‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 3 sur 48 · CHAPITRE C X X I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE C X X I I

Boutiquiers,

E N général tout ce qui compose les boutiquiers , les détaillans , les petits marchands , tous, plus ou moins, sont clamateurs par caractère et par habitude. Us font le procès à tous les hommes qui ont pris quelque part à nos débats politiques ; une révolution est toujours un* fléau pour la génération qui la voit naître ; on diroit , à les entendre, que la révolution auroit du choisir un tout autre temps que celui où ih

existent. Pourquoi les dangers sont-iîs venus les trouver ? Ils n'examinent pas si cette l'évolution a embrassé plusieurs ré^ volutions différentes ; ils enveloppent dans une même censure les talens , les vertus et les vices d'une foule d'individus ; ils jjrodiguent les noms de factieux , de scélérats y aux patriotes qui ont servi leur paj^s , comme aux monstres qui l'ont déshonoré par leurs crimes.

Ils n'ont pas honte d'associer Condorcet et Marat. Les accusations les plus ridicules , les invectives les plus grossières sortent de leurs bouches contre tous le^ républicains ; ils aimeroient mieux voir l'humanité dévorée" par un éternel despotisme, que de souffrir les orages qui ont troublé leur commerce ; ils se disent amis du repos , et avec ces amis, le sceptre de fer des tyrans seroit inamovible dans leurs mains ; les rois ressuscites et replacés , pourroient sans crainte se livrer à tous les excès de la vengeance , à toutes les démences du pouvoir.

Ils rappellent sans cesse les tables de proscription, et quand les charrettes fatales qui traînoient les victimes an supplice venoient à passer , ils regardaient froidement et tranquillement ceux qu'on* alloit immoler , et n'honoroient leur constance et leur malheur ni d'un soupir ni d'un regret.

Leur courage n'a point été mis à la même épreuve ; ils ne réfléchissent pas même s'il y a eu du courage à braver l'oppression et la tyrannie.

Les mesures arbitraires sont , à ce qu'ils disent, celles qui ordonnent les patentes , et font pa}^er les impots : voilà ce qui devroit réveiller leur indépendance ^ s'ils savoîent manier autre chose que l'aune et la plume qui trace la règle de multiplication.

Dénués de toute espèce d'idées politiques , peu leur importe que l'un veuille redresser les autels sanglans du maratiste , et l'autre relever le trône anéanti par la volonté générale 5 il n'y a d'autres vexa-

tions que celles qui tombent sur les marchands ; et comme le mot républicanisme est mi mot nouveau , il et oit fort inutile de le créer, ainsi que le calendrier , qui a témérairement changé les noms des mois de l'année , ce qui oblige le bourgeois sans mémoire , à avoir de la mémoire , attentat sans exemple , système criminel ? extravagance complète ! Tels sont les discours des boutiquiers , et je range dans cette classe les notaires ; le plumitif est ce qui rétrécit îe plus les idéesc et les notaires ont les idées les plus étroites que l'on puisse avoir dans un renouvellement de choses.

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