CHAPITRE IX
Saint-Nicolas des Champs. — Sainte-Elisabeth. — Saint-Denis du Saint Sacrement. — Saint-François-d' Assise. — La Synagogue. — Les Israélites a Paris.
Les églises du IIIe arrondissement sont au nombre de quatre.
L'église paroissiale de Saint - Nicolas des Champs n'était qu'une, simple chapelle, qui fut d'abord érigée en cure vers l'année 1184; deux siècles après, on reconstruisit l'édifice primitif, qui a été l'objet de réparations exécutées avec beaucoup d'intelligence. L'intérieur présente un beau vaisseau, fermé par une nef, et deux bas cotés autour desquels ont été élevées de nombreuses chapelles. Dans quelques-unes, sous des couches de badigeon, on a découvert des traces de peintures murales. L'autel d'une des chapelles de gauche est surmonté d'un beau tableau de Léon Cogniet, Saint Etienne distribuant ries secours à une famille pauvre. .
L'église Sainte-Elisabeth, dans l'intérieur de laquelle l'administration a fait faire de grands travaux de décoration, était celle d'un couvent du tiers-ordre de Saint-Frauçois , établi, en 1604, par le père Mussard, en Franche-Comté. Les religieuses qui suivaient cet institut à Paris placèrent leur couvent sous le vocable de sainte Elisabeth, reine de Hongrie, dont M. de Montalembert a écrit la biographie. Marie de-Médicis, qui s'était déclarée fondatrice de cette communauté, en 1614, posa, en 1618, la première pierre de l'église et du monastère, qui furent terminés deux ans plus tard. L'église fut bénite et consacrée, le 14 juillet 1640, par le cardinal de Retz, coadj uteur de Paris.
Sur les dépendances du couvent supprimé en 1700, on ouvrit la petite rue de Sainte-Elisabeth , qui met la rue des Fontaines en communication avec celle de Vert-Bois.
Après avoir servi de magasin à fourrages, l'église fut rouverte comme succursale de Saint -Nicolas des Champs. Elle occupe une superficie de 1,037 mètres, et le presbytère 494.
Près de l'église de Sainte-Elisabeth, sur une étendue de 1,351 mètres, se développent les écoles communales du quartier.
Au coin des rues Saint-Louis et Saint-Claude est une église qu'on appelle indifféremment Saint-Denis du Marais ou Saint- Denis du Saint Sacrement. Elle fut construite en 1828, et quoiqu'elle présente à l'extérieur l'aspect d'un moellon grossièrement sculpté par Devor,. elle contient quelques tableaux
recommandables d'Abel de Pujol, de Decaisne, de Picot et d'Eugène Delacroix : ce dernier a représenté La Vierge éplorée devant le corps inanimé de son /i/s. Sa composition, dont les détails sont loin d'être irréprochables, est d'un ensemble harmonieux et mérite d'être étudiée par les artistes.
L'église de Saint-François-d'Assise, située rue du Perche n" 15, occupe la place d'un ancien jeu de paume. En 1622, un capucin nommé Athanase Mole, et père du premier président Mathieu Mole, y établit un couvent qui fut supprimé en 1790, et dont, l'église fut rachetée en 1811 par la ville de Paris. On remarque dans ce modeste, édifice un Baptême du Christ, de Paulin Guérin, et un Saint Louis visitant les soldats malades de la peste, par Ary Scheffer. Parmi les églises de ce quartier, on remarquait avant la révolution la chapelle des Enfants-Rouges. Elle appartenait à un hôpital qu'avait créé Marguerite de Valois. Son frère, François 1", par lettres patentes du mois de janvier 1536, avait donné à la fondation nouvelle trois mille six cents livres provenant d'une taxe imposée sur les usuriers de Paris. Le chœur de l'église était enrichi de magnifiques vitraux représentant François Ier, sa sœur, Jean Bricoiinet, et le : Sinite venire ad me parvulos. On élevait dans cet hôpital quatre-vingts orphelins , fils de maîtres artisans de Paris. Ils étaient, admis à l'âge de sept ans et recevaient un premier subside de quarante et une livres après avoir appris le catéchisme et l'arithmétique. Ils étaient congédiés à l'âge de quinze ans, avec une gratification de trente-six livres. L'uniforme était de couleur rouge , couleur adoptée comme symbole du feu de la charité chrétienne.
Cet hôpital fut supprime en 1772; mais le nom d'Enfants- Rouges fut conservé à un marché dont l'établissement avait été autorisé par des lettres patentes du mois de mars 1615, et confirmé plus de cent après, en 1776. Ce marché, qui occupe une superficie de 1,207 mètres, a 07 places couvertes et 44 places foraines. Il est le chef-lieu du quartier du IIIe arrondissement.
Le quartier Saint-Avoie ne doit également sa désignation qu'à des souvenirs. Au xme siècle, une communauté de femmes veuves s'établit sous le vocable de saint Avoie et sous la direction du chevecier de Saint-Merri.La femme d'un conseiller au parlement, Mme de Sainte-Beuve, proposa à ses veuves d'adopter la règle et la constitution des L'rsulines, et signa avec elles un contrat que l'évèque 3e Paris homologua le 4 janvier 1622. Cette maison, qui avait peu d'importance, et dont l'église était au premier étage, disparut en 1790.
Une autre église, démolie en 1805, dépendait du monastère des Minimes. Ces religieux , qui s'intitulaient ainsi par un excès d'humilité, étaient venus en France en l'année 1482, à la suite de saint François de Paule, dont Louis XI avait réclamé les prières aux approches de la mort. Après un court passage au château de Plessis-les-Tours, ils se fixèrent à Paris, rue Saint-Honoré, à l'endroit où a été construit Saint-Roch, mais Olivier Chaillon, chanoine de Notre-Dame, et descendant d'une sœur du fondateur des Minimes, entra dans l'ordre, auquel il abandonna tous ses biens. Les moines achetèrent des terrains dépendant du château des Tournelles, et, en 1609, Marie de Médicis eut la générosité de leur rembourser le prix de l'acquisition. Le cardinal Henri de Gondi posa la première pierre, de leur église, dont François Mansard dessina le portail. Elle était richement décorée de statues, de bas-reliefs et de tableaux. Les bâtiments conventuels ont été achetés par la ville, le 30 octobre 1823, et transformés en caserne.
Dans le IIIe arrondissement, rue Notre-Dame-de-Nazareth, est la Synagogue des Israélites.
C'est une nef entourée d'une triple rangée de tribunes que supportent des arceaux de style byzantin; au-dessus de la porte d'entrée est une large tribune, où le jour pénètre à travers les vitraux coloriés d'une rosace. C'est dans cette tribune que sont les orgues et que se tiennent. les choristes d'élite dont les chants accompagnent toujours la voix de l'officiant. Ce temple est garni de bancs parallèles dans toute la longueur de la nef; ils sont exclusivement réservés aux hommes, et les femmes se placent dans les tribunes supérieures, car les lois du culte hébraïque exigent que les deux sexes soient séparés pendant les offices.
Derrière l'autel , qui est en chêne et en marbre, douze marches de marbre blanc conduisent au sanctuaire, tout resplendissant de marbres multicolores et de tentures de velours cramoisi brodé d'or. En soulevant une portière, on aperçoit une
siiiir demi-circulaire qu'éclaire une lampe perpétuellement entretenue. Au fond, a hauteur d'appui , sont les séphères, livres de la loi, soigneusement enveloppés dans la soie et le brocart; près du sanctuaire, sont, deux gigantesques candélabres en argent massif.
La Synagogue, de la rue Notre-Dame-de-Nazareth a été construite aux frais des Israélites; c'est le temple au service duquel assistent le grand rabbin du Consistoire central et le grand rabbin de Paris.
Nous aurons occasion de parler d'une autre Synagogue située rue Lamartine; mais nous ne saurions quitter le temple consistorial des Juifs, sans jeter un coup d'œil sur cette race si longtemps proscrite. Qu'ils sont loin les jours où les Juifs étaient maudits, rançonnés, parqués dans des quartiers dont le chrétien ne parcourait les rues qu'en frémissant! Qu'ils sont loin les jours où, aux applaudissements de l'historien Rigord, Philippe-Auguste expulsait les juifs de ses domaines, et libérait les chrétiens des dettes contractées envers eux, sauf un cinquième qu'il se réservait! Que de tortures et de persécutions! que d'accusations ridicules lancées contre ces malheureux parias ! A Rouen, à Metz , ils avaient envoûté des évoques, c'est-à-dire qu'ils avaient percé de coups des images fabriquées en cire, à l'effigie des prélats. A Paris, ils avaient crucilié un enfant; à Bray-sur-Seinc , un chrétien couronné d'épines; et l'on affirmait que tous les ans, le jour de Pâques, ils mettaient un catholique en croix, pour s'en partager le cœur, quand il avait expiré dans les souffrances. Pour que les Juifs pussent recevoir sans cesse les cruels témoignages de l'horreur qu'ils inspiraient, les conciles de Latran, en 1215, et d'Arles, en 123i, leur avaient enjoint de. porter une marque apparente. Une ordonnance de l'an 1208 exige d'eux qu'ils aient sur le devant et le derrière de leurs surcots un morceau de. feutre ou de drap écarlate en forme de roue (videlicet : unam rotam de feutro seu panno croceo, in superiori veste consutam ante pectus et rétro, ad cognitionem. Ctijus rotœ latitudo sit in circumferentia quatuor digitorwm, concavitas autem eontmeat unam pahnam). En cas d'infraction, le coupable devait payer une amende de 10 livres, et son surcot était remis au dénonciateur. Philippe le Hardi les obligea à porter une corne à leur bonnet. Après le grand affranchissement accompli par la Révolution, les Juifs évitaient encore de se mêler à la société chrétienne, d'où les écartaient leurs préjugés. Ils furent réconcilié avec le reste du monde par les décisions que le grand sanhédrin rendit en 1807. Cette assemblée déclara ; Que la religion juive défendait à jamais la polygamie; Qu'elle tolérait le divorce quand il était permis par la loi civile du pays ;
Que les mariages avec des chrétiens, adorateurs comme eux d'un seul Dieu, ne pouvaient Être regardés comme défendus par leur religion ;
Que les lois de la fraternité unissent les Juifs à leurs frères et à leurs semblables de toutes les croyances ;
Que les actes de justice et de charité dont les Livres saints leur prescrivent l'accomplissement sont, envers leurs frères de toutes les religions, les devoirs essentiellement inhérents à leur croyance;
Que la France est leur patrie, qu'ils doivent la servir, la défendre, et obéir à toutes ses lois;
Qu'un vrai Israélite doit toujours élever ses enfants dans des professions utiles ou dans des états honorables ;
Enfin que le prêt à intérêt usuraire, soit à des Israélites, soit à des non Israélites, est un crime également abominable aux yeux de leur religion.
Toutes ces décisions ont paru appuyées sur le texte des Écritures et des traditions saintes, et elles ont été adoptées par presque toutes les synagogues et communautés juives du monde.
Aujourd'hui les Israélites occupent une place importante dans la société parisienne ; tout les monde connaît le noms de Rothschild, Emile et Isaac Peireire, Mirés, Solar, Millaud, Salvador, Norzy, Rodrigues. Mais à coté d'eux il y a encore une foule de banquiers de premier ordre qui sont juifs, et la bourse regorge de fils d'Israël, dont la prodigieuse activité semble multiplier le nombre, sous l'œil qui les suit. M. Achille Fould, ministre d'État, est israélite. Au Corps législatif, siégeutMM.Léopold Javal et Kœnigswarter ; siègent à l'Institut MM. Franck, Munck, Halevy. Dans les sciences, les lettres, la médecine, l'armée, les intendances, on compte un grand nombre d'Israélites, tels que MM. Dennery, Jules Salvador, Isidore Cahen, Jules Cohen, Alexandre Weill. Au culte hébraïque appartiennent Anspach, conseiller à la cour de Paris, Alcan, professeur au Conservatoire des arts et métiers, Maurice Meyer, inspecteur des écoles primaires, professeur d'allemand à l'École polytechnique, l'avocat Crémiefx, Michel Lévy, médecin du Val- de- Grâce. La musique compte Meyerbeer, Oll'enbaeh, Seligmann, Jules Cohen, et de nombreux lauréats qui obtiennent chaque année de légitimes succès. Dans les beaux-arts.se distingeut Adam Solomon, Ulmann ; sur la scène, M"" Judith, Fix, Fereira, Vertheimber, et la famille de cette Rachel qui ressuscita la tragédie. Enfin, en dehors des affaires ou des arts, on cite les Gunsburg, les Joest, et autres grandes familles connues dans le High life.
Sous la direction de M. Albert Cohn, la communauté juive a organisé un comité de bienfaisance qui, en distribuant des secours matériels à ses coreligionnaires, s'occupent en même temps de leur moralisation.
D'après la loi organique, qui régit le culte israélite en France, il existe à Paris un Consistoire central, formé des délégués des divers consistoires départementaux. Ces délégués, ainsi que les membres des consistoires, sont élus pour un temps déterminé par la voie du suffrage universel.
Les grands rabbins et rabbins ordinaires sont aussi nommés par voie d'élection par les consistoires. Seulement ils doivent être pourvus de diplômes délivrés par le Séminaire israélite.
Ce Séminaire, qui est la pépinière des pasteurs israélites, était établi à Metz sous le nom d'École centrale rabbinique. 11 vient d'être transféré à Paris en vertu d'une décision récente. Il est sous l'administration du Consistoire de Paris. Subventionné par l'État, ses professeurs sont nommmés par le gouvernement. Les élèves y apprennent la théologie pure, l'histoire, la littérature- israélite, l'éloquence, la philosophie générale, l'exégèse biblique et diverses connaissances profanes. Le Séminaire israélite a été provisoirement installé rue du Parc-Royal, 10. — Les élèves ont un uniforme noir avec un palmier violet brodé sur le col de l'habit ou de la redingote.
FIN DU TROISIEME ABROKDISSlillEKT.