CHAPITRE CLVIi
Salpêtre.
Toutes les puissances coalisées vouloient la ruine ', le partage ou le démembrement de la France. On avoit des bras , du fer et du courage ; mais la poudre , pour le service des armées , manquoit ; on n'avoit pas même les matières premières :
mais que de ressources n'offre point une ville populeuse,dont le sol recéloit depuis tant de siècles les débris de tous les élé-
( i6o ) mens terrestres et putréfiables. Tout-âcoup chaque particulier descend dans sa cave , en fouille le terrain; dans toutes les cuisines, on soulève les pavés; on enlève les cendres des foyers ; on cherche dans tous les décombres, pour en extraire les terres imprégnées de salpêtre ; on lèche , pour ainsi dire,chaque mur; et tout ce qui porte le goût de sel est enlevé pour la fabrication révolutionnaire ; elle fut prompte, elle fut universelle : l'opération se fit dans toutes les maisons , elle se fit] avec zèle ; toutes les terres furent remuées , et des milliers de pelles amenoient le sol humide aux rayons du soleil.
Cette opération qui ne pouvoit être imaginée, ou du moins exécutée que dans les temps révolutionnaires où. l'on se trouvoit alors , a empêché la France de tomber au pouvoir de l'étranger.
Qui l'eût dit, que les caves de Paris recéloient dans leur sein de quoi repousser la ligue des rois ?
Chaque citoyen travailla avec un zèle
infatigable j c'est qu'il sentit la nécessité de la mesure : personne ne cria à la vexation,parce que lorsqu'on ne peut se sauver que par une opération hardie \ elle est toujours adoptée et sentie. On vit sur les portes, dans plusieurs quartiers de Paris , des inscriptions qui subsistèrent plus d'un art \ et qui étoient conçues en ces termes : « Pour donner la mort aux tyrans , les citoyens logés dans cette maison , ont fourni leur contingent de salpêtre. ))