CHAPITRE VI
L'Académie française. — Les académies avant 17S9. — Leur suppression. — L'Institut.
Le VIe arrondissement pouvait également emprunter sa qualification à l'Institut. Si des souvenirs politiques se rattachent au Luxembourg, en revanche le palais où siègent les cinq Académies rappelle la gloire immortelle que la France s'est, acquise dans les lettres, les sciences et les beaux-arts. Nous savons que l'on va nous opposer avec un malicieux empressement quelques exclusions regrettables dont la principale est celle de Molière. En même temps que des hommes dignes des honneurs académiques étaient impitoyablement consignés à la porte, il est arrivé à la médiocrité, à l'intrigue ou à la faveur de prendre place à côté du vrai mérite. Nous croyons toutefois que les Académies, surtout depuis qu'elles ont été réorganisées, ont représenté assez exactement. la France intellectuelle.
Fondée par Richelieu et approuvée par lettres patentes de l'an 1035, l'Académie française travailla longtemps au Dictionnaire
de la langue, sans qu'on songeai à lui donner des compagnes. Mazarin, qui aimait les tableaux et les statues, organisa l'Académie de peinture et tle sculpture. Colbert, en 1663, réunit tmelques érudits, forts en versions, pour composer des inscriptions et des médailles en l'honneur de Louis \1V. lui 1666, le même ministre, mieux inspiré, créa l'Académie des sciences. L'invasion toujours croissante des grands seigneurs et .les princes de l'Église dans les Académies compromit ces corps aux yeux de la Révolution. En 1792, les littérateurs étaient en minorité à l'Académie française, et la plupart avaient dû leur nomination moins à leurs travaux qu'à, leur position sociale. M de Saint-Lambert, le diantre des Saisons, était mestre de canin de cavalerie et ancien grand maître de la garde-robe du roi Stanislas. L'historien Gaillard l'avait emporté sur un conçuri ont parce qu'il était secrétaire ordinaire du duc d'Orléans. Vicqa'Azyr comme premier médecin de la reine; Chamfort, comme secrétaire du cabinet de M"c Êlisaieth de France et secrétaire, des commandements du prince de Condé; Florian , parce qu'il avait l'amitié du due de Penthièrre et le grade de lieutenantcolonel de dragons. Les contes d'Aline, les Cœws et autres poésies égrillardes auraient faiJ écarter Stanislas de Boufflers, s'il n'avait ét'é maréchal des camps cl armées du roi , bailli crêpée de Nancy, gouverneur du Sénégal. Pierre de Bernis était à 1' académie, moins à cause du poème Du droit de Ici Religion et. -.es Lettres à Voltaire, qu'en qualité de cardinal. L'abbé Maury, qui représentait à l'Académie l'éloquence de. la chaire, n'avait été choisi, en 17S7, qu'après avoir été nommé prédicateur ordinaire de' Louis XVI. Clwiseul-Gouffier avait publié le premier volume d'un Voilage pittoresque en Crève: mais son titre le plus réel était celui d'ambassadeur de Franco à Constantinople. Vuprès d'académiciens plus ou moins connus par leurs œuvres, comme l'abbé Barthélémy, Laharpe, Dueis, Scdaine, de liréquigny, de Chabanm, Bailly, Target, Suard, Débile, l'abbé Morellet, Marmontd , siégeaient de hauts dignitaires qui n'avaient, jamais rien écrit, ou dont les compositions futiles étaient des titres insuffisants : le maréchal de Beauvau, le duc de Nivernais; de Bfesy, ancien lieutenant général de la province de Languedoc; /avocat- général Séguicr; le cardinal de Rohan; Loménie de Bvicnnc; Roquelaure, premier aumônier du roi; Lamoignon de Malesherbes ; Boisgelin de Cussé; Montcsquiou- Fezenzac, maréchal des camps et armées du roi ; d'Aguesseau, qui portait obscurément un nom illustre; de Nicolaï , ancien premier président de la chambre des comptes.
On avait trouvé moyen d'introduire l'aristocratie jusque dans le sein de l'Académie des sciences : celle-ci se composait de vrais saiants; pour la géométrie : Borda, Jeaurat, Van der \lunde: pour l'astronomie : Le Monnier, Lalande, Legentil; pour lt mécanique : Bertaut, l'abbé Rochon, de Laplace; pour la physique générale ; Leroy, Brcsson, Bailly; pour l'anatoniie: Daubenton, Tessier, Portai; pour la chimie et la métallurgie : ■ Cadet.de Gassicourt, Lavoisier et Baume; pour la botanique et l'agriculture : Adanson, Jussieu, Lamarck; pour l'histoire naturelle et la minéralogie : Desmarets, Sage, Darcet; mais on avait adjoint à ces hommes rccommandables des membres honoraires, des savants /'» partibus infidelium; tels étaient Desmarest-Maillebois et La Luzerne, lieutenants généraux des armées; le maréchal Lacroix- Custines; les ministres d'État Machault, Loménie de Bricnne, Bcrtier, Tonnelier-Breteuil , Amelot, Lamoignon de Malesherbes, La Rochefoucauld ; Noailles- Agen, chevalier de la Toison-d'Or, etc.
L'Assemblée constituante avait laissé vivre les Académies, avec l'intention de les soumettre à une réforme dont les bases avaient été indiquées dans un mémoire lu par Talleyrand, dans la séance du 10 septembre 1791. La Convention, après avoir entendu un rapport de Grégoire, supprima, le 8 août 1793, toutes les Académies, et un décret du 12 ordonna qu'on procédât sans délai à l'inventaire des statues, tableaux, livres, manuscrits et autres effets dont elles avaient la jouissance. L'auteur du Tableau île Parts, député du département de Seine-et-Oise à la Convention, Mercier, vota pour cette proscription des académiciens, dont il dit, dans son Nouveau Tableau île Paris : « Ils tombèrent comme des capucins de carte, sans que personne y fit la moindre attention; et j'ai obéi à la profonde conviction de leur nullité absolue, et du danger dont ils étaient pour le véritable talent, en donnant, ma voix au comité d'instruction publique pour leur prompte destruction. Cette heure marqua le couchant du pédantisme et l'aurore de la liberté littéraire. « Après la Révolution, ces mêmes hommes qui aiguisaient
incessamment des épigrammes peureuses contre la tiare, la mitre, le rabat et la calotte, s'avisèrent de nous parler de la religion de nos pères : écoliers de Voltaire, leur bouche, familiarisée avec ces blasphèmes, parla des choses saintes et crut pouvoir transformer la tribune en une chaire évangélique. A cette incroyable dissonance, tout le monde se prit à rire; on ne jugea pas même que c'était là hypocrisie, mais impertinence, orgueil académique mal étouffé; par une suite de cette ridicule prétention qu'on puisait au Louvre, on s'imaginait que ce qui émanait de là avait plus de force et un plus grand poids , que ce qui se disait ailleurs.
« Les ci-devant académiciens n'ont pas manqué de dire que la ruine de l'Académie française était l'éclipse universelle : leur risible folie n'était pas de caractère à alimenter plus d'un jour la gaieté du philosope.
« Qu'est-ce donc que ce misérable esprit qui anime les trois quarts des littérateurs? 11 vit de misères, il se nourrit d'inutilités, il dispute sur dis riens, il pèse des pattes de mouche, il est étranger à tout ce, qui comporte quelque hauteur, quelque chose de grand ou do neuf. Il y a des hommes avec qui je voudrais que l'on n'eût jamais disputé, et auxquels on ne répondit même pas, tant ils sont modifiés pour l'erreur et pour la sottise : nu ri-devant académicien est assurément de ce nombre; et. je l'entends de l'Académie française et de l'Académie des belles lettres. »
Après cela, si Mercier était si furieux contre, les Académies, c'est peut.-èti'j parce qu'il n'avait, jamais pu en être.
La Convention ne voulait pas uniquement renverser; elle cherchait à reconstituer. L'article 298 de la Constitution du 15 fructidor an m (22 août 1765) porte : « Il y a pour toute la République un Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences. » Un décret du il brumaire an iv (25 octobre 1795) établit des écoles primaires, des écoles centrales, des écoles spéciales et un Institut national des sciences et des arts, qu'elle divisa en trois classes : sciences physiques et. mathématiques; sciences morales et politiques; littérature et beaux-arts. 11 était destiné, aux termes du décret, à perfectionner les sciences et les arts, par des recherches non interrompues, par la publication de? découvertes, par la correspondance avec les sociétés savantes et étrangères, à suivre les travaux scientifiques et littéraires qui auraient pour but l'utilité générale et la gloire do la République.
L'Institut tint sa première séance au Louvre, le 1 1 avril 1796, dans l'ancienne salle des gardes suisses, qui fut ornée des statues de La Fontaine, d'Aguesseau, Rollin, Sully, Violé, L'Hôpital, Corneille, Molière, Bonnet, Pascal, Doscartes, Montesquieu, Fénelon, Racine. Les quarante-huit premiers membres avaient été désignés par la direction, et avaient complété les trois classes par l'élection. La plupart, des hommes dont elles étaient composées ont tracé' leur sillon dans l'histoire des sciences et des arts.
Les membres de la classe des sciences physiques et, mathématiques étaient:
Pour la géométrie :
Lagrange, Laplace, Bossut, Legondre, Delambre, Lacroix.
Pour les arts mécaniques :
Monge, Prony, Perrier, Bertboud, Bonaparte, Carnot.
Pour l'astronomie :
Lalande, Méchain, Mossier, Jeaurat, Cassini, Lalande,
Pour la physique expérimentale ;
Charles, Brisson, Coulomb, Rochon, Lefèvre-Gineau, Lévêque.
Pour la chimie :
Berthollet, Guyton de Morveau, Fourcroy, Vaquelin, Deyenx, Cliaptal.
Pour l'histoire naturelle et la minéralogie :
Haiiy, Desmarest, Duhamel, Lelièvre, Sage, Ramond.
Pour la botanique et la physique végétale ;
Lamarck, Desfontaines, Adanson, Jussieu, Ventenat, Labillardière.
Pour l'anatoniie et la zoologie :
Lacépède, Tenon, Cuvier, Broussonnet, Richard, Olivier.
Pour la médecine et la chirurgie :
Dos Essarts, Sabatier, Portai, Hallcy, Pelletait, Lassus.
Pour l'économie rurale et l'art vétérinaire :
Tliouin, Tessier, Cels, Parmentier, Huzard.
Les membres de la classe des sciences morales et politiques étaient :
LE LUXEMBOURG
Pour l'analyse des sentiments et des idées :
Volney, Garât, Ginguené, Lebreton, Cabanis, Toulougeon.
Pour la morale :
Bernardin de Saint-Pierre, Mercier, Grégoire, Révcillère- Lépaux, Lakanal, Naigeon.
Pour la science sociale et la législation :
Daunou, Cambacérès, Merlin de Douai, Garan-Coulon, Champagne, Bigot, Préameneu.
Pour l'économie politique :
Siéyés, Dupont, Lacuée, Rœderer, Talleyrand, Lebrun.
Pour l'histoire :
Lévesque, de Sales, Anquetil, Dacier, Bouchaud, Poirier.
Pour la géographie :
Buache, Mentelle, Reinhard, Fleurieu, Gosselin, Bougainville.
Les membres de la classe de littérature et des beaux-arts étaient :
Pour la grammaire :
Andrieux, Villars, Domergue, François de Neufchâteau, Cailhava, Sicard.
Pour les langues anciennes :
Bitaubé, Dutbeil, Langlès, Larcber, Pougens, de Villoison.
Pour la poésie :
Chénier, Ponee-Dcnis-Éeouchard Lebrun, Ducis, Collin dïlarlevillc, Legouvé, Arnault.
Pour les antiques et les monuments :
Mongez, Dupuis, Lebland, Leroy, Ameilhon, Camus.
Pour la peinture :
David, Van Spamdonck, Vien, Vincent, Regnault, Taunay.
Pour la sculpture :
Pajou, Houdon, Julien, Moitte, Rolland, Dejoux.
Pour l'architecture -.
Gondouin, Peyre, Raymond, Dufourny, Chalgrin, Heurtier.
Pour la musique et la déclamation :
Méhul, Mole, Gossec, Grétry, Monvel, Grandménil.
Un arrêté consulaire du 3 pluviôse an xi (53 janvier 1803) supprima la classe des sciences morales et politiques, cette classe d'idéologues antipathiques au futur empereur, et rétablit quatre divisions qui correspondaient aux anciennes académies : classe des sciences physiques et mathématiques; classe de la langue et de la littérature françaises ; classe d'histoire et de littérature ancienne; classe des beaux-arts.
Au mois de février 1807, l'Institut, ainsi reconstitué, fut transféré dans l'ancien collège des Quatre-Nations. Mazarin avait créé cet établissement pour soixante fils de gentilshommes ou de beaux bourgeois des quatre pays récemment incorporés à la France : la Flandre, l'Alsace, le Roussillon et le territoire de Pignerol. Le bâtiment en demi-cercle qui subsiste encore eut pour architecte Louis Levau et François d'Orbay. Au centre était la chapelle sous l'invocation de saint Louis ; la dépouille mortelle du fondateur y fut déposée dans un sarcophage de marbre noir. Antoine Coysevox y représenta le cardinal, à genoux, soutenu par un ange. Sur les degrés de marbre blanc qui servaient de base au mausolée, se tenaient des statues allégoriques en bronze : l'Abondance, la Prudence et la Fidélité. Ce tombeau avait été enlevé avec soin et transporté au Musée des monuments français, dont nous parlerons tout à l'heure. L'Institut prit sans façon pour salle de ses séances publiques l'église du collège des Ouatre-Nations, après avoir fait enlever huit bas-reliefs qui représentaient les béatitudes célestes.
Une ordonnance royale du 21 mars 1816 ressuscita le nom oublié d'académies. A l'Académie française, à celles des inscriptions et belles-lettres, des : ciences et des arts, une cinquième fut ajoutée par le gouvernement de Louis-Philippe. En 1832, M. Gnizot, ministre de l'instruction publique, demanda le rétablissement de l'Académie des sciences morales et politiques. « Ces sciences, disait-i! , ont exercé de tout temps un grand attrait sur les esprits et une grande influence sur les peuples; mais, à aucune époque, chez aucune nation, elles ne sont parvi'iuies au degré d'importance, de publicité, d'autorité que, de nos jours, elles ont atteint dans notre pays; elles influent directement parmi nous sur le sort de. la société ; elles modifient rapidement et les lois et les moeurs. On peut dire que, depuis un demi-siècle, elles ont joué un rôle dans notre histoire ; c'est qu'elles ont acquis pour la première fois ce qui leur avait toujours manqué, un caractère, vraiment scientifique. On s'est efforcé de les appuyer sur des données certaines, de les rendre rigoureuses et positives; elles sont devenues ainsi plus appli-
cables; leur utilité plus manifeste a été plus réelle; la société tout entière a reconnu leur empire. »
Sur ce rapport , une ordonnance royale du 20 octobre 1832 rétablit l'ancienne classe des sciences morales et politiques, sous le titre d'Académie des sciences morales et politiques. Cette académie se composa de trente académiciens titulaires, de cinq académiciens libres et de cinq associés étrangers. Dans sa séance du 23 février 1833, elle rédigea un règlement qui fut approuvé par une ordonnance du 23 février de la même année. Elle se divisa en cinq sections :
Philosophie ; Morale ; Législation;
Droit public et jurisprudence;
Economie politique, et statistique; histoire générale et philosophique.
On rappela dans l'Académie plusieurs des hommes d'État qui en faisaient partie au moment de sa suppression: de Talleyrand, Reinhard, Dacier, Daunou, Carat, Merlin , Lacuée, île Pastoret, Rœderer, Siéyés.
Un décret du H avril 1^55 a créé, dans l'Académie des sciences morales et politiques, dont le but devrait être de résoudre toutes les questions sociales, une sixième section de politique administrative et financière, ce qui porte à quarante le nombre des membres titulaires de cette académie. En 1800, les académies semblent être définitivement en possession du collège Mazarin, dont la façade se développe majestueusement sur les rives de la Seine. Quatre lioas de fonte peints en vert, comme par allusion a l'uniforme académique, veillent aux portes du palais, et les filets d'eau Qu'ils lancent par un tin au adapté à leur gueule ont fait dire à d\s malintentionnés que ce devaient être des académiciens, puisqu'ils ne faisaient que de l'eau claire. La grande salle des séances a été restaurée depuis le pavé, dont les compartiments étaient jadis de marbre noir et blanc, jusqu'à la voûte, dont les ciissons et les rosaces avaient été exécutés par Bocdardi, sculpteur (les menus plaisirs du roi Louis XV. Les hommes célèbres dont on y a placé les images sont Bossuet, Fénelon, Sully; dans les antichambres, on amis les bustes de Racine, par Boisot; de Corneille et de Molière, par Caffieri ; de Montesquieu , par Clodion ; de La Fontaine et de Nicolas Poussin, par Julien ; de d'Alcmbert et de Rollin, par Lecomte; de Montausier, par Mouchy; de Pascal , par Pajou ; et le 20 décembre 1850, une statue en pied de Chateaubriand a été placée dans le vestibule.
Parmi les académiciens actuels il faut distinguer plusieurs catégories : pour les uns, ce titre glorieux est la consécration du triomphe; pour les autres, c'est la consolation de l'oubli; une classe intermédiaire se compose d'écrivains dont les travaux ont eu une vogue passagère et qui passent avec une rapidité fâcheuse pour eux du Capitale à la roche Tarpéienne. Une quatrième section, dont les occupations habituelles sont en dehors de la littérature, doit sa nomination à des considérations étrangères à l'événement.
Nous croyons inutile et même imprudent de faire les applications de cette théorie; c'est une tâche que chacun de nos lecteurs peut remplir sans trop de dérangement, soit en interrogeant ses propres souvenirs, soit en consultant la Biographie des Contemporains , de M. Vapereau , ouvrage recommandable, dont les erreurs, inséparables d'un aussi grand travail, seront nécessairement corrigées dans les éditions subséquentes.
A l'Académie française siègent MM. Villemain , Pierre Lebrun, auteur de Marie Stuart; de Barante, historien des Ducs de Bourgogne : Victor Hugo; Lamartine; Victor Cousin; le prolifique Eugène Scribe; Tbiers; Mignet; Guizot; Vitet; Prosper Mérimée; Alfred de Vigny; Francis Ponsard; Ernest Legouvé ; Emile Augier; Empis; Jules Sandeau; de Pongerville, traducteur de Lucrèce; Viennet, qui a donné à la France feue l'épopée do la Plùlippide, l'Êpitre aux .ïfuses sur les romantiques, et l'infortunée tragédie A'Arbogaste ; Philippe de Ségur, dont la description de la retraite do Moscou est vivement colorée; Sainte-Beuve; Saint-Marc Girardin ; Ampère; Nïsard; de Rémusat; Patin; Biot; Flourens; Victor de Laprade, auteur des Parfums de la Madeleine et de Psyché, poèmes; Dupin aîné; Pasquier; de Broglie; de Montalembert; Berryer; Sylvestre de Sacy; Félix Dupanloup; de Falloux; de Noailles; le P. Lacordairc, dominicain, reçu le 2 février 1800, en remplacement du regrettable de Tocqueville.
L'Académie française a reconquis ses anciens statuts, ci nomme son secrétaire perpétuel. Elle est particulièrement chargée de la composition du Dictionnaire de la langue française,
travail utile, sans doute, mais qui nécessiterait des remaniements continuels, et i|ui, tel qu'il est, laisse trop à désirer. I h membre de la Société pour l'instruction élémentaire, M. B. Pautex, a consciencieusement épluché la dernière édition de ce fameux lexique, et il y a découvert une foule d'erreurs, d'omissions ou (le contradictions: par exemple, l'Académie donne à viorne et à losange le peine féminin, et aux mots obier, rkombe, on lit : l'obier est un viorne, h losange est un rliom'oe. Elle dit que le substantif orge ne prend le genre masculin que dans les locutions orgie monde, orge perlé; cependant au mot kcoit.geon elle dit qu'on l'appelle aussi orge carré. — Au verbe ATTELER, l'Académie écrit attelle: au mot timon, on trouve attèle, — elle écrit marron (nègre) avec deux r: au mot négresse, on lit négresse maronne, :>vec une seule r; — elle écrit mi iTi avec nue f: à l'article it-tia, elle met ph , muphti; les mots contre-basse, contre-poison, bouillon-blanc, maîtreautel, sont écrits ailleurs contrebasse, contrepoison ( en un seul mot), bouillon blanc, maître autel (sans tiret); a la lettre P, on trouve portefaix . au mot gagke-denier, porte-faix, etc., etc.
L'Académie dit que quintupler, se.rlnpler, septupler, décupler, centupler, c'est rendre cinq, six, sept, dix, cent fois plus grand au lieu de aussi granit, ce qui frappe d'autant plus que les mots quintuple sextuple, septuple, décuple, centuple, sont définis « qui vaut cinq, six, sept, dix, cent fois autant, » et non, cinq, six, sept, dix, cent fois plus. Elle donne pour exemples : Un couvert de vermeil doré; // ressemble aux anguilles de Melun, il crie avant qu'on l'écorche. Le glacier du Mont- Blanc est le plus remarquable de la Suisse (lisez: de la Savoie), etc. Elle inscrit les mots iconolâtre et zoolâtrie, mais elle passe sous silence iront hit rie et zooliilre. Elle donne les féminins aspirante, suppliante, mais non examinatrice, inspectrice, monitrice, qui ne sont pas moins usités : — elle donne les masculins un tricoteur, un empeseur, un ravaudeur, un modiste, mais elle ne donne pas un laitier: et de même elle donne les féminins bateleuse, brasseuse, ftiileuse, rôtisseuse, charbonnière, charretière, chaudronnière, coutelière, faïencière, ferronniers, lavei-nière, teinturière, ritrière: mais elle ne donne pas binlielolière, bonnetière, ilegriiisseuse, lagelière, miroitière, quincaillière, etc.
11 serait à souhaiter que l'Académie française eût dans son sein beaucoup d'hommes aussi consciencieux que M. Pautex.
L'Académie des Inscriptions et belles-lettres est composée de quarante membres. Les langues savantes, les antiquités et les monuments, l'histoire et toutes les sciences morales et politiques dans leurs rapports avec l'histoire sont les objets de ses recherches et de ses travaux; elle s'attache particulièrement à enrichir la littérature française des ouvrages des auteurs grecs, latins et orientaux qui n'ont pas encore été traduits. Elle s'occupe de la continuation des recueils diplomatiques. Elle nomme dans son sein un secrétaire perpétuel qui fait partie des quarante membres dont cette Académie est composée, et dont voici les noms :
Naudet, Jomard, Hase, Beugnot, Reinaud, Stanislas Julien , Cuizot, V. Le Clerc, Guigniaut, Paulin Paris, Le Bas (Philippe), Garcin de Tassy, Magnin, Littré, Berger de Xyvrey, \illcmain, Noël de Wailly, de Saûlcy, de Laborde, Ampère, Mohll, Edouard La Boulaye, de La Saussaye, Bavaisson, Caussin de Perceval, Vincent, Wallon, Brunet de Presle , Rossignol, de Rougé, Egger, Longperrier, Régnier, Renan, Renier, Alfred Maury, Alexandre, Léopold Delisle, Munie,
Dans l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, il y a ili\ académiciens libres, qui sont :
DeLuyn.es, Monmerqué, Vitet,Biot, Mérimée, de Lagrange, de Cherrier, Texier, de La Villemarqué, Debèque; et des associés étrangers; Brerkh et jac. lirinim, à Berlin; Loberk , à Kœnigsberg: Wilson, à Londres; Amédée Pcyron, à Turin; Bopp, a Berlin ; Th. Welcker, à Bonn.
L'Académie des sciences est divisée en onze sections; ses membres, en 1860, se répartissent ainsi :
Sciences mathématiques. — Géométrie, — Biot, Lamé, Chasles, Bertrand, Hermite.
Mécanique. — Charles Dupin, Poncelet, Piobert, le général Moi'in, Combes, Clapeyron.
Astronomie. — Mathieu, Liouville, Laugier, Levorrier, Fave, Delaunay.
Géographie et navigation. — n.ipen'oy, Bravais, Daussy. Physique générale. — Becquerel, Pouillet, Babinet, Duhamel, Despretz, Fizeau.
Sciences physiques. — Chimie. — Chevreuil Dumas, Pelouze, r.egnault, Balard, Fremy.
Minéralogie. — Cnrdicr, Berthier, de Senarmont, Dolafosse^ d'Archiac, Sainte-Claire Deville.
Botanique. — Brongniart, Montagne, Tulasne, Moquin-Tandon, Payer, Gay.
Economie rurale. — Boussingault, de Gasparin, Payen, Bayer, Decaisne, Péligot.
Anatomie et zoologie. — Duméril, Geoffroy Saint-Hilairo, "\lilne-Kdwards, Valenciennes, Coste, de Quatrefages.
Médecine et cliirurqie. — Serres, Amiral, Velpeau, Claude Bernard, Cloquct, Jobert de Lambalîe.
Les deux secrétaires perpétuels sont : M. Ëlic de Beaumont pour les sciences mathématiques, et M. Flourens pour les sciences physiques.
Il y a dix académiciens libres : MM. Séguier, Civiale, Bussy, Delessert, Bienaymé, le maréchal Vaillant, de Verneuil, Du Petit-Thouars, Aug. Passy, Jaubert.
Les associés étrangers sont : MM. Faraday, à Londres; Brewster, l'inventeur du stéréoscope, à St-Andre\vs (Ecosse ; Tiedemann, à Francfort-sur-le-Mein ; Mitscherlich', à Berlin; Herschel, à Londres; Richard Owen, à Londres.
Le nombre des membres de l'Académie des sciences morales et politiques est fixé à quarante. Elle est divisée en six sections, savoir: philosophie, six membres ; morale, six; législation, droit publie et jurisprudence, six; économie politique et statistique, six; histoire générale et philosophique, six; politique, administration, finances, dix.
L'Académie nomme un secrétaire perpétuel par voie d'élection, conformément aux règlements de l'Institut : elle a six académiciens libres, six associés étrangers, trente correspondants, et quarante au plus.
Voici les noms des membres composant l'Académie des sciences morales et politiques :
Philosophie. — Cousin, Damiron, Barthélemy-Saint-Ililaire, de Rémusat, Franck, Lé! ut.
Morale. — Dunoyer, Villermé, Lucas, de Beaumont, Louis Reybaud, N....
Législation, droit public, jurisprudence. — Dupin aine, Béronger, Troplong, Giraud, Hélie (Faustin), Laferrière.
Economie politique et statistique. — Dupin, Passy, Duchàtel, Michel Chevalier, Wolowski, de Lavergne.
Histoire générale et philosophique. — Naudet, Guizot, Mignet, Michelet, Thiers et Amédée Thierry.
Politique, administration, finances. — D'Audiffret, Bartho, Clément, de Cormenin, Gréterin, Lefebvre, de Parieu, Dumon, Delanglc, Bande. — Miguet, secrétaire perpétuel.
Six académiciens libres. — Do Broglie, Moreau, de Jonnès, Odilon Barrot, Say, Pcllat.
Associés étrangers. — Lord Brougham , à Londres ; do Savigny, à Berlin; Hallam et Mac-Culloch, à Londres; Brandin, k Bonn (Prusse).
L'Académie des beaux-arts est. divisée en sections désignées et. composées ainsi qu'il suit :
Peinture : quatorze, membres. — Sculpture : huit. — Architecture : huit. — Gravure : quatre. — Composition musicale : six. — Elle nomme un secrétaire perpétuel qui est membre de l'Académie, mais qui ne fait point partie des sections.
Voici les noms des membres de l'Académie des beaux-arts :
Peinture. — Hersent, Ingres, Vernet, Heim, Abcl de Pujol,- Picot, Schnetz, Couder, Brasrassat, Cogniet, Robert-Flou ry, Alaux, Flandrin, Delacroix.
Sculpture. — Nanteuil, Petitot, Dûment, Duret, Lemaire, Seurre aine, Jaley, Jouffroy.
Architecture. — Le Bas, Caristie, Lesueur, Hittorfi', Gilbert, de Gisors, Duban, Lefnel.
Gravure. — Forster, Gatteaux, Henriquel, Martinet.
Composition musicale. — Auber, Carafa, Ambroise Thomas, l'elier, Clapisson, Berlioz.
M. Halévy est le secrétaire perpétuel.
Il y a dix académiciens libres : MM. de Montalivet, do Rambuteau, île Cailloux, Duchàtel, TayloV, de- Meuwerkerke, le prince Napoléon, Achille Fould, de Moi cey et Kastner.
Les associés étrangers sont : Rossini, à Bologne et il Paris; Meyerbeer, à Berlin; le peintre Cornélius, à Berlin; Cockerell,
LE LUXEMBOURG
à Londres ; de Klenze, à Munich ; Tenerani, à Rome ; Overbeeck, à Rome; Mercadante, à Naples; Felsing, à Darmstadt, Ritschell, à Dresde.
L'administration de l'Institut est confiée à une commission centrale administrative, dont les membres sont : MM. Lebrun et Kmpis, pour l'Académie française;
Garcin de Tassy et Mohll,pour l'Académie des inscriptions et belles-lettres;
Chevreul et Foncelet, pour l'Académie des sciences;
Lesueur et Hittorff, pour l'Académie des beaux-arts;
Villermé et Barthélemy-Saint-Hilaire, pour l'Académie des sciences morales et politiques.
Le conservateur des collections de l'Académie des sciences est M. Becquerel.
Le bibliothécaire, M. Landresse".
Les sous-bibliothécaires, MM. Moulin et ïardieu.
L'agent spécial et chef du secrétariat, M. Pingard , auquel est adjoint M. J. Pingard fils, est justement estimé des journalistes qui sont en communication avec lui à l'occasion des séances solennelles ou des. réceptions à l'Académie française.
Plusieurs commissions littéraires sont attachées à l'Institut. Une commission pour l'histoire de la langue française, dont sont membres MM. Yillemain, de Pongerville, Cousin, Patin, Sainte-Beuve, Yiennet, Ampère.
Une commission des inscriptions et médailles, compose de MM. Hase, Guignaut, Ph. Le Bas, Lenormant, Nanteuil, dessinateur.
Une commission pour la continuation de l'histoire littéraire, de la France, à laquelle appartiennent MM. Paulin-Paris, V. Le Clerc, Littré, Renan.
Une commission des antiquités de la France, qui est formée de Mil. Jomard, Hase, Vitet, Mérimée de Longpérier, Renier, Maury, Delisle, et les membres composant le bureau.
Une commission des travaux littéraires confiés à l'Académie, tels que : Notice des manuscrits, Recueils des ordonnances et des historiens de France, des historiens des croisades et autres travaux. Elle est composée de MM. Jomard, Hase, Beugnot, Le Clerc, Guigniaut, Magni 1, Yillemain, Mobil, et les membres du bureau.
Une commission du Dictionnaire de la langue des beauxarts, à laquelle sont attachés MM. Halévy, Couder, Petitot, Le Bas, Gatteaux, Rebcr.
Une commission du prix de linguistique, fondé par Volney, composée de MM. Dupin, Mérimée et Patin, pour l'Académie française;
Reinaud, Hase, Mohll, pour l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
M. Flourens, pour l'Académie des sciences.
A l'Institut se rattachent deux bibliothèques : la première, à l'usage spécial des académiciens, admet cependant toutes les personnes qui veulent bien se présenter. Elle ne contenait d'abord que '20,000 volumes, mais elle en a maintenant plus de, 100,000. Une ordonnance royale du 10 décembre. 1819, rapportée en 1821, l'avait réunie à la bibliothèque Yiazarinc.
Celle-ci fut formée, d'après les ordres de Mazarin, par Gabriel Naudc, qui commença sa collection, vers 1043, par l'achat des livres d'un chanoine de Limoges, nommé Decordes. Il parcourut ensuite toute l'Europe, et se procura ce qu'il put trouver d'ouvrages rares et estimés. Aussi la bibliothèque se' trouva bientôt composée de plus de 40,000 volumes. Le cardinal l'avait rendue publique en 1044. Une fois par semaine, le jeudi, elle s'ouvrait pendant huit heures à plus de cent personnes auxquelles des livres étaient communiqués avec empressement. Elle occupait alors plusieurs pièces dans l'hôtel habité par Mazarin et qui forme aujourd'hui une partie de la Bibliothèque impériale. Pendant 'la Fronde, les richesses bibliographiques du cardinal couraient les plus grands dangers et furent, malgré les supplications de. Gabriel Naudé, à la veille, d'être dispersées; déjà 10,000 volumes avaient été vendus lorsque le. roi arrêta la vente le 30 janvier 1052. Par son testament Mazarin consacra sa bibliothèque à la satisfaction et à la commodité des gens de lettres, et demanda qu'elle, leur fût ouverte deux fois par semaine; ce qui ne fut définitivement réalisé qu'en 1088, dans le même monument et les mêmes salles où elle est aujourd'hui placée. A cette époque, la bibliothèque se composait de près de 00,000 volumes. Elle demeura sous l'administration de la maison et société de Sorbonne, du
14 avril 1088, date du contrat entre les exécuteurs testamentaires du cardinal et les docteurs de cette maison, jusqu'au 7 mai 1791, époque où la remise de cette bibliothèque fut faite par l'abbé Hooke, à l'occasion de son refus de prêter serment à la constitution civile du clergé, et devint dès lors propriété de l'État. Aujourd'hui elle n'a pas moins de 130,000 volumes, principalement beaux livres du xvc siècle, anciens ouvrages d'histoire, de médecin •, de théologie, et livres italiens; plus, 4,000 manuscrits intéressants, provenant pour la plupart de communautés religieuses. Elle possède en outre différents objets d'art, parmi lesquels figure un globe terrestre, construit pour Louis XVI par Bergerin, et une collection léguée par M. Petit-Radel, de l'Institut, précédent administrateur. C'est un musée composé de quatre-vingts modèles, exécutés en relief par un gardien de la Bibliothèque, sous la direction de M. Petit-Radcl, et représentant des mouumcnts pélasgiques de. l'Italie, de la Grèce et de l'Asie Mineure.
L'Institut dispose d'un grand nombre de. récompenses annuelles, la plupart fondées par des particuliers. Les principaux sont le prix de poésie et d'éloquence, le prix Monthyon, destiné à la vertu modeste et pauvre; un autre prix Monthyon en faveur de l'ouvrage le plus utile aux mœurs, et dont les lauréats prosateurs ou poètes auraient souvent bien de la peine à subir une vérification rigoureuse de leur titre; les prix de médecine, de chirurgie, de physiologie expérimentale, de mécanique , de statistique ; le piHx Gobert pour le meilleur travail sur l'Histoire de France; enfin les prix de peinture, sculpture, architecture, gravure, composition musicale et paysage historique. Les séances dans lesquelles sont présentésles rapports sur les concours, attirent infailliblement un public nombreux et choisi, parnîi lequel on ne manque jamais de remarquer des dames élégamment pVrées, et chaque communication des doctes académiciens est accueillie par des applaudissements stéréotypés.