‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 25 sur 48 · CHAPITRE CXLVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLVIL

Fête à r Être-Suprême.

Ces fêtes de la Raison avoient déplu à Robespierre , parce qu'il n'en étoit pas Tome IK F

Tin veilleur 5 d'ailleurs un cri sourd d'indignation s'élevoit contre ce mélange d'idolâtrie et d'athéisme , dont on vouloit composer une religion nouvelle.

Robespierre en fut jaloux; c'étoit un misérable avocat de sept heures (1) ; ce qu'il avoitlu3il l'avoit mal lu, Il crut qu'il pouvoit jouer le rôle de Mahomet , et réintégrer l'Etre-Supreme dans tous ses droits. Il avoit beau jeu , après les lupercales , après les. parades infâmes que de misérables charlatans avoient fait jouer à Paris et dans les départemens , pour établir une cérémonie simple ? auguste et touchante. Mais Robespierre n'avoit point d'imagination ; il n'avoit aucune de ces qualités brillantes qui flattent et qui séduisent ; il étoit sec, et il devint ridicule quand il voulut faire le pontife. Sa fête à l'Etre-Supreme con-

(i)On appeloit'cedenom au Palais,des procureurs renforcés , qui, sous le nom d'avocats f n'avoient qu'une facilité parlière et vide de sens, et qui ne tarissoient point en plirassc.

sistolt dans un discours qu'il n'avoit point fait, et "dont il fit périr l'auteur. Il fit brûler deux mannequins qui représentoient Vathéisme et le fanatisme ; il y mit le feu lui-même $ armé d'un gros bouquet , ilregardoit à travers les branches tout ce qui se pa ssoit. Il marchoit à la tête de la Convention nationale ; mais celle - ci laissoit respectueusement entre elle et lui une distance de quinzo pieds.

Cette fête fut silencieuse , sa nouveauté portoit l'étonnement dans tous les esprits ; on attendoit ce qui devoit sortir de ce titre pompeux.

Il falloit bien manquer de génie pour , sur un si grand théâtre , et dans des circonstances si favorables , ne point frapper quelque chose de grand , ou du moins .pii en eût Pair. Il pari oit à une nation mi attendoit un culte , et il ne sut lui rien dire. Jamais prophète n'avoit eu i son début un auditoire aussi nombreux ; 1 fut platement métaphysicien ; il fut,

( 124 ) de tous les novateurs connus, le plus misérable en moyens , et le plus stérile en ressources. Elevé sur une estrade adossée au palais du dernier roi des Français , monarque ( car il le fut ce jour-là) , il ne sut pas faire un geste digne du rôle " et du jour où il se trouvoit.

Oh ! s'il eût. su apporter une vieille bible sous son bras , poser la main des^ sus , et dire : (( Voilà le livre des temps et des nations; je Fadopte et je me joins aux communions protestantes ; séparonsnous de Rome , réunissons - nous au Christ; ce le monarque devenoit pontife et l'interprète d'une religion épurée et réformée.

Je suis sûr que ce conseil lui a été donné ; mais Robespierre , qui n'avoit point voyagé, étoit l'ignorance personnifiée. Il méconnoissoit la loi et la règle des intermédiaires. Son orgueil opiniâtre se jet oit dans les extrêmes , refuge des esprits médiocres. Sa pièce fut froide et fut sifïlée , et le parodiste du législa-

teuî de la Mecque marcha des planches de son trône - autel à celles de l'échafaud»

Toutes les places portèrent les inscriptions qu'il avoit dictées : Le peuple Français reconnoît V existence de VÊtwe* Suprême et l'immortalité de Vame* Quand je veux m'identiiier au cerveau qui a tracé de pareilles ligfces , j'ai beau me métamorphoser en mille manières , je ne puis deviner le sens qu'il vouloit leur donner. Elles sont tout à-la-fois si ineptes et si ridicules , qu'on est tenté de penser qu'il n'y avoit pas fait attent on lui-même.

Ces inscriptions subsistèrent encore long-temps après son supplice , et cela paroît tout aussi inconcevable , que de les avoir vu élever par tant de mains dociles.

Page 1