‹ Le Nouveau Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 50 · Livre rouge · texte numérisé non relu

Livre rouge

Qui ne sait pas maintenant ce que c'est? Ce livre a conquis unefoule d'hon-

nètes gens à la cause du patriotisme ; il a raffermi les foibles , convaincu les incrédules, éclairé les aveugles, donné un plus grand courage aux esprits droits, versé une sainte indignation et une généreuse énergie dans les âmes citoyennes ; et sous ce point de vue , c'est la plus utile et la plus éloquente brochure qui ait encore paru. Grâces immortelles en soient rendues aux membres courageux du comité des pensions, qui après bien des efforts sont parvenus à l'arracher des mains des ministres dont elle révèle tous les crimes.

Le ier décembre 178g, M. le Camus dénonça à l'assemblée nationale l'existence du livre rouge. C'est un fort beau registre relié en maroquin du Levant , et doré sur tranche, qui contient la liste des pensions , dont voici quelquesunes.

A l'ouverture du cahier , on voit un prince allemand qui en a quatre. La première pour ses servi ces comme colonel 5 la

seconde, pour ses services comme colonel ; la troisième , pour ses services comme colonel ; la quatrième , pour ses services comme colonel. Total des pensions du prince allemand , 4o mille 48 livres.

M. Claverie de Bamire > quatre pensions. La première et la seconde, parce qu'il étoit en même temps secrétaireinterprète de deux régimens étrangers qui n'avoient pas besoin d'interprète , et qui étoient en garnison , l'un au levant, l'autre au couchant ; la troisième, parce qu^il étoit commis au bureau de la guerre ; la quatrième , parce qu'il a été commis au bureau de la guerre.

Total, 20 mille 46g livres, dont 4 mille 75o sont réversibles sur sa femme et ses enfans , &C. sous le beau titre de réserve.

M. Desgallois de la Tour } premier président et intendant en Provence , à l'honneur duquel M. Barentin fit graver une médaille dans les gazettes j

22 mille 720 livres en trois pensions.

La première, comme premier président et intendant 3 la seconde , comme intendant et premier président 5 la troisième, pour les mêmes considérations que ci-dessus. — Je copie fidèlement le texte.

Madame Isarn, 24 mille 980 livres, pour favoriser son mariage , et en considération de ses services,

M. Claude-François JVLoreau, dont la plume vaillante a donné pendant un demi-siècle des leçons d'esclavage aux peuples de la terre, n'a que 21 mille livres de pension. C'est peu ; il y a des métiers qu'on ne sauroit trop payer.

Tout le monde sait qu'en France la qualité de grand-maître de la barberie procure à M. Andouillé, premier chirurgien du roi, 62 mille livres, à prélever sur le produit des coups de rasoir qui se donnent chaque année sur tous les mentons du royaume. Croiroit-on , après cela, que M. Andouillé eut besoin

( 54 ) d'une pension de g mille 900 livres sur le trésor royal ?

On a dit dans l'assemblée nationale qu'il y a des morts qui reçoivent exactement les pensions qu'ils ont obtenues de leur vivant ; j'aime mieux les pensions octroyées à des individus qui n'ont jamais existé, et qui peut-être n'existeront jamais; tels que 4 mille livres à la personne qui épousera madame de Baschi (maîtresse de Monsieur ).

A l'égard de mademoiselle Hue de JMiroménil y pensionnée en considération de son mariage > elle existe réellement , aussi sa pension est- elle de & mille livres.

M. Blanche t y 4 mille 727 livres en considération de ses services passés, et 4 mille 727 livres en considération de ses services futurs. Total , 9 mille 454 livres.

Madame la marquise de Flavacourt de Maillj y i4 mille 65i livres en trois pensions. La première ? par continua-

( 55 ) tion ; la seconde, sans motif; la troisième, pour appointemens conservés.

M. Hamelin, 21 mille livres, en considération de la modicité de sa charge de receveur-général des finances. De la modicité ! ... Lecteurs, n'oublions jamais l'article de M. Hamelin; un temps viendra où nous raconterons au coin du feu les merveilles dont nous sommes témoins , comme les mies racontent les voyages de Simbad-le-Marin et l'histoire de la Belle -au -Bois -dormant:

tune meminisse juvabit.

Cette modicité de M. Hamelin me fait penser à un vieux officier nommé M. Segrave , qui eut le bras emporté il y a cinquante-cinq ans au siège de Fribourg , et qui n'a pas encore pu obtenir les quatre sols par jour , que l'ordonnance accordera tout officier mutilé. O M, Hamelin ! combien de 4 sols par jour dans votre recette générale des finances! Et vous n'êtes pas content , M. Hamelin ! et il vous faut

( 56 ) absolument une pension de 21 mille livres!... Voici ma motion : Que les 4 sols demandés par M. Segrave soient donnés à M. Hamelin; que mille écus de la pension de M. Hamelin soient donnés à M. Segrave , et que lès 18 mille livres de surplus soient restituées à la nation.

En général ? on a remarqué dans le livre rouge des pensions à un grand nombre de femmes comme il faut , à des commis et secrétaires comme il n'en faudroit pas , et à quelques militaires comme il en faudroit beaucoup. Dans la liste des femmes , on trouve une dame près cVAvranches, qui a 1200 liv.

de pension pour avoir reçu nombre de

fois à sa table un certain colonel On

assure bien que c'est à sa table.

Après avoir* parlé du livre rouge , dans une des séances de Fassemblée nationale , M. le Camus y dénonça un autre livre intitulé : Livre des Traiternens. Celui-ci est le cadet du livre

( 57 ) ronge, et contient, comme son aîné, une liste des turpitudes et des déprédations des courtisans et des ministres.

Un membre du côté noir ayant demandé par déx'ision de quoi ce livre étoit couvert: — Du sang du peuple $ répondit avec véhémence Barnave.

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