui n'ont guère été consultés et qui sont pourtant caractéristiques : ce sont les procès-verbaux de la commun;» de Paris.
Le 17 août, la commune arrête qu'elle répond de la personne du roi , que toutes les précautions nécessaires seront prises pour le garder en otage; il sera fait un fossé autour du Temple; outre la garde extérieure,. la garde intérieure sera composée de cinquante hommes qui, pendant vingt-quatre heures, ne pourront pas sortir et seront, nourris aux frais de l'État; chaque légion nommera vingt-cinq hommes qui s'engageront à faire ce service particulier.
Le 12 septembre, Louis XVI et sa famille passent dans les appartements adjacents à la grande tour du Temple. Louis consacre, une partie de la journée à sa famille, ou bien il se promène en lisant. Mme Elisabeth fait de même.
Deux sapeurs servent de guichetiers aux portes des appartements.
Le roi est toujours accompagné de deux officiers municipaux; il peut se promener dans le jardin. On lui prépare un appartement au second dans la tour du Temple. Il est composé d'une antichambre, d'une chambre à coucher, et de deux cabinets chacun dans une tourelle, d'une salle, pour les commissaires, et d'une autre chambre pour les domestiques avec un cabinet. Les fenêtres sont grillées en fer. Sur les plaques de fonte de la cheminée, on lit : « liberté, égalité, propriété, sûreté ». Au premier et au troisième sont des corps de garde. Le rez-de-chaussée de la tour, composé de cinq ou six pièces, est destiné au prince royal. Les petits appartements adjacents à la tour sont destinés à Marie -Antoinette, à sa fille et à M""- Elisabeth.
Le 20, Louis XVI s'occupe de littérature dans sa tour. Il prend des notes au crayon; il fait expliquer des passages la'ins à son fils; il choisit toujours ce qui est analogue aux circonstances. Marie-Antoinette fait lire ses enfants et leur fait réciter des dialogues. M"' Elisabeth enseigne le dessin et le calcul à sa nièce.
L'après-diuée se passe ordinairement en parties de piquet et en conversations. On cherche à parler aux commissaires de la commune. Sur les cinq à six heures, le temps est partagé entre les livres et la promenade.
Le soir, on fait des lectures : on choisit ordinairement les Lettres de Cécitia. Après cette lecture, qui souvent renferme des applications auxquelles la famille prend le plus grand intérêt, on se propose des énigmes, on devine celles du Mercure, on fait des jeux de mots, etc., etc. Les mêmes occupations reviennent dans la journée suivante, et ces récréations périodiques se renouvellent avec les heures de chaque jour.
Les commissaires de la commune ont remarqué qu'on se parlait toujours par chiffres, et qu'on employait le plus souvent devant eux un langage hiéroglyphique et mystérieux.
Le 21, le conseil général arrête que tout ce qui concerne le service du roi sera enfermé avec lui. On prend cette mesure rigoureuse pour arrêter les communications et les correspondances des prisonniers. Il est nommé cinq commissaires pour les surveiller.
Le 27, les commissaires municipaux, formant le conseil de gestion pour les prisonniers du Temple, font leur rapport au conseil général de la commune; ils exposent qu'il se formait des rassemblements nocturnes de trois à quatre cents hommes, près de l'enceinte extérieure de la tour; qu'on y joue différents airs sur le flageolet; qu'on y fait plusieurs signaux; et qu'on a entendu des cris de Vive le roi! Les commissaires prenaient des mesures pour prévenir l'effet de ces machinations. Ils ont proposé ensuite au conseil général d'ôter à Louis XVI le crachat, le cordon rouge, et tous autres signes de la féodalité qu'il porte sursoit habit.
Les travaux du Temple n'avancent pas et "consument beaucoup d'argent; le commandant généra] s'est plaint, le 28, de ce que les portes y étaient mal gardées et presque dénuées de moyens de défense. Il a proposé de supprimer le corps de garde qui est avec l'appartement de Louis XVI, et d'employer à l'achèvement des travaux les 5G0,G00 livres destinées au traitement des prisonniers.
Le 20, la garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'invasion de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant : « 1° Que Louis et Antoinette seront, séparés; 2° que chaque prisonnier aura un cachot particulier; 3" que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation; 4° adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen Hébert; 5" les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir, sur-lechamp, même de leur oter l'argenterie, les accessoires pour la bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à ses commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour la sûreté de ces otages. »
Le 3 octobre 1792, les commissaires se transportent au Temple et signifient au roi l'arrêté ci -dessus. A cette nouvelle, le roi est frappé d'étonnement : « Je n'ai pas demandé cela, a-t-il dit, et je me trouve bien dans mon appartement. » Les commissaires répondent qu'il faut obéir, et ils lui signifient l'ordre qu'ils avaient de lui ôter plumes, crayons, écritoires, et tout ce qui pouvait lui servir à entretenir des correspondances.
Au moment de leur séparation, Marie-Antoinette et Madame Elisabeth versent des larmes ; mais l'arrêté n'en est pas moins exécuté. Alors le roi prend leurs mains et les serre, comme pour leur dire : résignons-nous.
L'appartement qu'on lui a donné est. très -commode. Il a paru satisfait en y entrant; mais lorsqu'il a porté les yeux sur les fenêtres, et qu'il a aperçu les grilles et les abat -jour, il s'est écrié qu'il avait trop chaud, et qu'il ne voulait pas rester dans cet appartement.
Les femmes ont demandé s'il ne leur serait pas permis de communiquer avec les enfants. Les commissaires n'ont pas cru devoir leur refuser cette satisfaction, en prenant cependant des mesures pour qu'ils ne pussent rien si dire de secret. On a aussi consenti qu'ils mangeassent ensemble, mais avec la promesse de ne faire aucun signe, ni de tenir aucun langage suspect.
Le valet de chambre de Louis XVI est logé au coté opposé , et. pour aller dans sa chambre, il est obligé de passer par celle des commissaires. Louis XVI est logé au second, Marie-Antoinette au troisième, et M™8 Elisabeth, leur sœur, au premier.
La circonvallation qui doit environner le Temple se continue avec la plus grande activité. Sous peu de jours, le mur sera clos et inaccessible. Les fossés auront douze pieds dé profondeur, et ne pouvant être franchis qu'à l'aide d'un pont-levis. Par ces diverses mesures, la garde de cette forteresse sera à l'abri de toute surprise, et elle pourra tenir une nuit entière contre quiconque entreprendrait de l'attaquer.
Le G, un membre a dénoncé au conseil général de la commune l'un de ses collègues, pour avoir mis chapeau bas devant Marie-Antoinette et sa belle-sœur. « Les signes de la royauté, a dit M. Manuel, existent jusque dans la tour du Temple. Louis de la tour ignorait qu'il n'était plus roi; il parait que le décret ne lui avait point été signifié. Je lui ai fait une visite, et dans la conversation, j'ai cru devoir lui apprendre la fondation de la République. — Vous n'êtes plus roi, lui ai-je dit, voilà une belle occasion de devenir bon citoyen. Il ne m'a pas paru affecté : j'ai dit à son valet de chambre de lui ôter ses décorations ; et s'il a mis un habit royal à son lever, il se couchera avec la robe de chambre d'un citoyen. Il est coupable, je le sais; mais comme il n'a pas été reconnu tel par la loi, nous lui avons promis les égards dus à un prisonnier : il est très-possible d'être sévère et bon. »
Un membre avait proposé ici de réduire les vingt plats qu'on sert sur sa table Nous sommes convenus, a ajouté M. Manuel, qu'il ne faut pas tant de prodigalité sur sa nourriture, et pour son intérêt comme pour le notre, il faudra l'accoutumer à plus de frugalité.
Quant à son valet de chambre , je lui ai dit qu'il n'était plus au service d'un roi , mais à celui d'un simple particulier qui ne pourrait plus le payer aussi richement. Louis de la tour n'est pas plus touché de son sort de prisonnier qu'il ne l'était de celui de roi ; je lui ai parlé de nos conquêtes, je lui ai appris la reddition de Chambéry, Nice, etc., etc., et je lui ai annoncé la chute des rois aussi prochaine que celle des feuilles. »
Le 24, Mme Elisabeth, Marie-Antoinette et sa fille ont pris possession, dans la soirée, de leur nouvel appartement au troi-
sième étage de la grande tour. Cet appartement est composé de quatre pièces très-bien ornées, dont deux à cheminée, et les deux autres aux des poêles. Le Bis de Louis Capet couche dans la chambre de son père. On lisait sur une pendule de la chambre de Louis : Lepautre, horloger du roi; on a effacé le nom de roi, on j a substitué celui de République. Toute la famille descend de la tour à la garde montante, et se promène
dans le jardin.
Du i novembre. 11 a été question du traitement annuel du valet de chambre de Louis XVI; mais le conseil considérant que le procès du ci-devant roi allait s'instruire, ils'est contenté d'accorder un traitement provisoire de 500 livres.
Du 11. Le roi et la reine furent attaqués d'un rhume, suivi d'un accès de lièvre qui leur dura quelques jours. M. Monnier fut demandé par le roi, ou, en son absence, M. Vicq d'Azir, tous deux médecins. M. Monnier, qui se rendit auprès du roi, en eut soin jusqu'à son rétablissement.
Du 23. Les commissaires de service au Temple annoncent qui' Louis demandait, pour son usage et pour celui de son lils, différents livres latins à l'usage des collèges, le tout au nombre de trente-trois volumes.
Le conseil, après bien des débats, accède à sa demande.
Du 7 décembre. « Le conseil arrête ; 1» qu'il sera enlevé aux prisonniers du Temple toute espèce d'instrument tranchant, ou autres armes offensives et défensives, en général tout ce dont on prive les autres prisonniers présumés criminels; 2° arrête que ceux qui les servent, ou les approchent de près, subiront les mêmes privations; 3° que tous les comestibles seront dégustés par les personnes préposées au service des prisonniers, telles que cuisiniers, traiteurs et servants; 4° que tout ce qui entre dans la tour sera scrupuleusement examiné par les commissaires au Temple; 5° que. l'arrêté qui ordonne que tous les jours les commissaires au Temple rendront compte par écrit au conseil de ce qui se passe dans cette prison sera exécuté strictement; 0° que les servants ne coucheront plus dans la tour. »
« 11 a été arrêté, en outre, sur la proposition d'Hébert, que les commissaires nommés au service du Temple passeront à l'examen civique avant de se rendre au poste important qui leur est confié. »
Du 8. Les commissaires au Temple ont rendu compte au conseil général de l'exécution de l'arrêté qui ordonne que tout instrument tranchant, arme offensive ou défensive, serait enlevé aux prisonniers du Temple. 11 résulte de leur rapport que la cérémonie s'est passée h l'amiable de part et d'autre ; tandis que l'on signifiait à Louis XVI l'ordre du conseil, son valet de chambre était là pour mettre la main sur tous les objets détaillés dans l'arrêté. Louis XVI s'est fouillé lui-même, a remis aux commissaires différents objets qu'il a dit être tout ce qu'il avait; puis, en haussant les épaules, il a dit que l'on ne devait pas avoir peur de lui. Du reste, il n'a témoigné aucune humeur : il paraissait cependant vouloir soustraire aux recherches un petit nécessaire; mais l'observation faite par les commissaires que les arrêtés de la commune ressemblaient à la déclaration des droits , qu'ils devaient être exécutés aussi exactement, il leur a remis le petit nécessaire. Les commissaires sont descendus ensuite dans l'appartement de Marie -Antoinette : elle était avec sa belle-sœur; elle n'a pas appris avec autant d'indifférence l'arrêté du conseil. Si ce n'est que ça, a-t-elle répondu avec humeur, il faudrait aussi nous enlever nos aiguilles, car elles piquent bien vivement. Elle en aurait peut-être dit davantage, si madame Elisabeth ne lui eut fait signe du coude pour l'inviter au silence. Sur ce rapport des commissaires et sur celui qu'ils ont fait relatif à quelques dépenses du Temple, l'arrêté suivant a été pris :
« Le conseil général arrête : 1° Que le citoyen Cléry, valet de' chambre des prisonniers, sera loge et couchera dans la tour, du coté gauche , donnant dans la salle à manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte; 2° que le conseil du Temple sera placé dans la tour; 3° que le citoyen Métry, concierge , aura la surveillance de ladite tour et ne pourra en sortir sous aucun prétexte; i° que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle disposition, seront réformés immédiatement après avoir été payés de ce qui leur est dû ; S0 que la cuisine sera placée dans la tour et. que les agents snnsemployés ne sortiront point; 0° pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les prisonniers de chaque étage; 7» et
enlin la même cuisine servira pour les commissaires du Temple. »
Voici le curieux état des armes enlevées aux prisonniers du Temple, savoir :
« A Louis Capet : 1° un étui de chagrin vert avec la serrure et la clef, contenant six rasoirs à manche d'écaillé, à œil d'or, un; paire de ciscauv. fins et un cuir; 2" un couteau à manche d'ivoire composé de cinq pièces (le ci-devant roi a observé que depuis dix ans il avait ce même couteau); 3" un couteau à manche de nacre de perle , garniture d'or et lame, plate ; 4° deux paires de ciseaux, une grande paire de ciseaux à couper les cheveux et une plus petite ; 5" une lancette enchâssée dans deux branches d'acier; 0" un petit compas en acier, un autre pour rouler les cheveux; 7° une petite boite en bois de chêne, doublée de peau basane, garnie en cuivre avec crochets, renfermant une autre petite boite en chagrin d'or doublé de velours cerise, garnie de neuf instruments pour les pieds, tous à manches de nacre de perle , dont huit à lame d'acier et une à lame d'or ; dans le double fond se trouvaient trois paires de ciseaux, plus une petite paire appartenant à Louis-Charles.
» A Marie -Antoinette : 1" deux paires de ciseaux ciselés; 2" un couteau à poudre et un crochet à remuer les dents.
« A la fille, un couteau à deux lames à manche d'écaillé, dont un à lame d'or avec son manche renfermé dans un étui à caluchot, plus une paire de ciseaux avec son étui.
u A madame Elisabeth : 1° un étui à caluchot renfermant deux couteaux à manche de nacre et un à lame d'or; 2° un petit couteau et un canif; 3° une paire de ciseaux avec son étui.
n Supplément de Louis Capet, un nécessaire en maroquin avec son accessoire. »
Dans une collection d'autographes qui provenait de la succession de l'abbé Godard, chanoine honoraire de Notre-Dame, et qui fut vendue le 20 février 1850 , existait un document précieux relatif à la captivité de. Louis XVI. C'était une lettre de l'abbé Edgeworth, ainsi conçue :
« Je soussigné, ministre du culte catholique, agréé par le conseil de la commune séant au Temple pour dire la messe dans l'appartement de Louis Capet, conformément à son vœu, désire qu'on me fournisse les objets détaillés dans la liste cidessus. Ce 20 janvier 1793.
« Edgeworth. »
A la lettre était annexée la note suivante :
« Un crucifix. — Un missel. — Cartons (ce dernier mot d'une autre, main.) — Un calice. — Un corporal et une palle. — Une patène. — Une pierre sacrée. — Un purificatoire. — Un amict. — Une aube. — Un cordon. — [*» larabu (ces deux derniers mots d'une autre main.) — Un manipule. — Une étole. — Une chasuble. — Deux nappes d'autel. — Une grande et une petite hostie, »
Conformément à la requête du confesseur, les commissaires de la commune avaient adressé au curé de Saint-François cette invitation :
« Nous soussignés, commissaires de la commune, de garde à la tour du Temple , délibérant sur la demande ci-dessus énoncée, prions le citoyen curé de la paroisse de Saint-François-d'Assise de vouloir bien prêter les objets détaillés dans la demande ci-contre , et sur le désir de Louis Capet , pour lui faire entendre une messe qui doit être célébrée dans sa chambre à la tour du Temple, demain matin à six heures précises, et d'envoyer ces objets au conseil du Temple par une personne qu'il choisira à cet effet, lesquels objets lui seront rendus dans la matinée du même jour.
« Nous prions de plus le citoyen curé de vouloir bien nous envoyer ces objets ce soir, s'il est possible, ou de nous faire assurer par le présent porteur qu'il voudra bien nous les envoyer demain matin, à cinq heures du matin.
« Fait au conseil du Temple, ce dimanche au soir vingt janvier mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an deuxième de la république française.
« Baudouin, Dôme, Paiïe , Destournelles, Teurtot, Jori, Boiron, Mercereau et Gillet-Marie. »
LE TEMPLE