L:i phice lïoyale
forces l'abandonnent: on lui couvre le visage d'un mouchoir, et on le porte au pied du gibet sur lequel il expire au bout de quelques minutes.
Le 12 du même mois fut pendu le marquis de Favras, atteint et convaincu d'avoir formé, communiqué à des militaires, banquiers et autres personnes, et tenté de mettre a exécution un projet de contre-révolution en France, qui devait avoir lieu en rassemblant les mécontents des différentes provinces, en donnant entrée dans le royaume a des troupes étrangères, en gagnant, une partie des ci-devant gardes-françaises, en mettant la division dans la garde nationale, en attentant à la vie de trois des principaux chefs de l'administration, en enlevant le roi et la famille royale pour les mener a Péronne, en dissolvant l'Assemblée nationale et en marchant en force vers la ville de Paris, ou en lui coupant les vivres pour la réduire, le tout ainsi qu'il est mentionné au procès; pour réparation, condamné à faire amende honorable, et a être pendu sur la place de Grève.
A neuf heures du matin, il entendit la lecture de son jugement. Une garde très-nombreuse était commandée. Une foule immense garnissait toutes les rues par où il devait passer ; lorsqu'il sortit du Châtelet, les spectateurs battirent des mains. Cette scène se répéta sur le pont Notre-Dame, lorsqu'il allait faire amende honorable. On remarqua que son front était serein; la joie du peuple no parut ni l'irriter ni l'affliger. En retournant de Notre-Dame il avait pâli , mais sa contenance était toujours la même. Arrivé, à, la Grève, il monta à l'Hôtel de Ville. On crut, et le bruit s'en répandit dans la foule, qu'il avait demandé dix-sept à. dix-huit personnes; c'était, un faux bruit. Le sieur de Favras écrivait tranquillement cinq ou six lettres à diverses personnes.
La nuit étant survenue, on distribua des lampions sur la place de Grève, et on en mit jusque sur la potence. La foule,
qui occupait tous les dehors de la place, ne cessa pas un instant de crier: Favras! Favras! ct.de demander qu'il fût livré au supplice. Il descendit de l'Hôtel de Ville, marchant d'un pas assuré; au pied du gibet, il éleva la voix en disant : Citoyens, je meurs innocent ; priez Dieu pour moi. Vers le second échelon , il a dit d'un ton aussi élevé : Citoyens, je vous demande le secours de vos prières, je meurs innocent. Au dernier échelon, il ajouta: Citoyens, je suis innocent, priez Dieu pour moi. (Au bourreau.) Et toi, fais ton devoir.
L'assassin d'une dame Madnré fut roué le 27 décembre 1700.
La guillotine ne fut mise en usage que le 25 avril 1702, pour le. supplice d'un voleur nommé Jacques Nicolas Pelletier, qui avait arrêté un passant rue Bourbon-Villeneuve. Avant de la mettre décidément en pratique, l'Assemblée constituante avait, consulté le docteur Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie; celui-ci, examinant tour à tour les divers modes de supplice en usage, conclut en ces termes :
« En considérant la structure du cou, dont la colonne vertébrale est le centre, composé de plusieurs os dont la connexion forme des enebevauebures, de manière qu'il n'y a point de joint b, chercher, il n'est pas possible d'être assuré d'une prompte et parfaite séparation , en la confiant à un agent susceptible de varier en adresse par des causes morales et physiques; il faut nécessairement, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens mécaniques invariables, dont on puisse également déterminer la force et l'effet; c'est le parti qu'on a pris en Angleterre. Le corps du criminel est couché sur le ventre, entre deux poteaux barrés par le haut et une traverse, d'où l'on fait tomber sur le cou la hache convexe au moyen d'une déclique. Le dos de l'instrument doit être assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton qui sert a enfoncer des pilotis : on sait que sa force augmente en raison de la hauteur d'où il tombe.
L'HOThL DE VILLE!
Une visite à l'Hotel-Dieu.
o II est aisé de faire construire une pareille machine, dont l'effet est immanquable ; la décapitation sera faite en un instant, suivant l'esprit et le vœu de la nouvelle loi. Il sera facile d'.en faire l'épreuve sur des cadavres, et même sur un mouton vivant. On verra s'il ne serait pas nécessaire de fixer la tête du patient par un croissant qui embrasserait le cou au niveau de la base du crâne • : les cornes ou prolongement de ce croissant pourraient être arrêtées par des clavettes sous l'échafaud ; cet appareil , s'il paraît nécessaire, ne ferait aucune sensation et serait à peine aperçu.
a Locis, « Secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie. »
On proposa d'appeler le nouvel instrument de mort la Louison, mais le nom de guillotine prévalut, et on le trouve dans le n° 146 des Révolution!: de Paris, du 21 ou 18 avril 1792, avec deux vers de Malherbe qui sont proposés comme inscription :
Et la garde qui veille, etc.
La première guillotine fut fabriquée par un nommé Schmit, facteur de pianos de Strasbourg, d'après les dessins d'un sieur Laquianté, attaché au tribunal de Strasbourg. Le chirurgien Louis en dirigea la construction, et, le 17 avril 1792, se transporta avec Samson, le bourreau, à Bicètre, où des essais furent faits sur plusieurs cadavres.
On avait tellement parlé du nouvel instrument de supplice, que son apparition sur la place de Grève ne produisit qu'un médiocre effet. Il fut même l'objet d'atroces plaisanteries de la part des journaux opposés au mouvement révolutionnaire. Ainsi, le Journal de la cour et de la ville, se moquant à la fois du docteur Guillotin et du docteur Louis, annom.a en ces termes, le 24 avril, le prochain supplice de Pelletier :
« On donnera incessamment la première représentation de la Guillotine, pièce à tiroir, imaginée jadis en Italie, mais adaptée à notre théâtre par le docteur Diafoirus. et retouchée par un frater qui jouit en France d'une grande célébrité. — On prévient les personnes honnêtes qui voudront honorer ce spectacle de leur présence de ne point trop renfler leurs poches, pour ne point, causer trop de distraction aux amateurs.
« Nota. Si le succès couronne leur espérance, les entrepreneurs se proposent d'établir des théâtres dans les provinces et notamment, dans l'Orléanais. »
Gaultier de Syonnet, rédacteur du même journal , dit quelques jours après, avec une gaieté indécente et cynique :
« 29 avril. On a donné mercredi (25 avril) une première représentation de Guillotine, tragédie en un acte, qui a eu le plus grand succès ; les jacobins s'y sont parfaitement bien comportés et n'y ont commis aucun désordre. Ils étaient si occupés de la beauté du spectacle qu'ils n'avaient pas le temps de penser à autre chose ; ils ont surtout admiré le dénoùment, et nous avons entendu dire à plusieurs d'entre eux, qui sont bons connaisseurs et même compositeurs, qu'ils voudraient bien que leur pièce se terminât ainsi. Ces messieurs ne sont pas dégoûtés. »
« 30 avril. On lit dans un journal qu'un des futurs représentants en place de Grève, ayant vu les préparatifs horribles de l'exécution du sieur Pelletier, qui a étrenné mademoiselle Guillotine, chanta, après un moment de réflexion, sur un air trèsconnu par l'ami Gorsas :
Rendez-moi Ma potence De bois :
Rendez-moi Ma potence ! »
On guillotina, le 12 juillet, un prêtre nommé Geofl'roi, fa-
brîcant de faux assignats, et., le 23 octobre, neuf émigrés pris, les armes à la main; ce furent les seuls supplices qui eurent lieu sur la place de Grève; pendant la Révolution, l'échafaud fut transporté ailleurs pour ne revenir à son point de départ qu'en 170."]. Il y resta près de quarante ans, et, chaque fois qu'une tète tombait, l'affluence était énorme, la location des fenêtres rapportait d'incroyables sommes aux propriétaires, et l'on accourait des quartiers les plus lointains à ce spectacle sanglant. Un moraliste de la restauration, oublié maintenant, et dont, les écrits offrent pourtant des réflexions pleines de sens, M. de Jouy, disait dans son Ermite île la Chausséed'Aniin : « Quelle idée différente emporteraient, de nous deux étrangers, dont l'un n'aurait vu les Parisiens qu'à l'Opéra, et l'autre, qu'en traversant la ville, le long des quais, un jour d'exécution en place de Grève? Que devrait penser ce dernier en voyant sa voiture arrêtée à chaque pas, au milieu d'une foule immense qui se presse autour de l'Hôtel de Ville et du Palais de Justice; en écoutant ces bruits confus et tumultueux de la populace, dont l'etTet matériel est à peu près le même, quelles que soient les circonstances qui les occasionnent?
" Cet étranger, qui verrait sur son chemin l'artisan quitter sa boutique, le bourgeois oublier l'heure de son dîner, les femmes prendre place aux fenêtres, d'autres mêlées dans la foule dont les quais et les ponts sont couverts, les cafés et les cabarets se remplir de buveurs; cet étranger, dis-je, ne se croirait-il pas arrivé à Paris le jour d'une grande solennité? Supposons maintenant qu'il questionne son postillon, et qu'il apprenne que ce concours de monde, que tout ce mouvement a pour but de jouir des dernières angoisses d'un malheureux condamné au supplice; notre voyageur, pour concilier les traces de civilisation qu'il aurait pu remarquer avec d'aussi cruelles habitudes, ne serait-il pas autorisé à croire qu'il est au milieu d'une horde de sauvages récemment établie dans la capitale d'une nation civilisée? Curieux d'observer de plus près cette peuplade des bords de la Seine, il descend, se mêle dans la foule, et, s'adressant à un des habitués de la Grève, il demande : » Quel est l'usage de ces masses de charpentes qu'on abat en ce moment, et qui semblent avoir appartenu à quelque grande construction? — Celui-ci répond que ces restes forment une partie d'un vaste édifice en bois que l'on avait élevé, quinze jours auparavant, pour servir à la réjouissance publique. — Et cette autre construction, d'une moindre étendue, que l'on dresse sur le même emplacement? — C'est un échafaud où va monter, à quatre heures précises, un particulier très-connu, atteint et convaincu d'assassinat. » J'imagine qu'à cette réponse mon étranger doit se dire en lui-même: « Comment, les habitants d ■ cette bonne ville dressent sur la même place des salles de bal et des échafauds '. Ils mêlent, en idée du moins, les sons du violon et les cris d'un patient ! Ils ordonnent, au même lieu et presque en même temps, des fêtes et des supplices !... Je me suis trompé; ces gens-là ne sont pas des sauvages, ce sont des fous. » J'ai fait souvent la réflexion que je prête à mon voyageur, et jamais je ne suis passé sur la place de Grève sans frémir de cet affligeant contraste, dont j'y retrouve toujours l'image. »
Un acte de réparation, envers des victimes politiques, détermina la purification de la place de Grève.
Les quatre sergents de La Rochelle, Rories, Goubin, Raoulx et Pommier, condamnés à mort en 1822 pour avoir fait partie de l'association des carbonari et conspiré contre le gouvernement de Louis XVIII, furent exécutés, le 21 septembre, sur la place de Grève. Ils y furent conduits de. la Conciergerie par le Pontau-Change et le quai de la Mégisserie, entre deux haies de. soldats, derrière lesquelles se pressait une foule compacte. Chacun des condamnés était dans une charrette séparée. Réunis au pied de l'échafaud, ils s'embrassèrent; puis Raoulx monta le premier, et pendant qu'on l'attachait sur la planche de la guillotine, il s'écria d'une voix tonnante : Vire la liberté! Goubin et Pommier poussèrent le même cri; Bories, avant de se livrer à l'exécuteur, jeta ces mots à la foule : « Rappelez-vous que c'est le sang de vos fils qu'on fait couler aujourd'hui. »
Le 21 septembre 1831, jour anniversaire de la mort cruelle des quatre sergents de La Rochelle, il y eut, place de Grève, une démonstration funèbre et commémorative qui avait été provoquée par les loges maçonniques : trois ou quatre mille citoyens se trouvèrent réunis ce jour-là, entre trois à quatre heures, place de Grève, autour d'une estrade élevée sur le lieu même où avait été placé l'instiument de mort, et sur cette
estrade fut signée une pétition ayant pour objet l'abolition de la peine de mort, et la cérémonie se termina paisiblement; mais elle devint l'objet ou le prétexte de véhémentes accusations contre les sociétés politiques de la part des députés de la résistance.
La société des Amis du Peuple, née avec la révolution de Juillet, fut principalement eu butte à leurs attaques. Néanmoins, le vœu des pétitionnaires fut exaucé, et la guillotine fut transférée à la barrière Saint-Jacques, où les exécutions eurent lieu, conformément à un arrêté préfectoral du 20 janvier 1832. La place de l'Hôtel de Ville a été élargie, et en face du palais municipal se sont élevés deux monuments accessoires où sont logés les bureaux de l'assistance publique et autres dépendances de l'administration préfectorale ou de l'édilité.