‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 18 sur 48 · CHAPITRE CXLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLL

Thèoplù lantropes.

Il est donc renversé de son trône, le chef héréditaire de la hiérarchie spirituelle, dont le sceptre, ou terrible, ou sanglant , courboit à son gré les têtes des crédules humains ! Le pied adoré du dieu octogénaire de Rome touche la terre qui doit le couvrir ! La foudre est demeurée impuissante dans sa main , à l'aspect des vainqueurs de l'Italie.

Grâces immortelles soient rendues à la philosophie ! la raison triomphe. La superstition , la crédulité et toutes les jongleries sacerdotales font place à la religion naturelle.

Sa voix persuasive commence à se faire entendre dans tous les coeurs. Bientôt cette religion pacifique , dont nous apportons au-dedans de nous le germe en naissant , sera la seule dominante. Telle est celle que professent, et qu'enseignent les Théophilantropes,

Les vrais amis de Dieu sont les vrais amis des hommes. Simples dans leur doc~ trine , comme les apôtres du Christ , humbles comme eux ; comme eux, ennemis* du faste et des grandeurs , les Théophilantropes ne peuvent qu'inspirer la confiance aux esprits solides , entraîner les suffrages , et généraliser leurs prosélytes.

Leur culte sans appareil, est fondé sur la croyance à l'Etre suprême , sur le dogme de l'immortalité de l'ame , sur l'amour conjugal , le respect dû à la vieillesse , la piété envers les parens , et la bienfaisance.

Et ce culte s'établit sans disputes théologiques, sans dragonnades , sans effusion de sang ; car les Théophilantropes ne

( «8 ) forceni. personne de croire. Le texte der leur évangile est la voûte du firmament, et Dieu est la conclusion de ce livre sublime , qui ne peut être mis qu'à Y Index de l'admiration.

Ils n'adorent aucune image taillée; laissant volontiers aux prêtres catholiques le soin de rendre Dieu visible ou invisible , au gré de leur avarice.

Le tabernacle des Théophilantropes, c'est l'univers , dont le tableau déploie aux regards louches de l'athée , les merveilles ineffables de la création , et plonge le croyant dans un perpétuel ravissement.

Les fleurs ? les prémices des moissons , les fruits que la terre épanche de son sein, couvrent leur autel , et en font la seule décoration. Ils les présentent à l'Eternel * comme le gage de la reconnoissance des hommes. Ils lui offrent de même le jeune enfant , paré des grâces de son âge et de son innocence. Ils initient celui qui vient de naître , aux élémens de la nature > et lui soufflent l'esprit créateur.

 la terreur de le n fer , aux flammes du purgatoire , aux pantomimes de la messe , à l'oreille impudique des confesseurs , ils ont substitué le rudiment de la raison.

Ils distillent dans le coeur des enfans les leçons de la sagesse ; ils persuadent aux femmes de chérir leurs époux ; ils enseignent aux hommes à s'aimer entr'eux et à se vouloir le même bien qu'à soi. Ils leur font envisager la mort, comme le commencement de l'immortalité , et les pénètrent de respect et de reconnoissance pour les invincibles défenseurs delapatrie.

Sans recevoir ni vouloir d'argent , persuader aux hommes qu'ils ne font pas une bonne action qui ne soit récompensée , et qu'ils n'en commettent point une mauvaise qui ne soit punie ; leur démontrer cette vérité par l'argument irrésistible de l'expérience journalière du bien et du mal qui nous arrivent ; voilà certainement le triomphe complet de la philosophie ?

voilà la vraie religion !

Quand le petit peuple , sous la direct tion des factieux, profana les temples des prêtres , ce n'est pas Dieu qu'il crut insulter , mais les fripons qui , depuis tant de siècles , abusèrent de sa crédulité. Il s'enivra en buvant dans la coupe de la raison de Robespierre ; mais le lendemain , il gémit de sa folle.

Aujourd'hui ce même peuple ne manque pas d'assister au prêche des Théophilanlropes : il va se retremper et se régénérer dans leur saine morale. Moins dédaigneux que le mauvais riche, qui ne trouve et ne voit Dieu que dans son coflrefort , il vient apprendre à être juste et sensible.

La paix florissante donnera sans doute à cette institution plus de pompe et de solemnilé. Alors une symphonie parfait», exécutera, dans toute sa majesté, l'hy.mne au père de l'Univers. Déjà les petits enfans le répètent en choeur , et la jeune fille le chante en mariant sa voix à celle de sa vertueuse mère.

Vêtu d'une robe de lin , le lecteur Théophilantrope, dans la cliaire de vérité, dirige ces chants d'allégresse.

L'innocence de l'esprit fit* le succès de la religion chrétienne. La raison assure pour jamais celui de la religion bienfaisante des braves républicains.

Que les Théophilantropes se préservent constamment d'admettre dans leurs temples aucune image matérielle; qu'ils lient toutes leurs pensées à la grande conception de Moyse, qui défendoit toute représentation des choses créées, à plus forte raison de la Divinité ; qu'ils ne parlent de Dieu qu'avec la parole , et tous les esprits sensés iront l'adorer avec eux.

Il est bon d'observer que les anciens peuples n'étoient pas idolâtres ou adorateurs d'images , de statues. Lucien remarque que les aneiensEgyptiens n'avoient point de statues dans leurs temples. Suivant Eusèbe, les Grecs n'en eurent point non plus , jusqu'à Cécrops , qui le premier éleva une statue à Minerve, et Plu-

(go)

tarque assure que Numa défendit aux Romains de représenter Dieu sous la forme d'un homme ou d'un animal ; et pendant soixante-dix* ans on ne vit dans" leurs temples ni statues ni peintures de la divinité.

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