‹ Le nouveau ParisChapitre 93 sur 441 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le jardin ùi Luxembourg, — Camp romain. — La Grotte. — Les premiers habitués. — La le'vite a queue de singe. — L'abbé Mioîlun et Janinet. — Embellissement du jardin. — L'enclos des Chartreux. — Les femmes célèbres.

vprèsavuir visité' les palais, descendons au jardin, qui, grâce à dis améliorations modernes, n'a rien à envier aux Tuileries. Il occupe en partie l'emplacement du camp romain dont les légions donnèrent la pourpre impériale à Julien l'Apostat. Déjà à rémique mi Jacques de Brosse jeta les fondements de la façade, une ligure de Mercure en bronze fut découverte. Dans les fouilles exécutées eu 1801, on déterra quelques figurines de divinités, une autre, idole de Mercure, une Cybèle et quelques instruments sans doute destinés aux sacrifices. On y rencontra également un grand nombre d'ustensiles plus particulièrement affectés à l'équipement militaire. F.u 1836, lorsqu'on creusa les fondements de la nouvelle façade, on trouva des tuiles romaines, des fragments de vases antiques, ainsi qu'un vase d'argent contenant des médailles d'un assez grand nombre d'empereurs du haut et du bas Empire. Les antiquités découvertes en 1801 ont été; décrites dans un ouvrage spécial par Grivaud delà Vincelbp, archéologue distingué.

Du temps de Marie de Médicis, le jardin du Luxembourg n'avait qu'une médiocre étendue; sa décoration principale était la huitaine de la Grotte, dont on attribue le dessin à Rubens, et dont l'ordonnance toscane consiste en quatre colonnes rustiques hérissées de stalactites. Au centre est une niche, à laquelle un attique, couronné d'un fronton circulaire, sert d'amortissement. Sur les entablements en ressaut reposent un fleuve et une Naïade, dont les urnes penchées semblent prêtes a verser leurs liquides trésors.

Lorsque Monsieur, frère de Louis XVI, vint habiter le palais, il le mit gracieusement à la disposition du public. On y

entrait par trois portes : celle du château, celle de la rue d'Enfer et celle de la rue de Vaugirard, en l'ace de l'église des Carmes-Déchaussés. Les premiers habitués du jardin, suivant le témoignage des contemporains, furent des bourgeois du quartier, des ecclésiastiques, des moines, des gens de lettres et des bonnes d'enfants. La grande avenue et quelques allées latérales, avec des bancs pour s'asseoir de distance en distance, c'était tout ce que les amateurs de la promenade y trouvaient d'attrayant. Point de symétrie, nul point de vue : rien n'y captivait les regards, que bornaient, de tous cotés des maisons ou de tristes murailles. L'hiver et. le printemps, on se réchauffait au soleil du midi sur des chaises qu'une loueuse avait rangées, en petit nombre, devant la façade du palais. L'été et l'automne ou se garantissait de la chaleur sous le feuillage de quelques gros tilleuls qui couvraient l'esplanade située en face du levant "ii qui formaient le commencement de la grande allée. Quelques étudiants ou quelques abbés erraient ça et là, un liv re à la main, dans les allées les plus reculées. A la brune, quelques femmes équivoques s'asseyaient timidement sur un liane ou sur une chaisse adossée contre un arbre.

Cependant Thiéry, dans son Gniih> des amateurs et des étrangers, affirme qu'on voyait une infinité de beau monde, surtout pendant les fêtes et dimanches, le matin dans l'allée des Carmes et le soir dans la grande allée.

En 1781, les dames s'affublaient de robes dites lévites, imitées de celles avec lesquelles on représente les enfants de la tribu consacrée à la garde de l'Arche sainte. On essaya d'en faire à queue île sinae, c'est-à-dire munies d'un long appendice très-long et très-tortillé. La comtesse de Francourt, en se montrant, le 2 juin, dans le jardin du Luxembourg avec une lévite de ce genre, attira un rassemblement si compacte autour d'elle que les Suisses de Monsieur la mirent à la porte.

Une multitude considérable se rassembla le 12 juillet 178'r dans le jardin du Luxembourg pour assister à l'ascension d'une montgolfière de 70 pieds de diamètre.

« Cette machine, disait le Journal de Paris, est. la plus grande que l'on ait vue jusqu'à ce jour dans la capitale : il est entré dans sa construction plus de 3,700 aunes de toile; sa hauteur, en y comprenant sa galerie, est de plus de 100 pieds, son diamètre de 81 et sa circonférence de 264. Toutes les expériences faites jusqu'à présent, sous les yeux de la capitale, n'eut présenté que deux voyageurs; cette machine sera montée par quatre, savoir : MM. l'abbé Miollau et Janinet, auteurs de cet aérostat; M. le marquis d'Arlandes et M. Bredin, mécanicien.

h .Nous avons remarqué que l'attention des auteurs s'est d'abord portée à simplifier l'appareil de la machine. Ils ont supprimé l'estrade où on la plaçait ordinairement, et des mats extérieurs, et ils les ont suppléés par des mâts portatifs fixés à la galerie et destinés à voyager avec elle. Cette précaution a le triple avantage de permettre la suppression de l'estrade, de donner de la facilité pour remplir la machine dans le premier endroit venu et de la préserver du feu, en empêchant, au rrioment de la descente, le trop grand abaissement des toiles. Enfin, les voyageurs se pourvoient d'un étouffoir pour mettre sur le réchaud, d'une certaine quantité d'eau, de quelques éponges, de deux soupapes très-commodes, d'un ancre et d'une échelle de corde.

(i MM. l'abbé Miollau et Janinet ne s'étaht pas proposé de donner au public un vain spectacle déjà connu, se destinent, dans leurs expériences, à l'essai de deux moyens physiques de direction, dont l'un a été imaginé par M. Joseph Montgollier, qui ne l'a point exécuté; il consiste dans une ouverture latérale pratiquée au ballon. L'air dilaté s'échappant par cette ouverture, frappe l'air extérieur, dont la réaction doit faire, avancer la machine en sens contraire, avec une vitesse évaluée par l'auteur à six lieues par heure, en supposant l'ouverture d'un pied de -diamètre. Un de nos plus célèbres physiciens, M. de Saussure, dans une lettre écrite au sujet de la grande montgolfière de Lyon, a dit qu'il était, à souhaiter que quelqu'un fit l'essai de ce moyen,

ii Le même M. de Saussure, après avoir parlé' des forces mécaniques appliquées aux aérostats, finit par dire que la counaissance des divers courants de l'atmosphère sera vraisemblablement, un jour, le moyen le plus efficace pour diriger les ballons. C'est pour parvenir à cette connaissance précieuse que MM. l'abbé Miollau et Janinet ont, adapté à leur machine deux petits ballons, dont l'un, rempli d'air inflammable, doit s'élever

LE LUXEMBOURG

au-dessus de la machine à 150 pieds, et l'autre, plein d'air atmosphérique, est suspendu à la môme distance au-dessous. En supposant que l'effet de ces deux espèces de. moyens n'ait pas tout le succès que l'on doit en attendre, on ne doit pas moins savoir gré aces deux physiciens de les avoir essayés les premiers. »

Le programme ne fut pas réalisé; l'aérostat prit feu, et il fut impossible de l'enlever. Les spectateurs furieux le mirent, en pièce, et pendant quelques jours, les organisateurs de cette Expérience avortée furent ridiculisés par des caricatures et par des ponts-neufs, dont voici un spécimen :

Je me souviendrai du jour Du globe du Luxembourg; Que de monde il y avait, Monsieur Janinet, Monsieur Janinet , Que de monde il y avait, Pour voir s'il s'enlèverait.

C'est à fini veut un lambeau De votre globe à fourneau; J'en ai vu dans tout Paris, Même à Saint-Denis, Même à Saint-Denis ; J'en ai vu dans tout Paris, Dont vous excitez les ris...

À droite du jardin du Luxembourg, (Hait un couvent de chartreux fonde'1 par Louis IX en 1257. Ce monastère n'avait de remarquable que. les boiseries du chœur de l'église, et la collection des scènes principales de la vie de saint. Bruno, peinte par Lesueur. Ils on firent présent, à Louis XVI; mais ils conservèrent.un immense enclos cpii s'étendait jusqu'au séminaire de Saint.-Magloirc. On y cultivait des fruits et des légumes; le potager n'avait pas moins de quinze arpents, et. la pépinière d'arbres fruitiers en avait environ quatre-vingt-dix. Le Directoire exécutif annexa au Luxembourg ces terrains, dont le décret de l'Assemblée constituante avait fait une propriété nationale. On perça la grande avenue qui aboutit a l'Observatoire, et pour éviter les pertes, une muraille de soutènement fut établie entre la terrasse occidentale du jardin et l'ancien verger du couvent.

Au commencement du xix° siècle, le plan adopté pour ce. jardin par l'architecte primitif fut alors presque complètement modifié. Son ordonnance fut alors composée d'un parterre entouré de plates-bandes, au milieu desquelles se trouve un grand bassin octogone. Des terrasses bordées de balustrades et recourbées en pente, douce entourent ce parterre et le dominent.

Les jardins du côté oriental de la rue d'Enfer ayant été achetés par le gouvernement, furent changés, avec un terrain naguère inutile, en allées plantés d'arbres et séparées par une avenue qui, de la grille de la même, rue, conduisent à l'escalier au bas duquel est le parterre. Autant que le permirent les accidents du terrain, cette partie fut coordonnée, quant à la symétrie et aux ornements, avec le coté opposé. De nombreuses statues en marbre blanc, élevées sur les deux esplanades do forme demi-circulaire, complétèrent la décoration des parterres étendus plus bas.

La grande avenue et toute l'extrémité occidentale du jardin furent traversées par une belle allée, depuis la rue de Vaugirard jusqu'au mur de la pépinière. Le. jardin du Petit-Luxembourg, réuni au grand, prit la forme d'un charmant bosquet planté de toutes sortes d'arbustes a fleurs odoriférantes. Dans l'intérieur et de chaque côté de la grande allée, plusieurs espaces circulaires et. couverts de. gazon furent ménagés pour favoriser la circulation de l'air et de la lumière, et servir aux dilï: rents jeux des enfants.

En 1842, la grande allée reçut deux rangées d'arbres supplémentaires; à l'est, on traça le jardin botanique de l'École de Médecine; à l'ouest, un autre jardin enrichi de massifs de fleurs rares fut dessiné dans l'enclos des Chartreux, où l'on commença en même temps une collection de vignes ; elle ne comprend pas moins de sept cent cinquante variétés de pineau, morillon, muscat, gamet, etc.; mais il est douteux que les cépages conservent la saveur et les qualités qu'ils ont dans leur pays natal.

Le long des terrasses qui s'échancrent entre le palais et la grande allée, on a substitué a, des copies do l'antique mutilées et dégradées par le .temps, des statues do femmes célèbres, par MM. Klagmann, Théiasse, Husson, Rude, Bonassieu, Auguste Préault, Gatteaux fils, Ramey, Elshoët, Huguenin, Fcuchères, Clesinger et Dcmesmay. La pieuse Clotilde ouvre cette série d'illustrations féminines; puis viennent la reine Blanche; la reine Mathilde. d'Angleterre; Anne do Provence; Clémence- Isaure, la protectrice des jeux floraux; Jeanne Darc écoutant les voix mystérieuses; Jeanne Laine', surnommée Hachette; Anne do Bcaujeu, la-diVne fille do Louis XI; Anne de Bretagne, qui fut la femmeWle deux rois; Valentine de Milan; Marguerite de Valois; Catherine et Marie de Médicis; la turbulente duchesse de Montpçnsier, on amazone et la cravache ,ï la main, comme pour chasser les intrus qui se permettent d'habiter son palais. \

La grotte, attribuée il Rubans, a été nettoyée, et deux cygnes ont été mis on possession du\bassin élargi. Une. allée de platanes, reliés entre eux par (tes guirlandes de plantes grimpantes, y conduit, ou du moins Pourrait y conduire, si cette enceinte n'était environnée de gri\les. On a placé à l'entrée, au mois de janvier 1SC0, une. jolie\fontaine en bronze. Dans un parterre contigu est un groupe, \issez expressif de Garraud , Adam cl sa famille après la malédiction.

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