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CHAPITRE VIL

Le palais des Beaux-Avts. — Le musée des Petits-Augustins. — L'hémicycle de Paul Delavoehe. — Les concours. — Proclamation des vainqueurs.

Le palais des Beaux-Arts est pour ainsi dire une annexe de l'Institut : il occupe le vaste emplacement d'un couvent fondé , le 15 mai 1013, par Marguerite de Valois. Lorsque l'Assemblée constituante décréta que les biens du clergé appartenaient à la chose publique, elle chargea son comité d'aliénation de [veiller à la conservation des monuments, qui furent enlevés des différents couvents ou édifices religieux où ils étaient répartis, et déposés aux Petits-Augustins. M. Alexandre Lenoir, par décret du i janvier 1791, fut nommé conservateur du nouveau musée, sur lequel il a écrit un volume in-8°, et qui ne fut ouvert que le 15 fructidor an ni (1er septembre 1793). Là se trouvaient, les uns à côté des autres, des pans de vieux murs, des façades, des-tombeaux de style et de provenance hétérogènes, des statues de. rois, de ministres, de seigneurs féodaux, de cardinaux, de littérateurs, d'artistes, d'hommes célèbres dans différents genres. Il y avait deux jardins, et dans l'un desquels, qui s'appelait l'Elysée, sous une chapelle à jour, construite, avec des débris gothiques, avec des paraclets de l'abbaye de Saint-Denis, reposaient Héloïse et Abeilard.

En 1810, le musée des Petits-Augustins fut supprimé, et une ordonnance royale du 24 avril, ordonna qu'il serait remplacé par une école royale des beaux-arts, dont la première pierre fut. posée le 3 mai 1820. Des monuments rassemblés par les soins de Lenoir, l'architecte Debret ne conserva que la façade du château d'Anet, où sont entrelacés les chiffres de Henri II et de Diane de Poitiers. Au centre de la cour on laissa l'arcade du château de Gaillon. Sous le règne de Louis-Philippe, le palais des Beaux-Arts fut agrandi , embelli , régularisé sous la direction de M. Duban. Le fond de l'ancienne église conventuelle fut tapissé d'une copie réduite du jugement dernier de Michel-Ange, par Sigalon et Souchon. Dans l'hémicycle destiné aux distributions solennelles des prix, Paul Delaroche peignit une composition colossale qui comprend soixante -quatorze ligures, dont quelques-unes sont un tiers plus grandes que nature. Au centre, devant un édilicj d'ordre ionique rejeté à un plan assez éloigné, s'élève une espèce de tronc ou de tribunal

sur lequel siège le peintre Apelles, ayant à sa droite l'architecte Içtinus, et à sa gauche le statuaire Phidias. Ces personnages, presque nus, ont la partie inférieure du corps couverte de manteaux. Leurs attitudes et leurs physionomies sont graves, et tous trois, de la place assez éloignée qu'ils occupent, semblent présider silencieusement la nombreuse assemblée < 1 1 ■ ■ se déroule à l'un et à l'autre de leurs cotés.

En avant du tribunal, où .sont élevés ces trois grands artistes de l'antiquité, sont placées, aux quatre encoignures de l'avantscèue du tribunal, quatre femmes, qui personnifient l'art grec, l'art romain, l'art du moyen âge, l'art do la renaissance. Au premier plan, une jeune femme, à genoux, prend des couronnes dans un monceau qui est prés d'elle, et les jette, suivant l'expression vulgaire, â la nouille.

Au bas du tribunal, à gauche, sont les sculpteurs Puget, Germain Pilon, Jean de Bologne, Bernard Palissy, Benvenuto Cellini, Pierre Bontemps, Jean Goujon , puis les statuaires italiens et allemands Baccio, Bandinelli, Benedetti de Maiano, Peter Fischer, Donatello, Gbibeiti, auquel l'on doit les fameuses portes du baptistère rie Florence, en présence de Lucca délia Bobbia, statuaire émailleur, et de Pjsanello (ou plutôt Andréa Pisano), qui retira l'art de la peinture de l'ornière gothique, pour le. replacer dans la voie ouverte par les anciens.

En portant toujours ses regards vers la gauche, on voit succéder a cette assemblée rie statuaires celles des peintres, Claude le Lorrain, Terburg, Buysdaél, Guaspre Poussin et Paul Pottcr. Bubons, assis et trahissant par son attitude la double importance qu'il avait comme peintre et comme ambassadeur , écoute avec attention , ainsi que son élève Van- Dyck, le Titien, qui debout semble développer les secrets de son art. A cette conférence assistent Paul Véronèse, Michcl- An»'e de Caravage, Velasqucz et Murillo. Van Eyck et Jean Bellin, l'un fondateur de l'école allemande, l'autre le premier grand coloriste de Venise, semblent prendre plaisir à entendre ceux qui se sont suivis dans la carrière. Corrége, qui se trouve placé à. l'extrémité du tableau, écoute aussi, tandis que sur le devant se tiennent Antoine de Messine, qui apporta en Italie le procédé de la peinture à l'huile, et Giorgion, dont le maintien de matamore indique la différence bizarre qu'il y avait entre la turbulence de son esprit et le calme et la beauté do ses ouvrages.

En ramenant son regard jusqu'au tribunal, et passant à l'aile droite du tableau pour le spectateur, on trouve au-dessous de la ligure de Phidias les architectes célèbres rassemblés. Le groupe principal de ces artistes est formé par Brunellesco, Bramante, Baldassar Peruzzi, autour desquels sont assis Bobert de Luzarchcs et Arnolfo di Lapo, qui jetèrent les fondements vers le même temps, 1220, l'un de la cathédrale d'Amiens, l'autre de celle de Florence. Erwin de Steinbacb, l'architecte de l'église de Strasbourg, se trouve réuni à Sansovino, Vignolc et Palladio ; et sur un autre plan on aperçoit les trois grands architectes français, Philibert Delorme, Pierre Lescot et Mansard, et Inigo Jones, l'habile architecte anglais.

La quatrième partie, de la composition qui occupe l'extrémité du tableau, à main droite du spectateur, est consacrée aux peintres qui, par l'élévation et la pureté de leur style, ainsi que par la profondeur et l'éclat de leurs idées, ont traité la peinture en sœur de la poésie. Léonard de Vinci, praticien et théoricien profond, déjà vieux, est assis et parle à Raphaël, placé debout près de lui. Le peintre des Stanze écoute avec respect le savant maître ; mais on s'aperçoit que son jeune rival a aussi ses idées et son avis. Devant eux est Fra Bartholomeo, l'ami de Savonarole, en habit de dominicain ; il écoute Léonard, non loin duquel se trouvent Pérugin, Albert Durer, André del Sarto, Holbein, Jules Humain, Sébastien del Piombo, Doniiniquin et Eustache Lesueur. Un peu plus loin, en reportant son œil du coté' du tribunal, on aperçoit le chevalier Mantegna, Jean de Fiesole, précurseur rie Raphaël, André' Orcagna, peintre et architecte ; puis enfin Giotto et Cimabuc, les deux peintres fondateurs de l'école de la renaissance en Italie. En revenant au groupe de Léonard de Vinci et de Baphaël, audessus desquels on aperçoit la physionomie simple et spirituelle de Masaccio, reconnaissable à sa petite toque jaune, on voit Micbel-Ange assis, paraissant solitaire au milieu de cette multitude, et ne prenant part à aucune conversation. Renfermé eu lui-même., le peintre de la Sixtine, le sculpteur du Jour et do la Nuit, l'architecte de Saint-Pierre de Rome semble préoc-

cupé de la théorie et de la pratique des trois arts où il s'est rendu si fameux lui-même eu ouvrant une voie où tous ses imitateurs ont été se perdre. La dernière ligure importante qui ferme la composition de ce coté du tableau est celle de Nicolas Poussin. Debout, vêtu de noir, le grand artiste français, placé h peu de distance de Léonard, de Raphaël et de Michel-Ange, se tient aussi à part de son coté et semble diriger son regard ferme et bienveillant tout à la fois sur ceux qui remplissent la salle. Deux graveurs figurent, au milieu de ce. eboix particulier des peintres : ce sont Marc-Antoine et Edeliuck.

Comme l'a dit M. Delécluze, le sujet conçu et traité par Paul Delaroche est une distribution idéale de récompenses faites aux artistes modernes au milieu du congrès de tous les grands maîtres en fait d'art, choisis dans tous les pays et à toutes les époques, depuis le siècle de Périclès jusqu'à celui de Louis XIII et de Louis XIV.

Ces récompenses consistent d'abord en médailles pour les élèves qui sont admis après concours à étudier, sous les yeux de professeurs choisis, le dessin, le modelage, l'auatomie, la perspective et l'architecture ; ceux qui se sentent assez forts entrent en loges et concourent pour le prix de Borne. On leur indique un sujet de tableaux, de bas-reliefs, de plans architecturaux ou de gravures en médailles, sujets presque toujours empruntés aux traditions antiques. Ils s'enferment dans des cabinets qui donnent tous sur une galerie, afin qu'on puisse s'assurer par une surveillance rigoureuse que les candidats ne reçoivent aucun secours étranger. Les vainqueurs iront à Bonn.' pendant cinq ans, aux frais du gouvernement, et ils seront exemptés de la conscription. Aussi qu'elle, animation règne, quand on les proclame, aux environs du palais des Beaux- Arts ! Les concurrents, leurs amis circulent dans l'attente de la suprême sentence; on échange des vœux et des conjectures; les yeux se fixent sur la partie, de l'édifice où délibère l'aréopage. Vers les trois heures, l'apparition de quelques académiciens annonce la fin prochaine de la séance. Comme les cœurs battent! comme les gestes, les mouvements, les regards trahissent l'anxiété! On va donc savoir la décision des juges; on la sait! Un secrétaire s'avance, une feuille de papier-ministre à la main, et proclame les noms des vainqueurs. Les félicitations éclatent: les poignées de mains se distribuent; le premier prix embrasse les seconds prix; des pleurs de joie coulent de leurs yeux, pendant que les vaincus, cacbant leurs émotions sous une indifférence affectée, se consolent par l'espoir d'une meilleure chance, ou par la supposition d'une injustice. Supposition souvent fondée, si l'on réfléchit que la quatrième classe se compose des peintres, des sculpteurs, des arcbitect.es, des graveurs et des musiciens! Le moyeu d'obtenir un jugement correct avec une pareille organisation ! Un peintre peut à la rigueur connaître d'un bas-relief, quoique, s'il est coloriste, il ni retrouve pas dans la plastique les qualités qu'il affectionne. Un sculpteur appréciera passablement les tableaux, bien que disposé par ses études à ne tenir aucun compte du coloris; mais qu'ont de commun avec la sculpture les graveurs, les architectes, et surtout, les musiciens? Qu'il nous soit permis de ravaler un moment les beaux-arts, en les assimilant aux travaux manuels : le tailleur va-t-il consulter son voisin le maçon sur la coupe d'un habit? Chaque branche des arts nécessite des études particulières, qui font infailliblement négliger toutes les autres. Plus l'artiste acquiert dans la spécialité qu'il a choisie, plus il s'écarte de celles qu'il a négligées. On ne prime dans l'art de Philibert Delorme ou d'Edelink, qu'à la condition de devenir étranger à la peinture et à la sculpture. Pour déterminer le mérite d'un tableau, il faut avoir manié la brosse, et que de sculpteurs n'y entendent, rien ! Pour décider du mérite d'un bas-relief, il faut avoir manié l'ébaucboir, façonné l'argile, disposé une armature, vu mouler et mettre au point ; et, parmi les peintres qui décident sans appel du sort de nos jeunes statuaires, il y en a sans doute qui ignorent ce que c'est ([d'une armature ou une mise au point.

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