CHAPITRE CXXV
Traité connue un chien.
Expression qui circuloit dans la société , aux premières années de la révolution, et dont voici l'origine.
Sous l'ancien régime , les pensions sur le trésor qu'on appeloit royal , niontoient à plus de cent millions. Observez que celles accordées aux anciens sujets de l'Académie royale de musique s'élevoient à plus de deux cent soixantedix-lmit mille livres ; observez qu'on en donnoit une de six mille livres au coiffeur de Mademoiselle cV Artois , qui, morte avant trois ans , n'ayoit point de cheveux ; mais observez aussi , que le gouvernement devenoit économe dans certaines circonstances. Par exemple , le brave Aude , qui avoit fait prisonnier le général £/ 0-0/2 z'^Wi la bataille àeLaufeld, et qui avoit contribué à la victoire j eh bien ! le trésor royal fui accorde une
pension de deux cenls livres!... Par économie cependant , on a eu soin , au moyen des retenues , de la réduire à cent quatrevingt-huit livres trois sous , qu'on a enfin totalement oublié de lui payer. Voici un trait , soit dit en passant ? qui prouve que sous l'ancien régime , nos braves soldats étoient traités avec beaucoup moins d'humanité que les chiens de sa majesté» Prenez le compte rendu en 1788, par le calotin de Brienne , et vous y lirez : a Pour la nourriture des chiens de sa majesté , $ raison de huit sous six deniers par jour pour chaque chien , quarante mille livres. Pour la remonte desdits chiens > par an , dix mille livres. )) Or, la paye du soldat montoit tout au plus, à six sous par jour \ donc les chiens de sa majesté étoient mieux traités que les soldats qui versoient leur sang pour ' défendre ce qu'elle appeloit ses droits. Il n'y a pas un militaire qui n'ait pu dire qu'il voudroit bien être traité comme un chien.