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CHAPITRE VII

L'hôtel de Cluny. — Le cloître Saint-Benoît. — Le quartier Eollin. — Les Sourds- Muets. — L'institution Loriol.

Commencé par Jean de Bourbon, et terminé par Jacques d'Amboise, en 1490, l'hôtel de Cluny est un rare spécimen de l'architecture civile du moyen âge. On admire à juste titre les bandeaux et les dentelures des fenêtres; la tourelle, aussi élégante que hardie, et la chapelle, dont les parois sont ornées de douze dais, et dont la voûte est sillonnée de nervures qui , partant d'un pilier central, s'éparpillent en gracieux réseaux. Quelques souvenirs se rattachent à ce monument: dans une chambre qui existe encore, François Ier surprit Marie, veuve de Louis XJJ , en tête à tète avec le duc de Suffolk, et fit légitimer immédiatement leur amour clandestin par un cardinal qu'il avait eu soin d'amener. Une des premières troupes de comédiens qui s'établirent en concurrence avec les Maîtres de la Passion donnait ses représentations à l'Hôtel de Cluny. Les religieuses de Port-Royal y logèrent en 1625. La tourelle servit aux observations de Messier, que Louis XV avait surnommé le Furet des comètes-, ainsi qu'aux travaux astronomiques de Delisle, de Lalande et de Bochart de Saron.

Un des derniers hôtes de cette maison, M. Du Sommerard, conseiller-maître à la cour des Comptes, avait employé 30 ans de sa vie à rassembler des objets d'art, des ustensiles de ménage, des armes et autres curiosités, dont les moins anciennes ne remontaient pas au delà du xvie siècle. Après sa mort, la direction des beaux-arts offrit de cette collection 200,000 fr. que les héritiers acceptèrent par patriotisme , quoique des étrangers leur fisseut des offres plus avantageuses. Le 26 mai 1843, le ministre de l'intérieur proposa à la Chambre des députés un projet de loi dont le but était de créer un musée archéologique qui serait établi dans l'hôtel de Cluny, acheté à M"e veuve Le Prieur moyennant la somme de 390,000 fr., et dans le palais des Thermes cédé à l'État par la ville. « Les amis de nos antiquités nationales, dit le ministre, ont souvent souhaité qu'il y eut à Paris un local destiné à recueillir tous les morceaux de sculpture, tous les débris historiques, tous les fragments du moyen âge que d'heureux hasards peuvent encore faire découvrir, ou que de pieuses ambitions pourront léguer aux générations futures. » La loi fut votée, et le musée s'ouvrit le 16 mai 1844. Aux reliques qu'avait colligées M. Du Sommerard, en ont été ajoutées d'autres d'une valeur au moins égale et qui sont peut-être en trop grand nombre eu égard aux salles qu'elles occupent. Dès qu'on a franchi le seuil de cette demeure rétrospective, on rompt avec la vie réelle, il faut passer entre des haies de bahuts, d'émaux, de bas-reliefs coloriés, de faïences vernissées; sur des dressoirs sont étalés les riches produits des fabriques de Limoges, de Faenza, de Nevers, de Montpellier ; les vases en grès de Flandre, les plats de Bernard-Palissy. Les tables sont garnies de housses, de fourchettes à deux dents, de couteaux à manches d'ivoire sculptés avec art. Aux murailles sont suspendus des glaces de Venise,

des boucliers repoussés, des armures damasquinées. La chapelle est meublée d'objets relatifs au culte, retables massifs, reliquaires ciselés, diptyques ou triptyques, custodes, stalles en bois ouvré. En sortant de l'hôtel Cluny, on connaît les mœurs et les usages d'autrefois, et l'on a commencé un cours d'archéologie que l'on peut, en remontant le cours des âges, achever au palais des Thermes où sont réunies les antiquités romaines et gallo-romaines trouvées à Paris.

Le raccordement des deux édifices a été exécuté par M. Albert Lenoir , qui en a restauré avec soin toutes les parties , à l'intérieur comme à l'extérieur ; on a remis à neuf les cordons des moulures, les choux fouillés dans la pierre, les écussons armoriés. Des contre-forts sculptés dissimulent la nudité des faces latérales de l'hôtel séparées des maisons voisines. Sur le square, au bout de la cour qui donne accès aux ruines des Thermes s'ouvre une arcade ogivale analogue à celle dont est percée l'aile droite de l'hôtel de Cluny. Sur le mur du cloître, du côté de la rue des Mathurins, ont été refaits les créneaux qui donnent à cet antique manoir l'aspect d'une demeure féodale.

La couronne dentelée de la tourelle a reparu. Elle avait.été détruite pendant le second incendie de l'Odéon, par les morceaux de bois enflammés qu'un vent furieux avait portés j usque-là. Une balustrade en fer la remplaçait.

Les ruines du palais des Thermes ont été réparées. Les chaînes de briques romaines, symétriquement, superposées, ont été rétablies avec un soin minutieux aux endroits où la dégradation en était trop sensible.

On a conservé, autant que possible, les substructions considérables qui furent découvertes en 1856, lorsqu'on entreprit des démolitions autour du palais des Thermes.

En dégageant les abords de l'Hôtel de Cluny, on a démoli les restes du cloître de la collégiale de Saint-Benoît. C'était une vieille collégiale où la justice s'exerçait au nom du chapitre, où l'on avait eu soin de bâtir une prison, et où l'on portait les redevances en grains et en vin affectées aux prébendes. Le chapitre de Notre-Dame y avait aussi une grange pour mettre celles qu'il percevait dans les environs, et on y tenait un marché public. Il fut question, au "commencement de ce siècle, du rétablissement de ce marché avant la construction de celui des carmes sur la place Maubert.

Ce cloître était d'architecture ogivale, et quelques-uns de ses arceaux existait encore. Il tournait en partie autour de l'église du côté du nord ; tous ses murs étaient couverts d'épitaphes ainsi que celui du bas côté qui faisait face. Dans les deux cimetières situés l'un place Cambrai, et l'autre dans la rue du Cimetière-Saint-Benoît, de même que dans les caveaux de cette église, un assez grand nombre d'hommes célèbres avaient été inhumés à différentes époques; sur les murs du cloître et des charniers on pouvait encore lire les épitaphes de Jacques-Louis-Sébastien Héricart de Thury, conseiller à la cour des aides, de Thomas Mazini d'Elbène , de Florence, chambellan de Henri IV, et de sa fille Camille d'Elbène, morte en 1599.

Avant de descendre le versant de la scientifique montagne nous avons encore à signaler quelques établissements universitaires.

L'École normale supérieure est due à la Convention nationale, qui, par un décret du 9 brumaire an m (30 octobre 1794), voulut accélérer l'époque où elle pourrait répandre d'une manière uniforme dans toute la République l'instruction nécessaire à tous les citoyens français. Le décret instituait une école normale où étaient appelés des jeunes gens déjà instruits dans les sciences pour apprendre l'art d'enseigner sous les professeurs les plus habiles. On choisit comme instituteurs Bernardin de Saint-Pierre, Lagrange, Laplace, Monge, Berthollet, Garât, Sicard, Laharpe, Thouin, Haûy, Daubenton. L'École, malgré l'incontestable capacité de tant d'hommes éminents, ne fonctionna avec régularité que lorsque l'Université eut été reconstituée par décret du 17 mars 1808. La Restauration renversa l'École normale; mais cette pépinière de professeurs, rétablie après la révolution de 1830, a produit des fruits pour le développement de l'intelligence nationale.

Les bâtiments de l'École normale datent de 1841. Il était nécessaire de les consolider, comme plusieurs autres maisons sises sur la montagne ; dès les premiers temps de l'occupation romaine, ce plateau avait été fouillé à tel point qu'en creusant les fondations de l'église Sainte-Geneviève, on trouva plus de

cent cinquante puits, dont quelques-uns avaient plus de vingt mètres de profondeur; 1rs uns communiquaient avec des carrières; des autres on extrayait l'argile a\cc laquelle étaient perfectionnées les belles poteries dont on a découvert des fragments assez nombreux. Après avoir occupé successivement l'amphithéâtre du Jardin des Plantes et l'ancien collège du Plessis, l'École normale est fixée rue d'Ulm depuis le 1er avril

Le lycée Louis-Ie-Grand doit son origine à la compagnie de Jésus. Le 2 juillet 1563, elle acquit dans la rue Saint-Jacques un hôtel, où les classes furent ouvertes le 20 février 1504. C'était le collège de Clermont qui devint le collège Louis-le- Grand, et que les Jésuites occupèrent jusqu'à ce qu'il fut donné à l'Université par lettres patentes du 21 novembre 1703.

Les Jésuites formèrent des élèves qui les honorent, mais dont la gratitude peut être révoquée en doute. L'auteur de Tartufe y fit en cinq ans des études complètes: il eut pour condisciples l'épicurien Chapelle, le prince de Conti, l'humoriste Cyrano de Bergerac, le sceptique Hesnault, qui partageait l'admiration de Molière pour la nature des clioses de Lucrèce. L'enfance de Voltaire y fut choyée parles pères Porée, Tournemine, Palu, Lejay, qui devinèrent judicieusement qu'il était, dévoré de la soif de la célébrité, et qu'il serait un jour le coryphée du déisme eu France. Robespierre et Camille Desmoulins y furent élevés. Un arrêté consulaire du 21 prairial an xi transforma ce collège en lycée, et le nom qu'il porte lui a été maintenu par un arrêté du li août 1849.

Nous avons parlé du collège Rollin. Eu vertu d'un arrêté du préfet de la Seine, on a déposé à la mairie du Ve arrondissement, du 17 janvier au 2 février 1S00, le plan de la maison rue des Postes u° 44, que la ville veut acquérir pour l'agrandissement du collège Rollin. L'enquête prescrite par la loi du 3 mai 1841 a été ouverte, et ua commissaire désigné a attendu, pendant trois jours, les observations qui pourraient être faites sur l'utilité du projet, qui n'a point rencontré de contradicteur.

Le collège Rollin était naguère dans un désert. Des terrains vagues s'étendaient entre la rue Saint-Jacques, l'impasse des Ursurlines, l'École normale, la rue des Postes, la rue de l'Arbalète et les jardins du Val-de-Grâce. Cet emplacement avait été occupé par des maisons religieuses : le couvent des Ursulines, fondé en 1011 par Madeleine Luillier, et supprimé en 1790; le couvent de la Visitation-Sainte-Marie , fondé à peu près à la même époque, côte a côte avec le couvent des Ursulines; le couvent des Filles-de-la-Providence, fondé en 1643 par Anne d'Autriche; le couvent de la Présentation, fondé en 10i9 par Marie Courtin, veuve de Nicolas Billard (c'était un prieuré perpétuel à la nomination de l'archevêque) ; le couvent des Filles-Saint- Michel, fondé en 1724 par le cardinal de Noailles; le couvent des Feuillantines, fondé en 1022 par Anne Gobelin, veuve du sieur d'Estourmel de Plainville. Avec les couvents avaient disparu les ruelles qui les unissaient. Le plan de Delisle, en 1770, l'indique sous le nom de ville. Quant aux rues, il y avait là, sous le nom de rue des Marionnettes, une rue allant le long du jardin du Val-de-Grâce, de la rue Saint-Jacques à la rue de l'Arbalète ; sous le nom de rue des Vignes, une rue allant du milieu de la rue des Marionnettes à la rue des Postes, dans la direction de l'impasse actuelle des Vignes ; sous le nom de rue de Paradis, une rue allant de la rue des Vignes au couvent des Ursulines, et sous le nom de rue de la Poterie, une rue allant de la rue des Vignes à la rue des Postes, à peu près au point où se rencontre aujourd'hui la rue d'Ulm.

Des spéculateurs avaient entrepris de mettre en valeur ces terrains vagues. Leur entreprise reçut une impulsion nouvelle, quand l'administration conçut le plan d'une rue qui, partant du carrefour formé par la rue Soufflot et le boulevard de Sébastopol (rive gauche), va rejoindre, à la hauteur de la rue de Valence, l'avenue Mouffetard, élargie à 40 mètres, et met ainsi la barrière de Paris en communication avec le centre de Paris. En quelques années on a ouvert à la circulation la grande ligne dont nous venons de parler, et qui a été percée à 20 mètres de largeur au lieu de 12 qu'elle devait avoir d'après le projet primitif. Ensuite, à l'ouest, une rue de 12 mètres dans le prolongement de l'impasse des Feuillantines: au nord le débouché de la rue d'Ulm devant l'École normale; entre l'École normale et le collège Rollin, une rue de lotissement se raccordant avec l'impasse des Ursulines; entre le collège Rollin et la lue de l'Arbalète, une rue de 12 mètres 'de largeur venant déboucher sur la rue des Postes; et enfin, au midi, dans la direc-

tion de la rue des Charbonniers, une rue de 12 mètres de largeur, qui, prolongée plus tard au delà du nouveau boulevard Saint-Marcel, passe derrière la caserne de Lourcine, coupe les terrains compris entre la rue de Lourcine et la rue de la Santé, pour se confondre avec la rue de la Glacière, élargie à 12 mètres, de manière à ne former avec elle qu'une seule et même rue directe, depuis la barrière de la Glacière jusqu'au quartier Rollin.

Entre les rues Saint-Jacques et d'Enfer, près de l'église Saint- Jacques-du-Haut-Pas, s'étendent les bâtiments de l'importante institution des sourds et muets.

Ce fut un moine espagnol, Ponce de Léon, qui, à la fin du xvi" siècle, s'occupale premier de l'art d'instruire les sourdsmuets. Mais la France doit revendiquer l'honneur d'avoir donné naissance à celui qui coordonna les principes de cet art si utile aux malheureux qui jusqu'alors avaient été délaissés, à l'abbé de L'Epée. « Ce fut, raconte un économiste distingué, M. Dufau, une circonstance fortuite qui le porta à se consacrer à ces infortunés. Un jour, dans un salon où il attendait le maître du logis, il vit avec surprise deux jeunes personnes qui, assises et occupées d'un travail de couture, gardaient un silence absolu et semblaient étrangères à ce qui se passait autour d'elles. Bientôt la mère rentre, et apprend avec une douloureuse tristesse à l'abbé de L'Épée la cruelle situation de ses deux enfants; elles étaient sourdes-muettes; un religieux leur avait donné quelques soins, mais il venait de mourir. L'abbé de L'Épée, vivement intéressé par le malheur de ces jeunes filles, se proposa pour le remplacer. Après ces élèves il en vint d'autres. Graduellement il fonda une institution : c'est celle qui existe à Paris, et dont la renommée est si grande dans toute l'Europe. Il soutint l'établissement naissant de ses ressources personnelles, et ainsi fit vivre à ses frais ses enfants adoptifs. Comme prêtre, le célèbre instituteur se trouva mêlé à des discussions théologiques qui donnèrent lieu, dit-on, de contester sa parfaite orthodoxie ; mais il y a dans sa vie des traits qu'on croirait empruntés à celle de saint Vincent de Paul. Une fois, au milieu d'un hiver rigoureux, on trouva le bon vieillard saisi par le froid et tout tremblant dans sou cabinet, où il se privait de feu pour pouvoir consacrer toutes ses ressources aux besoins de ses élèves. Ils accoururent, et ce fut un touchant spectacle que de voir ces pauvres enfants entourer leur vénérable maître, presser ses mains, le combler de caresses, le supplier par leurs gestes expressifs de se conserver pour eux et de ne plus s'imposer d'aussi dures privations. »

A l'époque à laquelle l'abbé de L'Épée élabora un système d'instruction propre aux sourds et muets, différents essais avaient été tentés sur ce sujet, mais ils ne produisirent que des résultats peu importants. On connaissait l'art de faire proférer des sons aux sourds et muets, on avait trouvé également l'art de représenter nos lettres au moyen d'un alphabet manuel. Le principal titre de l'abbé de L'Épée à la reconnaissance de l'humanité est d'avoir su coordonner et systématiser le langage mimique. Ses successeurs, et principalement l'abbé Sicard, marchèrent sur ses traces en suivant la route glorieusement tracée par leur illustre devancier.

L'abbé de L'Épée, malgré les défauts dont on ne. sut pas affranchir sa méthode, marqua dans l'art d'instruire une ère importante. Ses prédécesseurs n'avaient fait que des éducations particulières, leur enseignement était resté individuel; il parvint à rendre le sien simultané. Il fut le premier qui fonda pour les sourds-muets une véritable école, et tandis que, jusqu'à cette époque, certains professeurs ne pouvaient se charger de plus de trois élèves à la fois, l'abbé de L'Épée parvint à en réunir jusqu'à soixante-douze aux leçons gratuites qu'il donnait, dans la maison de la rue des Moulins-Saint-Roch.

Le premier objet de son enseignement avait été la langue écrite ; voulant compléter l'éducation du sourd-muet, il y joignit la parole articulée.

Vers la même époque, un autre ecclésiastique, l'abbé Deschamps, qui avait réuni quelques élèves à Orléans, faisait de l'enseignement de la parole la base d'une méthode qui excluait les signes méthodiques; mais cette méthode ne survécut point à son auteur, quoiqu'elle ait eu en sa faveur, en 1779, le témoignage d'un corps savant, l'Académie de médecine. Ce fut seulement à la mort de l'abbé de l'Épée, arrivée en décembre 1789, que le gouvernement commença à s'occuper sérieusement de l'avenir de son œuvre. Par ordre, de l'Assemblée nationale, un concours fut, ouvert, pour lui donner un successeur.

LE PANTHEON

Le concours fut jugé par une commission de membres des Académies françaises, des sciences et des inscriptions; et l'abbé Sicard fut, en avril 1790, nommé instituteur en chef des Sourds-Muets de Paris.

Diverses mesures législatives furent successivement prises pour assurer l'existence de la fondation de l'abbée de L'Épée. Une première loi du '28 juin 1791 pourvut aux besoins matériels de l'établissement. Le rapporteur Maignet, du Puy-de- Dôme, proposait d'ouvrir immédiatement, pour toute la France, six institutions de sourds-muets et d'annexer en même temps à celle de Paris une école normale pour former des instituteurs. Ces propositions ne furent point adoptées, et la loi organique de l'enseignement des sourds-muets en France fut celle que décréta l'Assemblée constituante le 21 juillet 1791, et qui fut revêtue de la sanction royale le 29 du même mois. Cette loi déclarait d'abord que le nom de l'abbé de L'Êpée devait être inscrit parmi ceux des citoyens qui ont bien mérité de la patrie et de l'humanité; elle reconnaissait ensuite comme établissements nationaux les deux institutions de Paris et de Bordeaux, assignait à ce nouveau service public une somme annuelle de 12,700 liv., et créait en outre vingt-quatre bourses à 350 fr. chacune.

L'institution de Paris, placée dans l'ancien couvent des Célestins, près de l'arsenal, y demeura réunie à celle des Jeunes- Aveugles jusqu'en 1795. Ce fut pendant que ces deux écoles occupaient le local, qu'on introduisit, dans l'éducation des sourds-muets, l'apprentissage des arts industriels. De Jussieu, Thouin, l'abbé Haiiy s'offrirent d'eux-mêmes pour y organiser les premiers ateliers. Une typographie , desservie par les sourds -muets, fut chargée de l'impression du Journal des Savants.

L'organisation des deux institutions nationales fut confirmée et développée par de nouveaux actes législatifs du 8 germinal an n, et des 12 et 15 nivôse an ni. Conformément aux conclusions du rapport fait par Jouenne, du Calvados, sur ce dernier décret, le nombre des places gratuites, dans chacun des deux établissements de Paris et de Bordeaux, fut porté à soixante ; la durée du cours d'instruction fut fixée à cinq ans, enfin les bâtiments de l'ancien séminaire de Saint-Magloire, rue Saint- Jacques, furent définitivement affectés à l'institution de Paris. Dans le décret du 3 brumaire an iv, sur l'organisation de l'instruction publique, on inséra, immédiatement après le premier paragraphe, un article ainsi conçu : « Il y aura de plus des écoles pour les sourds-muets et pour les aveugles-nés. » Par un décret du u frimaire an vi, les frais nécessaires au maintien des deux maisons principales furent classés parmi les dépenses générales de l'État. Enfin, une administration régulière assura à ces établissements la jouissance paisible des ressources qu'ils tenaient de la libéralité des législateurs. Les exercices publics des élèves de l'abbé Sicard réunissaient tous les mois, dans l'enceinte de l'institution, ce que Paris renfermait de plus illustres citoyens, de nobles étrangers. Bientôt même la renommée de l'école et de son chef s'étendit au delà de l'Europe. Au nom du savant instituteur s'associaient ceux de Massieu et de Cler, ses élèves favoris. En 1818, ce dernier allait, avec un ministre américain d'origine française, M. Gallaudet, porter aux États-Unis l'art bienfaisant dont la France dotait ainsi les deux mondes.

L'abbé Sicard mourut en 1822; depuis cette époque, la méthode propre à être enseignée aux sourds -muets a reçu et reçoit encore chaque jour ces simplifications, qui sont le caractère des véritables perfectionnements. Les procédés plus accessibles aux faibles intelligences en étendent par conséquent les résultats. En s'élevant, l'instruction théorique et pratique s'est étendue. A Paris, le savant médecin de l'institution, le docteur Itard, mort en 1839, a fondé, en faveur des élèves qui ont eu le plus de succès dans leurs études , une classe d'instruction complémentaire, et a fait enfin définitivement rétablir, pour les sourds-muets qui y montrent quelque aptitude, l'enseignement de la parole.

Aux termes d'un décret qui a paru récemment, il a été ordonné que la division des jeunes filles sourdes-muettes, faisant partie de l'institution de Paris, serait annexée à l'établissement de Bordeaux.

Parmi les établissements d'instruction, nous avons mentionné l'institution Loriol; elle fut créée en 1833, rue Sainte-Geneviève; mais, ayant pris de l'extension, elle s'installa dans un hôtel d'une architecture assez grandiose, qui appartenait au

général Énouf , ancien chef d'état-major a l'armée de Sambreet-Mouse, ancien capitaine général a la Guadeloupe. L'école préparatoire de M. Loriol a fourni à la marine un grand nombre d'officiers distingués, et a puissamment contribué par la force de ses études à élever le niveau des connaissances exigées pour l'admission à l'école navale de Brest. M. Loriol a été décoré en 1854, par M. Ducos, alors ministre do la marine, qui a voulu ainsi reconnaître et récompenser les longs et honorables services qu'à rendus à notre armée de mer l'honorable directeur de cet établissement spécial.

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