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CHAPITRE III

Le Musée des artistes vivants. — LV petit Luxembourg. — Les Filles du Calriïre.

Si le feu prenait au Luxembourg, c\ ne. seraient point les appartements dont on aurait surtout à déplorer la perte; plus irréparable serait sans contredit celle du musée, dont on doit la création au gouvernement de Louis X\TII, et qui l'ouvrit pour la première fois le 24 avril 1818. Tl est vrai que les peintres et sculpteurs qui ont contribua à la beauté do la collection sont presque tous, en 1860, pleinsde vie et de santé, mais referaient-ils les œuvres qui , dans leurs jeunes années, ont marqué leur place au milieu de tant de concurrents avides de gloire?

Ainsi l'on voit d'Horace Vernet une petite toile qui est un monument historique : la Barrière île Clichy en-181 î ; d'Ingres, Roger délivrant Angélique, tableau qui figurait à l'Exposition de 1819, où la gracieuse désinvolture de '.'héroïne contraste avec l'allure grotesque du chevalier monté sur un hippogriffe de bois. Le même artiste a au Luxembourg le portrait de Chérubini, dont la tète pensive est si belle qu'elle efl'ace l'impression désagréable produite par la figure guindée qui lui sert de repoussoir. Xous voyons d'Eugène Delacroix une Noce juive dans le Maroc, scène pleine de mouvement, d'iir et de lumière, qui, selon nous, l'emporte de beaucoup sur la grande composition des Massacres de Chio. Au Luxembourg sont encore la Mort de César, qui est restée le meilleur tableau de Court, et les Romains de la décadence, de Thomas Couture. La \aissance d'Henri IV, peinte en 1827 par Eugène Devéria, avait fait concevoir de très-hautes espérances qu'il n'a pas complètement réalisées.

Parmi les artistes dont le musée du Luxembourg possède des ouvrages, nous mentionnerons encore Daubigny, que sa Vallci d'Optevos met à côté des plus grands maîtres du paysage; Hébert, dont la Malaria est empreinte d'une mélancolie saisissante; Baudry, qui n'a réussi qu'à moite dans son Supplice d'une Vestale, mais dont la Fortune et l'Enfant se recommandent par la grâce des lignes et la pureté du dessin; Rosa- Bonheur dans le Labourage nivemais et la Fenaison attestent un profond sentiment de la nature rustique. Le Musée possède en outre des fleurs de Saint- Jean, des paysages de Fiers, Français, Louis Coigniard, Lambiuet, Corot, Cabat, Paul Huet; des marines de Mozin, Isabey, Gudin; l'appel des Dernière; Victimes de la Terreur, grande composition historique de Charles- Louis Mullcr; l'Entrevue du duc de Cuise avec Hsnri II/, par Comte; le Colloque de Poissy, une Scène de la Saint-Barthélémy, Jeanne Darc, les Derniers moments de Montaigne et le Pillage d'une maison juive à Venise, par Robert Fleury.

Parmi les statues, on doit distinguer les deux bronzes de Duret, le Jeune pécheur dansant la tarentelle et l&Vendangeiir improvisant sur un sujet comique.

Au reste, nous croyons que ce Muscc, dont le catalogue n'a pas deux cents numéros, en y comprenant des dessins de Bida, des pastels de Vidal et de* miniatures de M""' Herbelin, pouvait recevoir une extension en harmonie avec la place que tiennent les beaux-Arts dans la société contemporaine.

Au palais du Luxembourg est contigu le Petit-Luxembourg, bâti en 1620 par le cardinal de Richelieu. Quand le Palais- Cardinal .fut achevé, le ministre abandonna à sa nièce, Marie- Magdelcine Vignerot, duchesse d'Aiguillon, le Petit-Luxembourg, qui passa par héritage en la possession de Henri-Jules de Bourbon-Condé. Charlotte-f.lisabetli de Bavière, princesse palatine, duchesse d'Orléans, s'y fixa dans son veuvage : elle lit rebâtir par Boffrand un palais noureau, et la maison d'en l'ace où étaient les cuisines, les logements des domestiques, les remises et écuries. C'est au Petit-Luxembourg que cette princesse acariâtre et hautaine écrivit e.t partie les lettres, dont la crudité cynique nous étonne, et qui contiennent de si piquantes révélations.

I.e petit palais sui\ it les desiim'cs du grand: du 15 au '21 décembre 1830, on y enferma les ministres de Charles X, MM.. Tu le, de l'nlignac, de lVyronnet, Gcernon de Ranvillc et Chantclau/.e. Dès qu'eut été rendu l'arèl qui les condamnait tous à la prison perpétuelle, et M. de Polignac, en outre, a la mort civile, ils furent remis aux soins du colonel Feisthamel, et transférés à Vincennes, sous Li garde d'une escorte de cavalerie. Pendant tout le procès, une foule tumultueuse, péniblement refoulée par la garde nationae, avait poussé autour du Luxembourg les cris de: Mort air ministres!

Le Petit-Luxembourg fit, sens le règne de Louis-Philippe, l'hôtel du grand référenc'aire de la Chambre des pairs, et en vertu d'un décret du 1S lévrier 18.Y2, c'est l'hôtel du grand référendaire du sénat.

\u temps où la Chanbre des pairs jugeait Fieschi , Alibaud, Lccomte, une prison : l'usage exclusif des prévenus d'attentats contre le' gouvernenunt et la personne du roi, avait été édifiée à côté du Petit-Luxjmbourg; en la démolissant, on a dégagé un petit cloître et une chapelle d'une élégance et d'un goût exquis. Ces deux merveilles dépendaient d'un couvent de bénédictines, dites filles du Calvaire ou Filles du Luxembourg. Marie de Médicis les avait dotées, en 1621, et. le Père Joseph leur avait donné des lois.

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