CHAPITRE VI
Les Archives impériales. — L'hôtel de Guise. — Le comte de Saint- Jle'giïn. — L'hôtel Soubise. — Premières Archives aux capucins de la rue Saint-Honoré. — Construction d'un palais des Archives. — Personnel et administration. — Itiehesse des Archives. — Sections du secrétariat, historique, administrative, législative et judiciaire. — Bibliothèque. — Ecole des chartes.
Les Archives impériales ne sont pas moins dignes d'attention que le Conservatoire des arts et métiers. Elles occupent plusieurs hôtels construits à différentes époques. La partie la plus ancienne, qui donne sur la rue du Chaume, fut occupée par l'illustre famille de Clisson, par le comte de Peuthièvre, et par la famille Babon de la Bourdaisière. Le duc de Guise et le cardinal Charles de Lorraine achetèrent, en 1550, ce vieil hôtel qu'ils firent réparer. On prétend que Paul Stuard deCaussade, comte de Saint-Mégrin, fut surpris par le duc de Guise dans la chambre de la duchesse, et que le mari jaloux le précipita du haut d'une fenêtre du second étage, située en face de la fontaine des Haudriettes. La tradition a conservé le souvenir de cette tragique aventure ; mais s'il est vrai que Saint-Mégrin fit cette chute dangereuse, elle ne lui coûta pas la vie. Il est constant qu'il fut assassiné le 21 juillet 1578, rue Saint-Honoré, près du Louvre, par une trentaine d'hommes armés d'épées, de coutelas et de pistolets.
François de Rohan, prince de Soubise, acheta l'hôtel des princes lorrains, n'en laissa subsister qu'une partie, et chargea Le Maire, architecte favori de M™' de Pompadour, de lui bâtir un palais somptueux; le portail, d'une belle ordonnance, s'arrondissait en demi-cercle, et il est encore imposant, quoique dépouillé de ses sculptures héraldiques.
On a restauré les majestueuses colonnades de la cour d'honneur, sous lesquelles le prince de Soubise passait la revue des gendarmes dont il était capitaine-lieutenant. On a gratté la laçade et reblanchi les statues sculptées par Robert le Lorrain, statuaire parisien; mais les magnificences intérieures de cette somptueuse habitation ont presque entièrement disparu. Gaèton Brunetti, artiste lombard, y avait figuré dans l'escalier des colonnades, des statues, des mascarons, de profondes perspectives. Restout avait peint pour les appartements la dispute de Phœbus et de Borée, Neptune et Pallas, le Secret s'alliant à la Prudence, Neptune et Amphytrite. Les dessus de porte étaient de François Boucher, de Carie Vanloo et de Trémollière. Natoire avait représenté, dans les pendentifs d'un grand salon ovale, l'histoire mystique de Psyché. Le Moyne avait placé, au centre d'une grisaille, Louis XV arrêtant d'une main la Victoire, et de l'autre, offrant une branche d'olivier à l'Europe étourdie, tandis que la France tranquille gourmandait Bellone, aux applaudissements de la Religion, de la Justice et de la Prudence. Les frères Adam avaient sculpté sur les corniches des figures en stuc, telles que la Peinture, la Poésie, la Musique, la Justice, l'Histoire, la Renommée.
A l'autre extrémité de Paris, dans un quartier transfiguré par l'ouverture de la rue de Castiglione, trois couvents étaient côte à côte rue St-Honoré. Le premier devait son nom à l'abbaye de Feuillants, située dans le diocèse de Rieux et appartenant à l'ordre do Citeaux. Soixante -deux religieux de cet ordre, sous la conduite de leur réformateur, l'abbé Donjean de La Barrière, étaient entrés, le 7 septembre. 1587, dans un couvent dont la façade avait été refaite par Monsard, et correspondait au centre de la place Vendôme. Sur la même ligne était, un monastère, fondé en 1575 par Pierre Deschamps, religieux
LE TEMPLE
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de l'ordre de Saint-François, et le premier qui adopta en France la réforme de Matthieu de Basehi, réforme dont le signe extérieur était un capuchon pointu. Plus loin était le couvent, des Filles de l'Assomption, dont l'église avait été hénie le 14 août 1676 par Poncet, archevêque de Bourges.
L'Assemblée nationale constituante avait, par décret du 14 août 1789,. institué des archives qui la suivirent à Paris après les journées des 5 et 6 octobre; elle eut domicile au manège des Tuileries, sur la terrasse dite des Feuillants, et chercha dans les environs un local pour y serrer les papiers qu'avait déjà recueillis le représentant Camus. On désigna le couvent d.>s Capucins, où les Archives furent, organisées par un décret du 7 septembre 1790. Après le 10 août 1792, elles furent déposées aux Tuileries; et comme les documents y affluaient de toutes parts, la Convention nationale en réglementa la classification par un décret du 7 messidor an n.
Le 28 mai 1800, un arrêté consulaire affecta aux Archives un local distinct; mais ce ne fut qu'en vertu d'un décret du 6 juin ISn8 qu'on les plaça à l'hôtel Soubise. On avait commencé pour elles, aux termes d'un autre décret du '21 mars 1812, entre l'esplanade des Invalides et le Champ de Mars, tin palais qui demeura inachevé; et il est probable qu'elles resteront, dans leur demeure actuelle, car leur translation ne serait pas moins difficile que celle de la Bibliothèque impériale. On a calculé que les cartons et portefeuilles qu'elle renferme, rangés les uns à côté des autres , s'étendraient sur une longueur de 23 kilomètres.
En 1847, l'extension des Archives nécessita l'acquisition de l'hôtel d'Arsy où demeure le directeur.
De nouveaux corps de logis ont été construits le long de la rue des Quatre-Fils, pour ce dépôt gigantesque dont l'organisation a été remaniée par les décrets des 22 décembre 1855, 22 mars et 1er août. 1856, et par règlement du ministre d'État en date du 12 novembre 1856.
La restauration de la façade de l'hôtel des Archives impériales, qui se profile sur la rue du Chaume, est aujourd'hui terminée. Cette vieille muraille, qui fit autrefois partie de l'hôtel des Guises, aurait été plus avantageusement remplacée par une grille d'un caractère monumental qui aurait permis d'apercevoir l'architecture, de ce magnifique hôtel, ainsi que le parterre, qui verdoie dans la cour. On a restauré également la fontaine construite par le prince de Soubise, à l'angle du l'hôtel. Elle se compose d'un avant-corps qui forme une partie de cercle ou saillie. Toute sa décoration est formée par deux pilastres simples qui régnent dans la hauteur de l'étage, et une niche où l'on a pratiqué une porte.
Les Archives de l'Empire sont dans les attributions du ministre d'État. On y dépose tous les documents d'intérêt public dont la conservation est jugée utile, et qui ne sont plus nécessaires au service des départements ministériels ou administrations qui en dépendent. Le dépôt ne peut en être fait qu'en vertu d'un décret rendu sur la proposition du ministre au département duquel les documents appartiennent ; et ce dépôt est toujours accompagné d'un inventaire.
Un arrêté du ministre d'État autorise le dépôt aux Archives de l'Empire des documents donnés à l'État.
Les documents déposés aux Archives de l'Empire ne pement être aliénés qu'en vertu d'une loi.
Ils ne peuvent en être retirés, pour être placés dans un autre dépôt, qu'en vertu d'un décret rendu sur le rapport, du ministre d'État.
Les ministres transmettent au ministre d'État, pour être déposé aux Archives de l'Empire, l'inventaire des documents que renferment les dépôts placés dans leurs attributions respectives, et appartenant à l'État, aux départements et aux communes; ils lui font connaître, tous les cinq ans, les modifications que cet inventaire a pu subir.
L'administration des Archives de l'Empire est. confiée à un directeur général placé sous l'autorité du ministre d'État.
Le directeur général est nommé et révoqué sur la proposition du ministre d'État.
Son traitement est de 15,000 fr.
Le directeur général est tenu de résider au palais des Archives; il ne peut s'absenter sans autorisation préalable.
Le service des Archives de l'Empire se divise en quatre sections :
1° Section du secrétariat;
2° Section historique;
3° Section administrative;
4" Section législative et judiciaire.
Outre le directeur général, le personnel des Archives de l'Empire se compose :
De quatre chefs de section ;
De quatre, sous-chefs de section, d'archivistes et de surnuméraires auxiliaires, en nombre proportionné aux besoins du service;
D'un agent comptable ;
D'un commis d'ordre.
Ces fonctionnaires et employés sont de première, deuxième ' ou de troisième, classe. A chacune de ces classes est affecté un traitement différent.
Le traitement des fonctionnaires et employés des Archives . de l'Empire est fixé par un décret.
Ces fonctionnaires et employés sont nommés, promus et révoqués .par le ministre d'État, sur la proposition du directeur général.
La nomination et la révocation des gagistes appartiennent au directeur général.
Dans les sections autres que celles du secrétariat :
Les chefs de section sont choisis parmi les membres de l'Institut; les sous-chefs de. section, parmi les archivistes et les hommes connus par leurs travaux en histoire, archéologie et paléographie.
Toutefois, sur deux vacances, les sous-chefs et archivistes ont droit à une nomination.
Les sous-chefs sont choisis parmi les archivistes, et les archivistes parmi les surnuméraires auxiliaires, les élèves de l'École des chartes pourvus d'un diplôme d'archiviste paléographe et les archivistes départementaux et communaux ayant au moins trois ans d'exercice.
Les fonctionnaires et employés de tout grade, lors de leur nomination, prennent rang dans la dernière classe. Nul n'est promu à une classe supérieure s'il ne compte au moins deux ans de service dans celle à laquelle il appartient.
Un règlement arrêté par le ministre d'État détermine les conditions auxquelles sont délivrées les expéditions des documents déposés aux Archives de l'Empire, et le mode des communications à faire, soit sur place, soit au dehors, aux administrations et aux particuliers.
Ce règlement détermine aussi les attributions et les travaux de chaque, section.
Un décret fixe le tarif des droits de recherches et d'expéditions; le montant de ces droits est versé chaque année au Trésor.
Tout fonctionnaire ou employé aux Archives, quel que soit son grade, qui publierait ou contribuerait à publier, soit des documents conservés au dépôt central, soit d'autres documents qui lui auraient été confiés par suite de ses fonctions, soit un travail quelconque sur ces documents, sans en avoir obtenu l'autorisation spéciale, sera révoqué, sans préjudice des autres peines portées par la loi.
Cette autorisation est accordée par le ministre d'Etat, après avis du directeur général.
En cas d'absence ou d'empêchement quelconque du directeur général, ses fonctions sont provisoirement remplies par un chef de section désigné, sur sa proposition, par le ministre d'État.
En cas de décès, le chef de la section du secrétariat est de droit chargé du service, et en demeure responsable jusqu'à la nomination- d'un nouveau directeur général ou d'un intérimaire.
Les Archives se divisent en quatre sections. Dans la première, celle du secrétariat, est comprise la conservation des documents provenant de l'ancienne secrétairerie d'État, du cabinet de Napoléon Ier et de l'ancienne armoire de fer. Cette armoire, qu'il ne faut pas confondre avec celle qu'avait fabriquée pour Louis XVI le serrurier Gamain, a été commandée par l'Assemblée constituante, et recèle aujourd'hni environ 4,000 pièces d'un intérêt plus ou moins contestable. On y trouve des traités de paix, des bulles d'or, les clefs que les magistrats de la ville de Namur apportèrent à Louis XIV et les clefs de la Bastille; les pièces du procès de Louis XVI, son testament et celui de Marie-Antoinette; les étalons du mètre et, du kilogramme ; la matrice de la médaille qui consacra le souvenir du serment du Jeu-de-Paume. La première section a dans ses attributions le classement et la conservation des do-
cuments concernant l'organisation et le service dos Archives, de la minute des ouvrages publiés par l'administration des Archives, dos inventaires des documents contenus dans les divers dépôts d'archives appartenant à l'État, aux départements et aux communes. L'enregistrement, le classement et la conservation des dépêches; l'expédition et la transmission des réponses; la réception et l'enregistrement des demandes de
renseignements; le scellement et la délivrance des expéditions; le service de la salle du public, de la bibliothèque, de la comptabilité, du matériel; le travail journalier avec le directeur général.
La section historique préside à la conservation du trésor des chartes installé dans la vaste salle des gardes du duc de Guise, longue de -Il mètres et large de 10. Les plus anciennes remontent aux rois mérovingiens; une d'elles, relative a. une donation faite a l'église de Paris par Childebert I", date de l'an 528. ,\ cette section se rattache une collection de sceaux, originaux ou moulés, au nombre d'une quinzaine de mille. La section administrative comprend les ordonnances royales, les lettres patentes, les bons et brevets du roi; les actes émanés du conseil d'État, du conseil de Lorraine, des États provinciaux, de la chambre des comptes de France, du bureau de la ville de Paris; les archives de la couronne; les papiers relatifs aux domaines des princes et aux apanages, aux séquestres et confiscations; les versements des ministres de l'intérieur, de la guerre, de l'instruction publique et des cultes, de l'agriculture, du commerce et des travaux publics.
Dans les attributions do la section législative et judiciaire sont les expéditions et copies authentiques des lois et décrets rendus depuis l'Assemblée constituante de 1789 jusqu'en l'an ix ; minutes et copies authentiques des procès-verbaux de l'Assemblée des notables et des États-Généraux de 1789; minutes des procès-verbaux, etc., des Assemblées nationales. Grande chancellerie ; secrétaires du roi, prévôté et requêtes de l'hôtel , grand conseil, conseil privé, commissions extraordinaires; parlements et conseils supérieurs; Châtelet de Paris ; cour des aides; cour des monnaies; eaux et forêts; amirauté; connétable; bureaux des finances; bureaux' de la ville de. Paris; grenier 1 sel; chambre des bâtiments; des décimes; officiante; justice seigneuriale, etc.; tribunaux extraordinaires; versements du ministère de la justice.
Aux Archives est annexé une bibliothèque, fondée par Daunou, le 17 octobre 1808, et. qui met à la disposition des employés seulement vingt, mille volumes de paléographie, de jurisprudence; et la collection Rondonneau, apportée en 1848 du ministère de la justice, réunit une foule d'actes officiels et d'ouvrages sur la législation française.
C'est dans l'ancien salon du rez-de-chaussée de l'hôtel Soubise que MM. Lacabanne, Jules Quicherat, Guessard, de Mas- Latrie, Vallet de Virivillc, Bourquelot, Borel d'Hauterive, Tardif, font, les cours de l'École des chartes. Cette pépinière de savants, fondée en 1821, a pour objet l'enseignement des sources de notre histoire et la mise en œuvre des matériaux de tout genre que nous ont laissés les siècles antérieurs. Les élèves y suivent, sous la direction de. sept professeurs, un cours d'études qui dure trois années. Les détails de l'enseignement, sont : la lecture et le déchiffrement des chartes et monuments écrits, l'archéologie figurée, embrassant l'histoire de l'art, l'architecture chrétienne, la sigillographie et la numismatique ; l'histoire générale du moyen âge appliquée particulièrement à la chronologie, â l'art de vérifier les dates des titres et leur authenticité ; la linguistique appliquée à l'histoire des origines et do la formation de la langue nationale; la géographie politique de la France au moyen âge; la connaissance, sommaire, des principes du droit canonique et. du droit féodal. L'école est destinée à former des archivistes et des bibliothécaires; mais en aucun cas elle ne leur garantit ces fonctions. Le titre auquel ils ont droit, leurs examens subis, est celui d'archiviste paléographe. Pour suivre les cours à titre d'élève, il faut être français, âgé de 18 à 24 ans, bachelier ès-lettres, et se faire inscrire (gratuitement) a la rentrée annuelle des vacances, dans le courant de novembre. Le régime de l'école est l'externat ; dans chaque promotion, les trois premiers élèves prennent, le nom de boursiers, du prix de 000 fr., qui leur est accordé' par l'État. Les cours sont publics et. gratuits pour le public comme pour les élèves.
Avant d'être â l'Hôtel Soubise, l'École des chartes se. trouvait à la Bibliothèque impériale, qu'elle quitta à la lin de 1846.
CHAPITTiE VII.
L'Imprimerie impériale — Ses débuts sons François 1er. — Ouvrages publiés par les ordres de Richelieu. — Les types de Garamond.— Fonte du type nouveau. — L'imprimerie nationale après la révolution. — Son e'tat actuel. — Ses succès îi l'Exposition universelle do 1855.
Presqu'en même temps que le prince de Soubise, le cardinal de rtohan, évêque de Strasbourg, faisait bâtir un hôtel contigu. Les plafonds eu étaient peints par Gaétan Brunetti et par Huet, artiste qui excellait dans la composition des arabesques et dans les chinoiseries. Le Lorrain y fit. plusieurs statues et un admirable bas-relief, Phaéthon demandant à son père de conduire le char du soleil.
C'est dans ce magnifique hôtel, dont, la cour a reçu au centre la statue de. Gutenberg par David d'Angers, qu'a été placée l'Imprimerie impériale. Peut-être conviendrait- il mieux de l'appeler Imprimerie nationale ou Imprimerie de l'Etat, car elle, a vécu sous toutes les formes de gouvernement. Son fondateur fut le cardinal de Richelieu. Toutefois, avant lui, Claude Garamond, graveur et fondeur de caractères d'imprimerie, avait obtenu des encouragements de François Ier, qui l'avait chargé de graver les caractères grecs dont Robert Etienne se. servit'dans ses belles éditions. Il y eut dès lors une petite imprimerie particulière du roi et qui n'était pas soumise au règlement de la librairie et de, la typographie.
En 1640 Richelieu conçut la pensée d'étendre les relations de la France avec l'Orient, et â cet effet il fit imprimer des livres pour être remis gratuitement aux missionnaires. L'Imprimerie royale, qui occupait un petit, coin du pavillon de la reine aux Tuileries, fut. établie beaucoup plus largement sous la grande galerie du Louvre. L'entrée était située près du guichet qui fait face au pont des Saints-Pères. On y réunit, différents types français et étrangers, et des presses de rétablissement sortirent successivement deux ouvrages attribués à Richelieu : les principaux points de l'Église catholique et l'instruction du chrétien; une édition latine de l'Imitation de Jésus-Christ; une Bible, des éditions de Virgile, d'Horace et de Térence; une collection des conciles en 37 volumes in-folio. « Tous ces ouvrages, dit Sauvai, étaient d'un caractère très-gros, très-net et très-beau, et surtout le plus fin papier, le plus fort et le plus grand dont on se soit, servi. Et, comme le soin qu'on en prit ne fut pas moindre que la dépense, on ne doit pas s'étonner qu'un si riche travail ait, porté l'imprimerie à son plus haut point, de perfection. Ses premiers produits ravirent toute la terre. Les Anglais, les Allemands, les Italiens proclamèrent la supériorité des Français dans cet art. » L'honneur de ce succès doit, revenir â Sébastien Cramoisy, qui fut directeur jusqu'eil 1009 , h Trichet du Frcsne, correcteur, et, â Sublet des Noyers, surintendant et, ordonnateur général des bâtiments et manufactures du roi.
Les successeurs de Sébastien Cramoisy furent son petit-fils, la veuve de celui-ci, puis, en 1091, Jean Anisson, imprimeur lyonnais. A leur garde étaient confiés des poinçons et matrices de caractères français, grecs, arabes, syriaques, persans, arméniens, samaritains. Les types fondus par Garamond, malgré l'accroissement des richesses de. l'Imprimerie royale, étaient célèbres entre tous, et l'université de. Cambridge en demanda une. fonte, que Louis XIV voulut, bien accorder, â la condition qu'on mettrait en têt-' de chaque volume imprimé avec ces caractères : Characteribus groecis e typograpMo regio jiarisiensi. L'orgueil britannique recula devant cette, clause, qui était cependant de toute justice. En 1092, Louis XIV, qui ambitionnait, en toute chose la supériorité, nomma une commission chargée de. fixer, d'après les principes de. la géométrie, le bon goût et les saines traditions, quelle était, la meilleure forme des lettres. La question fut, examinée pendant plusieurs années par Jean Anisson, l'abbé Bignon, Jaugeon, membres do l'Académie des sciences; Filleau des Billettes, Trucbet, religieux do l'ordre des Carmes, et, les graveurs Simonneau et Philippe Grandjean. Les caractères qui furent gravés et fondus à la suite de cette enquête servirent, a imprimer des chefs-d'œuvre de typographie dont la perfection n'a point, été dépassée. Par un esprit de monopole ou pour éviter la contrefaçon, on imagina des déliés, des traits presque imperceptibles un moyen desquels on peut, encore reconnaître, â première vue, pour peu qu'on ait l'expérience de la typographie, un livre sorti de l'Imprimerie royale.
LE TEMPLE
Tous les gouvernements favorisèrent cette institution. Sous Louis XV, ou y grava pour la première fois des caractères chinois. Jamais ils n'avaient passé les mers pour venir en Europe; toutes les nations avaient reculé devant cette écriture compliquée, qui compte presque autant de signes que de choses à exprimer, et les difficultés de sa reproduction typographique étaient si considérahles que l'impression du dictionnaire chinois du P. Ba ile , interrompu en 1742 par la mort de l'orientaliste Fourmonf, après vingt-sept ans de travaux , ne fut reprise qu'en 1811 et achevée seulement en 1813.
Au règne de Louis XVI appartient la publication des œuvres complètes de Buffon et de Lacépède; des notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque. Après la Révolution, eu vertu d'un décret du 19 août 1792, l'imprimerie de l'État composa et mit au jour les innombrables décrets des Assemblées et les proclamations officielles. Par un décret du 14 frimaire an n, la Convention ordonna l'organisation immédiate d'une imprimerie spéciale, régie aux frais du budget, pour le service du Bulletin des Luis: eu dehors subsista une imprimerie des administrations nationales, ainsi qu'une imprimerie scientifique dont la direction était confiée à Philippe-Daniel-Dubois Laverne.
Les trois services furent réunis sous le nom d'Imprimerie nationale, dans le vaste hôtel bâti, en 1620, par Mansard poulie duc Penthièvre et le comte de Toulouse. Quand on y plaça la Banque de France, l'imprimerie de l'État trouva un refuge dans le palais d'Armand-Gaston, cardinal de Rohan, qu'elle n'a pas quitté depuis. Elle s'est enrichie sans cesse de nouvelles frappes, et son importance s'est constamment accrue. D'après le compte rendu du mois de mars 1788, l'État ne consacrait à son imprimerie qu'une somme annuelle de 90,000 fr. Un décret de la Convention, en date du 10 ventôse an n, affectait un million aux seules dépenses de l'Imprimerie des administrations nationales.
Dans le. budget de 1800, l'Imprimerie impériale figure pour 3,820,000 fr. de dépenses, et 3,853,900 de recettes, dont 253,000 fournis par la veute du Bulletin des Lois.
L'Imprimerie impériale compte un directeur, un secrétaire, un inspecteur et un correcteur pour les textes orientaux, uu agent comptable, six chefs de service, cinq sous-chefs, vingt et un commis divers, un correcteur en chef, cinq correcteurs, dix protes, quatre chefs d'ateliers; quant aux ouvriers, leur nombre varie en raison de la quantité des travaux. Une somme de 1,900,000 fr. figure pour les achats de papier, 00,000 fr. pour encre et accessoires, 140,000 pour la reliure; 10,000 fr. sont destinés à l'achat de caractères chinois.
A l'Exposition universelle de 1855, le jury international constata que l'Imprimerie impériale, riche en caractères étrangers de toutes sortes, possédant uu matériel immense dont elle pouvait tirer parti avec une merveilleuse rapidité , était le plus grand établissement typographique de France, et probablement du monde entier. La grande médaille d'honneur lui. fut décernée pour une splendide édition de l'Imitation de Jésus- Christ, dont la perfection était due simultanément à l'art, au goût, à la science et au travail. Pour cette édition, exécutée dans un laps de temps très-court, des types spéciaux avaieut été gravés et fondus ; des planches dessinées et gravées sur bois; et l'on avait tiré en noir, en couleur et en métaux sur un papier expressément fabriqué. Pour la reproduction de certains ornements, il avait fallu obtenir électro-chimiquement des planches en relief avec des moules pris sur des gravures sur bois à l'aide de la gutta-percha. Dans l'encadrement du grand titre, trente teintes avaient été mises en usage, et avaient nécessité l'emploi de trente planches en cuivre correspondantes.
Ouvrant ses portes aux innovations, l'Imprimerie de l'État avait appliqué les impressions en couleur à des cartes géologiques, dont elle avait su, toutefois, rendre le prix accessible à tous les savants. Elle avait encore substitué avec succès à la gravure à l'eau-forte la gravure par l'électricité, en faisant mordre la planche au pôle positif d'une pile dans une dissolution saline, telle que celle du sulfate de cuivre, au moyen de l'acide apporté par le courant.
L'Imprimerie de l'État a été attaquée à plusieurs reprises, en raison même de l'impulsion qu'elle a donnée à la typographie; ce qu'elle seule faisait à sa naissance, tous les imprimeurs qui tiennent à s'élever au-dessus de la foule l'obtiennent aujourd'hui. Ils prétendent que si l'on confiait à l'industrie particulière telles publications de luxe qui excitent l'admiration, elle les réaliserait aussi facilement que l'Imprimerie impériale, et à des condi-
tions beaucoup plus modérées. Nous croyons, pour notre part, qu'il n'est pas inutile qu'un établissement modèle, qui n'a pas à s'inquiéter des dépenses, se tienne en avant d'une grande et utile industrie, et montre constamment la route du progrès. Il y a des essais que peut tenter seulement une institution nationale. Qui s'aviserait, par exemple, d'obtenir des gravures sur bois au moyen de l'électrotypic et de la galvanoplastie, des caractères chinois, phéniciens ou palmyréniens.