‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 12 sur 48 · CHAPITRE CXXXÏV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXÏV

Armoiries,

Le décret le plus décisif pour les démocrates et le plus mortel pour les aristocrates qui ait jamais été rendu , est celui du 19 juin 1790. (( Aucun citoyen français (( ne pourra porter , ni faire porter des « livrées , ni avoir des armoiries » .

Dans ces jours de désolation, la noblesse voile les inscriptions et les écussons des hôtels d'une espèce de chemise de plâtre.

comme les calotins couvrent le visage des saints et des madones, dans le deuil de la semaine sainte. La noblesse espéra que la révolution ne dureroit pas plus que cette légère enveloppe. Ils firent comme le sculpteur, qui montroit le nom du prince sur un ciment adroitement appliqué , sous lequel étoit gravé le nom de l'artiste que le temps devoit découvrir à la postérité. Us espérèrent que le temps feroit reparoître leurs écussons , et viendroit glorifier leur race. On remarqua beaucoup de voitures où l'on avoit mis sur les panneaux un brouillard épais , comme pour donner à entendre que ce gros temps , qui empéchoit de se reconnoître , passeroit. Un de nos aristocrates , de peur que le peuple ne saisît pas l'allégorie , mit pour devise : Ce nuage n'est qu'un passage.

Ce fut le petit nombre des ci-devant nobles qui se bercèrent de ces songes.

Mais la plupart ne s'abusent plus , à l'exception de M. Capet * Condé , en qui

semble avoir émigré l'âme de M. l'abbé Trente mille hommes , et qui ne cessoît de dire comme lui : Donnez-moi trente mille hommes y faites-moi un noyau de trente mille hommes. Tous les autres regardent leur noblesse comme enterrée \ et V égalité établie par la déclaration des droi!s , leur fait souffrir le supplice anticipé de la vallée de Josapliat.

Il est très-vrai qu'une vieille comtesse est morte de rage , à la lecture du décret. Elle n'a pas expiré au n. ornent même , comme on l'a dit > mais une demi-heure après. Le décret a mis la peste dans les hôtels j et a valu une pesie réelle pour les médecins (1).

(i)Il éîoit temps: les médecins commençoic à se plaindre de la diminution de leurs pral, nues: une dame disoit dernièrement à l'un d'e tre eux : ... Il me paroît , monsieur le docteur qtfil n'y a plus beaucoup de malades. — Eh madame } lui répondil-il, comment coule z-vou au? il y en ait? on a mis tout le monde au régime.

C'est sur-iout la plus belle moitié de la gent aristocrate , qui est attaquée de cette peste dont les malades expirent dans des étouffemens extraordinaires , comme d'une aristocratie rentrée. D'autres s'éteignent insensiblement et dans les langueurs de la consomption. Ce spleen aristocratique mine également la duchesse septuagénaire et la maréchale édentée , et la jeune vicomtesse , qui seflattoit, lorsqu'elle n'auroit plus ses couleurs du couvent , de se séparer encore de l'ordre des vilains , avec le privilège du rouge. Elle se désole de n'avoir plus sa livrée. EUe? dit , comme dans Y Enfant prodigue :

Votre écusson , vos gens , votre livrée , Tout retraçoit une image adorée.

Mais d'autres se consolent , puisqu'on leur avcit laissé leurs laquais. Soit dit à l'honneur des dames de la cour , en général , personne ne méprisoit moins le tiers : on dit qu'elles avoient mis en fait la réunion des ordres, bien avant que Siéjesi l'eût mise en thèse.

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