‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 45 sur 48 · CHAPITRE CLXVIIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXVIIÎ

Têtes poudrées*

L'on consomme en France autant de blé en poudre inutile , qu'il en faudroit pour nourrir le plus grand de nos départemens. Chacun peut aisément vérifier ce calcul. On diroit que la chevelure est une nudité parmi nous ? puisqu'il est des hommes qui aimer oient mieux endurer la faim , que de se montrer en public sans poudre.

C'étoit bien l'occasion , lorsqu'on avoit proscrit tant d'autres usages , de proscrire un usage aussi bizarre ; les Jacobins avoient beau jeu pour représenter que la substance la plus nécessaire aux hommes, ne devoit pas être ainsi profanée ; que tel homme , tel aristocrate dépensoit en farine autant pour ses cheveux, que pour son estomac : c'étoit un luxe ridicule; et il falloit arrêter cette épidémie , univer-

( 19»- ) selle en Europe, et qui avoit déjà franchi i 'Oc tan.

Les Jacobins se dépouclrèrent ; mais ils affect oient d'ailleurs une si grande malpropreté , que le sacrifice en devint invisible.

Mais" ils eurent tant d'adversaires, qu'on affecta de se poudrer pour contraster avec eux. Le chef lui-même , Robespierre , étoit toujours coiffé et poudré , et voilà pourquoi l'on ne fut pas criminel de lèze-Robespierrisme en suivant l'ancien luxe.

Ceux qui le détestoient , prirent occasion de répudier la poudre j et , sans être Jacobins , ils en adoptèrent le costume , par économie de temps , et par raison de santé.

S'il n'y a rien de plus salubre que de se laver chaque jour la tête , les cheveux courts et sans poudre doivent prévaloir»

On n'en a point fait un signal de discorde* et de division \ chacun suit son goût à cet égard 5 on se présente poudré et non poudré j la tolérance est entière.

( 199 ) Un Français, qui sait observer et peindre , après avoir établi la différence de l'Europe moderne et de l'Europe ancienne , a conclu d'une manière très- convaincante , que , sans une révolution du globe, il étoit désormais impossible que l'espèce humaine rentrât dans la barbarie : il n'a manqué aux jacobins que de faire guillotiner ceux qui mett oient de la poudre, comme ils avoient fait guillotiner les fermiers -généraux, pour avoir mis de l'eau dans le tabac; mais, puisqu'ils ne l'ont pa^ fait, c'est une marque qui confirme l'observation qui vient d'être faite , et que nous ne pouvons pas être tous détruits par des comités de salut public et de sû~ reté générale; c'est ce qu'il falloit démontrer.

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