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CHAPITRE II

Le Luxembourg sous Louis-Philippe. — Agrandissement du palais. — Peintures d'Eugène Delacroix, de Bloiulel, etc. — La commission du gouvernement pour les travailleurs. — Création du Sénat. — Nouveaux embellissements du palais. — Incendie du2S oct. l&âl).

Quoique la pairie eut perdu de son prestige en cessant d'être héréditaire, elle siégea au Luxembourg avec plus d'éclat que

jamais pendant le règne de Louis-Philippe. Lorsque, transformée en haute cour de justice, elle eut mission d'instruire le procès des insurgés d'avril 1834, il fallut agrandir les bâtiments, trop étroits pour loger les prévenus, les témoins, les avocais. On improvisa entre les deux avant-corps de la façade méridionale uncralonge de charpente et de plâtre, à laquelle les subsides accordés par la loi du 30 juin 1830 permirent de substituer un édifice durable. Les travaux d'agrandissement, furent accomplis par M. de Gisors avec une rapidité surprenante; ils étaient achevés le 1" janvier 1841. Une façade nouvelle pareille à L'ancienne, sauf que la terrasse fut reportée du premier étage au second, empiéta sur le jardin. Au centre s'éleva un pavillon dans le goût de la Renaissance, orné d'un cadran aux deux côtés duquel sont deux sveltes et gracieuses statues de Pradier, la Justice et la Prudence. Les faces latérales, qui n'avaient que 31 mètres de longueur, furent augmentées de 3i mètres et flanquées d'un nouveau pavillon. A l'intérieur, des artistes renommés remplirent les compartiments que leur laissaient les ornemanistes sur des murailles où étaient prodigués les rinceaux et les arabesques d'or. Eugène Delacroix peignit pour la bibliothèque le triomphe d'Alexandre et l'Elysée des grands hommes décrit dans le IVe livre de l'Enfer du Dante. Blondel représenta au-dessus des portes de la salle, des séances les États Généraux décernant à Louis XII le titre de père du peuple et les pairs de France présentant la coujrpnne à Philippe le Long. MM. Louis Boulanger, Henri Scheffer et Jadin décorèrent chacun un salon. Flandrin exécuta pour une des salles un tableau qui représente saint Louis rendant la justice.

Presque immédiatement après la Révolution de 1848 parut un décret ainsi conçu :

« Considérant que la révolution faite par le peuple doit être faite pour lui; qu'il est temps de mettre un terme aux longues et iniques souffrances des travailleurs; que la question du travail est d'une importance suprême; qu'il n'en est pas de plus haute, de plus digne des préoccupations d'un gouvernement républicain; qu'il appartient surtout à la France d'étudier ardemment et de résoudre un problème posé aujourd'hui chez toutes les nations, industrielles de l'Europe; qu'il faut aviser sans le moindre retard à garantir au peuple les fruits légitimes de son travail ;

h Le gouvernement de la République arrête :

« Une commission permanente, qui s'appellera Commission de gouvernement pour les travailleurs, va être nommée avec mission expresse et spéciale de s'occuper de leur sort.

« Pour montrer quelle importance le gouvernement pro\ isoire de la République attache à la solution de ce grand problème, il nomme président de la Commission de gouvernement pour les travailleurs un de ses membres, M. Louis Blanc, et pour vice-président un autre de ses membres , M. Albert , ouvrier.

« Des ouvriers seront appelés à faire partie de la commission.

« Le siège de la commission sera au palais du Luxembourg. » Le 1" mars, deux cents délégués de diverses industries remplaçaient les pairs de France sur les bancs du Luxembourg. Louis Blanc les engagea à formuler leurs vœux, et ils demandèrent tout d'abord la réduction du nombre des heures de travail et l'abolition du marchandage. Des délégués furent nommés et dis conférences s'ouvrirent, auxquelles prirent part MM. Wolouski, \idal, Pecqueur, Charles Duverrier, Jean Beynaud, Victor Considérant; mais tandis qu'ils délibéraient aux extrémités de Paris, l'agitation se prolongeait dans la rue. Les ateliers nationaux, institués par décret du 27 février, entassaient pêlemêle des ouvriers de toutes professions soumis au même genre de travail, et le président de la commission du Luxembourg protestait en vain contre ce qu'il appelait un labeur dérisoire, une prime a la paresse et une amorc ! déguisée. On lui répondait en l'accusant do faire dans les salons du Luxembourg des festins de Balthazar. Le gouverneur du palais, Gcnevay, par une lettre insérée dans les journaux, démentit ces calomnies. eu déclarant que la dépense de M. Louis Blanc et Albert, arrêtée par eux, ne dépassait jamais à fr. par jour pour chacun.

La commission du Luxembourg fonda trois associations : celle des fileurs, celle des selliers et celle des tailleurs; mais elle-, ne tardèrent pas à être détruites; elles suivirent le sort delà réunion d'où elles étaient sorties, et qui finit après la nomination de la commission executive, par la démission de Louis Blanc et d'Albert,

Le Luxembourg resta désert pendant quelques années. La Constitution du 14 janvier 1852 le repeupla en créant un Sénat composé' des hommes que le chef de l'État jugerait convenable d'y appeler, et des cardinaux, maréchaux et amiraux. Le nombre des sénateurs fut. fixé provisoirement à quatre-vingts, sans pouvoir excéder jamais cent cinquante. Ils se réunirent le 29 mars dans l'ancienne salle des séances de la Chambre des pairs, sous la présidence de M. Mesnard.

De grands travaux de restauration furent entrepris au Luxembourg par les ordres du gouvernement impérial. Dans la salle du Trône, richement décorée, M. Lchmann retraça toute l'histoire de France. Le premier hémicycle résume nos annales depuis l'an 451 jusqu'en SO-i. Merwig ou Mérovée repousse l'invasion des Huns, dont Attila guide en personne les hordes sauvages, et l'allié des Franks, le Romain Aétius, meurt glorieusement sur le champ de bataille. Cette composition occupe un des coins de l'arcade ; à l'angle opposé , Charles Martel tue Abdérhame et met les Maures en fuite. Dans le tableau central, le prêtre et la prêtresse du culte druidique expirent sous les débris des autels du paganisme, au-dessus desquels s'élève la croix triomphante plantée par des messagers célestes. A gauche de la croix, Clovis converti, conduit par Clotilde, courbe la tète avec douceur devant saint Remy. A droite, Witikind et les Saxons, vaincus par Charlemagnc, se résignent à recevoir le baptême.

Dans le second hémicycle, se déroule l'histoire de France depuis 1095 jusqu'en 1601). A la voix de Pierre PHermite, seigneurs et vilains, moines et troubadours, vieillards et jeunes gens, partent pour la croisade en criant: Dieu le veut! Avec l'appui des archers que lui ont fourni les communes, Philippe- Auguste gagne la bataille de Bouvines contre la ligue formidable des hauts barons et de l'empereur d'Allemagne. Louis IX, déposant l'épée dicte ses établissements sous l'inspiration de la justice et de la piété. Au centre, l'archange saint Michel apparaît à Jeanne Darc, qui, l'oriflamme à la main, debout sur les remparts d'Orléans, contemple à ses pieds les Anglais terrassés. Voici ensuite François I'!r, auquel Benvenuto Cellini présente un modèle de statuette. Le Génie de la Renaissance arrache d'une main le linceul qui couvrait l'antiquité; de l'autre, il porte les attributs des arts, de la guerre et de la foi. Plus loin, Henri IV, à cheval, remet son épéc dans le fourreau ; les ligueurs ont renoncé à défendre leurs barricades; les citoyens s'embrassent en abjurant leur haine, et la foule acclame le roi pacificateur. Enfin Louis XIV apparaît, entouré de quelques-uns des hommes illustres de son temps : Turenne et Condé, Colbert et Louvois, Bossuet et Fenélon, Corneille et Racine, Molière et Boileau. La France a combattu pour sa religion, constitué son unité, chassé les ennemis extérieurs, triomphé des discordes intestines, et elle se montre au premier rang dans les lettres et dans les arts. Ces grandes pages, dignes des souvenirs qui les ont inspirées, et traduites par un pinceau savant, intéressent, émeuvent et instruisent à la fois.

La galerie du Trône a été décorée, en 1850, par deux artistes romains, Paul et Raymond Balze, qui avaient fait connaître leur aptitude à la grande peinture par la reproduction des principaux chefs-d'œuvre de Raphaël. Ils ont symbolisé sur les murailles du palais du Sénat les progrès et les découvertes nouvelles dans les sciences, l'agriculture et l'industrie : tâche immense dont les deux artistes jumeaux, malgré leur talent, ne pouvaient surmonter qu'à demi les difficultés.

Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1859, les magnificences du Luxembourg furent menacées. A deux heures du matin, le tuyau d'un calorifère communiqua le feu à lr charpente du dôme qui surmonte la salle des séances. La clarté fut aperçue par les sentinelles placées dans les jardins et autour du palais. Au premier cri d'alarme, des sergents de ville et des gardes de Paris accoururent pour porter secours; mais l'incendie faisait de rapides progrès et atteignait, les combles du palais.

Bientôt une pluie de brandons tomba sur le parquet qui s'enflamma.

Cependant les secours s'organisaient; mais les travailleurs n'avaient à leur disposition que l'eau des bassins, qui n'offraient que peu de ressources. Heureusement les porteurs d eau qu'on avait mis en réquisition finirent par arriver avec leurs tonneaux dans toutes les directions. Pour présider aux travaux, se présentèrent successivement le préfet de police, le marquis d'Hautpoul, grand référendaire du Sénat; le général Soumain, commandant de la place; les maréchaux Randon et

Magnan; M. de Gisors, architecte du palais, et le curé de Saint- Sulpice.

Le plafond ne tarda pas a s'écrouler, et dans sa chute il blessa les nommés Labaste et Rosier, sergent-major et caporal des sapeurs pompiers, et Henry et Meycr, cantonniers employés du Sénat. Le bureau du président et les sièges sénatoriaux furent réduits en cendres; mais, a sept heures du matin, le feu était maîtrisé. Seulement l'on avait à regretter la perte des pendentifs allégoriques d'Aboi de Pujol, et les peintures de Vauchelet étaient assez endommagées pour qu'on fut obligé de détruire par le marteau ce que la flamme avait épargné. En revanche, on avait sauvé les remarquables boiseries de chêne dont la salle, avait été entourée par MM. Klagmann, Elschoët et Triquetti. Les dix-huit colonnes de stuc qui séparent la place réservée aux sénateurs de celle qu'occupaient les tribunes publiques aujourd'hui supriniées, n'avaient subi aucune détérioration. A l'incendie avaient également échappé les belles statues en pied de Mathieu Mol«, Turgot, Portalis, Colbert, L'Hôpital, d'Aguesseau, MalesherbW saint Louis et Charlemagne; et les bustes des maréchaux MasWa, Montebcllo, Trévise et Gouvion de Saint-Cyr. \

Au mois de mars de 1860, h salle des séances n'était pas encore réparée , et l'ouverture de la session a eu lieu dans la salle du Trône, où l'on avait prisUcs dispositions nécessaires.

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