CHAPITRE V
La Monnaie. — L'École de médecine. — Les Wdeiiers. — Le Musée Dupuytren. — Les amphithéâtres. -\ La Charité.
Les motifs qui ont présidé à la désignation du nom des arrondissements de Paris ont fait, choisir des désignations qu'il est possible de contrôler dans tous les quartiers où se concentrent, plusieurs institutions importantes. Ainsi le VIe a pour limites, du côté du fleuve, le quai des Grands-Augustins, qui doit son nom à un couvent, qui datait de 1256, h qui a été détruit en 17111. C'était dans une des salles de ce Monastère que s'assemblaient les chevaliers du Saint-Esprit, lorsque Henri III l'avait choisie pour l'institution de rot ordre, le 1er janvier
Nous trouvons ensuite le quai de. Conti, ainsi appeVj du nom du prince dont l'hôtel a été renversé pour faire place a celui de la Monnaie; puis le quai Malaquais, appelé jadis quai de la reine Marguerite, et ■vulgairement Mal-aquest. A l'ex\rémité opposée, le boulevard de Mont-Parnasse sert de frontière au VI0 arrondissement. Sa frontière occidentale est formée ptr les rues de Sèvres et des Saints-Pères ; sa frontière orientale, par le boulevard de Sébastopol, les rues de la Harpe, d'F.nfer et de l'Est.
Parmi les établissements publics qu'on pouvait choisir pont la dénomination de cet espace, la Monnaie, l'École de Médecine et l'Institut seraient entrés en concurrence avec le palais du Luxembourg.
La façade do l'hôtel de la Monnaie qui se profile sur le quai Conti a 120 mètres de large. Un avant-corps de six colonnes d'ordre ionique en forme le milieu. Son soubassement en bossage est. percé de cinq arcades. A l'aplomb des colonnes sont, placées les statues de la Paix, du Commerce, de la Loi, de la Prudence, de la Force et de l'Abondance, exécutées par Lecomte, Pigalle, Neveu et Mouchy. Derrière ces figures règne un attique. La frise de l'entablement de toute cette façade est. ornée de consoles qui supportent la saillie de la corniche. Vers la lin de 1854, on avait exécuté quelques travaux de. réparation à la façade latérale sur la rue Guénégaud, qui, sans présenter des proportions aussi grandioses que. celles du quai, se fait remarquer cependant par le bon goût qui règne dans sa construction. L'avant-corps du milieu de cette façade est ornée de statues représentant quatre éléments, et qui sont, dues au ciseau de Caffiéri et de Dùprez. L'hôtel des Monnaies est un des beaux monuments élevés à Paris dans le xviii" siècle. Il a été construit en 1771 par Antoine, pendant l'administration de l'abbé Terré, contrôleur général des finances.
L'origine de l'École de médecine de Paris remonte à la fondation même, de l'Université. Ce fut. en 1181 que le pape
Alexandre III chargea le cardinal Saint-Chrysogone et les archevêques de Rouen et de Reims, de. faire, des règlements relatifs aux associations de maîtres ou savants sortis des écoles monastiques. En 1250, ces associations prirent le nom d'Université.
• Pendant le laps de temps qui s'écoula de 1270 îi 1280, la Faculté de Médecine eut une existence propre, et cessa de faire partie de l'Université de cotte époque. C'est alors qu'elle se donna un sceau particulier; elle établit, des statuts qui furent confirmés, en 1331, par Philippe de Valois.
La Faculté naissante, comme, l'ont constaté les recherches du savant docteur Sabatier, n'avait pas de revenus, elle n'avait pas même de salles pour ses cours; les premières qui furent construites pour elle lui furent ouvertes en 1505. Jusquc-lâ, les grandes réunions des régents eurent lieu dans l'église des Mai.hurins ou h Notre-Dame. Les actes se passaient dans les maisons des maîtres, et plusieurs enseignaient chez eux. Quant aux leçons journalières que donnaient les bacheliers, elles avaient lien dans le quartier Saint-Jacques, dans le voisinage de la place Mauhert, dans ces mes étroites, sombres et humides, comme la rue du Fouarre, qui prit son nom de la paille et du foin qui s'y trouvaient en atondanee pour servir de litière aux élèves réunis, ou plutôt couchés et entassés dans des salles basses et non pavées; salles où l'on vit dos fils de rois et des princes venir écouter et apprendre, car la Faculté de Médecine n'était pas seule maîtresse de la rue du Fouarrc, où la Faculté des Arts faisait aussi ses cours.
Ce fut seulement en 1472 que l'on commença la construction d'un bâtiment peur recevoir la Faculté de Médecine, au bourg de la Bùcherie, sur le terrain d'une vieille maison qu'on acheta d'un bourgeo's nommé Guillaume Cbanteloup, et qu'on réunit au terrain d'un autre bâtiment, cédé, dès l'année 1360, par les Chartreux moyennant une rente de 10 livres. La Faculté avait élevé, en 1405, près de la principale entrée de ses nouvelles écoles, un bâtiment modeste qu'elle convertit en chapelle; de sa'te qu'elle abandonna désormais l'église des Matliurins (1511 ) où jusqu'alors elle avait célébré elle-même tous ses offices.
Primitivement, l'École de médecine n'était qu'une agrégation de professeurs sortis des écoles monastiques. Plus tard, des laïques pardnrent à s'y introduire, et leur nombre s'y accrut bientôt tellement que, devenus les maîtres de la Faculté, ils voulurent s'opposer a l'admission des prêtres au baccalauréat en médecine. Cependant, par une contradiction assez étrange, ils s'imiosaient et imposaient en môme temps à ceux auxquels ils conféraient ce grade, même aux régents, l'obligation d'observer le célibat.
Certe loi fut strictement suivie jusqu'en 1452, époque à laquelle le cardinal d'Estoutoville, envoyé par le papo pour or- I aviser les Facultés de théologie, de droit et de médecine, vint lever l'interdiction en la déclarant impie et absurde, attendu, n'isait le. décret, que les hommes mariés sont ceux auxquels il appartient surtout d'enseigner et de pratiquer la médecine.
La Faculté se composait alors de tous les docteurs régents reçus dans son sein; et pour élire le doyen et les professeurs nouveaux, elle conférait ses pouvoirs à cinq électeurs désignés par le sort.
Le doyen élu prêtait devant l'assemblée le serment de préférer ses devoirs à toutes choses, et de sévir rigoureusement et sans distinction contre tous ceux qui pratiqueraient la médecine illicitement.
Ensuite, il inscrivait sur un registre le procès-verbal de sa nomination, et donnait, à son devancier une récépissé des biens de la Faculté, savoir : du sceau attaché à une chaîne d'argent, du livre des statuts et des sommes qui restaient en caisse. \oici dans quels termes les professeurs prêtaient le serment qui était exigé d'eux :
« Nous jurons, disaient-ils, et promettons solennellement de faire nos leçons on robe longue, à grandes manches, ayant le bonnet carré sur la tête, le rabat au cou et la chausse d'écarlate à l'épaule. — //cm de faire nos leçons sans interruption, de les faire nous-mêmes et non pas des suppléants, chacune d'elles pendant une heure au moins, tous les jours de l'année ([ni ne seront pas jours de fête. »
Après leur réception, les bacheliers rendaient visite à leurs juges et aux maîtres, et, en vertu d'un usage consacré depuis le xi\" siècle, ils leur offraient des épices, telles que de la muscade, du gingembre, du poivre, de la cannelle, et autres sub-
tances analogues que leur rareté rendait alors précieuses. Vers la fin du xvie siècle, lorsque les épices, devenues plus communes, furent moins appréciées, on les remplaça par des bourses plus ou moins pleines d'argent. Il existait également un autre usage plus singulier encore, et qui est heureusement tombé en désuétude, car les professeurs de nos jours n'y suffiraient pas. « 11 ne se passait, dit Hazon, aucun acte public des écoles , aucun examen , aucune thèse , aucune reddition de compte qui ne fût suivi d'un dîner. Les repas qui se faisaient au sortir des thèses ou des examens se donnaient aux dépens du soutenant ou des bacheliers. » Los licenciés ne manquaient jamais d'inviter à la cérémonie de leur licence et au dîner qui la suivait le chancelier de Notre-Dame et tous les chanoines. Plus tard, l'usage do ces repas fut abrogé; c'est alors que les chanoines cessèrent d'assister aux actes de l'École.
Vers la fin du siècle dernier, l'École de médecine de, Paris perdit, le prestige dont jusqu'alors elle avait été entourée. Les professeurs qui la composaient repoussaient systématiquement les innovations; aussi n'inspira-t-elle que peu de regrets quand elle fut supprimée, le 18 août 1792. Comme l'a dit un auteur, « la solitude s'était faite, et on no ferma pour ainsi dire que des salles vides. »
11 était urgent, qu'un enseignement régulier fût reconstitué; il le fut par un décret de la Convention, en date du 4 floréal an m (23 avril 1705). Alors, pour la première fois en France, on donna une organisation spéciale aux écoles cliniques. Déjà Desbois de Rochefort avait fait à l'hôpital de la Charité des leçons de clinique, qui furent ensuite continuées par Corvisart. Déjà aussi, Desault avait établi et. dirigé à l'Hôtcl-Dieu de Paris une école clinique, de chirurgie qui a laissé des souvenirs glorieux. Enfin la Société royale de médecine avait, en 1700, présenté un plan d'institutions cliniques. Ces institutions firent, partie des Écoles de santé ouvertes, en 1705, à Paris, à Strasbourg et à Montpellier. On créa des chaires de clinique médicale, et chirurgicale qui furent distinctes des chaires consacrées à l'enseignement théorique de la médecine et de, la chirurgie.
La loi du 19 ventôse an xi (10 mars 1803) supprime des distinctions surannées entre les médecins et les chirurgiens. Son premier article, souvent invoqué contre les audacieux qui s'immiscent clandestinement dans l'art de guérir, porte : « Nul ne pourra embrasser les professions de médecin, de chirurgien et d'officier de santé sans être examiné et reçu comme il est prescrit par la présente loi. »
Un autre article disait. : « Les examens seront publics; deu.r d'entre eux seront nécessairement soutenus en latin. » Si cotte dernière, proscription a jamais été suivie, il y a longtemps qu'elle ne l'est plus, et nous n'appréhendons pas qu'on la fasse revivre.
Le décret du 17 mars 1808 constitua dans l'Université cinq facultés de médecine, dont une à Turin et une â Mayence. Les attributions de chaque doyen no furent, bien nettement déterminées que par une ordonnance royale en date du 2 février 1823, rédigée, primitivement pour la Faculté de Médecine de Paris seulement, et rendue applicable aux deux autres Facultés par les ordonnances royales des 12 décembre 1824 et 20 mars 1829. La circonscription de la Faculté de Paris, en ce qui concerne l'exercice do son droit de présentation aux chaires qui viendraient à vaquer dans les Écoles préparatoires de médecine et de pharmacie, fut fixé • par uni.' ordonnance en date du 18 avril 1841. Cette circonscription est immense; elle comprend les départements de l'Aisne, du Calvados, du Cher, des Côtes-du-Nord, de l'Eure, d'Eure-et-Loire, du Finistère, d'Illeet-Vilaine, de l'Indre, d'Indre-et-Loire, de la Loire-Inférieure, du Loiret, de Loir-et-Cher, de la Manche, de la Marne, de la Mayenne, de Maine-et-Loire, du Morbihan, de la Nièvre, du Nord, de l'Oise, de l'Orne, du Pas-de-Calais, de la Sarthe, de la Seine, de la Seine-Inférieure, de Seine-et-Marne, de Seineet-Oise, de la Somme, et de l'Yonne.
Une ordonnance, du 3 octobre do la même année décida qu'il partir du 1er janvier 1843, nul ne pourrait obtenir le grade de docteur, dans une dés facultés du royaume, s'il n'avait suivi, pendant une année au moins, soit en qualité d'exterue, soit, comme simple élève en médecine, le service d'un hôpital. Ce stage doit commencer, pour les élèves en médecine, après leur neuvième inscription prise. Les quatre inscriptions subséquentes ne sont délivrées a. ces élèves (pie sur l'attestation du directeur de l'hospice, constatant, qu'ils ont. rempli avec assi-
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duité, pendant le trimestre expiré, les fonctions auxquelles ils auront été appelés pour le service des malades. Les élèves qui auront obtenu le titre d'externe peuvent faire compter leur temps de stase dans un hôpital, à partir de leur entrée en exercice en ladite qualité. Les externes, comme tous les autres élèves, sont, tenus de justifier, par certificats trimestriels de leur assiduité dans les hôpitaux pendant l'année de stage prescrite par l'ordonnance.
On voit que tous les gouvernements avaient activement travaillé à régulariser l'exercice de la médecine, des imperfection*, des lacunes étaient partout signalées; on en signale encore, et on on signalera probablement toujours. En ISi5, un congrès médical, réuni à Paris, examina les nombreuses questions qui pouvaient préoccuper le corps des médecins. On publia l'exposé de ces discussions sous le titre à' Actes du congrès médical en France. Enfin, M. de Salvandy présenta en 18i7, à la Chambre des pairs un projet de loi sur l'exercice de la médecine. Aux termes de ce projet, les officiers de santé devaient être supprimés et remplacés par des médecins cantonaux : institution qui existe déjà dans certains départements. Le même projet abolissait le concours pour la nomination au professorat et le remplaçait par un système de présentation; il exigeait des conditions de moralité de la part des médecins, et interdisait l'exercice de la médecine à ceux qui ne remplissaient pas ces conditions ou qui avaient encouru certaines condamnations. La peine que l'on prononçait contre l'exercice illégal de la médecine était notablement aggravée. Ce projet fut adopté par la Chambre des pairs; mais la révolution de ISiS l'empêcha d'être discuté à la Chambre des députés.
Un décret, en date du 23 août 1858, enjoint aux étudiants en médecine de produire le diplôme de bachelier es lettres avant de prendre la première inscription, et le diplôme de bachelier es sciences avant de prendre la troisième; mais ce dernier est restreint quant à la partie mathématique. Jusqu'au 1" novembre 1861, les jeuues gens pourvus du diplôme ordinaire de bachelier es sciences peuvent prendre leurs inscriptions et leurs grades dans une faculté de médecine, sans être tenus de produire le diplôme de bachelier es lettres.
Que d'études pour arriver à être étudiant ! Aussi l'aspirant au doctorat en médecine est-il plus absorbé dans sa spécialité que l'avocat en expectative : baccalauréat es lettres, baccalauréat es sciences mitigé, anatomic, physiologie, pathologie interne et externe, matière médicale, chimie, pharmacie, hygiène, médecine légale, obstétrique, clinique interne et externe; voilà bien de quoi l'empêcher de rêver à des vers, ou d'écrire des considérations sur l'avenir des sociétés.
Ce n'est pas qu'il ait l'encéphale vive en pensées; la nature même de ses travaux l'appelle à toucher aux problèmes les plus ardus : la vie, la mort, l'éternité. 11 se demande logiquement quelle est cette àmc qu'il no trouve pas sous son scalpel, et comment a été fabriquée cette horloge humaine dont les battements de diastole et de systole sont détraqués par la fièvre ou par la folie? Mais a-t-il le temps d'y réfléchir, ce noble forçat de la science? Il faut qu'il aille aux cours, à l'amphithéâtre, à l'hôpital. Ne lui reprochez pas les négligences de sa toilette; il n'a pas, comme l'étudiant en droit, le loisir d'arranger sa cravate secundum artem, et de confier son épaisse chevelure aux soins du coiffeur classique, qui a écrit sur sa boutique : x£lpM to-X"7™! *at ™™. L'élève en médecine est accablé de besogne, comme le sous-lieutenant que Léon Gozlan a chanté. Mais dès qu'il met de côté la pathologie et la thérapeutique, il devient formidable. Il se jette sur la volupté comme un naufragé de la Méduse se serait jeté sur un potage. A la Closerie des Lilas, ce riant asile que M. Bullier a ouvert à la danse, c'est l'élève en médecine qui bat les entrechats les plus désordonnés; ses muscles pubio- fémoral, sous-pubiol'émoral et ischio-ftmoral, ses articulations péronéo-tibiales, son fémoro-calcanien, sont infatigables. Au risque de gagner, à cette loterie dangereuse du plaisir, un lumbago, une laryngite, une péripneumonie, une gastrite, une entérite, une cystite phlegmoneusc, ou pis encore; il saute, il se démène, il chante, il boit; il fait l'admiration des habitués et surtout des habituées. Ces bals lui semblent cent fois préférables à ceux du grand monde ; et quand le doyen Orfila, se rappelant qu'Esculape est fils d'Apollon, réunissait à ses soirées les chanteurs et les musiciens les plus célèbres, peu d'étudiants ont brigué l'honneur d'une invitation.
Mais après les jours d'effervescence et de carnaval, l'élève en médecine reprend sa tâche. Il recueille avidement les leçons de ses professeurs; et certes, il serait difficile que la science eut des interprètes plus aptes à la rendre attrayante, à la faire comprendre et goûter, que MM. Andral, Vclpeau, Malgaigne, Paul Dubois, Denonvilliers, Bouillaud, Piorry, Rostan, Trousseau, Laugier, Jobert de Lamballe, Trélat, X'élaton, etc.
Les bâtiments actuels de l'École de médecine sont un remarquable monument du xvmc siècle. Le 1er décembre 1608, le conseil d'Etat reconnut que les écoles de chirurgie n'avaient pas une étendue suffisante pour contenir le grand nombre d'étudiants qui venaient de toutes les provinces du royaume et même des pays étrangers; et sur l'emplacement de l'ancien Collège de Bourgogne, l'architecte Gondouin éleva un corps de logis d'où partent deux ailes latérales, qui sont reliées entre elles par une colonnade d'ordre ionique. Cet édifice renferme un magnifique amphithéâtre qui peut contenir douze cents auditeurs. Au bas do l'escalier est une statue assez incorrecte de Bichat, par David d'Angers, qui aurait pu soigner davantage les détails anatomiques d'uni œuvre destinée à être examinée chaque jour par des connaisseurs. Dans l'aile gauche se trouve la bibliothèque de l'Ecole. Elle communique avec un musée de pièces anatomiques, qui doit\son extension à la sollicitude d'Orfila, On y voit des pièces en cire analogues à celles de. musée de Florence; des débris ûS cadavres préparés avec soin, conservés dans l'alcool ou à l'aidfe du sublimé corrosif; enfin, des pièces naturelles injectées par\e procédé de M. Suquet.
On a disposé des microscopes à coté de quelques-unes de ces préparations, dont les détails miautieux échapperaient à la vue.
La clinique de l'École, un second musée, et des pavillons de dix sections sont établis sur l'emplacement de l'ancien couvent des Cordeliers. Les enfants de Saint-Fruiçois d'Assises étaient venus s'établir là en l'année 1217 ; ils y avaient prospéré. En l'année 1401, ils avaient des écuries pour lesquelles ils eurent avec d'autres moines une discussion tellement animée, qu'on en vint aux mains.
Il fallut des gens d'armes pour séparer les partisans du provincial, qui voulait avoir de quoi loger ses ckevaux; et ses adversaires, qui combattaient cette prétention îomme contraire au vœu d'humilité et de pauvreté. La querelt; s'apaisa, mais elle fut suivie d'autres altercations non moins g-aves. Les cordeliers se partagèrent en frères conventuels ei frères spirituels. Les premiers voulaient que l'ordre eût des greniers et des caves; les seconds s'y opposaient, alléguant qu'un franciscain no devait rien avoir en propre. Ils allaient mène jusqu'à dire que les habits dont ils étaient vêtus et le pain qu'ils mangeaient ne leur appartenaient pas : opinion qui leur mira une excommunication de la part du pape Jean XXII.
L'église de ces moines chicaniers fut brûlée le 19 novembre 1580. D'après le témoignage de Pierre Mathieu, les Jacobins leur reprochèrent d'avoir eux-mêmes incendié leur chapelle, afin de la faire rebâtir sur de plus vastes proportions et d'avoir meilleur feu dans leur cuisine, grâce aux libéralités que provoquerait infailliblement le sinistre. La vérité, c'est que le samedi 19 novembre 1580, un novice, qui n'était point du parti des frères spirituels, cuvait son vin dans une stalle du chœur, et qu'un cierge placé auprès de lui embrasa les belles boiseries du Jubé. Au reste, si les cordeliers comptaient sur la générosité des fidèles, leur attente ne fut point déçue, et ils purent reconstruire une église qui avait 320 pieds de long sur 90 de large.
Les jacobins et les cordeliers semblaient prédestinés à se chamailler sous toutes les formes. Un club, devenu célèbre, s'était formé en 1789 dans la bibliothèque du couvent des Jacobins réformés de la rue Saint-IIonoré. Un club rival et plus avancé s'établit dans l'église abandonnée des Cordeliers. Danton et Camille Desmoulins en furent les principaux organisateurs, et ils furent secondés par Marat, Chabot, Vincent, Momoro, Bazire, Legendre, Collot-d'Herbois.
Danton logeait dans la cour du Commerce. En se rendant au club, il entrait assez fréquemment dans l'étroite cour de la maison de la rue des Cordeliers, n° 18, aujourd'hui rue de l'École -de -Médecine. Il s'arrêtait au pied d'un escalier en pierre, devant un puits à la margelle verdie, et criait de sa voix puissante :
— Hé ! Marat !
Une fenêtre du premier étage était entrebâillée; une tète
J>«-vy
Lp parterre <in Luxembourg.
pou graciease, coiffée d'un mouchoir gras, s'y montrait, et ouvrait une bouche grimaçante pour dire :
— Je descends!
Ce fut dans un cabinet situé au-dessus du puits que l'ami du peuple fut assassiné par Charlotte Corday, le [3 juillet 1793. On l'enterra au milieu du jardin des Cordeliers, et son cœur enibtumé fut déposé' dans une urne que l'on suspendit à la voûte de la grande salle du monastère.
Plus tard, une partie des bâtiments conventuels fut abattue; on construisit à la place l'hôpital des cliniques, qui a été restauré en 1 83i, et qui comprend une clinique de médecine, une de chirurgie et nue d'accouchements.
L'ancienne église où l'on fit d'abord des cours a reçu, en 1835, le. musée Dupuytren. Cette collection, créée à l'aide d'un subside de l'État, et un legs spécial de 500,000 fr. qu'avait fait l'illustre chirurgien, contient, des modèles en cire de. toutes les altérations morbides dont les organes sont susceptibles. Les profanes, que n'endurcit pas l'étude, ne peuvent contempler sans frémir ce tableau des souffrances et des misères humaines. Que diraient-ils s'ils entraient dans les pavillons de dissection qui ont été bâtis derrière sur une partie du jardin des Cordeliers? Il y a une vingtaine d'années surtout, ces amphithéâtres offraient un hideux spectacle ; l'air et la lumière y circulaient a peine; des poêles de tôle, alimentés parfois avec des tissus adipeux, répandaient une chaleur qui développait les miasmes putrides; et. cependant les élèves, la pipe a la bouche, le scapel à la main, charcutaient paisiblement des cadavres à demi décomposés, et suivaient attentivement les explications que puisait le prosecteur dans un livre, ouvert sur la poitrine d'un sujet. Aujourd'hui, les amphithéâtres sont spacieux, aérés et tenus avec une propreté qui, incontestablement, y est plus indispensable dans ces lieux que partout ailleurs.
En vertu d'un arrêté du 3 vendémiaire an vi (2i, septembre
1798), les salles de dissection, les laboratoires d'anatomie sont placés sous la surveillance du pouvoir municipal. Le même arrêté prohibait l'enlèvement nocturne des cadavres déjà inhumés; mais il admettait des amphithéâtres particuliers. Les inconvénients qui résultaient, a Paris, de cette faculté, suscitèrent des réclamations si nombreuses et si pressantes, que les amphithéâtres furent supprimés par une ordonnance du préfet de police en date du 15 octobre 1813. — Les dispositions de cette ordonnance ont été remplacées, ou plutôt corroborées par celle du directeur de la police, en date du 11 janvier 1815, qui défend les amphithéâtres particuliers et les dissections clans les hospices et maisons de santé ou de détention. Elle n'autorise les dissections que dans les pavillons de la Faculté de médecine de Paris et dans l'amphithéâtre de l'hôpital de la Pitié'. Elle ne permet l'enlèvement des cadavres que vingt-quatre heures après le décès.
Elle renouvelle la défense de prendre aucun cadavre dans les cimetières. Elle ordonne de faire les enlèvements de corps dans des voitures couvertes et pendant la nuit. — Le conseil général des hospices a rendu, le '21 décembre 1832, et le préfet de police a approuvé un arrêté concernant, les opérations et dissections dans les hôpitaux et hospices de Paris. — Une ordonnance postérieure du préfet de police de Paris, du 25 novembre 1834, qui reproduit, en les modifiant sur quelques points, les prescriptions de celles du 11 janvier 1815, défend la dissection ailleurs que dans les amphithéâtres de l'École de médecine et ceux de l'ancien cimetière de Clamart.
La proximité de l'hôpital de la Charité' facilite les études médicales; cet. hôpital fut d'abord desservi par des frères de la Charité ou de Jean de Dieu, et devint le chef-lieu de toutes les maisons de cet ordre; mais c'est, surtout depuis la Révolution qu'il a reçu des accroissements. En 1700, le nombre des lits n'était encore que de 208, et plus de la moitié de ces lits était
LE LUXEMBOURG
Le piocheur et le bamboclieur.
due à des fondations particulières. Il est de SOI) en 1860. En 1842, l'administration de l'Assistance publique y commença d'importants travaux. Un portail nouveau, d'un style sévère, fut construit sur la rue Jacob.
Ce fut à la Charité que mourut , en 1830, Hëgésippe Moreau, poète dont le Hameau incendié, la Voulsie, l'Hiver, les Cloclies, et autres pièces de vers, sont d'un ordre supérieur. Sans fortune, simple ouvrier typographe, mécontent de son sort, et noyant ses chagrins dans les boisssons alcooliques, il succomba prématurément au découragement, à la consomption et aux excès, il semblait avoir prédit le sort qui l'attendait, puisque dès 183L2 il écrivait cette strophe :
Sur ce grabat chaud de mon agonie, Pour la pitié je trouve encor des pleurs; Car un parfum de gloire et de génie Est répandu dans ce lieu de douleur.
C'est la qu'il vint, veuf de ses espérances. Chanter encor ; puis prier et mourir : Et je répète, en comptant mes souffrances, Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir!
Peu de temps avant d'expirer, il mandait à M"" Lebeau, qu'il appelait sa soeur :
<( ...Le manque du nécessaire a toujours paralysé mes efforts en littérature. Pour gagner, il faut avoir. Si j'étais un fils de famille au lieu d'être tout simplement Hégésippe Moreau, il y a longtemps, je crois, que j'aurais de la réputation. Un monsieur, que je n'ai vu qu'une seule fois, chez M"" Ferrand, et qui a joué un rôle politique sous la Restauration, M. de V***, vient de m'adresser une épitre de quatre cents vers où il me flatte beaucoup, ce qui enchante. M"10 Emma Ferrand. Ces gens-là me laisseront mourir de, faim ou de chagrin, après quoi ils diront : C'est dommage ! et nie feront une réputation pareille à celle de Gilbert. Ma sœur, ma lionne sœur, pardonnez-moi de
vous entretenir si longuement de mes peines. Si vous étiez là, je. ne pourrais m'empêcher de poser ma tète sur votte épaule et de pleurer comme un imbécile, et je fais comme si vous étiez là : seulement, au lieu de parler, j'écris... »
A l'hôpital de la Charité se trouve une salle voûtée que des artistes, amis d'internes, ont transformée en musée. On y voit des croquis de Gustave Don'', Hamon, Foulongne, Harpigrvies. Au mois de janvier 1800, M. Feyhem y a représenté le directeur Velpeau en Jupiter foudroyant le docteur noir, M. Vriès, qui avait été admis à traiter dans cet hôpital des malade* atteints de cancers.