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CHAPITRE V

Visite il l'Intérieur du Conservatoire des arts et métiers. — Moteurs. — Galerie d'arpentage, d'astronomie, etc. — La céramique. — Le square Saint-Martin.— Inscriptions commémoratives. — Quelques esquisses biographiques. — La Bibliothèque. — Peintures murales, par Gérôme. — Le marché Saint-Martin.— L'École centrale des arts et manufactures.

Même pour les curieux qui ne sont pas initiés aux secrets de la science et de l'industrie, une promenade dans les salles du Conservatoire est pleine d'intérêt. On y apprend de visu l'histoire du génie humain, qui dompte la matière et qui utilise pour l'avantage commun toutes les forces naturelles. Là sont tous les moteurs connus, moulins : roues hydrauliques, turbines, machines à vapeur, et on peut lire dans les archives la lettre autographe par laquelle Fulton proposait au gouvernement français de lui livrer ses procédés. Plus loin ce sont des modèles d'engrenages, de compas, de sondes, d'outils servant à la métallurgie. Puis viennent les machines à calculer, dont une porte cette inscription :

» Eslo probati imiriitueiili symbolwn hoc : Matins Pascal Arvernus inrr)Ho); 20 mai IG.12-

" Que ceci (la signature placée au-dessous) soit le signe d'un instrument éprouvé :

» Biaise Pascal, d'Auvergne, inventeur. »•

Les galeries d'arpentage et d'astronomie renferment des boussoles, des niveaux, des alidades, des graphomètres, des sphères sextons, lunettes, télescopes, plans en relief, calendriers. Au premier étage sont réunis des chefs-d'œuvre d'horlogerie, des appareils de chauffage et d'éclairage, des instruments d'optique, de physique, des modèles il l'usage des charpentiers, menuisiers et tailleurs de pierre, des dynamomètres, et les types génériques des tentatives impuissantes faites pour obtenir le mouvement perpétuel dans l'intérêt de l'humanité. N'oublions pas des modèles de lits mécaniques en bois et en fer a l'usage des hôpitaux; de bains de vapeur; d'un appareil de fumigation sulfureuse ; de table pour les opérations chirurgicales ; de fauteuil roulant pour les malades ; de brancard pour transporter les blessés.

Une galerie est consacrée à la céramique, cet art antique que cultivaient simultanément les Étrusques , les Gaulois , les Celtes, pendant que les Chinois et les Japonais, possesseurs du kaolin et du pétunse, le portaient jusqu'à la perfection. La collection du Conservatoire des arts et métiers ne saurait être aussi riche que celle de Sèvres , mais on y remarque de beaux échantillons des faïenceries indigènes ou étrangères, des poteries en grès, en porcelaine dure, en pâte tendre, en porcelaine phosphatique, entre autres la Coupe du Travail, en biscuit de porcelaine, offerte par la manufacture de Sèvres, et ornée, par M. Diéterle, de peintures qui représentent divers métiers. A côté d'échantillons de kaolin, d'argile plastique, de marne argileuse, on remarque des pièces de gobeletterie en verre et en cristaux colorés, des coupes taillées à facettes, des cristaux fili-

LE TEMPLE

Renouvellement de l'année juive.

JSIL

Cérémonie de la Roschachana.

granés et rubanés, 'des verres de Bohème, des disques en flintglass, etc.

Les trésors de cette collection, qui ne sauraient être énumérés en détail, sont classés avec un ordre admirable, et des travaux ont été accomplis pour rendre le monument digne de sa destination. La porte d'entrée porte au centre du frontonqui la décore un buste sculpté avec ces mots : Science , Inilustrie. Sur la plinthe inférieure, on lit : Conservatoire des (Dis et métiers. Devant l'édifice est un square dont le tracé se rapproche un peu du genre symétrique des jardins français.

Lorsqu'en pénétrant, dans la cour du Conservatoire, les visiteurs jettent un coup d'œil en arrière, ils voient à l'intérieur de la porte d'entrée ces trois mots: Agriculture, Commerce, Industrie, et ces inscriptions commémoratives :

« L'an 1060, fondation et dotation de l'abbaye royale de Saint- Martin des- Champs par Henri Ier, roi de Fiance. »

« L'an m (1793), institution du Conservatoire des arts et. métiers par décret de la Convention nationale du 10 vendémiaire (10 octobre). »

«L'an 1798, installation du Conservatoire dans le bâtiment de l'ancien prieuré royal de Saint-Martin des Champs. »

Dans une galerie, dite du Portefeuille, les ingénieurs, les constructeurs et tous les industriels peuvent aller étudier des dessins cotés à l'échelle, représentant les machines les plus nouvelles et les plus parfaites que l'industrie ait récemment produites.

Les murs de l'escalier qui y conduit sont décorés de basreliefs, et les noms suivant y sont, inscrits :

Léonard Limousin, 1519 à 1568; Les frères Keller, 1635 à 1702; J.-Marie .Tacquart, 1752 à 1834 ; Ch.-Philippe Oberkampf, 1738 a 1815;

J.-B. Joseph-Delambre, 1749 à 1822; F.-André Méchain, 1744 à 1805; A.-Auguste Parmentier, 1737 à 1813.

Tous ces hommes ont rendu d'éminents services ;\ diverses branches des connaissances humaines. Léonard fut le premier directeur de la manufacture d'émaux fondée à Limoges ; c'était un peintre distingué, dont les débuts attestaient, une grande originalité, mais qui, saisi d'admiration pour les grands maîtres italiens, eut le tort de les imiter trop servilement. Il excella dans le portrait sur émail ; il reproduisit les traits de François I", de Henri H, de Charles IX, de Catherine de Médicis, d'Antoine de Bourbon, du duc de Guise, du connétable de Montmorency, de l'amiral Chabot. Son procédé consistait à couvrir le métal de deux couches d'émail, l'une noire, l'autre blanche. Il se servait de la pointe pour dessiner les contours, en mettant à découvert certaines portions de l'émail noir, et il peignait ensuite avec des couleurs vitrifiables.

Jean-Jacques Keller, et Jean-Balthasar, son frère, qui vinrent de Zurich à Paris sous le règne de Louis XIV, ont fondu la plupart des bronzes de Versailles et des Tuileries.

Jacquart a attaché son nom an métier à l'aide duquel on tisse les étoffes façonnées, et dont le type primitif est dû à Falcon et h Vaucanson.

Falcon, chef d'atelier de tissage à Lyon, en 1748, avait perfectionné le métier à la tire. Jacquart, pendant un voyage qu'il fit à Paris, conçut l'idée d'adapter les cartons à nappes pendantes de Falcon au tambour à chariot de Vaucanson, tambour qu'il suffisait en quelque sorte d'équarrir, ou de remplacer par un prisme rectangulaire accomplissant un quart entier au lieu d'une petite fraction de révolution, à chaque duite ou recul du chariot. « Employés séparément, disait M. Bardet, rapporteur de la Société d'encouragement, ces deux moyens concouraient au

nnnir but, îi lit i-i ils nr l'atteignaient pas; réunis avec intelligence et avec des perfectionnements par il. Jacquart, ils offrent un succès complet. Le métier où l'auteur a puisé l'idée de cette réunion est celui de Vaucanson, déposé dans la salle du Conservatoire de Paris depuis longtemps, en vue (1rs artistes et des fabricants. Le génie de H. Jacquart a saisi le peint utile et a su l'employer avec avantage; ce qui est une preuve évidente qu'une machine abandonnée peutfaire naître des idées neuves, lorsque les regards tl'im rentable artiste savent ;/ découvrir ce qui est bon et le mettre ù profit. M. Jacquart a imaginé un moyen aussi simple' qu'ingénieux pour la composition de ses cartons. Ses connaissances dans l'art de l'imprimerie l'ont mis à portée de composer en caractères mobiles des planches à l'aide desquelles il imprime ces cartons, et les dispose à recevoir les dessins. Par ce moyen, l'ouvrier d'une intelligence ordinaire peut, lire toute sorte de dessins avec facilité et promptitude. »

M. Olierkampf, fils d'un teinturier suisse, vint, à l'âge de vingt et un ans, s'établir dans la vallée de Jouy. Il dessina, grava, imprima, teignit les toiles, et malgré l'insuffisance de ses ressources, il parvint, à force d'énergie, a fonder une grande manufacture de toiles peintes. Cet industriel, auquel Louis XVI donna des lettres de noblesse, et que Napoléon I" voulut faire sénateur, établit à Essonne la première filature de coton qu'on a vue en France.

Delambre et Méchain sont deux astronomes. Parmentier, qui lit des recherches sur les substances alimentaires, la mouture et la boulangerie, est surtout connu par le zèle avec lequel il propagea la culture do la pomme de terre, tubercule apportée du Chili par l'amiral Drake, dès le xvie siècle, mais qui n'était utilisée que pour nourrir les animaux domestiques.

Le réfectoire où l'on a placé la bibliothèque est une des plus belles salles gothiques que l'on connaisse; il a été restaure'' avec goût; les colonnes sveltes et gracieuses qui le divisent ont été peintes comme elles l'étaient au XIIIe siècle. Sur les murs, 11. Gérome a représenté la Peinture, le Dessin, la Chimie et la Physique, qui, bien qu'elle ait la désinvolture d'une femme du moyen âge, tient a la main la bouteille inventée à Leyde par Cuneus, en 1740.

C'est aux dépens du jardin des moines qu'a été établi le marché Saint-Martin; celui qu'ils avaient fondé en 1 705 n'existe plus. Un décret du 30 janvier 1811 le supprima comme insuffisant et l'architecte Peyre éleva sur un autre emplacement deux bâtiments de 02 mètres de longueur chacun, percés d'arcades, et divisés en trois nefs dont chacune a 7 mètres de large. Au centre de la cour qui sépare ces deux halles est une fontaine dont la vasque est supportée par un groupe en bronze qui représente de jeunes pécheurs occupés à jeter leurs filets. On peut considérer l'école qu'avait instituée M. de Champagny comme avantageusement remplacée par l'École centrale des arts et des manufactures, fondée en 1820, rue de Thorigny; elle ne reçoit que des élèves externes qui doivent avoir dixsept ans révolus au Ier janvier de l'année dans laquelle ils se présentent ; ils sont admis au concours, après avoir subi un examen sur l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, le dessin au trait et le lavis. Quelques-uns sont entretenus aux frais du gouvernement et des administrations départementales. Déclarée établissement de l'État par la loi du 19 juin 1857, l'École centrale forme des ingénieurs, des directeurs d'usines et de manufactures, des professeurs de sciences appliquées.

Les professeurs de. l'École centrale sont MM. Dumas, directeur, membre de l'Académie des sciences (chimie générale) ; Bélanger, ingénieur des ponts et chaussées (mécanique industrielle ; Ferry [métallurgie) ; Perdonnet, ingénieur en chef du chemin de fer de l'Est (chemins de fer); Payen (chimie industrielle); Peligot (chimie analytique ; Thomas (physique industrielle, machines à vapeur ; Collin (construction des machines); Mary et BeaaHeu (travaux publics); Burat (exploitation des mines); Masson 'physique générale ; Martelet (géométrie descriptive); Depuis (histoire naturelle;; Calions (chimie générale), Sennet (analyse géométrique, mécanique générale); Faure (transformation du mouvement); Saluchet (céramique et peinture); Delacroix (législation industrielle). Sous la présidence de \i. Dumas, mm. Bélanger, Ferry, Perdonnet, Payen, Peligot, Thomas, Collin, constituent \m comité qui a pour secret lires MM. Mary et Vmédée Burat.

Dans les sall.s de l'École centrale se font pour les ouvriers les cours gratuits de IJAssobiation polytechnique. Créée en 1830 par d'anciens élèves de l'École polytechnique, elles'étahlitsuc-

cessivement à l'Hôtel de Ville, à l'ancien Tribunal de commerce, rue Saint-Merry, au faubourg Saint-Antoine (hospice des Quinze-Vingts), à l'école de la rue de Ponthieu, dans la rue (1rs Vinaigriers, à l'école de la rue Sainte-Elisabeth, à la mairie des Petits-Pères, à la Sorbonne et à la Vieille-Estrapade. Mais il était devenu extrêmement difficile de trouver des professeurs (pii consentissent à se transporter sur ces différents points, et plus difficile encore de s'y maintenir dans des locaux convenables. La dépense d'ailleurs dépassait les ressources. Ce fut ce qui conduisit l'Association ;\ concentrer son enseignement dans un local unique, placé au centre de Paris, la Halle aux draps, puis, le bâtiment de la Halle aux draps ayant été incendié, a réunir les cours dans un autre local, rue Jean-Lantier, et enfin à l'École centrale.

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