Tome II. D
vitaux est elle-même instantanée. La mort ne seroit longue et la douleur ne *pourroit être prolongée qu'autant que la cessation de Tune ou de l'autre de ces fonctions vitales se feroit lentement; ce qui est impossible, puisqu'à l'instant même où la détruncation est complète , l'hémorragie terrible des vaisseaux de la tête et de ceux du tronc met lin à l'action du coeur et à celle du cerveau. Si l'on est absolument curieux de savoir si réellement le patient souffre, et pendant combien de temps il souffre ; on peut répondre que sa douleur est en raison du temps que l'instrument tranchant met à opérer la décollation.
On pourroit conjecturer que si elle ce fait en une seconde , le patient souffre pendant une seconde. Mais on se tromperoit encore en adoptant ce calcul, tout probable qu'il est ; car la douleur, quoique matérielle , suppose toujours , pour être sentie distinctement par celui qui l'éprouve, une réflexion, une pen-
( 63") sée, un jugement, en un mot, une fonction intellectuelle. Or, comment veuton que cette fonction de l'esprit ait lieu , lorsque l'organe sans lequel elle ne peut se faire n'agit plus ? Il est donc évident que l'action du coeur et celle du cerveau cessant instantanément , il ne peut plus y avoir ni douleur ni sensibilité dans un corps privé de vie.
L'un des plus savans médecins du siècle dernier a répondu d'avance à toutes les questions que l'on pourroit faire sur cette matière. Wepfer, dans son Traité de l'Apoplexie , s'exprime ainsi ; « Le supplice de la décollation )) prouve évidemment combien le ceru veau a pendant tout le cours de la vie » un besoin indispensable de l'action » continuelle du coeur. Car aussi-tôt » que la tête est séparée du corps, tout )) sentiment et tout mouvement meû- » rent , même dans la tête. Omnis sen* » sus et motus animalis 9 etiam in ca- )> pite moriuntur ».
( 64 ) Ce qui peut faire illusion à ceux qui n'ont pas les premières notions de l'anatomie, c'est la palpitation des chairs, c'est l'irritabilité des muscles qui subsistent plus ou moins tant que le corps est chaud. Mais cette irritabilité ou cette contraction musculaire dans un corps qui n'a pas encore perdu sa chaleur quoique privé de vie , ne peut pas exciter la plus légère sensibilité, et ne doit pas être confondue avec elle. Jamais personne n'a pensé que lorsqu'un Ver ou une anguille est coupé en plusieurs morceaux, on puisse exciter la sensibilité de l'animal , en irritant avec la pointe d'une épingle un des morceaux détaché des autres ; quoique tous pris séparément soient irritables pendant un certain espace de temps. Ce que nous disons est si certain et tellement avéré par tous les an at omis tes , que depuis l'origine de cette science jusqu'aujourd'hui, il n'y en a pas un seul qui ait adopté la proposition çon-
traire à celle que nous avons présentée (1).