‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 10 sur 48 · CHAPITRE CXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXX

JBossuet.

Ce fut pour son disciple , que Bossuet composa son discours sur V Histoire uni-*-

( i ) On travaille aussi le vin sur les porls. L# naturel , l'excellent vin est destiné seulement jour le riche. Mais qu'un mince bourgeois, un tailleur , par exemple, se présente pour acheter une feuillette; eh bien! le marchand qui l'aura reconnu à son allure et à ses jambes courbées, lui vendra le vin de Surène pour du vin de Maçon. On diroit qu'il règle le plaisir de la bouche selon l'état ou la condition des individus; il juge que ce n'est pas du nectar, mais du verjus, qu'il faut au bonnace plébéïe%pour réveiller sou palais émoussé.

( 55) verselle , où , d'un coup-d'oeil, sont jugés lès conquérans ,}es rois et les nations, les crimes et les vertus ; où il trace, d'un pinceau énergique et rapide, le temps qui dévore et engloutit tout , la main de Dieu sur les grandeurs humaines , et les royaumes qui meurent comme leurs maîtres.

Cette superbe expression, les rois et les prêtres Tav oient entendue ; et lorsque l'instant fut arrivé où les grandes vérités évangéliques s'accompliss oient, les prêtres et les rois ne voulurent plus les comprendre ni les entendre : ils n'avoient donc pris que pour des phrases retentissantes , et pour une rhétorique oi* seuse, tout ce qui sedisoit dans la chaire, sur la suprême volonté du Créateur qui brise les trônes et dispose des empires.

Les royaumes qui meurent comme leurs maîtres ! O Couronnés ! souvenez-vous tous de l'expression de Bossuet.

CHAPITR E C'XXXI.

Nouveaux atteliers.

{La fille de Lepelletier de S. Fargeau, en se mariant avec 'un très-riche Hollandais , reçut en présent de noces , devinez .... douze perruques !

Ces perruques sont toujours sans poudre. Il est telle femme qui commande une perruque aussi sorn ent que des souiiers , et qui en compte jusqu'à quarante $ans sa garde-robe.

Pourquoi toutes ces perruques ? C'est que par elles Ton change chaque jour de physionomie ; c'est que Ton ne dépend plus d'un, rare coiffeur; c'est que l'on offre à son amant un visage toujours nouveau, et qu'on lui cause quelquefois d'agréables surprises. On lui connoît , ou on lui soupçonne une maîtresse : vite , l'on prend sa chevelure !

La calvitie est ce qui dépare le plus

(57) une femme; elle doit en éviter soigneusement jusqu'à la moindre apparence.

Il y a donc maintenant des atleliers de perruques de femmes ; ils ont presque Pclégaûce des boudoirs ; un grain de poudre n'oseroit s'y montrer; vous y trouvez un assortiment complet de toutes les perruques de toutes les nuances , de toutes les formes, de toutes les dimensions , de toutes les longueurs.

Le perruquier, au centre de ses glorieuses tignasses , serre artistement du bout du doigt la pointe d'une papillotte , il ne permet pas à un cheveu indocile de s'écarter ; il est aussi propre que ses autres confrères sont sales. On ne diroit pas qu il fait des perruques, mais plutôt qu'il les peint. Quelquefois il prend un violon ; chante res amours , et toutes les perruques qui l'environnent frémissent légèrement, et semblent applaudir à son ^oût et à la légèreté de sa main.

C'est par la facile et rapide métamorphose des cheveux , que Paris devient une

( 5S j galerie Je peintures qui se renouvellent a chaque instant au gré des curieux , et qui offrent dans tous les genres l'assemblage des tètes les plus rares et les plus originales.

Orphise change trois fois d'aspect en un jour. Le matin,c'est une nymphe transparente dans sa robe de linon. Sa perruque a la forme conique d'une ruche : elle va déjeûner à la campagne, c'est-à-dire y à Passy.

À trois heures , elle brille de mille at~ 1 raits j son schall voltigeant , et de couleur rouge , la fait prendre pour un pa- 2^illcn aux ailes purpurines 5 sa. perruque à la Bérénice fixe tous les regards.

Le soir , quand le soleil est disparu y c'est Diane en robe retroussée , qui marche à grands pas. Un croissant de diamans s'échappe du milieu de ces cheveux étrangers et parfaitement noirs, qu'un simple .ruban assujettit en toque derrière la tête j elle cherche à l'Opéra les regards d'un ambassadeur 3 d'un ministre , ou ceux

( 5g) d'un Grec ou d'un Turc : ou dit presque tout haut , eu la voyant passer , qu'elle chasse la grosse bête.

J'entends de loin un cabriolet qui roule avec le fracas du tonnerre ; déjà le coursier, aussi rapide que le désir impétueux qui le gouverne , m'humecte les épaules de sou souffle. On hurle , garre ! je me retourne ; je vois dans le phaéton une déesse coiffée en anneau de Saturne.

Les femmes roulant le cabriolet, sont à moitié hommes; le fouet en main , elles en affectent le maintien, la démarche et la voix; mais c'est toujours la. couleur de la perruque qui en règle le ton.

Un tel être aime le spectacle où l'on voit du merveilleux. Il y court , il en est a\ide ; il lui faut du bruit , du fracas , des chevaux qui caracollent sur la scène , et qui quelquefois interrogent du pied la corde sensible de la contre-basse.

Il lui faut , comme au petit peuple , des démons plus terribles que ceux des tentations de S. Antoine ? et qui enlèvent

dans les airs , avec leurs mains crochues , ou un moine , ou un capucin, ou un procureur.

Il lui faut des spectres, des cachots lugubres, la none sanglante, ou le carnaval du sérail.

Enfin il lui faut des sièges de ville en règle, des assauts , des canons , des comètes qui tombent du ciel au milieu d'une pluie de feu, des sons éclatans des trompettes, ou du roulement des tambours.

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