‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 33 sur 48 · CHAPITRE CLVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVL

Point de vue.

Je suis intarissable^ dira-t-on? quand il s'agit de mes chers badauds : mais mille plumes , mille volumes ne suffiroient pas

pour les peindre , tant ils sont curieux , changeans , inconcevables.

Leur caractère est un labyrinthe où, l'observateur se perd.

Le crayon le plus rapide ne peut suivre qu'imparfaitement les nuances mobiles et fugitives de leur physionomie.

Est - ce une réalité , est - ce une chimère ?

Prenons un point de vue :

J'aime le Parisien , disoit l'empereur Julien y parce qu'il est grave et sérieux comme moi.

Le Parisien est changé depuis cette époque. Il est vrai que le même empereur vante aussi la bonté du vin que produit le territoire de Lutèce : et il faut convenir que s'il falloit juger d'un éloge par 'l'autre , on seroit tenté de prendre le tout P our une ironie.

Mais tout change ici bas ; et la même terre qui produisoit jadis les héros , ne voit naître aujourd'hui que des castrats. Les Piomains du dix-huitième siècle ne

ressemblent pas plus aux contemporains de Scipion , que les Parisiens modernes ne ressemblent à ceux que peignoit l'empereur Julien.

Le portrait qu'il fait des habitans d'Antioche, leur conviendroit beaucoup mieux.

Ces hommes , jadis si sérieux , ne sont plus que des marionnettes légères entre les mains de quelques charlatans.

Naguère ils soufFroient patiemment le joug , égay oient leurs chaînes par des chansons; ils avoient toutes les qualités nécessaires pour faire de bons et dociles sujets : maintenant ils ne sont que des mutins , toujours prêts à changer de gouvernement.

Depuis six ans qu'on leur parle de liberté , ils en sont aussi instruits , que le 6ont en astronomie ces Indiens qui pensent que la nuit est produite par une montagne qui se place entre le soleil et la terre.

On leur parle de souveraineté du peuple, et ils se croient les maîtres de la terre.

Il n'y a pas de barbier , de commis ,

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3 'avocat, qui, ayant eu l'honneur de présider sa section , ne se croie le rival de Georges III 3 et celui de Ttirenne , s'il a commandé un poste aux barrières. Leurs regards ne s'étendent pas plusJoin que l'enceinte de leurs murs. Ils pensent que l'univers est sur les bords de la Seine ; ou que du -moins ceux qui habitent ses rives fortunées, composent une caste privilégiée , dont le reste de la France doit recevoir les lois.

Robinson se croyoit un grand monarque dans son île 5 mais Robinson trouvoit de quoi s'y nourrir ; son travail luiprocuroit l'abondance.

Si ces fous nétoient que ridicules,on pourroit en rire 5 mais les suites de leur extravagance sont affreuses , et il faut les arrêter.

Leurs théâtres sectionnaires ressemblent à celui de Shakspeare , où des scènes burlesques se trouvent à côté de scènes tragiques.

Que la vanité fasse tourner la tête à quelques individu* , c'est un accident très*

( i53 ) Commun, auquel il ne nous est pas possible de remédier : mais que tout-à-coup soixante ou quatre-vingts ambitieux , s'avisent d'ex^ tra vaguer , et d'entraîner tout un peuple dans le tourbillon de leur délire , c'est un malheur que nous devons tâcher de prévenir.

Nous devons éclairer le peuple sur les desseins de ses agioteurs ; nous devons lui répéter sans cesse que la souveraineté appartient à la nation , et non pas aux sections de Paris.

Le charbonnier de Londres, le paysan de Suisse , le chasseur Américain , connoissent mieux leurs droits , et savent mieux en raisonner que certains académiciens qui pérorent aujourd'hui dans les sections.

On dit cependant que les souverains de Paris sont gens de bonne composition , et qu'ils obcliqueroient volontiers leur souveraineté en faveur d'un Bourbon ou d'un Brunswick > moyennant quelques titre» modestes ; de secrétaires du roi ,

( i54 ) f d'avocats du roi, d'échevins de Paris , de •lieutenant de police, de jetons et de pensions. Je le crois.

Peuple malheureux ! ouvre donc les yeux sur les projets de tous ces jongleurs, de tous ces anarchistes, babouvistes ,*qui prolongent la guerre et la famine aux dé" pens de ta bonne foi ; écoute la voix de tes législateurs qui veulent ramener , avec la paix , l'abondance , et avec un gouvernejnent, la liberté que tu chéris, mais dont on abuse contre toi et par trop.

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