‹ Le Nouveau Paris (volume 2)Chapitre 7 sur 50 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Est-ce un supplice doux que celui de la Guillotine?

L'assemblée nationale de France , guidée sans doute par des principes d'humanité, consulta en 1791 différentes personnes pour savoir si , dans le cas où la loi prononçant la peine de mort contre un coupable, il seroit possible de trouver le moyen d'ôter en quelque sorte au patient la douleur de son supplice. L'instrument connu sous le nom de guillotine fut proposé ; l'académie de chirurgie fut consultée-: on fit

sur des cadavres plusieurs expériences pour vérifier si la section du cou étoit instantanée , et Ton reconnut unanimement que cet instrument par lequel la tête est séparée du tronc dans un moment indivisible , ôtoit la vie dans le plus court espace de temps possible. Il n'y eut alors aucun doute sur cette assertion. Personne n'imagina qu'aussitôt après la détruncation y il pût exister encorelapluslégère douleur, le plus petit degré de sensibilité, soit dans la tête, soit dans le tronc, lorsque ces deux parties sont totalement séparées Tune de l'autre. Jamais chez aucun peuple on n'a pensé que la vie , et par conséquent la sensibilité , pussent survivre , au moins pendant quelques instans, à cette mutilation. Néanmoins l'opinion contraire semble s'accréditer depuis quelque temps. On paroît craindre aujourd'hui qu'on ne se soit fait illusion sur cetobjet,etqu'onn'aitprononcéeni79i avec trop de précipitation. Les uns de-

( 59 ) mandent sérieusement s'il est bien vrai que celui qui vient d'être supplicié par le jeu de la machine en question , ne souffre plus du tout lorsque la tête est séparée du tronc. D'autres croient voir dans les mouvemens convulsifs des muscles du visage immédiatement après l'exécution , les signes d'une douleur aiguë, et un témoignage de sensibilité qui n'est pas encore éteinte. On va jusqu'à rappeler la douleur et les regrets de ceux dont les parens ou les amis ont péri par ce supplice, en disant qu'une tête séparée du corps a la conscience de la douleur , que la vie y subsiste encore avec la chaleur. On craint que la pensée de la douleur ne soit dans cette tête , comme elle est dans le moignon d'un homme à qui l'on a fait l'amputation d'un membre, et qui souffre de ce membre qui n'est plus.

Tous ces raisonnemens tombent d'eux-mêmes si l'homme suppliciémeurt instantanément. C'est donc une ques-

( 6o ) lion d'anatomie qu'il s'agit de traiter ici. Or il est bien démontré qu'il existe dans l'homme deux organes tellement nécessaires , tellement essentiels à la vie, qu'elle cesse tout aussitôt que l'un d'eux discontinue d'agir. L'un de ces organes est le cerveau, et l'autre est le coeur. C'est pour cette raison qu'on les a nommés organes vitaux , parce que la vie ne peut subsister sans eux ou sans leur action. Ainsi une plaie au coeur est nécessairement mortelle, et une lésion au cerveau assez grande pour que cet organe cesse d'agir, est de même nécessairement mortelle. Dans l'un et dans l'autre cas , la promptitude de la mort est en raison de la vitesse avec laquelle le cœur ou le cerveau cessent d'agir.

C'est une vérité qui est consignée dans tous les livres de l'art ; et il n'existe pas un seul traité de médecine légale, dans lequel il ne soit dit très-positivement que toute lésion capable de faire cesser Faction du coeur ou celle du cerveau,

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est nécessairement mortelle ; c'est-àdire, que la vie et toute sensibilité cessent à l'instant même où le coeur cesse ses fonctions, et que réciproquement la vie cesse et le sentiment périt au moment où le cerveau discontinue les siennes.

C'est ainsi que Ton voit mourir su-»

bitement ceux qui éprouvent une forte attaque d'apoplexie , maladie dans laquelle, lorsqu'elle est portée à un haut degré, le cerveau est sans action. De mémo on meurt subitement , quoique le cerveau soit très-sain, lorsque par une cause quelconque il se fait au coeur une rupture ou crevasse qui arrête brusquement ses mouvemens. Or il est bien démontré, pour quiconque veut tant soit peu réfléchir, que non-seulement le coeur , mais aussi le cerveau discontinuent d'agir aussi-tôt que la tête d'un homme vivant est séparée du reste du corps. Dans ce cas, la mort est instantanée, parce que la cessation d'action des deux organes

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