CHAPITRE VI
Anciens collèges de la Montagne-Sainte-Geneviève. — La Sorbonne. — Le Collège de France.
Autour de l'abbaye de Sainte-Geneviève se groupaient jadis d'iunombrables collèges dont voici les principaux :
Collège des Bernardins, fondé en 1246, dans la rue du Chardonnet , par Mathieu Paris, de l'ordre de Cîteaux, avec l'autorisation du pape Innocent IV.
Le collège des Bons-Enfants, changé en séminaire de la Congrégation de la mission de Saint-Lazare, rue Saint-Victor, quartier de la place Maubert. Il n'est pas fait mention de ce collège avant saint Louis. Innocent IV permit aux pauvres écoliers de ce collège d'avoir une chapelle, et d'y faire le service, en 1248.
Le collège de Sorbonne, fondé en 1252 par Robert de Sorbon.
Collège des Prémontrés, fondé, en 1283, par un abbé de cet
ordre, de chanoines réguliers, qu'on nommait ainsi parce que
saint Norbert, qui leur avait donné des lois, sous le règne de Louis le Gros, avait rassemblé ses premiers sectateurs à Prémontré en Picardie.
Le collège des Trésoriers, fondé, en 1269, pour vingt-quatre écoliers, par Guillaume de Jaone, trésorier de l'église de Notre- Dame de Rouen.
Le collège de Cluuy, fondé la même année par Yves, abbé de Cluny.
Le collège d'Harcourt, fondé, en 1280, par Robert d'Harcourt, docteur en droit, et chanoine de l'église de Paris.
Le collège du Cardinal-Lemoine, fondé en 1207 par le cardinal Jean Lemoine.
Le collège dre Cholets, fondé en 1295 des legs pieux du cardinal Jean Cholet.
Le collège de Navarre, fondé en 1304 par la reine Jeanne, femme de Philippe le Bel.
Le collège de Bayeux, fondé en 1308 par Guillaume Bonnet, évèque de Bayeux, pour des boursiers des diocèses du Mans et. d'Angers.
Le collège de Laon, fondé en 1313 par Guy de Laon, trésorier de la Sainte-Chapelle, avec celui de Prèfle, divisé en deux collèges l'an 1323, et transféré en 1340 rue de la Montagne- Sainte-Geneviève.
Le collège de Montaigu, fondé en 1314 par le cardinal de Montaigu, évèque de Laon.
Le collège de Narbonne, fondé en 1317 par Bernard de Fargis, archevêque de Narbonne.
Le collège de Cornouailles, fondé la même année, est confirmé en 1380 par Nicolas Galeran.
Le collège de Presles, fondé en 1318 par Raoul de Prestes. Le collège du Plessis, fondé en 1323 par Geoffroy du Plessis. Le collège de La Marche, fondé en 1313 par Guillaume de La Marche, chanoine de Toul.
Le collège des Écossais, fondé en 1325 par David, évèque de Muray, en Ecosse.
Le collège d'Arras, fondé en 1332 par Nicolas, abbé de Saint- Vaast d'Arras.
Le collège de Lisieux, fondé en 1330 par Guy d'Harcourt, évèque de cette ville, pour vingt-quatre pauvres écoliers.
Le collège de Beauvais, fondé en 1370 par Jean de Dormans, évèque de Beauvais, pour douze boursiers de sa paroisse natale, ou à leur défaut des diocèses de Soissons. Le collège de Sainte-Barbe, fondé en 1430 par Jean Hubert. Le collège de Bourgogne, fondé en 1332 par la reine Jeanne, femme du roi Philippe V.
Le collège de Tours, fondé en 1333 par Etienne de Bourgueil, archevêque de Tours.
Le collège des Lombards, fondé en 1334 par André Chiny de Florence, évèque d'Arras, pour des Italiens.
Le collège d'Autun ou du Cardinal-Bertrand, fondé en 1337 par Pierre Bertrand, évèque d'Autun, cardinal de Saint-Clément.
Le collège d'Hubant ou de l'Ave-Maria, fondé en 1339 par Jean Hubant, président en la chambre des enquêtes.
Le collège des Trois-Évèques ou de Cambrai, fondé en 1348
par Hugues de Pommarco, évèque de Langres; Hugues d'Arcy,
évèque de Laon, et Guillaume d'Auxonne, évèque de Cambrai.
Le collège Saint-Michel, fondé la même année par Guillaume
de Chonac, évèque de Paris.
Le collège de Justice, fondé en 1353 par Jean de Justice, chantre de l'église de Bayeux, chanoine de Notre-Dame de Paris et conseiller du roi.
Le collège de Boncourt, fondé la même année par Pierre de Boncourt ou Becond, seigneur de Flechinel, et depuis réparé par Pierre Galand, son principal.
Le collège de Boissy, fondé en 1 356 par Godefroy et Etienne de Boissy.
Le collège de Dainville, fondé en 1380 par Michel de Dainville, chanoine de Noyon.
Le collège de Fortet, fondé en 1391 par Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris.
Le collège de Séez, fondé en 1427 par Grégoire Langlois, évèque de Séez.
Le collège de Reims, fondé en 1442 par Guy de Raye, archevêque de Reims, et réuni au collège de Rethel en 1444.
Le collège de la Mercy, pour les religieux de cet ordre, fondé en 1516, rue des Sept-Voies.
Le collège du Mans, fondé en 1526 par les exécuteurs testa-
mentaires de Philippe de Luxembourg, cardinal, évêque du Mans.
Le collège Royal, fondé en 1529 par François I", est bâti sur une partie des collèges de Tréguier et de Cambrai.
Le collège des Grassins, fondé en 1509 par Pierre Grassins, conseiller au Parlement.
Le collège de Maitre-Gervais, fondé en 1570 par Gervais Chrétbien, chanoine de l'église de Paris.
Ces établissements d'instruction publique étaient tous sous l'égide de l'Université. On attribue généralement à Charlemagne la création de ce corps enseignant, et la fresque dont Gros a décoré la coupole du Panthéon représente Charlemagne, revêtu de tous les insignes impériaux, et qui semble montrer fièrement ses titres de gloire à la postérité : Capitulaires, Université.
Ce serait en vain que l'on chercherait dans les lois du célèbre empereur et dans les récits de ses contemporains la preuve de l'allégation que la brosse du peintre a formulée. Si Charlemagne encouragea des écoles, ce fut principalement en Allemagne, et non pas en France. Ce chef de dynastie n'étaitil point un étranger, né â Salzbourg en Bavière, mort à Aachen, que nous appelons Aix-la-Chapelle, et où il avait fixé la capitale de ses États ?
L'Université ne fut pas plus fondée par Charlemagne que l'organisation communale par Louis le Gros.
Les communes furent des associations de bourgeois qui voulaient entrer en composition avec leurs seigneurs, et que les rois favorisèrent ou combattirent, suivant l'intérêt du moment. L'Université fut une association de professeurs convaincus de la nécessité de concentrer leurs forces éparses, et de se rendre indépendants d'un pouvoir souvent arbitraire. Elle eut pour protecteur Philippe-Auguste, et ses premiers statuts furent dressés en 1215 par le légat du saint-siége, Robert de Courçon, cardinal de Saint-Étienne.
Régénérée après les orages de la Révolution, l'Université a restreint le nombre de ses établissements, et ses jeunes soldats, disséminés au moyen âge, sont divisés en légions compactes.
Le siège de la Faculté des lettres, de la Faculté de théologie et de la Faculté des sciences, est la Sorbonne, qui porte le nom d'un petit village de Sorbon , situé dans le département des Ardennes, à quatre kilomètres de Réthel. Un pauvre enfant y naquit en 1201, et les Mémoires du sire de Joinville attestent qu'il était fUe de vilain et de vilaine. 11 trouva moyeu, en mettant à contribution le bon vouloir de ses parents et de ses amis, d'arriver à Paris et de s'y faire recevoir docteur en théologie. Bientôt son éloquence attira l'attention, et Louis IX le choisit pour chapelain et pour confesseur. Dans son élévation, il n'oublia pas les difficultés qui avaient entravé le développement de ses dispositions naturelles, et avec le concours de son royal pénitent, il ouvrit aux pauvres clercs un asile dont les statuts furent approuvés en 1259 par des lettres d'Alexandre IV. Cette maison de théologiens, dont les décisions étaient recueillies comme des oracles par l'Europe catholique, eut pour proviseur le cardinal de Richelieu. Ce fut par ses ordres que Jacques Lemercier construisit les bâtiments qui subsistent encore, et l'église où le grand ministre repose dans un caveau que surmonte un magnifique groupe de François Girardon.
Ce monument fut profané en 1793 par des hommes qui voulaient s'emparer du cercueil de plomb pour en faire des balles. On prétend que pendant cette opération le cadavre embaumé du cardinal fut relégué dans un coin, qu'un garde national en détacha la tête, et qu'elle n'a jamais été réintégrée. Nous nous souvenons qu'il y a quelques années plusieurs personnes nous ont affirmé avoir vu cette relique sous un globe chez un négociant de la rue Saint-Denis.
A la Sorbonne est le siège de l'Académie de Paris, dont la circonscription comprend les départements de la Seine, du Cher, d'Eure-et-Loir, de Loir-et-Cher, du Loiret, de la Marne, de l'Oise, de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise. C'est dans ses spacieux amphithéâtres que se font les cours des Facultés des lettres, des sciences et de théologie. On y enseigne la littérature grecque, l'éloquence et la poésie latines, l'éloquence et la poésie françaises , la philosophie , l'histoire de la philosophie , l'histoire ancienne, l'histoire moderne, l'histoire générale, la grammaire comparée , la littérature étrangère ;
La zoologie, la géologie, la mécanique, la minéralogie, le calcul différentiel et intégral, la chimie, la géométrie supérieure, l'astronomie physique, l'astronomie mathématique,
l'algèbre supérieure, le calcul des probabilités, la mécanique physique, la botanique, la physique, la physiologie générale, les sciences physiques et les sciences naturelles ;
La théologie dogmatique, la théologie morale, l'histoire ecclésiastique, le droit ecclésiastique , l'écriture et la langue hébraïques, l'éloquence sacrée.
Le principal amphithéâtre de la Sorbonne sert chaque année aux distributions de prix du concours général, sous la présidence du ministre de l'instruction publique.
Près de la Sorbonne est le Collège de France, dont la création est due à François I", et dont les cours n'ont pas cessé depuis plus de. trois siècles d'avoir une réputation européenne. On y enseigna d'abord les mathématiques, le grec, l'éloquence latine, l'hébreu, les langues orientales, la médecine, la philosophie. Les premiers professeurs, au nombre desquels se trouvaient, plusieurs étrangers, furent Guillaume Pastel, Vatable, Pierre Donès, le Vénitien Paul Paradis dit le Canomile, le :Milanais Vicomercato, le Florentin Vidus-Vidius, le Calabrais Guidacerio, l'Espagnol Pablation. En 1551, Ramus attaqua avec vigueur au Collège de France les absurdités scolastiques ; aussi fut-il massacré le 24 août 1572 par des fanatiques dont le guide était son antagoniste Jacques Charpentier, professeur de philosophie au collège de Bourgogne. Principal du collège de Presles, le malheureux Ramus était accusé à la fois d'avoir fait enlever de la chapelle les images des saints et d'avoir méconnu la logique d'Aristotc. Des régents et des écoliers le tuèrent dans sa retraite, où il attendait la mort, après avoir relevé sur ses yeux sa longue barbe blanche. Ils jetèrent par la fenêtre son corps sanglant, et le traînèrent jusqu'à la Seine. « Pendant que le fleuve emportait ce corps, dit un historien, des hommes de la lie du peuple, qui croyaient que la fortune et la gloire devaient habiter ensemble, fouillaient la demeure de Ramus et s'étonnaient de n'y trouver que quelques gouttes de vin blanc dont il se lavait la barbe, un vieux manteau d'hiver et deux nu trois volumes grecs tachés de sang. Ces livres étaient les seuls instruments avec lesquels Ramus, durant trente ans, remua les esprits. »
Loin de dégénérer en vieillissant, le Collège de. France a constamment progressé : au xixe siècle, il a compté parmi ses professeurs les astronomes Dclambrc et Lalande ; les chimistes \ auquelin, Portai, Thénard,Daru; le médecin Corvisart; l'orientaliste Sylvestre de Sacy ; les naturalistes Daubenton et Cuvier; en littérature, Dclille, Legouvé, Andrieux et Tissot. De 1830 à 1851, M. Michelet, succédant à Daunou dans le Cours d'Histoire et de morale, passionna son jeune auditoire par l'éloquence avec laquelle il combattait les empiétements des partis rétrogrades; son cours fut fermé par un arrêté de M. Giraud , ministre de l'instruction publique, en date du 12 mars, attendu, disaient les considérants, qu'il s'était livré dans son enseignement à des écarts dont l'opinion publique s'était vivement et justement émue ; que des avertissements répétés lui avaient été donnés, et qu'il n'en avait tenu aucun compte. Les élèves protestèrent contre cette décision; ils se rendirent, au nombre d'environ huit cents, à l'Assemblée législative, où ils remirent à MM. Versigny et Noël Parfait cette pétition : « La liberté de pensée vient d'être violée par la suspension du cours de M. Michelet. Nous, élèves des écoles, en appelons à l'Assemblée, et nous protestons. »
Le collaborateur de Michelet, pour l'ouvrage intitulé les Jésuites ( 1843, in-octavo ), M. Edgar Quinet, avait fait au Collège de France, de 1842 à 1840, un cours de langue et de littérature de l'Europe méridionale. Forcé de l'interrompre par suite des tracasseries du pouvoir, et nommé représentant de l'Ain après 1848, il semblait avoir renoncé au professorat. Le 21 mars 1851, les élèves des écoles se rassemblèrent dans la cour de la Sorbonne, afin d.: faire une manifestation en faveur de M. Michelet. Dispersés par les sergents de ville, ils se réunirent de nouveau, dans le. but d'aller, boulevard du Mont-Parnasse, prier Edgar Quinet de reprendre la chaire qu'il avait abandonnée; mais quelques arrestations suffirent pour les faire renoncer à leur projet.
Le Collège de France a pour administrateur en 1 800 M. Stanislas Julien ; le cours de mathématiques y est fait parM. Liouvillc, membre de l'Académie des sciences; le cours de physique mathématique, par M. Biot; de chimie, par M. Balard; de médecine, par M. Claude Bernard; le cours d'histoire naturelle des corps inorganisés, par M. Élie de Beaumont ; le cours d'histoire naturelle des corps organisés, par M. Flourens; le cours
LE PANTHÉON
de droit de la nature et des gens, par M. Franck; le cours d'économie politique, par M. Michel Chevalier; le cours de législation comparée, par M. Edouard Lahoulaye; d'histoire et morale, par M. Guigniaut ; le cours d'arabe, par M. Caussin de Perceval; de persan, par M. Jules Mohl; d'hébreu, de chaldéen et de syriaque, par M. Dubeux ; de sanscrit, par M. Foucaud; de chinois et de tartare-mantchou, par M. Stanislas Julien; de grec, par M. Rossignol ; le cours d'éloquence latine, par M. Ernest Havet; de philosophie grecque et latine, par M. Lévèque; de poésie latine, par M. Martha; de langue et littérature françaises du moyen âge, par M. Paulin Paris; de littérature française moderne, par M. Ampère; le cours de langues et littératures étrangères de l'Europe moderne, par M. Philarète Chasles; le cours de langue et littérature slaves, par M. Chodzko.
L'édifice, solide et commode où se font ces cours, a été construit en 1834 ; il est comme suspendu sur une éminence à pic depuis qu'on a abaissé le sol pour l'ouverture de la rue des Écoles. En face, au milieu d'un square d'une superficie d'environ 0,000 mètres, fermé par une grille élégante, sont les musées du moyen âge et le musée gallo-romain établis dans l'Hôtel de Cluny et dans les ruines du palais des Thermes.