CHAPITRE XLIII
udtmis des Noirs.
On ne saura peut-être jamais d'une manière certaine quelle fut la teneur directe et entière de cette fametfse convention signée à Pilnitz dans le cours de Tannée 1790; mais il paroît constant que le cabinet britannique y donna ses plans ; et c'est assez dire que tous étoient dirigés pour opérer les plus grands désastres en France. Qu'on en juge par la question portée au parlement d'Angleterre sur la traite des nègres. Ce fut un piège que l'insidieux Pitt présenta à l'imbécillité de nos niveleurs ; ils ne voulurent pas qu'il fût dit que l'Angleterre parût seule pour réclamer les droits de l'homme. Ils furent les, jouets de ce ministre adroit. On vit naître la société des amis des noirs. Je sentis le piège , et je ne voulus jamais
( 84 ) «que mon nom fût inscrit sur ces listes qui offroient beaucoup de noms d'hommes sensibles , mais à vue courte.
Pitt et ses adhérens firent ajqurner la question à plusieurs années , satisfaits de nous avoir vus tomber dans leurs embûches , et trop certains que les torches civiles allumées dans nos colonies, dissuaderoient à jamais l'Angleterre de reprendre cette question.
Il en fut de même des vingt mille paires de souliers que des Anglois offrirent à la convention nationale, pour chausser nos soldats qui voloient nus pieds à la victoire. Ce tour de Pitt étoit conçu pour humilier la nation française 5 et ce qu'il y a de plus étrange , c'est que presque personne ne s'en apperçut, tant on étoit éloigné de croire qu'on pût se jouer ainsi d'une grande assemblée.
Un des chefs de la société des amis des noirs, étoit Valadi , ci-devant officier aux Gardes, et depuis député,
qui,
( 85 ) qui, par 'sentiment , par philosophie , par amour du peuple, avoit abandonné la cause des tueurs. Dans l'affaire des noirs , il fut trompé par son coeur , par son peu d'expérience : il reconnut le piège lorsqu'il n'étoit plus temps. Il expia cette erreur en combattant la faction Robespierrienne et décem virale, et il est mort sous les coups de ces féroces assassins.
Et tandis que l'on plaidoit ici la cause des noirs , la porte étoit ouverte en Amérique aux incendies , aux meurtres ; et les hommes de couleur se jetèrent entre les noirs et les blancs pour être tout- à-la-fois leurs plus dangereux amis et leurs plus implacable* ennemis.
Toutes les conversations rouloient sur la traite des nègres 5 elle fut discutée à-peu-près de la même manière que la querelle pour la musique de Gluck et Picchini ; c'est-à-dire, que les disputeurs n'étoient ni musiciens, ni politiques.