‹ Le nouveau ParisChapitre 74 sur 441 · MAXIM · texte numérisé non relu

MAXIM

KAIITAE PAKISIACI

PUBLICE POSEEIUiNT.

Tous les historiens s'accordent à penser que les mariniers parisiens qui élevèrent un autel à Jupiter, sous le règne de Tibère, étaient organisés en corporation, et que ce sont eux qu'on retrouve dans les documents postérieurs sous la dénomination de marchands de l'eau ( mercatores aquœ parisiensis). Personne ne pouvait commercer sur la rivière sans leur autorisation, et lorsque naquit le blason, ils choisirent pour emblème un vaisseau d'argent sur un champ de gueules. C'étaient eux qui conféraient le droit de bourgeoisie, et qui répartissaient les impôts entre les habitants. On distinguait les bourgeois jurés qui, d'après leur affirmation, payaient un droit de six deniers pour livre sur leurs meubles et de deux deniers sur leurs immeubles ;

Imprimerie de J. Gave, rue Saint-Benoit, 7.

Les bourgeois abonnés qui payaient un prix fixe de dix sols par an ;

Enfin les francs bourgeois qui étaientexempts de toutes taxes.

Les écbevins (scabi)ii), qui composaient le corps municipal sous la présidence du prévôt des marchands, se réunirent d'abord dans une maison appelée Maison de la Marchandise, qui était située près d'une berge mal entretenue, dont les tristes environs s'appelaient la vallée de Misère. Au xnf siècle, ils installèrent le Parloir aux Bourgeois près du Grand-Chatelet, puis dans une tour de l'enceinte de Paris, à l'extrémité de la rue Saint-Jacques. En 1357, la ville acheta un hôtel qu'on désignait sous les noms de Maison de Grève, Maison aux Piliers ou Maison aux Dauphins; il avait été édifié pour Clun, chanoine de Notre-Dame, et acquis en 1212 par Philippe-Auguste. Les Dauphins du Viennois avaient occupé cette habitation, dont la façade était ornée d'arcades soutenues par des piliers massifs. Charles V, qui avait été le dernier propriétaire du logis, en fit don, à son avènement, à Jean d'Auxerre, receveur des gabelles, qui le vendit au corps municipal, le 7 juillet 1357, moyennant la somme de 2,880 livres parisis, ce qui équivaut environ à 50,000 fr. de notre monnaie. On remarquait dans la Maison de Grève une chambre de parade, une salle d'audience, des étuves, de grandes cuisines, deux cours et un poulailler.

Le prévôt dos marchands était élu tous les deux ans, le lti août, parles notables bourgeois. Sur les quatre écbevins, deux se retiraient chaque année, et il était pourvu à leur remplacement. Le 17 août, le gouverneur de Paris conduisait chez le roi le corps municipal, et les membres qui venaient d'être élus prêtaient serment entre les mains de Sa Majesté.

Le Bureau de la Mlle, constitué par des ordonnances du mois de mars 1274 et du mois de février 1415, avait la police des quais, des ponts, des ports, des approvisionnements par eau et de la navigation; il répartissait les capitations sur tous les habitants qui n'appartenaient pas aux communautés d'arts et métiers. Il dirigeait les fêtes et réjouissances publiques, administrait les revenus de la ville, pourvoyait à l'entretien des fontaines et des égouts. Le corps municipal comprenait le prévôt des marchands, les écbevins, un procureur du roi, un greffier, un receveur; vingt-six conseillers, dix sergents ou huissiers; seize quarteniers, soixante-quatre cinquanteniers, deux cent cinquante-six dizeniers. La Maison de Grève était évidemment insuffisante. Le, 15 juillet 1533, avec l'autorisation de François ]"', Pierre Viole, prévôt des marchands, assisté des quatre écbevins Gervais Larcher, Jacques Boursier, Claude Daniel, Jean Barthélémy, posa la première pierre du monument actuel, dont les plans avaient été tracés par Dominique Boccardero dit Cortone. La cérémonie fut pompeuse, et la population presque tout entière, déserta ses occupations pour se trouver à. l'inauguration solennelle du monument qui était pour elle la personnification matérielle de ses droits et de ses franchises. Les cloches de Saint-Jacques la Boucherie sonnaient à toute volée, ainsi que celles du Saint-Esprit et de Saint-Jean en Grève. Cette dernière église, en son dernier état, était remarquable par une coupole que soutenait huit colonnes de marbre français, et snus laquelle un groupe de marbre blanc, sculpté par Lemoine, représentait le baptême de Jésus-Christ. Le Sauveur, un genou en terre et les mains croisées, s'inclinait devant le précurseur qui lui versait l'eau sainte sur la tète avec une coquille. Les deux figures se détachaient sur un rocher d'où partaient les eaux du Jourdain. L'église avait été érigée en paroisse en l'année 1212, et on y avait déposé, eu 1290, une hostie miraculeuse qui avait saigné, disait-on, sous le, canif profane d'un juif nommé Jonathas. L'église Saint-Jean, située derrière l'Hôtel de Mlle, communiquait, avec la place de. Grève par une arcade située à l'extrémité méridionale du monument, du coté de la Seine.

Dans ses dépendances était une vieille tour, où l'on avait permis aux juifs d'établir une synagogue, et qui probablement, pour ce motif, s'appelait vulgairement la tour du Pet-au-Diable. Quant ;"i la chapelle du Saint-Esprit, située du coté opposé de la Maison aux Piliers, elle avait été construite en 1 400, et groupait autour d'elle un asile pour quelques enfants abandonnés que l'on habillait de bleu, et que l'on désignait en conséquent sous le nom d'Enfants bleus, comme nous avons vu les protégés de Marguerite de Valois désignés sous le nom d'Enfants rouges. La chapelle du Saint-Esprit fut restaurée en 1740 par Boffrand.

L'église Saint-Jean en Grève, qui lui servait pour ainsi dire

de pendant, avait été enrichie de peintures par des artistes alors en faveur : Nicolas Coypel, Collin de Vermont, Lucas, Lamy, Dumesnil. Ces chefs-d'œuvre et les deux églises disparurent en 1708. Lorsque, le 15 juillet 1563, elles faisaient célébrer par leur sonneur l'inauguration de l'édifice municipal, elles ne soupçonnaient pas qu'elles sonnaient le glas de leur agonie. Pourtant, on aurait pu voir à l'enthousiasme des Parisiens que le monument élevé par leurs édiles prendrait un jour assez d'extension pour englober les terrains d'alentour, au risque de détruire des temples élevés par la piété publique. Sur la place de Grève retentissaient les cris de : Vive le roi François Ier I vivent Messieurs de la ville ! Les Cfres, les tambourins, les trompettes, les clairons, mêlaient leurs accords aux détonations des arquebuses; ce joyeux tumulte monta à son apogée lorsque le prévôt et les écbevins jetèrent sur la première pierre du sable et de la chaux avec des truelles d'argent, en laissant à découvert cette inscription gravée sur une lame de cuivre :

FACIA FOEMNI H EC rUXDAMENTA AXNO DOJI1XT M. D. XXXIII, DIE XV MENSIS JUL1I, SIB FRANCISCO PRIMO, FRANCORl M REC.E CH1US- TIANISS1MO, ET PETRO VIOLE, EJOSDEM REGIS C0IVSILIARI0, AC BBR- CATORliM Hl'JliSCE CIVITATIS PARISIACE PltEFECTO, «DIUEUS, CON- SLILIBLS AC SCAliliXIS CIRXASO LARCHER, JACOBO ROI RS1ER, CL.U- D10 DANIEL ET JOAN BARTUOLOMEO.

Pendant cette journée du 15 juillet 1533, qui doit faire époque dans les fastes de la ville de Paris, des tables furent dressées sur la place de Grève, des tonneaux furent rangés le long des murailles, et les assistants purent manger et boire à leurs souhaits.

Dominique Boccardero eut pour collaborateurs Jehan Asselin, maître des œuvres de la ville, et commis a la surintendance de la charpente, ainsi que Pierre Gambiche, conducteur des travaux de. maçonnerie. Malgré le zèle de l'architecte et de ses aides, l'édifice était inachevé lorsque Henri IV y fut reçu par le corps municipal, et lorsqu'on lui offrit , en 1000, une fête magnifique, où il fut tiré pour la première fois un feu d'artifice en règle. Des châteaux d'artifice, comme on disait alurs, forent. construits sur la place de Grève, sur la berge du fleuve, et dans l'île Louviers, et ils furent attaqués et pris par des sauvages et des satyres, au grand ébahissement de la foule peu initiée eue ire aux merveilles de la pyrotechnie. De. semblables réjouissances eurent lieu sous Louis XIII, dans les années 1012 et 1616; mais ce1 ne fut qu'à partir du règne de Louis XIV que des fêtes publiques furent régulièrement célébrées à l'Hôtel de Ville, terminé en 1028, à l'occasion des événements les plus importants. L'Hôtel de Ville, quoiqu'il n'offrit pas le développement que nous lui voyons aujourd'hui, était déjà digne de la grande cité. Dans le cintre de la porte d'entrée se dessinait, sur un fond de marbre noir, une image demi-ronde bosse de. Henri IV, œuvre de Pierre Biard, élève de Michel-Ange. On lisait audessus de cette statue équestre l'inscription suivante : Sub Luihvico M'aijno félicitas ttrbis. La cour, environnée d'arcades, à laquelle conduisait un escalier de plusieurs marches, avait pour décoration principale une statue en bronze de Louis XIV, œuvre d'Antoine Coysevox ; le grand roi, déguisé en triomphateur romain , s'appuyait sur un trophée d'armes. Deux bas-reliefs, incrustés dans le piédestal en marbre blanc, montraient la Charité distribuant des secours pendant la famine de 1602; et, de l'autre côté, l'Hérésie foudroyée par la foi catholique. Sous les portiques de la cour étaient les médaillons des principaux prévôts ou échevins de la ville. Les appartements étaient décorés de tableaux dont la collection augmenta sous Louis XV et Louis XVI : ils étaient dus aux pinceaux de Porbus, de Largilière, de Carie Vanloo, de De Troy, de Louis Boullongue, de Ménageot et de Vieil.

Les édiles parisiens, dévoués à la monarchie qui avait toujours protégé leurs prérogatives, célébrèrent par des banquets, des distributions de comestibles, des feux d'artifice, la naissance de Louis XIV, en 1638 ; son mariage, en 1660 ; la naissance de sur fils, en 1661; la naissance des ducs de Bourgogne, d'Anjou, de Berry, en 1082, 1083 et 1080. Les événements suivants furent également solennisés par le prévôt des marchands, les écbevins et les conseillers municipaux :

1060. Entrée de Louis XIV et de la reine dans Paris.

1061. Naissance du Dauphin, fils de Louis XIV. 1682. Naissance du duc de Bourgogne.

16S3. Naissance du duc d'Anjou.

L'HOTEL DE VILLE

lii8ti. Naissance du duc de Bercy.

1007. Mariage du duc de Bourgogne.

1701. Naissance du duc de Bretagne.

1707. Naissance du duc de Bretagne ('2e). 1710. Naissance du duc d'Anjou.

1725. Mariage de Louis XV.

1720. Naissance du Dauphin, fils de Louis XV. 1730. Naissance du duc d'Anjou.

1730. Fête de la Paix.

1745. Mariage de Louise-Elisabeth, tille de Louis XV, avec le duc de Parme.

1745. Retour de Louis XV à Paris.

1751. Mariage du duc de Bourgogne.

17Ô4. Naissance du duc de Berry (Louis XVI).

1755. Naissance du comte de Provence (Louis XV11I).

1757. Naissance du comte d'Artois (Charles X).

1773. Inauguration de la statue de Louis XV.

1770. Mariage du Dauphin (Louis XVI).

1771. Mariage du comte de Provence.

1773. Mariage du comte d'Artois.

1778. Naissance de la Dauphine (Madame la duchesse d'Angoulème).

1781. Naissance du Dauphin.

17S3. Publication de la paix avec l'Angleterre.

1785. Naissance du duc de Normandie (Louis XVII).

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