‹ Le Nouveau Paris (volume 2)Chapitre 18 sur 50 · Tome II. F · texte numérisé non relu

Tome II. F

les , et la destruction inévitable de la république. Les énergumènes qui , sous le nom de théologiens , avoient déshonoré la raison humaine , ne furent jamais coupables de plus grands excès.

Il y a dans les loix , dit Sophocle, une divinité puissante qui triomphe de la profonde malice des hommes , et qui ne vieillit jamais. Hélas ! cette divinité s'étoit endormie : le peuple français fut démoralisé par vingt à trente scélérats ; toutes les opinions saines furent mises en lambeaux, et de-là la corruption des moeurs. Les livres sensés ne furent plus ni lus ni compris : encore un pas, la contagion enveloppoit tout , et bientôt il ne restoit plus ni républicains ni hommes, et nous devenions semblables aux habitans de Penfer de Milton , qui passsent tour-à-tour des eaux glacées dans les flammes, et des flammes dans les eaux glacées.

Tous les écrivains nos devanciers avoient regardé les loix agraires comme

souverainement injustes, insuffisantes,' calamiteuses , impossibles à exécuter, purement séditieuses, et absurdes sous tous les rapports , enfin comme le moyen le plus sûr pour implanter la misère sur la terre, pour tout bouleverser et établir la confusion et le chaos. Eh bien l cela a-t-il empêché les Marat et consorts d'établir cette doctrine, de la publier et de trouver de nombreux partisans pendant près de deux années ?

Quel est donc le plus grand malheur dans notre révolution? Le voici: c'est que, sans préparation, on a invi'é la multitude à toucher aux matières politiques , et que des charlatans de tréteaux lui ont persuadé qu'elle pouvoit y comprendre beaucoup de choses. Voilà ce qui a reconstruit parmi nous la tour de Babel , et ce qui a fait de la politique une logomachie, où l'écrivain leplusplat, le plus monstrueux, le plus infidèle a pu figurer avec un avantage passager et trouver des auditeurs, Or les véritéspoli tiques

sont moins dans la tête de l'homme de génie que dans le cœur de l'homme vertueux : mais quand on n'a ni génie ni vertu, on écrit comme faisoient les jacobins. Leurs placards, leurs journaux ont, comme les sauterelles d'Egypte, mis en putréfaction la nation française. Rien ne put la sauver de la pestilence cadavéreuse, ni les écrits de Brissot, ni ceux de Condorcet. Leurs opinions furent repoussées. Ainsi le peuple trompé par les mauvais écrivains est et sera toujours le premier échelon sur lequel tous les ambitieux ont mis et mettront le pied pour s'élever.

L'art d'écrire est le premier de tous : son influence est grande , vaste , durable j et voilà pourquoi il doit s'imposer à lui-même des limites. Ainsi l'emblème antique du char de feu qui mal conduit embrase l'univers , reçoit ici sa juste application.

La révolution préparée dès longtemps par les écrits des sages, avoit

Fait son explosion : les insensés, les ambitieux, les fripons s'en emparèrent.

Bientôt ils osèrent dire : Nous avons tout fait. A les entendre, la plume des Rousseau et des Raynal, le bras des vainqueurs de la Bastille, tout leur appartenoit.

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