CHAPITRE CX XIV
Boissy-D'Anglas.
Surnommé B oissy-Famine . Il fut maître-d'hôtel du frère du roi, pensionnaire de la cour ; il me sembloit quand il parloit j tenir toujours la serviette sous le bras , ainsi que je voyois à Pastoret sa robe parlementaire qui lui tomboit jusqu'aux
talons.
On ne sait pas encore si ce Boissyd'Anglas n'étoit pas d'accord avec les assassins de Féraud, quand il parut impassible en saluant la tète sanglante qu'on lui offroit ; les coups de carabine percèrent les planches à quatre pieds de lui. Fidèle au plan de la réaction royale , il batailla pour elle jusqu'au 18 fructidor, ternie de son rôle.
Il avoit signé la protestation des soixante - treize. Tout étonné d'avoir fait un acte de courage, ou plutôt ayant peur , il supplia pour eifacer sa signature. Celte grâce lui fut accordée par le mépris.
L'idée d'organiser une famine n'étoit pas neuve ; la cour en avoit quelquefois usé ; durant l'été de l'an III, Boissy-d'Anglas mentit comme un Barrère , et favorisa , comme un des agens les plus actifs de la faction des Anglomanes , cette disette désespérante , au moyen de laquelle on comptoit conduire un peuple affamé à demander un roi.
En récompense du long jeûne qu'il avoit éprouvé j le peuple de Paris le renomma député , et son nom ètoït le premier dans les listes qui furent envoyées dans les départfcmëns. Quand je dis Je peuple de Paris, je veux parler de ces sections qui semblent d'accord avec le cabinet de St. - James , tant elles sont opposées au génie de cette liberté qui a enfanté tant de prodiges,
A ce Boissy r d'Anglas étoit lié cet exécrable Aubry , le plus lâche, le plus mince des hommes , et qui se croyoit déjà un second Monk , mais qui, sans talens , sans esprit, n'ayant pas même l'audace momentanée du conspirateur , obtint cependant une terrible influence après les journées de prairial. Il destitua Buonaparte.
Il fut le fléau des armées françaises ; il congédia avec une froide insolence presque tous les braves officiers républicains , qu'il remplaça par des chevaliers du poignard ; par des , gardes-du-
corps et autres gens dévoués à la cause cle la royauté.
Jamais la République ne fut plus en danger que lors des opérations de cet artificieux et froid scélérat , qui enchaîna la valeur de nos troupes , et il étoit temps que le 18 fructidor frappât tous ces ClicliJens qui alloient tous , sous leur bannière proscrite , trahir et ensanglanter la patrie.
. Il faut dire encore que Boissy-d'Anglas et Aubry étoient parmi les folliculaires royaux , les plus plats et les plus mauvais écrivassiers de leur espèce.